‹ Les sept chateaux du roi de Bohème: Les quatre talismansChapitre 21 sur 41 · XXXH DU FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

XXXH DU FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE

chaîné aussi par des souvenirs, des études et des affections, a placé un peu plus loin, mais non avec plus de solidité et de puissance, les bases de sa renommée à venir entre les deux sociétés. C'est un phare qui jette indistinctement quelques lueurs sur le port, quelques lueurs sur l'abîme. L'abîme! Byron s'y est perdu à toutes voiles, et nul regard d'homme n'a pu l'y suivre.

Le fantastique de l'Allemagne est plus populaire, et cela s'explique, je le répète, par une longue fidélité à des mœurs, de tradition, à des institutions sorties du pays, et souvent défendues et sauvées au prix du sang des citoyens ; à un système d'études plus général, mieux entendu, mieux approprié aux besoins du temps. Cela s'explique surtout par une répugnance prononcée pour les innovations purement matérielles, et dans lesquelles le principe intelligent et moral des nations n'a rien à gagner. Ce peuple, qui a touché aux bornes de toutes les sciences, qui a produit presque toutes les inventions essentielles dont l'impulsion a complété la civilisation de l'Europe, et qui s'occupe délicieusement, dans la douce possession d'une liberté sans faste, aux contemplations sédentaires de l'astronomie et à l'enrichissement des nomenclatures naturelles, méritoit de conserver longtemps le goût innocent et sensé des contes d'enfant. Grâces soient rendues à Musœus, à Tieck, h Hoffmann, dont les heureux caprices, tour à tour mystiques ou familiers, pathétiques ou bouffons, simples jusqu'à la trivialité, exaltés jusqu'à l'extravagance, mais remplis partout d'originalité, de sensibilité et de grâce, renouvellent pour les vieux jours de notre décrépitude les fraîches et brillantes illusions de notre berceau. Leur lecture produit, sur une âme fatiguée

Page 1