‹ Les sept cordes de la lyreChapitre 39 sur 47 · LA FÎLLE D'ALBANO · texte numérisé non relu

LA FÎLLE D'ALBANO

— Ma tille? dit rtiadanie de Nancé avec etflroi.

Tous se regardèrent aveô ëtonnement.

Cependant, au bout d*une ligne blanche et pm^ dreuse qui coupait lés champs et les guéréts. Une chaise de poste Volait, rapide cottirtié le vent, et on ehtendait encore lô claquement dtl fbtièt, les cris du postillon et le bruit sourd des roues qui laissaient derrière elles des nuages de poiissièrfe.

Âurélien fut sérieusement malade; il eut des attaques de nerfs, une fièvre cérébrale, une convalescence pénible et lente.

L'année d'après, il reprit ses travaux par une tnercuriale fort remarquable : ses ariiiis crurëtii remplir un devoir en lui donnant des éloges propot'tionnés au degré d'intérêt que son malheur et son talent avaient le droit d'inspirer. Ce fut une première consolation qu'il goûta malgré lu! et presque à son insu.

L'année suivante, madame de Nancé fut malade à son tour ; Aurélien soigna sa mère avec dévouement, avec anxiété. Lorsqu'elle revint à là vie, Aurélien sentit le prix de ce qui lui restait à toutes les angoisses que là crainte de la perdre avait réveillées en lui. Ses facultés de sOuftrir n'avaient point été épuisées par la fuite de Lauirenôe; ses facultés d'aimer ne l'étaient pas non pi Us. Pendaht toute cette année, il vécut pour sa mère.

L'année suivante, il épousa une jeune demoiselle de bonne maison, qui lui apporta trente mille livres de rente, et, à force de s'entendre dire que la fortune avait une influence directe sur le bonheur, il onimença à le croire.

LA FILLE D'ALBANO i«

L'année suivante, il fut père et s'attacha à la n>èra de son fils.

L'année suîyante, il amena sa famille à Paris*

Un jour, il voulut voir les nouveaux chefs-dV^^uvre qu'Horace Vemet venait d'envoyer à Paris, La foule se pressait dans la galerie du Luxembourg ; le portrait d'une jeune tille d'Albano attirait tous les regards; sa rot)e d'un rose pâle, ses dentelles d'un blanc mat^ faisaient ressortir d'une manière neuve et fraiehe le ton solide de son chaud coloris et les ombres de son large front.

— Quelle finesse de peau I disait-on ; quelle purotô de sourcils! quelle coupe de visage I que do pensées ensevelies sous cette rêverie pieuse, de passionn cachées sous cette calme méditation t Jamais Française n'eût inspiré Tidée de cette création suave et brûlante.

Aurélien s'approcha; cette ravissante Italienne, c'était le portrait de Laurence... Il s'évanouit.

Aurélien est un homme de mérite; il sera pair de France, si la pairie devient élective, ou ministre, si ]e ministère devient plus national.

GLÉOPATRE

Cléopâtre est un type double, également remarquable par son côté moral et par son côté historique. Dans Tordre moral, elle représente la passion pure ; dans Tordre historique, la tyrannie pure. Et nécessairement ces deux ordres se mêlent et s'identifient presque. Cléopâtre aime Antoine avec ardeur, avec caprice, avec peur, avec insolence, comme peutaimer seulement une Égyptienne, et une Égyptienne reine, esclave de Rome, despote de son peuple. De pudeur fausse ou vraie, pas Tapparence. £t cela la distingue autant comme femme que comme reine.

Voyez quel contraste elle forme avec la rivale qu'elle déteste t Octavie est bien la matrone romaine, belle, grave, pure, froide ; la femme qui n'est sortie de la maison paternelle que pour entrer sous le toit conjugal ; qui, devenue veuve, est allée demander à son frère la protection que lui donnait auparavant son mari; la femme qui pourrait sans crainte attacher sa ceinture immaculée à la galère sacrée, certaine de Tentrainer . sur ses pas. Pour elle, la liberté n'est qu un nom, l'amour n'est qu'un devoir. La chasteté est la déesse qui préside à sa vie, comme à celle de

Page 1