‹ Les sept cordes de la lyreChapitre 19 sur 47 · BOURGEOIS · texte numérisé non relu

BOURGEOIS

UN BOURGEOIS. La musique accssé! Vraiment, c'est une chose merveilleuse, et de mémoire d'homme il ne s'est vu rien de pareil.

SECOND BOURGEOIS. Qu'avcz-vous douc à vous récrier ainsi, voisin? Est ce que le sucre a encore baissé?

UNE VIEILLE DAME. Un miraclc, monsieur, unmi* racle véritable!

LE SECOND BOURGEOIS. Le café ne paye plus les droits?

LA DAME. Non, monsieur, Tarchange de la calhé^ drale a joué de la trompette.

TROISIÈME BOURGEOIS. Qucl archaugc? quelle trompette?

LBS SBPT CORDES DE LA LYRB 135

LBPEEMiER BOURGEOIS. Parbleu! compère, Farchange de cuivre qui est là-haut, là-haut, et qui soufiQe dans sa trompette depuis le temps du roi Dagobert sans en faire sortir le plus petit bruit. £h bien , tout à Theure il a joué des airs charmants pendant plus de vingt minutes ; je Tai entendu comme...

LE SECOND BOURGEOIS. Comme vous m'entendez causer quand je ne dis rien. A d'autres, maître Spiegendorfl

LE TROISIÈME BOURGEOIS. VoUS avez CU UUC

lubie, ma bonne dame. Les oreilles vous ont tinté.

Lk DAME. Monsieur^ je ne suis pas faite pour en imposer.

LE SECOND BOURGEOIS. Si VOUS u'avcz quc cela à nous dire, c'était bien la peine que je me dérange de mon comptoir.

LE TROISIÈME BOURGEOIS. Et moi douc ! qui voyais tous ces badauds rassemblés là sur le milieu de la place, regardant en Tair le bout de leur nez, qu'ils prenaient pour la flèche de la cathédrale. J'espérais... c'est-à-dire je croyais qu'il était tombé quelqu'un du haut des tours, et je venais voir bien vite.

LE SECOND BOURGEOIS. Ils aurout cuteudu l'organiste de la cathédrale qui étudie l'air de Marie trempe ton pam^ pour nous le jouer dimanche à la grand'messe.

LE PREMIER BOURGEOIS. Âh ! RU fait, c'était peutétre cela.

LA DAME. Je connais très-bien le sonde l'orgue. D'ailleurs, l'église est fermée, on ne l'entendrait pas d'ici. Et puis Fange n'a pas du tout joué des airs d*égiise; c'est même singulier comme c'était peu religieux.

1% LES SEPT COBDES DE LA LYRB

LE PREMIER fiouRGEOis. Ah ! C'était pourtantjoU, Irès-joli !

LE TROISIEME BOURGEOIS. Ils Ont peiU-étre inventé quelque machine à musique qu'ils ont fourrée dans le corps de la statue pour qu*elle ait Tair de jouer de la trompette. Je parie que cela va sonnera toutes les heures, comme Thôrloge de Jean de Nivelle.

LE SECOND BOURGEOIS. Ou bien seulement au coup de midi... Quelle heure est-il?

LE PREMIER BOURGEOIS. Il cst Certain qu'il y avait quelque chose de blanc aux pieds de la statue.

LE TROISIÈME BOURGEOIS. C'est cclai c'était un cadran !

LE PREMIER BOURGEOIS. C'cst égal, je vais voir ce qu'il en est. Je connais le concierge des tours; il me laissera monter.

LE TROISIÈME BOURGEOIS. Eh bien, j'y vais

aussi. (lU g éloignent tous deax.)

LA DAME. Moi, je vais raconter à toute la ville ce que j'ai entendu. (Eiie s'éloigne.)

LE SECOND BOURGEOIS, d'an air capable, croisaat Mi

bras sar son tablier. Croirait-ou qu'au jouT d'aujourd'boi il y a encore tant de gens superstitieux ?... Ah ! voilà maître Albertus qui vient par ici. C'est un homme que je n'aime pas à rencontrer. Il vous regarde d'une drôle de manière, et il se passe dans sa maison des choses auxquelles le diable ne comprend goutte. Oh! le juif Jonathas Taer qui vient derrière lui!... Pour le coup, je m'en vais à la maison. Je n'aime pas dii tout les gens qui courent les rues après leur mort, {ii

s'enfuit.)

Page 1