UNE DEMOISELLE D'HONNEUR PRISE PAR FAMINE
Mademoiselle de Grancey était toute jolie, toute petite et toute ronde personne, brune de cheveux, un peu haute en couleur, ayant les lèvres assez fortement accusées, laissant entrevoir lorsqu'elle souriait deux magnifiques rangées de perles blanches solidement enchâssées, et promettant de ne pas con. da.….aer à un long repos le menton à fossette qui terminait gracieusement l’ovale presque arrondi de son frais visage; sa taille un peu replète n’en était pas moins bien dessinée, et il ÿ avait un charme tout particulier dans le pli qui séparait de son bra: potelé sa main d’une blancheur de lait; sur chaque doigt de laquelle se reproduisait l’agréable fossette de son menton.
Les physionomistes, qui prétendent trouver dans les traits du visage et dans l'habitude du corps l’irdication exacte des affections, des qualités et des penchants de l’âme, se trompent souvent dans leu:s inductions; avec mademoiselle de Grancey, ils eussent été dans le vrai: elle ne faisait mentir aucun des signes caractéristiques de sa physionomie, et
Lavater, «il avait vécu de son temps, n’eût pas M
fait acte de témérité en avançant qu’elle aimait à bien vivre.
Aussi avait-elle laissé à Sa passion dominante Je soin de la guider dans le choix de son logement. L'hôtel où elle avait pris un appartement n’était ni grand, ni riche, ni situé dans un des beaux quartiers de la ville: mais l'hôte avait la réputation d’étre le plus habile cuisinier du pays. Il excellait surtout dans l’art d’accommoder les bécasses, et la bé-
casse était un gibier dont raffolait mademoiselle de MINE Grancey.
Le nom de maître André, } précieux artiste culinaire, ne [ tres d’or sur une enseigne f;
ainsi s’appelait ce brillait point en let-
astueusement décorée >, toute de mets chimériques, mais il était ineffaçablemet heveux, écrit dans le souvenir d’un certain nombre d’estosez for- Inacs reconnaissants:; ceux-ci se faisaient un devoir lle so- de propager sa renommée et de recruter à son bélanches néfice une clientèle choisie de mangeurs difficiles. ti Maître André savait bien que, aux yeux du vrai qui ter-
re connaisseur, l’humble violette n’a Pas moins de ndi de
Ë mérite pour être cachée sous l’herbe, ct il ne se n était mettait nullement en frais de représentation extéharme rieure, on bra: Ce n’était pas non plus un homme à faire d’imchaque nenses provisions, à employer l’inexpérience comossette bromettante ou la science douteuse d’une armée de Mmarmitons et d’aides, à traiter à la fois un nombre r dans considérable de clients. Ses trois axiomes favoris a étaient qu’en cuisine la quantité exclut la qualité: e des
que rien ne peut remplacer l’oeil et Je doigt du s leu;s Maître; enfin qu’il v
aut mieux recueillir les apls eus- blaudissements de quatre personnes que les sifflets aucun de vingt.
ie, ct Chaque matin, il se présentait chez ses pensionit naires et discutait le menu du dîner avec autant de nait à or:
avité qu’en eût pu mettre le conseil du roi à dis.
cuter les articles d’un traité de paix. Après le diner, même cérémonie pour le menu du souper.
Mais, quoiqu'il eût passé déjà par son hôtel un grand nombre d’estomacs du plus haut mérite, maître André convenait que celui de mademoiselle de Grancey les surpassait tous par l’étendue de ses connaissances, la sûreté de son appréciation et l’exquise délicatesse de son goût. Avec elle sa visite accoutumée devenait une longue et sérieuse conférence, dans laquelle on n’aurait su, ce qu’il fallait le plus admirer, la profonde érudition de son cerveau praticien ou le génie inventif de l’estomac amateur.
Maître André demeura plus d’une fois stupéfait devant la prodigieuse imagination de mademoiselle de Grancey, et souvent depuis il avoua, avec cette noble franchise qui est le propre des esprits supérieurs, qu’il deavait aux conseils de cette éminente personne un grand nombre de précieuses recettes pour l’accommodement des mets, et d'améliorations dans la distribution des services.
Ce même jour où uckingham, caressant l’orgueil de mademoiselle de la Rochefvucauld, enfonçant dans le coeur de mademoiselle de Liancourt le dard de la jalousie, venait de triompher avec tant de de bonheur des premières difficultés de son programme, il arriva que mademoiselle de Grancey mise en appéfit par un dîner modèle et merveilleusement disposée pour la conférence où devait se vider l’importante question au souper, attendit vainement la visite de son hôte.
C'était un oubli tout à fait inexplicable de la part de maître André, dont la régularité et l'exactitude étaient passés en prvoerbe.
Mademoiselle de Grancey sentit naître d’abord dans son esprit une de ces inquiétudes vagues qui
s le diper.
ôtel un le, maîelle de ses con- ’exquiite acnféren- Ilait le erveau > ama-
upéfait oiselle c cette
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abord
>s qui
sont comme le
quarts, les demies,
pressentiment d’un malheur, Les yeux fixés sur sa rendule, elle voyait avec une anxiété toujours croissante, s’écouler les minutes, les
les heures elles-mêmes, Cédant
à la fin à vue imipatience devenue trop légitime, eile appela sa suivante et lui ordonna de chercher
maître André dans
l'hôtel, dans la ville, en quel-
que lieu que ce fût, jusqu’à ce qu’elle le lui ame-
nât mort ou vif.
La servante n'eut pas besoin d'aller bien loin, deux minutes ne s'étaient Pas écoulées qu’elle introduisait le coupable tout confus devant son juge
passablement irrité.
— Je vous croyais mort ou tout au moins mala-
de, — dit mademoi
selle de Grancey d’un ton sév-
re; — je me plais à croire que vous allez me dan-
ner une excuse vala un grave préjudice
ble d’un retard qui peut porter à mon repas du soir.
— Est-ce que madame soupe céans?j demanda maître André d’un air profondément étonné.
— T1 ne me «mb
le pas que je vous aie rien dit
qui soit de nature à vous faire soupçonner le con-
traire.
Mais maître André tournait et retournait dans
ses maïns son bonnet
de coton, qui, pour le moment
était d’un blanc infiniment plus pur que le fond
d> son coeur.
— Oh! mon Dieu! madame, il faut que j’aie rêvé, que j’aie perdu la tête... J'étais persuadé que
vous alliez ce soir chez la reine
; j'aurais juré que
Yous m'en aviez prévenu. et pourtant d’après ce
te madame me fait
bien évident que c’est moi
me consolerai jamais — Âllors, allons,
l'honneur de me dire, il est qui me trompe: je ne d’une pareille étourderie
sant; — je veux bien oublier une absence, la preinière après tout que j'aie à vous reprocher. Le mal d’ailleurs n’est pas irréparable, et j'espère que, stimulé par mon indulgence, vous m'offrirez une réparation digne de vous en redoublant d’efforts Pour vous signaler ce soir. —. Notre hôte consterné ne répondit que par un long soupir. — Eh bien! — reprit mademoiselle de Grancey, — ne m'’avezvous pas entendue? Je pardonne, Voyons, laissons de côté, moi, la mauvaise humeur, vous le repentir, et conservor pour la discussion de notre menu toute notre liberté d’esprit. :
— Ah! madame, je suis un malheureux indigne de pardon; ma faute est bien plus grande que vous ne rensez...
ju’avez-vous donc fait? expliquex-vous.., parlez... vous me mettez dans une inquiétude!
— Hélas! je vous conterni naïvement ce qui m'est arrivé. — Maître André faisait des efforts inouïs pour se donner un air de véracité naïve.
— Il y a deux heures environ, un étranger est descendu dans mon hôtel...
— Quel rapport y a-t- il entre cet étranger et mon souper?
—Un beaucoup plus grand que je ne voudrais, et qu’il ne peut vous convenir... c’est-à-dire que c’est lui qui mangera.
— Maître André! :
— Que voulez-vous, madame! C’est un amateur, un fin connaisseur, venu, m'’a-t-il assuré, tout exprès à Amiens pour vérifier si j'étais à la hauteur de ma réputation: il a caressé, piqué, flatté mor amour-propre. Bref, ma tête s’est montée; je m’étais fourré dans lesprit que vous étiez ce soir de service auprès de la reine; j'avais encore tout ce
] la pre- PE à ; . .
nr: Le qu'il était nécessaire Pour composer un repas trèsère que, agréable, j'ai accepté le défi. 5 res une — Et vous en sortirez à votre honneur; ce n est d'efforts pas de cela que Je suis en peine... Mais je ne vois or. pas en quoi le repas de ce fin conuisseur peut être bien: préjudiciable au mien. : :
M'avor. — Madame n’a done pas Compris qu’il ne reste laissons plus rien dans mon garde-manger? — repen- — Vous vous Procurecrez d’autres provisions. e menu — Impossible: il n’y a marché que le matin. — Mais Amiens, je suppose, n’est pas dépourindigne vu de boutiques? : .
ue vous — Eh! juste ciel! qu'y trouverais-je? Quelques grossières salaisons de Saint-Valéry, que j'aurais . par- honte d’acommoder, capables de faire soulever des le! estomacs infiniment moins éclairés que celui de e qui madame. eo .
efforts . Alors ayez recours à l’obligeance de quelque ive. confrère. a. : :
ger est — Je n’ai point de confrères Madame, Je n'ai que des envieux ; il s'agirait de ma vie que pas un on ie me prêterait assistance.
— Enfin arrangez-vous comme vous voudrez, ais et ‘omme vous pourrez.
que — Mais, madame... . :
— Mais vous ne SUPposez pas, j'imagine, que je "0 passerai de souper?
br — Cependant. .. .
de e. — Qu est-ce à dire? Suis-je de ces personnes dont or "1 se Joue impunément?
br — Madame. se re — Vous avez fait une maladresse, réparez-la. ed — Mais comment ?
ut ce Æ — Cela ne me regarde pas.
— Quel embarras, mon
Dieu! quelle situation ! — Mais André se gratt
a le menton, en levant les
yeux au plafond, comme pour y chercher un expédient. — Je tiens une idée, — s’écrin-t-il tout à coup, je vais aller trouver mon vo, eur.
— C’est ce que vous avez de mieux à faire.
— Je lui conterai ingénument mon étourderie.
— Et vous lui rappellerez le précepte de l’Evangile: Rendez à César ce qui appartient à César.
— Mais s’il fait des difficultés?
— Si c’est un homme de connaissances et de bonnes manières, il n’en fera point, surtout lorsqu'il saurn qu’en cette occasion César est une dame.
—Au fait, c’est de toute justice, et je vais hardiment tenter l’aventure.
Mademoiselle de Grancey attendit assez tranquillement le résultat de cette démarche: il lui semblait impossible que l'étranger ne s’exécutât pas, ne fûtce que par respect pour son sexe.
Maître’ André reparut au bout d'un quart d’heure; mois, hélas! il n’avait rien de triomphant dan: la physionomie.
— Eh bien? fit mademoiselle de Grancey.
— J’ai employé auprès du voyageur en question tous les raistnnements imaginables pour faire valoir les droits de madame.
— Et il s’est empressé de les reconnaître?
— C’est au contraire, j'en demande pardon pour lui à madame, ce qu’il a positivement refusé de faire. =
— Voilà, par exemple, un procédé inouï! Quelle sorte d'homme est-ce donc que ce voyageur ?
— À en juger par la distinction de ses traits, par l’élégance de son costume, par la largesse de ses manières, ce doit être un homme de condition et fort riche.
— Je n’en vois pas la preuve dans sa conduite à mon égard.
un expé- | tout à
derie, l’Evan-
ésar.
de bonlorsqu'il ame.
ais har-
ranquilemblait ne fût-
d’heunt dan:
uestion ire va-
on pour isé de
Quelle Ê its, par de ses on et
luite à M
Mademoiselle de Grancey commruçait à s’alarmer sérieusement ; son souper, son repas de prédilection, allait donc lui échaper sans retour?
L'état de trouble et d'émotion où elle sentuit que la jetait elle-même une aussi désolante perspective lui fit comprendre qu’une perspective toute pareille devait s'exercér sur l'esprit de l'étranger une influence égale et le rendre intraitnble,
C'était un premier pas fait liatrice; entraînée bientôt par que, elle vint à se dire que tou le moyen de ne rien obtenir,
constance où il faut savoir sacrifier une moitié de ses prétentions pour sauver l’autre,
Se résignant done à suivre les conseils de la pru-
dence, elle prit le sage parti de condescendre à une transaction.
— Maître André, — dit.
ma sur-le-champ un sourire
‘— vous alle zretourner aup Vous l’assurerez
point pour but de le rend
dans une voie concila force de la logit exiger est souvent et qu’il est des cir-
rez un par-
tage loyal du Souper qui fait l’objet de notre dis-
cussion.
Maître André s’empressa d’obéir, Lorsqu’il revint, sa physionomie satisfaite an-
nonçait que la négo.iation avait pris cette fois une tournure plus favorable,
— Madame, j’ai fait part au voy Proposition ; il accepte.
— À la bonne heure.
— Mais il y met une condition.
— Une condition, — fit mademoiselle de Grancey, dont le visage, après s'être épano:
Brit aussitôt devant la première
ageur de votre
M, S’asson.
apparence d’une
nouvelle difficulté: — Quelle est cette condition, s’il vous plaît, maître André?
— La voici, madame; notre voyageur consent avec plaisir au partage du souper; seulement il désire que ce partage se fasse de gré à gré, ce soir entre les deux convives assis à la même table,
— Quelle impertinence! s’écria mademoiselle de Grancey rouge d’indignation; —- vous n'avez pas dit un mot, j'ose l’espérer, qui puisse me faire supposer capable d’accéder à une proposition aussi inconvenante?
— Ïl me semblait au contraire, madame, que rien n’était plus naturel.
— Taisez-vous! vous ne faites aujourd’hui que des maladresses. — Maître André parut cette fois véritablement consterné. Quant à mademoiselle de Grancey, quoique restant assise elle ne se livrât ni à de grands gestes ni à de violentes exclamations, cependant il était avisé de voir, aux mouvements précipités de sa poitrine, aux teintes alternatives de rougeur et de Pâleur dont se couvraient ses joues, qu’elle était en proie aux fluctuations d’une lutte intérieure assez vive. D'un côté, sa fierté blessée: de l’autre, sous le coup d’une horrible
privation. Point de milieu: il fallait blesser l’usage ou l’appétit, manquer au monde ou à soi-même. Or, si l’une de ses extrémités blessait sa raison, l’autre était au-dessus de ses forces. Il était donc de toute impossibilité qu’une telle situation ne fût Pas tranchée par une capitulation de conscience. — N’avez-vous pas dit, maître André, que cet étranger était un homme de qualité?
— Assurément, madame.
— Son nom?
— Est allemand, anglais ou hollandais et si dif-
ndition,
consent nt il désoir en- .
selle de vez pas ire SUpussi in-
1e, que
1 que te fois elle de livrât clamanouvealterraient lations a fierrrible l’usamême.
aison, donc ne fût ice. — étran-
i dif-
ficile à retenir qu’il me péter à madame.
— Son âge’
— Une trentaine d’anné Si du moins c'était nu moiselle de Grancey lence durant quelque de fois et reprit d’u ment de ses forces :
Séjour en cette ville? :
— Non, Madame: il ma Prévenu qu’il Partirait au lever du soleil.
— AbP fit madem °c dernier renseigne d’un poids énorme.
— Madame consent ?
tre André.
—Un moment ; lui aveznom ?
— Je ne me Je serais pas permis av.
Pris les ordres de madame.
C’est bien ; je vous recommande à a plus grande discrétion.
— Aïnsi je pui
serait impossible de le ré-
es à peu près. ;
n vieillard! — fit madeen Soupirant, Elle garda le si- S Minutes, soupira une seconne voix qui trahissait l’épuise- 7 oMmpte-t-il faire 1n long
oïselle de Grancey »Comme si ment avait soulagé sa Poitrine
— demanda vivement Mafvous fait Connaître mon
ant d’avoir
condition.
Ecoutez bien ceci, — Continua-t-elle avec cet air de
dignité d’un rehausser son rôle; — c’est moi qui, prenant en pitié votre embarras et ne voulant pas exposer un galant homme äux tortures du Jeûne, offre généreusement d’exercer à son égard les devoirs de 1 “’hospitalité: c’est moi, en un mot, qui l'invite à Partager mon souper,
eb j’exige en conséquence que le repas ait lieu dans mon appartement.
Maître André, porteur de cet ultimatum qui n’avait rien de trop effrayant, revint bientôt annoncer que l’étranger n’ayant trouvé à faire aucune objection, la négociation se trouvait heureusement terminée à la satisfaction des deux parties.
Le souper de mademoiselle de Grancey n’était donc plus à l’état de problème: de ce côté, les inquiétudes de la demoiselle d’honneur étaient com- Plètement calmées. Mais tranquillisée sur un point, elle devait naturellement reporter sur l’autre tout: l’activité de son esprit, Le pacte auquel elle venait de consentir lui apparaissait comme une énormité : quelle honte pour elle et quel ridicule s’il venait à en transpirer quelque chose! Elle avait beau se dire, Pour se rassurer, que son nom resterait un mystè- Te pour son convive, que celui-ci était un étranger arrivé du jour et se disposant à repartir le lendemain, de fâcheux pressentiments n’en venaient pas moins assiéger sa pensée; déjà elle se voyait plaisantée, raillée, moquée, chansonnée par la ville ot par la cour. Tout le reste de l’après-midi s’écoula pour elle dans une singulière perplexité; son imagi.. nation, tantôt complaisante, tantôt sévère, se plaisait à la tenir flottante entre les arguments de la crainte et ceux de la sécurité. Nous devons cependant confesser que les derniers prenaient plus force et que les premiers allaient s’affaiblissant davantage à mesure que l’heure du souper s’approchait : le courage lui était même entièrement revenu, et toue sa physionomie portait l’empreinte d’une douce quiétude au moment où maître André se présenta pour dresser le couvert; cette opération terminée, elle alla jusqu’à tourner deux ou trois fois avec impatience son regard du côté de la porte, alarmée
ieu dans
qui n’annoncer > object termi-
n’était les init com- | point, e toute venait rmité :
nait à e dire, mystèranger lendent pas & plaiille ct écoula
imagi-,
plai-
de la È
>epen-
force avanchait:
Lu, et douce sent:
inée, c im-
rméce
ham en se fais pr » d’ i
se lever pour le recevoir;
Sur son siège, la tête dro ouverte.
enait de Ja Pétrifier, tait pour le moment Sa Grâ-
ham, qui appelait à son aide toutes les ressources de la diplomatie Pour ne pas
gâter par un immense éclat de rire l'effet “minemment dramatique de son entrée.
ependant, comme cette situation, toute pittoresque qu'elle était, ne Pouvait se prolonger indéfi. niment, Buckingham alla‘t parler lorsque maître André se présenta à son tour, la serviette sous le bras, tenant à deux mains un plateau surmonté
in de laquelle s'éle.
sciter l’appétit d’un
Saisi de son côté en voyant l’attitude nos deux Personnages, maître André 1: bras et le plateau tendus en a té en arrière, les Yeux et la bouche tout grands ouverts. Ce que voyant, Buckingham, incapable d’une plus longue résistance, se mit à éclater d’un rire tout à fait homérique, imité d’ André, puis Par mademoiselle de de, tant est buissante la cont llerveuse qu’on nomme le les trois se tordaient
étrange de s’arrêta court, vant, le corps reje-
2s: Bucking- Si haute incon-
; hilarité. Il riait de confiance, le digne hôte: il riait en posant le potage sur la table, riait en descendant l'escalier, il riait encore dans sa cuisine ; et lorsque sa femme lui demanda la raison d’une manifestation si bruyante, il s'arrêta tout suprris de n’en trouver aucune à lui donner.
Avec le départ de maître André revint le calme.
Buckingham s’approcha respectueuesement de la demoiselle d'honneur et lui dit d’un ton suppliant : pliant :
— Mademoiselle de Grancey voudrait-elle en me gardant rancune compromettre sa réputation d’indulgence et de bonté.
— Ah! quelle trahison, monsieur le duc! répondit-elle en baissant les yeux avec confusion.
Mais, au lieu d'aborder une explication qui forcément eût roulé sur le sujet banal et toujours embarrassant de l’amour, Buckingham jugea plus adroit et surtout plus commode de laisser l'esprit de mademoiselle de Grancey s’égarvr dans le vaste champ des suppositions.
— Que je suis indiseret! — s’écria-t-il tout à coup de l’air d’un homme qui se surpreud en flagrant délit de distraction, — j’oublie que le potage vous attend et qu’il pourrait se refroidir.
La corde sensible était touchée; devant la menace d’rn potage refroidi, mademoiselle de Grancey eut bientôt recouvré ses esprits. Elle se leva; Buckingham la conduisit à sa place,, puis alla s’asseoir vis-à-vis d’elle pendant qu’elle cherchait, avec le sourire d’un amour-propre satisfait, la traduction du baiser qu’il venait d'imprimer sur sa main blanche et potelée.
Tant que dura le repas, mademoiselle de Grancey fit d'autant meilleure contenance que, en présence d’une table servie, une seule pensée avait le
ôte; il n desisine ; d’une uprris
‘alme.
de la liant :
n me d’in-
épon-
\ fors em-
pouvoir d’absorber ses facultés, lesquelles semblaient alors avoir établi leur siège dans son palais. I n’y avait dans sa physionomie qu’une expression celle du bonheur qu’elle éprouvait; et, cette fois surtout, c'était plus que du bonheur, c'était de l’enthousiasme, de l’extase croissant à l’arrivée de chaque nouveau mets, s’élevant jusqu’à la béatitude.
Il est juste de dire que maître André s’était surpassé, et que jamais encore son talent n’avait atteint une hauteur si prodigieuse.
Buckingham ne s'était point fait l’idée du’un telle passion portée à un pareil degré; il en demeurait muet d’étonnement. Son admiration était si grande qu’il lui arriva deux ou trois fois de laisser des morceaux intacts sur son assiette, au grand scandale de maître André. Aussi celui-ci le desservait-il avec un hochement de tête qui semblait signifier :.
— 7e me suis trompé sur le compte de ce gentilhomme; je l’avais placé dans mon estime beaucoup plus haut qu’il ne le mérite .
Enfin maître André sortit, emportant les restes du dernier service, et Buckingham pensa que le moment était venu de se montrer aimable: mais aux premières paroles qu’il Prononça, mademoiselle de Grancey, jusque-là toute entière à l’acte important qu’elle accomplissait, fit le brusque mouvement d’une personne qu’on réveille en sursaut, On eût dit qu’on la faisait descendre violemment du ciel‘pour la ramener aux choses de ce monde.
C’est notre histoire à tous : la passion nous entraine, nous domine; toute considération se tait à la voix du désir: nous nous abandonnons à la joui.:sance avec ivresse; la satiété ramène la raison, et avec Îa raison viennent les regrets, la peur et la honte,
Mademoiselle de Grancey était donc rouge de honte et tremblante de peur; elle balbutia quelques mots sans suite auxquels Buckingham comprit pourtant que ce qui la préoccupait pardessus tout c'était la crainte de son indiscrtéion.
Découverte précieuse qui lui épargnait de grands frais pour arriver à son but.
— Jamais, mademoiselle, — lui dit-il d’un ton pénétré, — jamais il ne sortira de ma bouche un mot sur cette soirée, je vous en donne ma foi de gentilhomme. Ce >endant permettez-moi de solliciter une faveur en échange de mon silence.
— Laquelle? — demanda mademuiselle de Grancey en le regardant avec nquiétude.
— Je dois repartir dimanche pour Boulogne :
consentez à ce que je m'acquitte envers vous, samed' soir, de l'hospitalité que vous m'avez si gracieusement accordée aujourd’hui.
— Ah! monsieur le duc, exiger que j'aille chez vous!
— Non; mais sous les frais ombrages d’un jardin que possède maître André, à quelques centaines de pas de la ville.
— l'est vrai que le jardin de maître André peut passer pour un pays neutre, Cependant une pareille démarche de ma part...
— J’ajouterai, — interrompit vivement le due, “— que je recommanderai à notre: hôte de faire riieux encore que ce soir, si c’est posisble,
Mademoiselle de Grancey ne put s'empêcher de sourire, et elle répondit en baissant les yeux :
— Je consens.