‹ Les sept cordes de la lyreChapitre 35 sur 47 · S80 LA FILLE D'ALBANO · texte numérisé non relu

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au mendiant chargé de la besace, au pauvre artiste qui voyage à pied et qui se repose là où le ciel est beau et la campagne riante.

Lu dame du lieu, aussi hospitalière dans sa dignité de châtelaine que le manoir dont elle faisait les honneurs, était encore belle avec cet embonpoint qui ^st pour la beauté comme l*été de la Saint-Martin; ses cheveux gris, artistement frisés, faisaient un fort bon effet sous un bonnet de dentelle, et Ton aimait à voir, parmi ces boucles argentées, des roses artificielles qui semblaient défier le ridicule. En effet, la raillerie aurait expiré sur les lèvres de tout homme qui eût rencontré le regard bienveillant et le sourire affectueux de madame de Nancé, et, lorsqu'on avait pressé sa main blanche et ronde, il était impossible de se soustraire à la sympathie vraie qui était comme répandue dans l'atmosphère de cette femme excellente.

Avec les grands talents et le haut caractère d'un magistrat recommandable, Aurélien de Nancé avait toute la beauté qu'avait eue sa mère, toute la bonté de tempérament qu'elle avait encore. Une inclination marquée, en d'autres termes, une forte passion, l'avait décidé à épouser une jeune personne sans nom et sans fortune, mais telle, que la famille riche et noble des Nancé n'eût pu la repousser sans ridicule et sans injustice.

Elle était là, sans diamants ni dentelles, sans autre ornementa ses cheveux que le voile de gaze et le bouquet blanc de la fiancée; belle de grâce, de poésie et de jeunesse, Laurence n'était plus une enfant; elle connaissait déjà le monde, et pourtant, au milieu de rassemblée solennelle des grands parents,

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û\e avait une gaucherie qui trahissait son goût pour la liberté, et qui, chez elle, était une grâce de plus. Se croyait-elle oubliée, c'était une autre femme : son regard rêveur devenait imposant, et la douce gravité de son front ressemblait à la conscience modeste i*une supériorité involontaire.

C'était quelque chose de touchant que de voir rameur et le respect dont madame de Nancé et son fils entouraient Laurence, quelque chose de touchant |ue cette adoption de l'orpheline, cimentée par le sœur, avant de Fétre par la loi, que cette confiance le la femme qui, pauvre et délaissée, acceptait sans rougir les dons de son amant.

Aurélien était maire de la commune. Ne pouvant se marier lui-même, il avait mandé son adjoint, brave paysan gêné dans son habit neuf et dans la société de ses maîtres, soupirant après le moment de se débarrasser de sa cravate et de sa dignité. Mais, pour ne pas laisser de lacune entre le mariage civil et la bénédiction religieuse, on prolongeait les angoisses du bonhomme, parce que M. le curé n'était pas de retour. Le pasteur villageois avait été porter les derniers secours à un mourant fort éloigné dans la campagne, et tout le monde attendait, dans cette sorte de gêne qui s*empare de gens réunis pour jouer un rôle, et décontenancés de voir intervertir l'ordre de la représentation.

Laurence ne put résister à ce malaise, dont, moins que personne, elle avait appris à subir le supplice. Elle monta sur une terrasse parée de fleurs qui s'élevait au milieu d'un petit parc solitaire, et, là, appuyée sur le balcon, elle promena sur la campagne un regard mélancolique. C'était là son paysdésor-

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mais I Tenceinte où devaient s'enfermer ses affections, ^ ses rêves et ses espérances ! A elle une maison, des devoirs ! A cette âme libre et fière, dont le monde à ; peine était la patrie, un espace de terrain limite, des chemins qui devaient toujours porter dans le même ; jour l'empreinte de ses pas tournés vers l'horizon, et 1 l'empreinte de ces mêmes pas retournant au point de départ ! Un toit écrasé pour couvrir, chaque soir, sa tête ardente de voyages, un climat ramenant avec régularité le chaud et le froid, sans qu'elle pût jamais hâter le soleil ou se soustraire à la bise glacée 1 Dans une heure, tout serait dit. . .

Un froid mortel tomba sur son cœur.

Et puis elle pensa à Aurélien, . . L'aniour est comme la magie, il rend naturel ce qui semblait impossible. L'artiste redevint femme, et les rêves d'un autre bonheur effacèrent les regrets futiles d'un bonheur perdu .

Où trouver une âme assez forte, assez sceptique, pour hésiter devant les promesses de lamour, pour repousser ces serments si flatteurs à l'oreille et qui sont si doux au cœur? Si cette âme existe, ce n'est pas du moins celle d'une femme. Elle rêvait donc de bonheur et d'amour , lorsque des pas firent crier le sable à ses côtés .. . C'était un homme en habits de voyage, couvert de poussière; une chevelure en désordre tombait sur son front large et safrané ; sa barbe était épaisse et noire, et ses grands yeux, enfoncés sous leurs orbites, étaient vifs et brûlants comme des éclairs.

— Oh! mon Dieu! c'est toil s'écria Laurence en se jetant dans ses bras; c'est toi ! Tu as donc voulu quece jour fût le plus beau de ma vie?..;

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