XVI DO FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE
paration du rapt et de l'adultère : c'était le procès moral du juste et de l'injuste, débattu dans l'intérêt général des hommes entre le ciel et l'enfer, sous les yeux d'une Hélène qui en étoit le prix, et non pas l'objet, et qui, plus heureuse que l'autre, pouvoitse dévoiler sans rougir devant les deux camps. Ce fut là, il faut en convenir, une merveilleuse poésie, un ordre d'inventions tel que si les anciens avoient eu les Amadis. nous lie parlerions peut-être pas d'Achille; une imagination tout à la fois grandiose et charmante, qu'on ne renouvellera plus, et qu'on regrettera toujours, comme cette jument de Roland, qui étoit si belle, si forte, si agile, qui imprimoit si puissamment son pied sur le sable de la lice et du champ de bataille, dont la main des princesses avoit brodé la housse et les harnois, et qui est morte.
Si j'étois capable de ressentir quelque mouvement de haine contre Cervantes, je lui reprocherons peut-être d'avoir contribué plus que personne à nous ravir ce6 délicieuses fantaisies du génie des siècles intermédiaires, qu'il brisa aussi facilement que don Quichotte avoit fait les marionnettes de Ginésile; mais je suis obligé de convenir que cette œuvre de destruction, qui nous a valu d'ailleurs un des plus beaux livres qu'ait produits l'imagination des modernes, étoit probablement la condition indispensable de sa destinée littéraire. Quand les fables d'un peuple ont vieilli, l'impitoyable instinct de changement qui réside en lui se manifeste à son jour et à son heure, et il vient manifester aux hommes, par des signes certains, qu'il faut recommencer la vie sociale sur nouveaux frais , sans égard aux traditions et aux sympathies du passé. 11 déchaîne alors des esprits de dérision, poussés d'une haine irréfléchie, qui se font des hochets de