XIV DU FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE
tectrices,, ouvert un refuge impénétrable, dans le creux des rochers ou sous les créneaux des murs abandonnés, à la formidable famille des vouivres et des dragons. C'est lui qui avoit allumé sur leur front les feux de l'escarboucle, quand ils traversent rapidement le ciel comme une étoile qui tombe; lui qui égaroit les voyageurs au bord des eaux stagnantes, sur la trace capricieuse du follet; qui consoloit leur veillée rustique dans la cabane du bûcheron, au coin d'un âtre hospitalier, par les jeux inoffensifs des lutins; qui entretenoit de douces promesses les espérances crédules des jeunes filles, et de doux loisirs la rêverie sédentaire des vieillards, hélas! sitôt déçue par la mort. Le fantastique étoit partout alors, dans les croyances les plus sévères de la vie comme dans ses erreurs les plus gracieuses, dans ses solennités comme dans ses fêtes. Il occupoit le barreau, la chaire et le théâtre; il s'asseyoit avec Albert le Grand dans les stalles du sanctuaire ; avec Agrippa , dans le cabinet du philosophe; avec Roger Bacon et Paracelse, dans le laboratoire du chimiste, et introduisoit la nécromancie et l'astrologie judiciaire jusque dans le conseil des rois. Son influence ne sera jamais oubliée en littérature, où elle produisit les récits naïfs des légendes, où elle anima d'une pompe si imposante la chronique des tournois, des batailles et des croisades, où elle se répandit à pleins bords dans les gabs des vieux conteurs et dans les fabliaux des trouvères. C'est à elle que nous devons les romans de chevalerie, espèce d'épopée innommée, dans laquelle se confondent avec une harmonie inexprimable toutes les scènes d'amour et d'héroïsme du moyen âge; amour sans exemple, dans lequel on ne sait qu'admirer davantage de la pudique tendresse de l'aimée