‹ Les sept cordes de la lyreChapitre 43 sur 47 · FLEURS DE MM · texte numérisé non relu

FLEURS DE MM

Belles fleurs de mai, orgueil et jeunesse de la terre, je ne vous aime plus, vous que j'ai tant aimées ! Vos parfums ne m'enivrent plus; les brises qui vous caressent ne réveillent plus l'ange de ma poésie^ qui reposait naguère au fond de vos riants calices. Gardez-le parmi vous, cet ange trop jeune qui ne me connaît plus i qu'il consacre avec vous, dans le secret des nuits printanières, ces divins hyménées que je savais surprendre et chanter autrefois; initiez quelque autre enfant des hommes à vos chastes mystères. Mon esprit a perdu sa candeur ; la sainte ignorance du poète n^habite plus avec moi. Belles fleurs de mai, je ne vous aime plus, vous que j'ai tant aimées !

Jacinthe blanche au cœur vert, toi qui me parus un symbole d'espérance et de pureté, et qui me fis verser des larmes sur ma colère, je ne t'ai point oubliée! tu naquis et mourus pour moi seul; tu fus pour moi plus qu'une fleur, plus qu*un ami, tu fus le mystérieux langage de Dieu. Tu me parlas pendant trois nuits, et tu m'enseignas des choses que je ne savais pas. Mais tes sœurs fleurissent loin de moi, et

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je n'ai rien à leur deniander qu'elles puissent me donner; car le temps n'est plus où j'étais poète, c'est-à-dire seul dans k nature avec la beauté. Je suis ]|<)m)[n^; l'homme a besoin des ai^tres hommcfs; sa vie est liée à celle de ses frères, et, si les hommes tuent son âme, c'est en vain que la nature sera féconde, c'est en vain que la terre reverdira et que les fleurs seront belles. Jacinthe blanche au cœur vert, jene t'ai point oubliée; tu m'as enseigné bien des choses du ciel, mais tu ne m'as rien révélé des maux de la terre.

Cyclamen de la Brenta, sauge du Tyrol, gentiane du mont Blanc, je vous ai confié des douleurs que je n'aurais pas essayé de raconter aux hommes. J'étais seul avec mon ennui ; je ne demandais rien, je n'aspirais à rien dans la société de mes semblables ; j*étais naïf, j'étais égoïste comme Fune d'entre vous. Je ne souffrais que de me sentir froissé par le vent; je n-avais d'ennemi que Torage qui courbaîl ma tête, ou que la sécheresse qui flétrissait mon sein. Vous pouviez, dans ce temps-là, me comprendre et me consoler; je ne demandais au ciel que ce qu41 vous accorde : la puissance d'exister, la faculté d*être par soi-même et pour soi-même. Je n^avais d'autre besoin que celui qui vous fait éclore, vivre afin de vivre. Vos grâces éternellement jeunes, votre beauté éternellement riche répondaient aux aspirations de ma jeunesse aveugle. Je pouvais reprendre confiance en Dieu, comme le fait chaque créature bornée au sentiment de sa propre existence. Fleurs du torrent, filles des montagnes et des glaciers, je ne saurais plus vous confier les douleurs que Ton peut raconter aux hommes.

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