‹ Les sept cordes de la lyreChapitre 42 sur 47 · FRAGMENT D'UNE LETTRE · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'UNE LETTRE

beaux, dans tous les pays du monde, et, ici, ils sont jetés sur des mouvements de terrain toujours pittoresques quoique toujours praticables. Ce n'est pas un mince agrément que de pouvoir grimper partout, même à cheval, et d'aller chercher les fleurs et les p^pillop^ là où ils vous testent.

Ges longues promenades, ces jours entiers au grand air sont loujours de mon goût, et cette profonde solitude, ce solennel silence à quelques heures de Paris sont inappréciables. Nous vivons d'un pain, d'un poulet froid et de quelques fruits que nous emportons avec les livres, les albums et les boîtes à insectes. Quelles noctuelles, quels bombyx endormis et comme collés sur l'écorce des arbres I Quelles récoltes! et quel plaisir de les étaler le soir sur la table t

Nous ne connaissons personne à la ville. Nous avons un petit appartement très-propre et très -commode dans un hôtel qui est à rentrée dQ h forât , (Bt dont l'hôtesse, madame Duponceau, est upe charmante hôtesse. J*y travaille le soir quand mon garçon ropfle, et ce gros sommeil mb réjouit ^or^ille. Je qe sais pas trop, moi, quand je dors. Je n'y peqse p^s. Du reste, je vis de la vie rationnelle poiir la vfiojpaent ; je vis dans les arbres, dans le soleil, dm^ le3 bruyères, dans le mouvement et le repos da la nature, dans l'instinct et le sentiment, 4âns mon Qls surtout, qui se p]a|t à cette vie-là autant qua mQi,^( qui m'ep f^it JQuir doublement.

Quelle belle chose que cette forêt ! Séfta^ppur Ta bien décrite dans certaines p^ges où il veut bien céf:}pr au charme qui s'empara de lui. Su peinture Ijirge et bieu tranchée est encore ce qui rasump le n^JPU^L certains aspects. Mais il ne rend pas justice, dans toutes ses

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lettres, à ce be^u lieu. |1 le rapetisse comn^e s*il avait peur de le trop admirer. Il le voit à travers son spleen, Il veut qu*on sache bien que c§ n'est pas vaste et accidenté comme la Suisse. Â quel propos fait-il ea parallèle, je ne sais. Certes, en tai^t que yt^qnt^r gnes, celles-ci ne sont pas des Alpes; mais, en tant que bois charmants, les grands pins de la Suisse n'ont pas les qualités propres à la nature de notre forêt, nature à la fois mélancolique et riante , et qui ne ressemble qu'à elle-même. On veut toujours comparer : c'est un tort qu'on se fait, c'est une guerre puérile à sa propre puissance. Ce qui est beau d'une certaine façon n'est ni plus ni moins beau que ce qui est beau d'une manière toute différente. Pour moi, je passerais ma vie ici sans regretter la Suisse, et réciproquement. Là où Ton se trouve bien, je ne comprends pas le besoin du mieux. Je ne sais pas si le proverbe est vrai d'une manière absolue. Je ns crois pas qu'il en ait la prétention, car les sentences sont toujours relatives. Mais, en fait de locomotion, de curiosité, de jouissance personnelle , je croirais volontiers que le regret ou le désir du mieux est un leurre de l'imagination malade. C'était bien le fait de Sénancour. Obermann est un génie malade. Je l'ai bien aimé, je l'aime encore, ce livre étrange, si admirablement mal fait ; mais j'aime encore mieux un bel arbre qui se porte bien.

Il faut de tout cela : des arbres bien portants et des livres malades, des choses luxuriantes et des esprits désolés. Il faut que ce qui ne pense pas demeure éternellement beau et jeune, pour prouver que la prospérité a ses lois absolues en dehors de nos lois relatives et factices, qui nous font vieux et laids avant l'heure.

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Il faut que ce qui pense souffre, pour prouver que nous vivons dans des conditions fausses, en désaccord avec nos vrais besoins et nos vrais instincts. Aussi, toutes ces choses magnifiques qui ne pensent pas donnent beaucoup à penser «

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