DU FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE. XVII
ce que tous les siècles antérieurs ont vénéré, et qui jouent avec ces débris d'une civilisation expirante, en proférant des paroles d'ironje et de dédain, comme Hamlet, pesant la cendre des morts et analysant dans le crf.ne d'un fou les ressorts de l'intelligence, à la fosse d'Yorick. C'est ainsi que Lucien fut envoyé à la fin du paganisme, Cervantes après la chevalerie, Érasme et Rabelais avec la réforme, et Voltaire au-devant des révolutions politiques qui alloient accompagner la grande conflagration du christianisme. Quand un ordre de choses meurt, il y a toujours quelque ingénieux démon qui assiste en riant à son agonie, et qui lui donne le coup de grâce avec une marotte.
Le premier génie fantastique de la renaissance par ordre de date, et aussi par ordre de supériorité, car, dans les chefsd'œuvre qui le révèlent, le génie n'est pas progressif, c'est Dante. Il arriva de lui-même, et tout seul, au dernier crépuscule d'une société finie, à la première aube d'une société commencée; et quoiqu'il eût ouvert la carrière, il la remplit toute. Il est vrai qu'il plaça le théâtre de sa terrible fantasmagorie sous la protection des croyances de son temps ; mais il le fit sien par les passions, par les acteurs, et même par les détails de la scène, qui ne sont ni homériques, ni virgiliens. mais dantesques. On trouve souvent aujourd'hui des critiques pleins de goût qui déplorent l'erreur de cette magnifique imagination, et la confusion apparente de cette, fable poétique, où le Virgile du moyen âge prend pour introducteur dans l'enfer chrétien, le Virgile du paganisme. Cette idée est cependant le pivot de sa composition, et c'est elle qui la rend sublime. L'enfer d'une théogonie particulière auroit été trop étroit pour une si large invention. Il falloit