XXVIII DU FAHTASTIQOE EN LITTÉRATURE
monde intermédiaire par l'intelligence des vieillards, la sensibilité des femmes et la crédulité des enfants. Que ne sont-ils assis quelquefois, les orientalistes passionnés qui nous dérobent les fables de nos nourrices pour en faire hommage aux coryphées des aimées et des bayadères, sous le chaume du paysan, ou près de la baraque nomade du bûcheron, ou à la veillée parliêre des teilleuses, ou dans la joyeuse écraigne des vendangeurs! Loin d'accuser Perrault de plagiat, ils se plaindroient peut-être de la parcimonie av%re avec laquelle il a distribué à nos aïeux ces surprenantes chroniques des âges qui n'ont pas été et qui ne seront jamais, si actuelles et si vivantes encore dans la mémoire de nos trouvères de hameau! Que de belles narrations ils auroient entendues, empreintes, avec tant de vivacité, des coutumes, des mœurs et des noms du pays, que l'étymologiste le plus intrépide est obligé, en les écoutant, de s'arrêter pour la première fois à la source incontestable des inventions et des choses, et qu'il ne lui est jamais arrivé d'en demander compte dans sa pensée à une autre nature et à une autre société! Depuis la vieille femme sentimentale, rêveuse et peutêtre un peu sorcière, qui s'est avisée la première d'improviser ces fabliaux poétiques, aux clartés flambantes d'une bourrée de genévrier sec, pour endormir l'impatience et les douleurs d'un pauvre petit enfant malade, ils se sont répétés fidèlement, de génération en génération, dans les longues soirées des fileuses, au bruit monotone des rouets, à peine varié par le tintement du fer crochu qui fourgonne la braise, et ils se répéteront à jamais, sans qu'un nouveau peuple s'avise de nous les disputer; car chaque peuple a ses histoires, et la faculté créatrice du conteur est assez fécondé en tout pays