VIII DU FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE
main gigantesque et menaçante qui écrivit une prophétie de mort au milieu des festins, sur les murs du palais de Balthazar, et surtout cette incomparable épopée de l'Apocalypse, conception grave, terrible, accablante pour l'âme comme son sujet, comme le dernier jugement des races humaines, jeté sous les yeux des jeunes Églises par un génie de prévision qui semble avoir anticipé sur tout l'avenir, et s'inspirer de l'expérience de l'éternité !
Le fantastique religieux, s'il est permis de s'exprimer ainsi, fut nécessairement solennel et sombre, parce qu'il ne devoit agir sur la vie positive que par des impressions sérieuses. La fantaisie purement poétique se revêtit au contraire de toutes les grâces de l'imagination. Elle n'eut pour objet que de présenter sous un jour hyperbolique toutes les séductions du monde positif. Mère des génies et des fées, elle sut emprunter elle-même aux fées les attributs de leur puissance et les miracles de leur baguette. Sous son prisme prestigieux, la terre ne sembla s'ouvrir que pour découvrir des rubis aux feux ondoyants, des saphirs plus purs que l'azur du ciel ; la mer ne roula que du corail, de l'ambre et des perles sur ses rivages; toutes les fleurs devinrent des roses dans le jardin de Sadi, toutes les vierges des houris dans le paradis de Mahomet. C'est ainsi que pnrent naissance, au pays le plus favorisé de la nature, ces contes orientaux, resplendissante galerie des prodiges les plus rares de la création et des rêves les plus délicieux de la pensée, trésor inépuisable de bijoux et de parfums, qui fascine les sens et divinise la vie. L'homme qui cherche inutilement une compensation passagère à l'amer ennui de sa réalité n'a probablement pas lu encore les Mille et une Nuits.