‹ Les sept cordes de la lyreChapitre 33 sur 47 · Î78 LE DIEU INCONNU · texte numérisé non relu

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bracelets d -er à la patrie et qui ne portaient que des héros dans leurs flancs. La Luxure s'est couchée sur les places publiques, et tout un sexe a été la relever pour la porter en triomphe, sous les yeux des femmes honnêtes. Si ton peuple est fidèle aux vertus antiques, si ta loi force les cœurs à la fidélité et les reins à la continence, foudroie donc cette ville impure, ô Oaliléen ! et fais-y régner une race nouvelle. Je f ai dit les horreurs de nos destinées, réponds-moi par la bouche de ton prêtre. Qu'un oracle me console ou m'enseigne. S'il faut, pour me guérir de Tennui et de là colère qui me dévorent, invoquer la magie, assister à d'épouvantables sacrifices, boire les poisons de rËrèbe, je le ferai plutôt que de retourner sans espérance à ma couche solitaire et aux tortures de ma vengeance impuissante. — J'ai parlé à ton Dieu; main* tenant, prêtre, réponds pour lui. N'avez-vous point une sibylle pour le consulter? Ah! si vous connaissez un philtre pour inspirer l'amour aux hommes, on pour l'éteindre dans le cœur des femmes, donnezle-moi, je le boirai jusqu'à la dernière goutte, dût-il porter dans mes entrailles les angoisses de la mort. Réponds, vieillard, quelle hécatombe faut-il offrir sur tes autels? Doutes- tu de mes richesses? doutes-tu de mon serment? J'immolerai à ton Christ tous les troupeaux de mes domaines; je lui enverrai tous les vases d'or de mon palais. Veux-tu mes ornements, les bandelettes de mon front, les pierreries de ma chaussure ? On dit que vous acceptez les dons du riche pour les distribuer aux pauvres, et que ces dons rendent vos dieux propices. Je ferai tout pour acquérir le trésor de Tamour, ou celui de l'oubli. — Femme infortunée, répondit Pamphile, ce que

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tu demandes n*est point en notre pouvoir. Notre Dieu ne nous confère pas le droit de travailler à satisfaire les passions humaines; il sécherait la main criminelle qui voudrait embraser ou refroidir par . des poisons le sang qu'il fait couler dans les veines de rhomme. Les serviteurs de ce Dieu de chasteté professent la chasteté à son exemple. Ceux d'entre nous qui se marient regardent la fidélité comme le devoir de Thomme aussi bien que celui de la femme, et le crime de la trahison est égal pour les deux sexes. C'est parmi les chrétiens seulement que Tamour sincère et durable peut régner. Us n'adorent qu'un maître, qui, à lui seul, résume toutes les vertus, tandis que vos païens adorent tous les vices sous la figure de diverses divinités. Ces divinités^ ma fille, ce sont les noirs démons, et, loin de les aduler et de les craindre, il faut les mépriser et les haïr. C'est au Dieu de pardon, de douceur et de pureté, que vous devez sacrifier, non des agneaux et des génisses, mais tous vos désirs de vengeance,. toutes les révoltes de votre orgueil, et tous les vains plaisirs de votre vie.

— - Ma vie est sans plaisirs et sans repos désormais, Ji'écria .la Romaine; je ne puis rien sacrifier à ton Dieu que ma haine et mes ressentiments, s'il m'accorde ces plaisirs qui me fuient, et ce repos que je demande^

— Ces plaisirs, mon Dieu ne les bénira jamais. Il les réprouve, il les défend à ceux qui ne les ont pas sanctifiés en son nom par un serment indissoluble.

•— Et quelle consolation accorde-t-il donc aux femmes délaissées ? dit Léa en se levant.

— Il leur tend les» bras, répondit le chrétien, et il les invite à se consoler dans son bein.

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*-« prêtre I dit la Romaine^ cet oracle est obiteor, et je ne le comprends pas. Puis-je aimer toa Dieu, et ton Dieu peut-il m'aimer ?

•^ Oui| ma filie^ Dieu aime tous les hommed^ car ils sont ses enfknts^ et^ quand les hommes e'abaudimlient entre eux^ il console ceux qui se réfugieDit m lui* Essaye de Tamour divin^ d Lëa, et tu y trouviru des délices si pures^ qu'elles te feront oublier toutes jcelles de la terroa

. <-« Tes oracles m'étonnent et m'épouvantent dt plus ta plus^ dit la femme en s'éloignent de Tauielt et en ramenant à demi son voile sur sa figure. L'it mour des dieux est terrible, 6 vieillard 1 et il eu I coûté cher aux mortelles qui ont osé s'y abaadofl^ ner. Sémélé fut réduite en cendres par Tëolat de II face de Jupiter, et la jalouse Junon poursuivit La* tone...

— Arrête I pauvre insensée^ et rejette ces pensé» d'ignorance et de néant. Le vrai Dieu ne descend pu aux faiblesses des hommes^ car il n'est pas re^ d'une enveloppe terrestre conune vos maîtres faim, ieux. fille du siècle f tu es engagée si avant dans les voies de Terreur, que je ne sais quelle langue te parler. Le temps me manque pour t'instruire» Veux^tu être chrétienne ?

— Comment puis-je le vouloir, si je ne suis ptf assurée d'y trouver la fin de mes douleurs?

«-* Je te promets^ au nom de l'Éternel^ la consola* lion en cette vie^ et la récompense dans Tautre.

•^ Et comment croirai-jeà tes promesses^ si je n'ai pas, dès à présent, quelque preuve de la puissaaôD de ton Dieu ?

— Demaiiderai-je donc à Dieu de te convaincre

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avec des prodiges ? dit le prêtre se perlant à lui^ même plutôt qu'à la dame romaine.

*^ Fais-le! s'écria-t-elle^etjeme.prostèrûerai«

-^ Noii) répondit Pamphile^ car ton âme est dans tas liens de rerreur, et ce n'est pas encore là voit du Ciel qui t*appdle à la conversion; c'est celle de tes passions, et elles luttent trop encore pour que tu eatendes la voix de Dieu» Écoute, femme t retourne eiiez toi, efforce-toi d'oublier l'homme quitta offensëe> el vis dans la continence* Condamne-toi à la solitude, à là retraite^ à la douleur ; offre à Dieu tes souffi-anoes ei tes ennuis, et ne te lasse pas de les supporter* Lorsque tes soufflrances te sembleront au-dessus de tes forces, n'invoque ni Vesta ni Vénus ^ oublie ces fim*' tomes ; mets-^toi à genoux et regarde le ciel où règne le Dieu vivant; alors, tu diras ces paroles : a Vrai Dieu I fais que je te connaisse et que je t*aime, car je ne veux connaître et aimer que toi. »

•^ £t alors, quel miracle fera-'Ml en ma fkveur? dit la Romaine avec étonnement.

-M La vérité descendra dans ton cœur, Tamouf divin relèvera ton couragC) le calme renaîtra dans tes sen8> et tu seras consolée;

— A jamais?

<— Non ; rhomme est feible et ne peut rien sans un continuel secours d'en haut II faudra prier toutes lés fois que tu seras affligée»

«» Et je serai consolée chaque fois?

•^ 8i tu pries avec ardeur et sineéritéi

-* Et je serai chrétienne? dit Léaaveo inquiétude. Mon époux me dénoncera et m'enverra à la mort 1

— Ces persécutions s'affkibliront, et le Christ triomphera; dit Pamphile. En attendant, ne crains

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rien, ue révèle encore à personne. ta foi nouvelle, et prie le Dieu inconnu dans le secret de ton cœur. Avant peu, tu auras soif d'instruction et de baptême; et, quand tu seras chrétienne, tu ne craindras plus le martyre. Retire-toi, l'heure est passée. Quand tu auras senti l'effet de mes promesses^ tu reviendras aux catacombes.

Le lendemain, les catacombes furent envahies, les chrétiens dispersés, et, pendant deux ans, la religion du Christ sembla étouffée dans Rome. Pamphile retourna à Césarée, et Eusèbe vint prendre sa place dans la ville de saint Pierre, muni des instructions de son ami. Il rassembla le troupeau et le trouva aug^ mente. La foi avait grandi dans les fers; la vérité s'était propagée dans Tombre, et, jusque dans les rangs dçs anciens persécuteurs, de nouveaux frères communiaient d'intention avec les fidèles.

Une esclave africaine s'approcha d'Ëusèbe^ un soir qu'il traversait la cité des Césars pour se rendre à une crypte ignorée dans la campagne. Cette femme avait longtemps marché derrière lui, et il l'avait prise i)our un espion. Aussi était-il prêt à retourner sur ses pas pour la tromper sur le but de sa promenade, lorsqu'elle lui dit :

— Au nom du Dieu de Nazareth, une dame romaine veut vous voir à ses derniers moments. Suive^ moi et ne craignez rien^ car votre Dieu est avec nous.

Eusèbe la suivit, et^ après avoir traversé, à la nuit tombante, les ombrages épais d'une magnifique maison de campagne, il fut introduit auprès de Léa. La dame romaine, dans sa robe de pourpre, et déjà froide, se souleva de son lit d'ivoire, et lui dit d'une voix éteinte :

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— Es-ta Eosèbe, Tami de Pamphile ?

— Je le suis, répondit le saint apôtre.

— Eh bien, dit la Romaine expirante, viens me donner le baptême, car je veux confesser le Diea in* OMina en moorant. Il y a deux ans que je le prie et que je pleore en invoquant son secours. Pamphile me l'avait promis; ma douleur m'est devenue chère, el mes larmes ont cessé de me brûler. J'ai vécu comme il m'a dit ; j'ai abandonné les plaisirs, et le cirque, et les festins, et les chars, et le temple des dieux impuis* sants; retirée au fond de mes jardins silencieux, j'ai prié toutes les fois que j'ai senti le regret de mes funestes joies me tourmenter, et, toutes les fois, un calme miraculeux, un étrange bonheur sont descendus en moi. Je n'ai pu être instruite dans vos mystères; il eût fallu exposer un dé vous à la persécution, et j'attendais un mdlleur moment. Mais la mort ne m'en laissera pas jouir. Je meurs, et je meurs en paix^ avec resi>érance de voir ton Dieu, car ce que Pamphile m'a prescrit, je l'ai fait : j'ai prié avec ardeur et sincérité. J'ai dit sans cesse la prière qu'il m'avait dictée : « Vrai Dieu, fais que je te connaisse et que je t'aime I... »

La parole expira sur les lèvres de Léa; Eusèbe versa l'eau sainte sur son front, où s'étendait d^à le voile livide de la mort, en lui disant :

— Que Dieu t'enseigne lui-même dans les cieux ce que tu n'as pu apprendre sur la terre f L'expiation et la sincérité sont le véritable baptême qu'il exige ici-bas.

Léa sourit, et l'esclave qui la servait, s'étonnant de la beauté sublime qui se répandait sur s>on visage, courut chercher un miroir d'acier poli et le lui présenta en s'écriant avec naïveté :

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-— ma maîtresse, ne crains pas de mourir, car voici ta jeunesse qui refleurit sur ton Visage. Ton œil brille, ta lèvre s'empourpre; le Dieu de Galilée a fait un prodige en ta faveuri et, si les hommes te voyaient en ce moment^ ils abandoDDO' raient '«toutes les femmes pour s'incliner devant toi. Lève-toi donci fais préparer toii char; je vais nouer et orner tes cheveux, César lui même t'adorera aujourd'hui.

Léa contempla son image dans I9 métal étincelant; puis^ laissant retomber son bras affaibli :

— - Si le Dieu de Galilée me rendait la vie, je ne voudrais pas retourner parmi les hommes. Je ne voudrais pas que ma beauté^ rsgeunie par son amour mystérieux, devînt le trophée souillé d'un mortel contempteur. Je sens que je meurs^ et que je vais rejoindre le foyer d'impérissable beauté appelé par le divin Platon le souverain bien. Lui aussi, il a placé aux cieux la source d'amour et de perfection... — prêtre! cette eau que tu verses sur mon front n'est-elle pas l'emblème de la source inépuisable où je vaisme désaltérer?

— Oui, ma fille, répondit le prêtre.

£t, lui parlant de rédemption et d'espérance, il 1^ vit mourir avec le sourire sur les lèvres. Le calme qu'elle avait trouvé en se vouant au culte du Dieu inconnu, el; la tranquillité de son heure dernière, frappèrent tellement l'osciave noire, qu'elle suivit Eusèbc à la crypte des chrétiens et embrassa la religion du consolateur des amantes et du rédempteur des esclaves.

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