DO FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE. XXXV
foule pour y placer leur avenir. Cette région, c'est la foi pour ceux qui croient, l'idéal pour ceux qui songent, et qui aiment mieux, à tout compenser, l'illusion que le doute. Et puis, il faudroit bien, après tout, que le fantastique nous revînt» quelques efforts qu'on fasse pour le proscrire. Ce qu'on déracine le plus facilement chez un peuple, ce ne sont pas les fictions qui le conservent : ce sont les mensonges qui l'amusent.
Première Journée.
Tranillet, proses de U peine ; C'est le fonds qui manque le moins.
nissait tous
Il y avait une fois, à Damas , un vieillard très-riche, très-riche, qu'on appelait le Bienfaisant, parce qu'il n'usait de ses trésors que pour adoucir les maux du peuple, soulager les malades et les prisonniers, ou héberger les voyageurs; et il réujours quelques-uns de ceux-ci à sa
« Les Quatre Talismans ont été publiés, dans l'année 1838, ayee la Légende de swuR Bfatmx , en 1 vol. in- 8° de 304 pages et une préface.
table , car il n'était pas fier , quoiqu'il fût parvenu. Les plus anciens de Damas , se souvenaient qu'il y était arrivé bien pauvre , et qu'il y avait long-temps gagné sa vie à porter des fardeaux pour les marchands ; après quoi, ses petites économies lui permettant d'entreprendre le négoce à son propre compte , on l'avait vu s'élever au plus haut degré de prospérité sans donner
Voici ce que dit Nodier, dans cette préface, sur la pensée qui loi a inspiré ce conte :
« J'ai consacré les Quatre Talismans à la classe de la société qui a le mieux compris, selon moi, ses obligations de la vie, et qui en tirerait le parti le plus raisonnable, si elle connaissait tous ses avantages, c'est-àdire aux ouvriers. J'ai voulu leur montrer dans un cadre trop étroit pour un tableau de cette importance, mais dont tout le monde peut agrandir la bordure à sa fantaisie, que les conditions de supériorité sociale les plus universellement reconnues, ajoutent fort peu de chose ou n'ajoutent r^en au bonheur, et qu'il arrive même assez souvent qu'elles le rendent impossible, tandis qu'il y a peu d'exemples d'un travail actif, obstiné, consciencieux, dirigé par l'envie de bien faire, qui n'ait pas tôt ou tard trouvé en lui-même sa récompense légitime. Cette leçon est grande, •consolante, salutaire, propre à désabuser les bons esprits de ces ambitions jalouses et déplacées qui précipitent les vieux peuples vers leur ruine, et qui sont l'unique secret des révolutions. Aussi n'aurais-je pas hésité à la soumettre aux respectables distributeurs du prix fondé par M. de Monthyon, si cette noble récompense ne paraissait presque uniquement réservée désormais aux vues philosophiques et aux supplications expérimentales, qui ont pour but le perfectionnement intellectuel et moral des fainéants, des vagabonds et des forçats. Je conviendrai volontiers d'ailleurs, dans toute la sincérité de mon âme, que la direction donnée en ce sens à l'accomplissement des intentions rémunératrices du bienfaiteur, ne saurait être plus impérieusement prescrite par les besoins de notre civilisation, et je ne crois pas le temps fort éloigné où l'on pourra la regarder comme un hommage rendu aux intérêts de la ■majorité souveraine, qui sont le principe et la fin de la nouvelle politique. »
lieu au moindre reproche , de sorte que personne ne prenait ombrage de sa fortune, dont il ne semblait jouir que pour en faire part à tout le monde.
Un jour , trois voyageurs fort mal en point et recrus d'ftge , de fatigue et de misèie , s'étant rencontrés au même moment à sa porte, pour y demander l'hospitalité , les esclaves du vieillard leur donnèrent à laver suivant l'usage , substituèrent à leurs pauvres haillons et à leurs turbans délabrés des vêtements propres et décents , et distribuèrent entre eux trois bourses pleines d'or. Ils les introduisirent ensuite dans la salle du festin , où le maître les attendait , comme il faisait tous les jours , entouré de ses douze fils , qui étaient de beaux jeunes gens rayonnants d'espérance , de force et de santé , car Dieu avait béni le Bienfaisant dans sa famille.
Quand ils eur&nt fini leur repas, qui était simple, mais copieux et salutaire , le Bienfaisant leur demanda leur histoire , non pour satisfaire une vaine curiosité , comme le font la plupart des hommes , mais pour s'informer du moyen de les aider dans leurs entreprises et de les secourir dans leurs tribulations. Le plus âgé des trois , auquel il s'était adressé, prit donc la parole et s'exprima ainsi :