Les sept discours touchant les dames galantes. Publiés
oiCY une question , en matière d'amours, qui meriteroit un plus profond et meilleur discoureur que moj , sça- Yoir : qui contente plus en la jouissance d'amour, ou le tact qui est l'attouchement , ou la parole, ou la veue ? M. Pasquier, très-grand personnage certes en sa jurisprudence, qui est sa profession, comme en autres belles et humaines sciences, en fait un discours dans ses lettres qu'il nous a laissé par escrit; mais il y a esté par trop bref, et, pour estre si grand homme, il ne devoit tant làdessus espargner sa belle parole comme il a fait : car, s'il l'eust voulue un peu eslargir et en dire bien au vray et au naturel ce qu'il en eust sceu bien Brantôme. II. i
dire, sa lettre qu'il en a fait là-dessus en fust esté cent fois bien plus plaisante et agréable.
Il en fonde son discours principal sur quelques rimes anciennes du comte Thibaud de Champagne, lesquelles je n'avois jamais veues , sinon ce petit fragment que ce M. Pasquier produit là. Et trouve que ce bon et brave ancien chevallier dit très-bien, non en si bons termes que nos gallants poètes d'aujourd'huy, mais pourtant en tres-bon sens et bonnes raisons : aussi avoit-il un très-beau et digne sujet pourquoy il disoit si bien, qui estoit la reine Blanche de Castille, mère de saint Louis, de laquelle il fut aucunement espris, voire beaucoup, et l'avoit prise pour maistresse. Mais, pour cela, quel mal et quel reproche pour cette reine? Encor qu'elle fust esté tres-sage et vertueuse, pouvoitelle engarder le monde de l'ajmer et brusler au feu de sa beauté et de ses vertus, puisque c'est le propre de la vertu et d'une perfection que de se faire aymer? Le tout est ne se laisser aller à la volonté de celuy qui ayme.
Voilà pourquoy il ne faut trouver estrange ny blasmer cette reine si elle fut tant aymée, et que, durant son règne et son autorité, il y ait eu en France des divisions et séditions et guerres : car, comme j'ay ouy dire à un très-grand personnage, les divisions s'esmouvent autant pour l'amour que pour les brigues de l'Estat, et, du temps de nos pères, il se disoit un proverbe ancien : que « tout le monde en vouloit du c. de la reine folle ».
Je ne sçay pour quelle reine ce proverbe se fit, comme, possible, fit ce comte Thibaud, qui, possible, ou pour n'estre bien traitté d'elle comme il vouloit, ou qu'il en fust desdaigné, ou un autre mieux aymé que luj, conceut en soy ces dépits qui le précipitèrent et firent perdre en ces guerres et tumultes : ainsi qu'il arrive souvent, quand une belle ou grande reine, ou dame, ou princesse, se met à régir un Estât, un chacun désire la servir, honnorer et respecter, autant pour avoir l'heur d'estre bien venu d'elle et estre en ses bonnes grâces comme de se vanter de régir et gouverner r Estât avec elle et en tirer du profit. J'en alleguerois quelques exemples, mais je m'en passeray bien.
Tant y a que ce comte Tibaut prit sur ce beau sujet, que je viens de dire, à bien escrire, et, possible, à faire cette demande que nous représente M. Pasquier, auquel je renvoyé le lecteur curieux, sans en toucher icy aucunes rimes, car ce ne seroit qu'une superfluité. Maintenant il me suffira d'en dire ce qu'il m'en semble, tant de moy que de l'advis des plus gallants que moy.
Or, quant à l'attouchement, certainement il faut advouer qu'il est tres-delectable, d'autant que la perfection de l'amour c'est de jouir, et ce jouir ne se peut faire sans l'attouchement : car, tout ainsi que la faim et la soif ne se peut soulager et appaiser, sinon par le manger et le boire, aussi l'amour ne se passe ny par l'ouye ny par la veue, mais par le
toucher, l'embrasser, et par l'usage de Venus. A quoy lebadin fat DiogenesCinicus rencontra badinement, mais salaudement pourtant, quand il souhaittoit qu'il pust abattre sa faim en se frottant le ventre, tout ainsi qu'en se frottant la verge il passoit sa rage d'amour. J'eusse voulu mettre cecy en paroles plus nettes, mais il le faut passer fort légèrement. Ou bien comme fit cet amoureux de Lamia, qui, ayant esté par trop excessivement rançonné d'elle pour jouir de son amour, n'y put ou n'y voulut entendre; et, pour ce, s'advisa, songeant en elle, se corrompre, se polluer, et passer son envie en son imagination: ce qu'elle ayant sceu, le fit convenir devant le juge qu'il eust à l'en satisfaire et la payer; lequel ordonna qu'au son et tintement de l'argent qu'il luy monstreroit elle seroit payée, et en passeroit ainsi son envie, de mesme que l'autre, par songe et imagination, avoii passé la sienne.
Il est bien vray que l'on m'alléguera force espèces de Venus que les philosophes anciens déguisent; mais, de ce, je m'en rapporte à eux et aux plus subtils qui en voudront discourir. Tant y a, puisque le fruit de l'amour mondain n'est autre chose que la jouissance, il ne faut point la penser bien avoir qu'en touchant et embrassant. Si est-ce que plusieurs ont bien eu opinion que ce plaisir estoit fort maigre sans la veue et la parole; et de ce nous en avons un bel exemple dans les Cent Nouvelles de la reine de Navarre, de cet honneste gentilhomme, lequel, ayant jouy plusieurs fois de
cette honneste dame, de nuict , bouchée avec son touret de nez (car les masques n'estoyent encores en usage) en une gallerie sombre et obscure, encor qu'il cogneust bien au toucher qu'il n'y avoit rien que bon , friant et exquis , ne se contenta point de telle faveur, mais voulut sçavoir à qui il avoit à faire : par quoy, en l'embrassant et la tenant un jour, il la marqua d'une craye au derrière de sa robbe qui estoit de velours noir; et puis le soir, qui estoit après souper (car leurs assignations estoyent à certaine heure assignée), ainsi que les femmes entroyent dans la salle du bal, il se mit derrière la porte, et, les espiant attentivement passer, il vid entrer la sienne marquée sur l'espaule, qu'il n'eust jamais pensé : car, en ses façons, contenances et paroles, on l'eust prise pour la Sapience de Salomon, et telle que la reine la décrit.
Qui fut esbahy? Ce fut ce gentilhomme, pour sa fortune assise sur une femme qui n'eust jamais creu moins d'elle que de toutes les femmes de la cour. Vray est qu'il voulut passer plus outre, et ne s'arrester là : car il luy voulut le tout descouvrir, et sçavoir d'elle pourquoy elle se cachoit ainsi de luy, et se faisoit ainsi servir à couvert et cachettes; mais elle, tres-biert rusée, nia et renia tout jusques à sa part de paradis et la damnation de son ame, comme est la coustume des dames quand on leur va objicer des choses de leur cas qu'elles ne veulent qu'on les sçache, encores qu'on en soit bien certain et qu'elles soyent tres-vrayes.
Elle s'en dépita, et par ainsi ce gentilhomme perdit sa bonne fortune. Bonne, certes elle l'estoit : car la dame estoit grande, et valloit le faire; et, qui plus est, parce qu'elle faisoit de la sucrée, de la chaste, de la prude, de la feinte, en cela il pouvoit avoir double plaisir : l'un pour cette jouissance si douce, si bonne et si délicate; et le second, à la contempler souvent devant le monde en sa mixte cointe mine, froide et modeste, et sa parole toute chaste, rigoureuse et rechignarde, songeant en soy son geste lascif, follastre maniement et paillardise, quand ilz estoyent ensemble.
Voilà pourquoy ce gentilhomme eut grand tort de luy en avoir parlé; mais devoit tous] ours continuer ses coups et manger sa viande, aussi bien sans chandelle qu'avec tous les flambeaux de sa chambre. Bien devoit-il sçavoir qui elle estoit; et en faut louer sa curiosité, d'autant que, comme dit le conte, il avoit peur avoir à faire avec quelque espèce de diable : car volontiers ces diables se transforment et prennent la forme des femmes pour habiter avec les hommes, et les trompent ainsi; auxquels pourtant, à ce que j'ay ouy dire à aucuns magiciens subtils, est plus aisé de s'accommoder de la forme et^ visage 'de la femme que non pas de la parole.
Voilà pourquoy ce gentilhomme avoit raison de la vouloir voir et connoistre; et, à ce qu'il disoit luy-mesme , l'abstinence de la parole luy faisoit plus d'appréhension que la veue, et le mettoit en
resverie de M"" le diable; dont en cela il monstra qu'il craignoit Dieu.
Mais, après avoir le tout descouvert, il ne devoit rien dire. Mais quoy ! ce dira quelqu'un, l'amitié et l'amour n'est point bien parfaitte si on ne la déclare et du cœur et de la bouche; et, pour ce, ce gentilhomme la luy vouloit faire bien entendre; mais il n'y gaigna rien , car il y perdit tout. Aussi qui eust cogneu l'humeur de ce gentilhomme , il sera pour excusé , car il n'estoit si froid ny discret pour jouer ce jeu et se masquer d'une telle discrétion; et , à ce que j'ay ouy dire à ma mère, qui estoit à la reine de Navarre et qui en sçavoit quelques secrets de ses Nouvelles, et qu'elle en estoit l'une des devisantes, c'estoit feu mon oncle de La Chastaigneraye, qui estoit brusq, prompt et un peu voilage.
Le conte est déguisé pourtant pour le cacher mieux : car mondict oncle ne fut jamais au service de la grand princesse, maistresse de cette dame, ouy bien du roy son frère; et si n'en fut autre chose, car il estoit fort aymé et du roy et de la princesse.
La dame, je ne la nommeray point, mais elle estoit veufve et dame d'honneur d'une très-grand princesse, et qui sçavoit faire la mine de prude plus que dame de la cour.
J J'ay ouy conter d'une dame de la cour de nos derniers rois, que je cognois, laquelle, estant amoureuse d'un fort honneste gentilhomme de la
cour, vouloit imiter la façon d'amour de cette dame précédente ; mais , autant de fois qu'elle venoit de son assignation et de son rendez-vous, elle s'en alloit à sa chambre , et se faisoit regarder à l'une de ses filles ou femmes de chambre de tous costez, si elle n'estoit point marquée; et, par ce moyen, se garda d'estre mesprise et recogneue. Aussi ne fut-elle jamais marquée qu'à la 9^ assignation, que la marque fut aussitost descouverte et recogneue de ses femmes. Et, pour ce, de peur d'estre escandalisée et tomber en opprobre, elle brisa là, et oncques puis ne tourna à l'assignation.
Il eust mieux valu (ce dit quelqu'un) qu'elle luy eust laissé faire ces marques tant qu'elle eust voulu, et autant de faites les deffaire et effacer; et pour ce eust eu double plaisir : l'un , de ce contentement amoureux, et l'autre, de se mocquer de son homme, qui travailloit tant à ceste pierre philosophale pour la descouvrir et cognoistre , et n'y pouvoit jamais parvenir.
5 J'en ay ouy conter d'une autre du temps du roy François, de ce beau escuyer Gruffy, qui estoit un escuyer de l'escurie dudict roy, et mourut à Naples au voyage de M. de Lautrec, et d'une très-grand dame de la cour, dont en devint tresamoureuse : aussi estoit-il très-beau et ne l'appelloit-on ordinairement que le beau Gruffy, dont j'en ay veu le pourtrait qui le monstre tel.
Elle attira un jour un sien vallet de chambre en
qui elle se fîoit, pourtant incogneu et non veu, en sa chambre, qui luj vint dire un jour, luj bien habillé qu'il sentoit son gentilhomme, qu'une treshonneste et belle dame se recommandoit à luy, et qu'elle en estoit si amoureuse qu'elle en souhaittoit fort Tacointance plus que d'homme de la cour, mais par tel si qu'elle ne vouloit, pour tout le bien du monde, qu'il la vist ny la cogneust; mais qu'à l'heure du coucher, et qu'un chacun de la cour seroit retiré, il le viendroit quérir et prendre en un certain Heu qu'il luy diroit, et de là il le meneroit coucher avec cette dame ; mais par tel pache aussi qu'il luy Youloit bouscher les yeux avec un beau mouchoir blanc, comme un trompette qu'on meine en ville ennemie, afin qu'il ne pust voir ny reconnoistre le lieu ny la chambre là où il le meneroit, et le tiendroit tousjours par les mains afin de ne défaire ledict mouchoir : car ainsi luy avoit commandé sa maistresse luy proposer ces conditions, pour ne vouloir estre cogneue de luy jusques à quelque temps certain et prefix qu'il luy dit et luy promit; et, pour ce, qu'il y pensât et advisât bien s'il y vouloit venir à cette condition, afin qu'il luy sceust dire l'endemain sa response : car il le viendroit quérir et prendre en un lieu qu'il luy dit, et surtout qu'il fust seul; et il le meneroit en une part si bonne qu'il ne s'en repentiroit point d'y estre allé.
Voilà une plaisante assignation et composée d'une estrange condition. J'aymerois autant celle-là
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d'une dame espagnole, qui manda un à une assignation, mais qu'il portast avec luy trois S. S. S., qui estoyent à dire, sabio, solo, segreto : sage, seul, secret. L'autre luy manda qu'il iroit, mais qu'elle se garnist et fournist de trois F. F. F., qui sont qu'elle ne fust fea, flaca ny fria : qui ne fust ny laide, flacque ny froide.
Attant le messager se départit d'avec Gruffy. Qui fut en peine et en songe ? Ce fut luy, ayant grand sujet de penser que ce fust quelque partie jouée de quelque ennemy de cour, pour luy donner quelque venue, ou de mort ou de charité envers le roy. Songeoit aussi quelle dame pouvoitelle estre, ou grande, ou moyenne, ou petite, ou belle, ou laide, qui plus luy faschoit; encores que tous chats sont gris la nuict, ce dit-on, et tous c... sont c... sans clarté. Par quoy , après en avoir conféré à un de ses compagnons des plus privez, il se résolut de tenter la risque^ et que, pour l'amour d'une grande, qu'il presumoit bien estre, il ne falloit rien craindre ny appréhender. Par quoy, le lendemain que le roy, les reines, les dames et tous et toutes de la cour, se furent retirez pour se coucher, ne faillit de se trouver au lieu que le messager luy avoit assigné, qui ne faillit aussitost l'y venir trouver avec un second, pour luy ayder à faire le guet si l'autre n'estoit point suivy de page, ny de laquais, ny vallet, ny gentilhomme. Aussitost qu'il le vit, luy dit seulement : « Allons, Monsieur, Madame vous attend. « Sou-
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dain il le banda, et le mena par lieux obscurs, estroits, et traverses incogneues, de telle façon que l'autre luy dit franchement qu'il ne sçavoit là où il le menoit ; puis l'entra dans la chambre de la dame, qui estoit si sombre et si obscure qu'il ne pouvoit rien voir ny cognoistre, non plus que dans un four.
Bien la trouva-il sentant à bon, et très-bien parfumée, qui luy fît espérer quelque chose de bon; par quoy le fît deshabiller aussitost, et luymême le deshabilla; et après le mena par la main (luy ayant osté le mouchoir) au lict de la dame, qui l'attendoit en bonne dévotion; et se mit auprès d'elle à la taster, l'embrasser, la caresser, où il n'y trouva rien que tres-bon et exquis , tant à sa peau qu'à son linge et lict tres-superbe , qu'il tastonnoit avec les mains; et ainsi passa joyeusement sa nuict avec cette belle dame, que j'ay bien ouy nommer. Pour fîn, tout luy contenta en toutes façons; et cognent bien qu'il estoit trèsbien hébergé pour cette nuict; mais rien ne luy faschoit , disoit-il , sinon que jamais il n'en sceut tirer aucune parole. Elle n'avoit garde, car il parloit assez souvent à elle le jour, comme aux autres dames, et, pour ce, l'eust cogneue aussitost. De follatreries, de mignardises, de carresses, d'attouchemens , et de toute autre sorte de démonstrations d'amour et paillardises, elle n'y espargnoit aucune : tant y a qu'il se trouva bien.
Le lendemain, à la pointe du jour, le messager
ne faillit le venir esveiller, et le lever et habiller, le bander et le retourner au lieu où il l'avoit pris, et recommander à Dieu jusques au retour, qui seroit bien tost. Et ne fut sans luy demander s'il luy avoit menty, et s'il se trouvoit bien de l'avoir creu, et ce qui luy en sembloit de luy avoir servy de fourrier, et s'il luy avoit donné bon logement.
Le beau Grufîy, après l'avoir remercié cent fois, luy dit adieu , et qu'il seroit tousjours prest de retourner pour si bon marché, et revoler quand il voudroit; ce qu'il fit, et la feste en dura un bon mois , au bout duquel fallut à Gruffy partir pour son voyage de Naples, qui prit congé de sa dame et luy dist adieu à grand regret, sans en tirer d'elle un seul parler aucunement de sa bouche, sinon souspirs et larmes, qu'il luy sentoit couler des yeux. Tant y a qu'il partit d'avec elle sans la cognoistre nullement ny s'en appercevoir.
Depuis on dit que cette dame pratiqua cette vie avec deux ou trois autres de cette façon, se donnant ainsi du bon temps. Et disoit-on qu'elle s'accommodoit de cette astuce, d'autant qu'elle estoit fort avare, et par ainsi elle espargnoit le sien et n'estoit sujette à faire presens à ses serviteurs : car enfin toute grand dame pour son honneur doit donner, soit peu ou prou, soit argent, soit bagues ou joyaux, ou soyent riches faveurs. Par ainsi, la gallante se donnoit à son c. joye, et espargnoit sa bourse, en ne se manifestant seulement qu'elle estoit; et, pour ce, ne se pouvoit estre reprise de
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ses deux bourses, ne se faisant jamais cognoistre. Voilà terrible humeur de grand dame !
Ancuns en trouveront la façon bonne , autres la blasmeront, autres la tiendront pour tres-excorte; aucuns l'estimeront bonne mesnagere; mais je m'en rapporte à ceux qui en discourront mieux que moy : si est-ce que cette dame ne peut encourir tel blasme que cette reine qui se tenoit à l'hostel de Nesle à Paris, laquelle faisant le guet aux passans, et ceux qui luy revenoyent et agreoient le plus, de quelques sortes de gens que ce fussent, les faisoit appeller et venir à soy; et, après en avoir tiré ce qu'elle en vouloit, les faisoit précipiter du haut de la tour, qui paroist encores, en bas en l'eau, et les faisoit noyer.
Je ne peux dire que cela soit vray; mais le vulgaire (au moins la pluspart de Paris) l'afferme; et n'y a si commun , qu'en luy monstrant la tour seulement, et en l'interrogeant, que de luy-mesme ne le dye.
Laissons ces amours, qui sont plustost des avortons que des amours , lesquelles plusieurs de nos dames d'aujourd'huy abhorent, comme elles en ont raison, voulant communiquer avec leurs serviteurs, et non comme avec rochers ou marbres; mais, après les avoir bien choisis, se sçavent bravement et gentiment faire servir et aymer d'eux. Et puis, en ayant cogneu leurs fîdelitez et loyale persévérance, se prostituent avec eux par une fervente amour, et se donnent du plaisir avec eux, non en
masques, ny en silence, ny mueites, ny parmy les nuicts et ténèbres; mais en beau plain jour se font voir, toucher, taster, embrasser, et les entretienent de beaux et lascifs discours , de mots follastres et paroles lubriques. Quelquesfois pourtant s'aydent de masques : car il y a plusieurs dames qui quelques fois sont contraintes d'en prendre en le faisant, si c'est au hasle qu'elles le facent, de peur de se gaster le teint, ou ailleurs, afin que, si elles s'eschauffent par trop, et si sont surprises, qu'on ne connoisse leur rougeur, ny leur contenance estonnée, comme j'en ay veu ; et le masque cache tout; et ainsi trompent le monde.
■^ J'ay ouy dire à plusieurs dames et cavalliers qui ont mené l'amour, que, sans la veue et la parole, elles aymeroyent autant ressembler les bestes brutes, lesquelles, par un appétit naturel et sensuel, n'ont autre soucy ne amitié que de passer leur rage et chaleur.
Aussi ay-je ouy dire à plusieurs seigneurs et gallants gentilshommes qui ont couché avec de grandes dames, ils les ont trouvées cent fois plus lascives et desbordées en paroles que les femmes communes et autres. Elles le peuvent faire à finesse, d'autant qu'il est impossible à l'homme, tant vigoureux soit-il, de tirer au collier et labourer tousjours; mais, quand il vient à la pose et au relasche, il trouve si bon et si appétissant quand sa dame l'entretient de propos lascifs et mots folastrement prononcez, que, quand Venus seroit la
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plus endormie du monde, soudain elle est esveillée; mesmes que plusieurs dames, entretenant leurs amants devant le monde, fust aux chambres des reines et princesses et ailleurs, le[s] pipoyent, car elles leur disoyent des paroles si lascives et si friandes qu'elles et eux se corrompoyent comme dedans un lict; nous, les arregardans, pensions qu'elles tinssent autre propos.
C'est pourquoy Marc Antoine ayma tant Cleopatra et la préféra à sa femme Octavia, qui estoit cent fois plus belle et aymable que la Cleopatre; mais cette Cleopatre avoit la parole si affettée et le mot si à propos, avec ses façons et grâces lascives, qu'Antoine oublia tout pour son amour.
Plutarque nous en fait foy, sur aucuns brocards ou sobriquets qu'elle disoit si gentiment, que Marc Antoine, la voulant imiter, ne ressembloit en ses devis (encore qu'il voulust fort faire du gallant) qu'un soldat et gros gendarme, au prix d'elle et sa belle fraze de parler.
Pline fait un conte d'elle que je trouve fort beau, et, par ce, je le repeteray icy un peu. C'est qu'un jour, ainsi qu'elle estoit en ses plus gaillardes humeurs, et qu'elle s'estoit habillée à l'advenant et à l'advantage, et surtout de la teste, d'une guirlande de diverses fleurs convenante à toute paillardise, ainsi qu'ilz estoyent à table, et que Marc Antoine voulut boire, elle l'amusa de quelque gentil discours, et, cependant qu'elle parloit, à mesure elle arrachoit de ses belles fleurs de sa guirlande, qui
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neantmoins estoyent toutes semées de poudres empoisonnées, et les jettoit peu à peu dans la coupe que tenoit Marc Antoine pour boire; et, ayant achevé son discours, ainsi que Marc Antoine voulut porter la coupe au bec pour boire, Cleopatre luy arreste tout court la main, et, ayant apposté un esclave ou criminel qui estoit là prés, le fit venir à luy, et luy fit donner à boire ce que Marc Anthoine alloit avaller, dont soudain il en mourut; et puis, se tournant vers Marc Antoine, luy dit : « Si je ne vous aymois comme je fais, je me fusse maintenant défaite de vous, et eusse fait le coup volontiers, sans que je voys bien que ma vie ne peut estre sans la vostre. » Cette invention et cette parole pouvoyent bien confirmer Marc Antoine en son amitié, voire le faire croupir davantage aux costez de sa charnure.
Voilà comment servit l'éloquence à Cleopatre, que les histoires nous ont escrite très-bien disante : aussi ne l'appelloit-il que simplement la Reine, pour plus grand honneur, ainsi qu'il escrit à Octave César, avant qu'ils fussent déclarez ennemis. « Qui t'a changé, dit-il, pour ce que j'embrasse la Reine? Elle est ma femme. Ay-je commancé dès ast'heure? Tu embrasse Drussille, Tortale, Lerontile, ou Rufile, ou Salure Litiseme, ou toutes : que t'en chaut-il sur quelle tu donne, quand l'envie t'en prend? «
Par là Marc Antoine louoit sa constance et blasmoit la variété de l'autre d'en aymer tant au
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coup, et luy n'aymoit que sa reine; dont je m'estonne qu'Octave ne l'ayma après la mort d'Antoine. Il se peut faire qu'il [en jouit] quand il la vit et la fit venir seule en sa chambre, et qu'elle l'harangua : possible qu'il n'y trouva pas ce qu'il pensoit, ou la mesprisa pour quelque autre raison, et en voulut faire son triomphe à Rome et la monstrer en parade; à quoy elle remédia par sa mort advancée.
Certes, pour tourner à nostre dire premier, quand une dame se veut mettre sur l'amour, ou qu'elle y est une fois bien engagée, il n'y a orateur au monde qui die mieux qu'elle. Voyez comme Sophonisba nous a esté descrite de Tite-Live, et d'Apian et d'autres, si bien disante à l'endroit de Massinissa, lorsqu'elle vint à luy pour l'aymer, gaigner et reclamer, et après quand il luy fallut avaller le poison. Bref, toute dame, pourestre bienaymée, doit bien parler; et volontiers on en voit peu qui ne parlent bien et n'ayent des mots pour esmouvoir le ciel et la terre, et fust-elle glacée en plein hyver.
Celles surtout qui se mettent à l'amour, et si elles ne sçavent rien dire, elles sont si dessavourées que le morceau qu'elles vous donnent n'a ny goust ny saveur; et, quand M. du Bellay, parlant de sa courtisanne et déclarant ses mœurs, dit qu'elle
estoit
Sage au parler, et folastre à la couche,
cela s'entend en parlant devant le monde et en- Brantôme. II. 3
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tretenant l'un et l'autre; mais, lorsque l'on est à part avec son amy, toute gallante 'dame veut estre libre en sa parole et dire ce qui luy plaist, afin de tant plus esmouvoir Venus.
J'ay ouy faire des contes ^à plusieurs qui ont jouy de belles et grandes dames, ou qui ont esté curieux de les escouter parlant avec d'autres dedans le lict, qu'elles estoyent aussi libres et folles en leur parler que courtisannes qu'on eust sceu connoistre; et qui est un cas admirable est que, pour estre ainsi accoustumées à entretenir leurs marys ou leurs amis de mots, propos et discours sallaux et lascifs, mesmes nommer tout librement ce qu'elles portent au fonds du sac, sans farder; et pourtant, quand elles sont en leurs discours, jamais ne s'extravaguent , ny aucun de ces mots sallaux leur vient à la bouche. Il faut bien dire qu'elles se sçavent bien commander et dissimuler : car il n'y a rien qui frétille tant que la langue d'une dame ou fille de joye.
Si ay-je cogneu une tres-belle et honneste dame de par le monde, qui, devisant avec un honneste gentilhomme de la cour des affaires de la guerre durant ces civiles, elle luy dit : « J'ay ouy dire que le roy a faict rompre tous les c... de ce pays là. » Elle vouloit dire les ponts. Pensez que, venant de coucher d'avec son mary, ou songeant à son amant, elle avoit encor ce nom frais en la bouche ; et le gentilhomme s' en eschauffa en amours d'elle pour ce mot.
y Une autre dame que j'ay cogneu, entretenant une autre grand dame plus qu'elle, et luy louant et exaltant ses beautez, elle luy dit après : «Non, Madame, ce que je vous en dys, ce n'est point pour vous adultérer » ; voulant dire adulater^ comme elle le r'habilla ainsi : pensez qu'elle songeoit à l'adultère et à adultérer.
Bref, la parole en jeu d'amours a une trèsgrande efficace, et oii elle manque le plaisir en est imparfait : aussi, à la vérité, si un beau corps n'a une belle ame, il ressemble mieux son idole qu'un corps humain; et, s'il se veut faire bien aymer, tant beau soit-il, il faut qu'il se face seconder d'une belle ame; que s'il ne l'a de nature, il la faut façonner par art.
5 Les courtisannes deRomesemocquentfortdes gentilles dames de Rome, lesquelles ne sont apprises à la parole comme elles; et disent que chiavano corne cani, ma che sono quiète délia bocca corne sassi.
Voilà pourquoy j'ay cogneu beaucoup d'honnestes gentilshommes qui ont refusé l'acointance de plusieurs dames, je vous dis très-belles, parce qu'elles estoyent idiotes, sans ame, sans esprit et sans parole, et les ont quittées tout à plat; et disoyent qu'ils aymoyent autant avoir à faire avec une belle statue de quelque beau marbre blanc, comme celuy qui en ayma une à Athènes jusques à en jouir. Et, pour ce, les estrangers qui vont par pays ne se mettent à guieres aymer les femmes
estrangeres, ny volontiers s'encaprichent pour elles, d'autant qu'ilz ne s'entendent point, ny leur parole ne leur touche aiïcunement au cœur ; j'entends ceux qui n'entendent leur langage; et, s'ils s'accostent d'elles, ce n'est que pour contenter autant nature, et esteindre le feu naturel bestialement, et puis andar in harca, comme dist un Italien. Un jour, desembarqué à Marseille, allant en Espagne, et demandant où il y avoit des femmes, on luy monstre un lieu où se faisoit le bal de quelques nopces. Ainsi qu'une dame le vint accoster et arraisonner, il lui dit : V. S. mi perdonaj non voglio parlare, voglio solamente chiavare, e poi me n andar in barca.
5 Le François ne prend grand plaisir avec une Allemande, une Souysse, une Flamande, une Angloise, Escossoise, ou Esclavonne ou autre estrangere, encor qu'elle babillast le mieux du monde, s'il ne l'entend ; mais il se plaist grandement avec sa dame françoise, ou avec l'Italienne ou Espagnole : car coustumierement la pluspart des François aujourd'huy, au moins ceux qui ont un peu veu, sçavent parler ou entendent ce langage; et Dieu sçait s'il est afîetté et propre pour l'amour: car quiconque aura à faire avec une dame françoise, italiene, espagnole ou grecque, et qu'elle soit diserte, qu'il die hardiment qu'il est pris et vaincu.
D'autres fois nostre langue françoise n'a esté si belle ny si enrichie comme elle est aujourd'huy;
mais il y a longtemps que l'italienne, l'espagnole et la grecque l'est; et volontiers n'ay-je guieres veu dame de cette langue , si elle a pratiqué tant soit peu îe mestier de l'amour, qui ne sçache très-bien dire. Je m'en rapporte à ceux qui ont traitté celles-là. Tant y a qu'une belle dame et remplye de belle parole contente doublement.
J Parlons maintenant de la veue. Certainement, puisque les yeux sont les premiers qui attacquent le combat de l'amour, il faut advouer qu'ils donnent un très-grand contentement quand ils nous font voir quelque chose de beau et rare en beauté. Hé! quelle est la chose au monde que l'on puisse voir plus belle qu'une belle femme, soit habillée ou bien parée, ou nue entre deux draps? Pour l'habillée, vous n'en voyez que le visage à nud; mais aussi, quand un beau corps, orné d'une riche et belle taille, d'un port et d'une grâce, d'une apparence et superbe majesté, à nous se présente à plein, quelle plus belle vue et agréable monstre peut-il estre au monde ? Et puis, quand vous en venez à jouir tout ainsi couverte et superbement habillée, la convoitise et jouissance en redoublent, encor que l'on ne voye que le seul visage de tout le reste des autres parties du corps : car malaisément peuton jouir d'une grand dame selon toutes les commoditez que l'on desireroit bien, si ce n'estoit dans une chambre bien à de loisir et lieu secret, ou dans un lict bien à plaisir; car elle est tant esclairée !
Et c'est pourquoy une grand dame dont j'ay ouy parler, quand elle rencontroit son serviteur à propos, et hors de veue et descouverte, elle prenoit l'occasion tout aussitost , pour s'en contenter le plus promptement et briefvement qu'elle pouvoit, en luj disant un jour : « C'estoyent les sottes, le temps passé, qui, par trop se voulans delicater en leurs amours et plaisirs, se renfermoyent, ou en leurs cabinets, ou autres lieux couverts, et là faisoyent tant durer leurs jeux et esbats qu'aussitost elles estoyent descouvertes et divulguées. Aujourd'huy, il faut prendre le temps, et le plus bref que l'on pourra^ et, aussitost assailly, aussitost investi et achevé ; et, par ainsi, nous ne pouvons estre escandalisées. »
Je trouve que cette dame avoit raison : car ceux qui se sont meslez de cet estât d'amour, ilz ont tousjours tenu cette maxime, qu'il n'y a que le coup en robbe. Aussi, quand l'on songe que l'on brave, l'on [foule, presse et gourmande, abat et porte par terre les draps d'or, lies toilles d'argent, les clinquants, les estoffes de soye,avec les perles et pierreries, l'ardeur, le contentement s'en augmente bien davantage, et certes plus qu'en une bergère ou autre femme de pareille qualité, quelque belle qu'elle soit.
Et pourquoy jadis Venus fut trouvée si belle et tant désirée, sinon qu'avec sa beauté elle estoit tousjours gentiment habillée, et ordinairement parfumée, qu'elle sentoit tousjours bon de cent pas
loing? Aussi tenoit-on que les parfums animent fort à l'amour.
Voilà pourquoy les emperieres et grandes dames de Rome s'en accommodoyent bien fort, comme font aussi nos grandes dames de France, et surtout aussi celles d'Espagne et d'Italie, qui, de tout temps, en sont esté plus curieuses et exquises que les nostres, tant en parfums qu'en parures de superbes habits, desquelles nos dames en ont pris depuis les patrons et belles inventions : aussi les autres les avoyent apprises des médailles et statues antiques de ces dames romaines, que l'on voit encor parmy plusieurs antiquitez qui sont encores en Espagne et en Italie; lesquelles, qui les contemplera bien, trouvera leurs coiffures et leurs habits en perfection, et très-propres à se faire aimer. Mais aujourd'huy nos dames françoises surpassent tout. A la reine de Navarre elles en doivent ce grand mercy.
Voilà pourquoy il fait bon et beau d'avoir à faire à ces belles dames si bien en poinct, si richement et pompeusement parées, de sorte que j'ay ouy dire à aucuns courtisans, mes compagnons, ainsi que nous devisions ensemble, qu'ils les aymoient mieux ainsi que desacoustrées et couchées nues entre deux linceux, et dans un lict le plus enrichy de broderies que l'on sceust faire. D'autres disoyent qu'il n'y avoit que le naturel, sans aucun fard ny artifice, comme un grand prince que je sçay, lequel pourtant faisoit coucher ses courti-
sannes ou dames dans des draps de taffetas noir bien tendus, toutes nues, afin que leur blancheur et délicatesse de chair parust bien mieux parmy ce noir, et donnast plus d'esbat.
Il ne faut douter vrayment que la veue ne soit plus agréable que toutes celles du monde, d'une belle femme toute parfaitte en beauté; mais malaisément se trouve-elle. Aussi on trouve par escrit que Zeuxis, cet excellent peintre, ayant esté prié par quelques honnestes dames et filles de sa connoissance de leur donner le pourtrait de la belle Helaine et la leur représenter si belle comme l'on disoit qu'elle avoit esté, il ne leur en voulut point refuser; mais, avant qu'en faire le pourtrait, il les contempla toutes fixement, et, en prenant de l'une et de l'autre ce qu'il y put trouver de plus beau, il en fit le tableau comme de belles pièces rapportées, et en représenta par icelles Helaine si belle qu'il n'y avoit rien à dire, et qui fut tant admirable à toutes, mais Dieu mercy à elles, qui y avoyent bien tant aydé par leurs beautez et parcelles comme Zeuxis avoit fait par son pinceau. Cela vouloit dire que de trouver sur Helaine toutes les perfections de beauté il n'estoit pas possible, encor qu'elle ait esté en extrémité très-belle.
En cas qu'il ne soit vray, l'Espagnol dit que, pour rendre une femme toute parfaitte et absolue en beauté, il luy faut trente beaux sis, qu'une dame espagnole me dit une fois dans Tollede, là où il y
en a de très-belles et bien gentilles et bien apprises. Les trente donc sont tels :
Très cosas blancas : el cuero , los dimies , y las
manos.
Très negras : los ojos, las cejas, y las pestanas. Très coloradas : los labios, las mexillas, y las unas. Très longas : el cuerpo, los cahellos, y las manos. Très cortas : los dientes, las orejas, y los pies. Très anchas : los pechos, la frente, y el entrecejo. Très estrechas : la boca, l'una y otra^ la cinta, y
Ventrada del pie.
Très gruesas : el braçOj el muslo, y la pantorilla. Très delgadas : los dedos, los cabellos, y los labios. Très pequerias : las tetas, la naris, y la cabeça.
Qui sont en françois, afin qu'on l'entende :
« Trois choses blanches : la peau , les dents et les
mains.
Trois noires : les yeux, les soulcils et les paupières. Trois rouges : les lèvres, les joues et les ongles. Trois longues : le corps, les cheveux et les mains. Trois courtes : les dents, les oreilles et les pieds. Trois larges : la poitrine ou le sein, le front et
r entre-sourcil.
Trois estroites : la bouche, l'une et l'autre, la
ceinture ou la taille, et l'entrée du pied. Trois grosses : le bras, la cuisse et le gros de la
jambe.
Trois déliées : les doigts, les cheveux et les lèvres. Trois petites : les tetins, le nez et la teste. »
Sont trente en tout.
Il n'est pas inconvénient et se peut que tous ces sis en une dame peuvent estre tous ensemble ; mais il faut qu'elle soit faite au moule de la perfection : car de les voir tous assemblez, qu'il [n]'j en ait quelqu'un à redire et qui ne soit en défaut, il n'est possible. Je m'en rapporte à ceux qui ont veu de belles femmes, ou en verront, et qui voudro[n]t estre soigneux de les contempler et essayer, ce qu'ils en sçauront dire. Mais pourtant, encores qu'elles ne sojent accomplies ny embellies de tous ces poincts, une belle femme sera tousjours belle, mais qu'elle en aye la moitié, et en aye les points principaux que je viens de dire : car j'en ay veu force qui en avoyent à dire plus de la moitié, qui estoyent très-belles et fort aymables ; ny plus ny moins qu'un bocage est trouvé tousjours beau en printemps, encores qu'il ne soit remply de tant de petits arbrisseaux qu'on voudroit bien; mais que les beaux et grands arbres touffus paroissent, c'est assez de ces grands qui peuvent estouffer la deffectuosité des autres petits.
M. de Ronsard me pardonne, s'il luy plaist; jamais sa maistresse, qu'il a faitte si belle, ne parvint à cette beauté, ny quelqu'autre dame qu'il ait veu de son temps ou en ait escrit, et fust sa belle Cassandre, qui je sçay bien qu'elle a esté belle,
mais il l'a déguisée d'un faux nom; ou bien sa Marie, qui n'a jamais autre nom porté que celuylà, quand à celle-là; mais il est [permis aux poètes et peintres dire et faire ce qu'il leur plaist, ainsi que vous avez dans KoUand le Furieux de trèsbelles beautez descrites par l'Arioste, d'Alcine et autres.
Tout cela est bon; mais, comme je tiens d'un très-grand personnage, jamais nature ne sçauroit faire une femme si parfaitte comme une ame vive et subtile de quelque bien-disant, ou le creon et pinceau de quelque divin peintre la nous pourroyent représenter. Baste ! les yeux humains se contentent tousjours de voir une belle femme, de visage beau, blanc, bien fait; et, encor qu'il soit brunet, c'est tout un ; il vaut bien quelquesfois le blanc, comme dit l'Espagnole : Aunque io sia morisca, no soy de menospreciar • « encor que je sois brunette, je ne suis à mespriser. » Aussi la belle Marfîse era brunetta alquanto. Mais que le brun n'efface le blanc par trop ! Un visage aussi beau, faut qu'il soit porté par un corps façonné et fait de mesme : je dys autant des grands que des petits, mais les grandes tailles passent tout.
Or, d'aller rechercher des points si exquis de beauté, comme je viens de dire ou qu'on nous les dépeint, nous en passerons bien, et nous resjouirons à voir nos beautez communes : non que je les vueille dire communes autrement, car nous en avons de si rares que, ma foy, elles vallent mieux
que toutes celles que nos poètes fantasques, nos quinteux peintres et nos pindariseurs de beautez sçauroyent représenter.
Helas! voicj le pis : telles beautez belles, tels beaux visages, en voyons-nous aucuns, admirons, desirons leur beau corps, pour l'amour de leurs belles faces, que neantmoins, quand elles viennent à estre découvertes et mises à blanc, nous en font perdre le goust:car ils sont si laidz, tarez, tachez, marquez et si hjdeux, qu'ils en démentent bien le visage; et voilà comme souvent nous y sommes trompez.
5 Nous en avons un bel exemple d'un gentilhomme de l'isle de Majorque, qui s'appelloit Raymond Lulle, de fort bonne, riche et ancienne maison, qui, pour sa noblesse, valeur et vertu, fut appelle en ses plus belles années au gouvernement de cette isle. Estant en ceste charge, comme souvent arrive aux gouverneurs des provinces et places, il devint amoureux d'une belle dame de l'isle, des plus habilles, belles et mieux disantes de là. Il la servit longuement et fort bien; et, luy demandant tousjours ce bon point de jouissance, elle, après l'en avoir refusé tant qu'elle put, luy donna un jour assignation, où il ne manqua ny elle aussi, et comparut plus belle que jamais et mieux en poinct. Ainsi qu'il pensoit entrer en paradis, elle luy vint à descouvrir son sein et sa poitrine toute couverte d'une douzaine d'emplastres, et, les arrachant l'une après l'autre,
et, de despit les jettant par terre, luy monstra un effroyable cancer, et, les larmes aux yeux, luy remonstra ses misères et son mal, luy disant et demandant s'il y avoit tant de quoy en elle qu'il en deust estre tant espris; et, sur ce, luy en fit un si pitoyable discours que luy, tout vaincu de pitié du mal de cette belle dame, la laissa; et, l'ayant recommandée à Dieu pour sa santé, se défit de sa charge et se rendit hermite. Et, estant de retour de la guerre sainte, où il avoit fait vœu» s'en alla estudier à Paris, sous Arnaldus de Villanova, sçavant philosophe; et, ayant fait son cours, se retira en Angleterre, où le roy pour lors le receut avec tous les bons recueils du monde pour son grand sçavoir, et qu'il transmua plusieurs lingots et barres de fer, de cuivre et d'estain, mesprisant cette commune et trivialle façon de transmuer le fer et le plomb en or, parce qu'il sçavoit que plusieurs de son temps sçavoyent faire cette besogne aussi bien que luy, qui sçavoit faire l'un et l'autre; mais il vouloit faire un pardessus les autres.
Je tiens ce compte d'un gallant homme qui m'a dit le tenir du jurisconsulte Oldrade, qui parle de Raymond LuUe au commentaire qu'il a fait sur le code de falsa moneta. Aussi le tenoit-il, ce disoit, de Carolus Bovillus, Picard de nation, qui a composé un livre en latin de la vie de Raymond Lulle.
Voilà comment il passa sa fantaisie de l'amour
3o DEUXIEME DISCOURS
de cette belle dame; si que, possible, d'autres n'eussent pas fait, et n'eussent laissé à l'aymer et fermer les yeux, mesmes en tirer ce qu'il vouloit, puisqu'il estoit à mesme : car la partie oia il tendoit n'estoit touchée d'un tel mal.
5 J'ay cogneu un gentilhomme et une dame veufve de par le monde, qui ne firent pas ces scrupules : car, la dame estant touchée d'un gros villain cancer au tetin, il ne laissa de l'espouser, et elle aussi le prendre, contre l'advis de sa mère; et, toute malade et maleficiée qu'elle estoit, et elle et luy s'esmeurent et se remuèrent tellement toute la nuict qu'ils en rompirent et enfoncèrent le fonds du châlit.
5 J'ay cogneu aussi un fort honneste gentilhomme, mon grand amy, qui me dit qu'un jour, estant à Rome, il luy advint d'aymer une dame espagnole, et des belles qui fust en la ville jamais. Quand il l'accostoit, elle ne vouloit permettre qu'il la vist, ny qu'il la touchast par ses cuisses nues, sinon avec ses calsons; si bien que, quand il la y vouloit toucher, elle luy disoit en espagnol : Ah ! no me iocays, hazeîs me cosquillas , qu'est à dire : « Vous me chatouillez. » Un matin, passant devant sa maison, trouvant sa porte ouverte, monte tout bellement, où estant entré sans rencontrer ny fantesque, ny page, ny personne, et, entrant en sa chambre, la trouva qui dormoit si profondement qu'il eut loisir de la voir toute nue sur le lict, et la contempler à son aise,
DEUXIEME DISCOURS 3l
car il faisoit très-grand chaud; et dit qu'il ne vid jamais rien de si beau que ce corps, fors qu'il vid une cuisse belle, blanche, poUie et refaitte, mais l'autre elle l'avoit toute seiche, atténuée et estiomenée, qui ne paressoit pas plus grosse que le bras d'un petit enfant. Qui fut estonné? Ce fut le gentilhomme, qui la plaignit fort, et oncques plus ne la tourna visiter ny avoir à faire avec elle.
Il se void force dames qui ne sont pas ainsi estiomenées de catherre; mais elles sont si maigres, dénuées, asseichées et descharnées, qu'elles n'en peuvent rien monstrer que le bastiment : comme j'aycogneu une très-grande que M. l'éveque de Cisteron, qui disoitle mot mieux qu'homme de la court, en brocardant afîermoit qu'il valloit mieux de coucher avec une ratouere de fil d'archal qu'avec elle; et, comme dist aussi un honneste gentilhomme de la court, auquel nous faisions la guerre qu'il avoit à faire avec une dame assez grande : « Vous vous trompez, dit-il, car j'ayme trop la chair, et elle n'a que les os; » et pourtant, à voir ces deux dames si belles par leurs beaux visages, on les eust jugées pour des morceaux tres-charnus et bien friands.
5 Un très -grand prince de par le monde vint une fois à estre amoureux de deux belles dames tout à coup, ainsi que cela arrive souvent aux grands, qui ayment les varietez. L'une estoit fort blanche, et l'autre brunette, mais toutes deux trèsbelles et fort aymables. Ainsi qu'il venoit un jour
de voir la brunette, la blanche jalouze luy dit : « Vous venez de voiler pour corneille. » A quoy luy respondit le prince un peu irrité, et fasché de ce mot : ce Et quand je suis avec vous, pour qui vollé-je?»La dame respondit : «Pour un phénix. » Le prince, qui disoit des mieux, répliqua : « Mais dittes plustost pour l'oyseau de paradis, là où il y a plus de plume que de chair » ; la taxant par là qu'elle estoit maigre aucunement : aussi estoit-elle fort jovanotte pour estre grasse, [l'embonpoint] ne se logeant coustumierement que sur celles qui entrent dans l'aage, et qu'elles commencent à se renforcer et fortifier de membres et autres choses.
5 Un gentilhomme la donna bonne à un grand seigneur que je sçay. Tous deux avoyent belles femmes. Ce grand seigneur trouva celle du gentilhomme fort belle et bien advenante. Il luy dit un jour : « Un tel, il faut que je couche avec vostre femme. y> Le gentilhomme, sans songer (car il disoit très-bien le mot), luy respondit : « Je le veux, mais que je couche avec la vostre. » Le seigneur luy replicqua : « Qu'en ferois-tu ? car la mienne est si maigre que tu n'y prendrois nul goust. » Le gentilhomme respondit : «Ah! par Dieu ! je la larderay si menu que je la rendray de bon goust. »
5 II s'en voit tant d'autres que leurs visages poupins et gentils font désirer leurs corps; mais, quand on y vient, on les trouve sidescharnez que le plaisir et la tentation en ]sont bien tost passez. Entre
autres, l'on y trouve l'os barré qu'on appelle, si sec et si descharné qu'il foule et masche plus tout nud que le bast d'un mullet qu'il auroit sur luy. A quoy pour suppléer, telles dames sont coustumieres de s'ayder de petits coissins bien mollets et délicats à soustenir le coup et engarder de la mascheure; ainsi que j'ay ouy parler d'aucunes, qui s'en sont aydées souvent, voire des callesons gentiment rembourrez et faits de satin, de sorte que les ignorants, les venans à toucher, n'y trouvent rien que tout bon, et croyent fermement que c'est leur embompoint naturel : car, par dessus ce satin, il y avoit des petits callesons de toille volante et blanche; si bien que l'amant, donnant le coup en robbe, s'en alloit de sa dame si content et satisfait qu'il la tenoit pour très-bonne robe.
D'autres y a-il encor qui sont de la peau fort maleficiées et marquetées comme marbre, ou en œuvre à la mosaïque, tavellées comme faons de bische , gratteleuses, et sujettes à enderses farineuses et farcineuses ; bref, gastées tellement que la veue n'en est pas guieres plaisante.
5 J'ay ouy parler d'une dame grande, et l'ay cogneue et cognois encores, qui est pelue, velue sur la poitrine, sur l'estomac, sur les espaules et le long de l'eschine, et à son bas, comme un sauvage. Je vous laisse à penser ce que veut dire cela. Si le proverbe estvray, que personne ainsi velue est ou riche ou lubrique, celle-là a l'un et l'autre, je vous en asseure; et s'en fait fort bien donner, se voir tl désirer. Brantôme. II. 5
D*autres ont la chair d'oyson ou d'estourneau plumé, harée, brodequinée, et plus noire qu'un beau diable. D'autres sont opulentes en tétasses avalées, pendantes plus que d'une vache allaittant son veau. Je m'asseure que ce ne sont pas les beaux tetins d'Heleine, laquelle, voulant un jour présenter au temple de Diane une coupe gentille par certain vœu, employant l'orfèvre pour laluy faire, luy en fit prendre le modelle sur l'un de ses beaux tetins; et en fit la coupe d'or blanc, qu'on ne sçauroit qu'admirer de plus, ou la coupe ou la ressemblance du tetin sur quoy il avoit pris le patron, qui se monstroit si gentil et si poupin que l'art en pouvoit faire désirer le naturel. Pline dit cecy par grand speciauté, oii il traitte qu'il y a de l'or blanc. Ce qui est fort estrange est que ceste coupe fust faitte d'or blanc.
Qui voudroit faire des coupes d'or sur ces grandes tétasses que je dis et que je connois, il faudroit bien fournir de l'or à monsieur l'orfèvre, et ne seroit après sans coust et grand risée, quand 'on diroit : « Voilà des coupes faites sur le modèle des tetins de telles et telles dames. » Ces coupes ressembleroyent, non pas coupes, mais de vrayes auges qu'on void, de bois, toutes rondes, dont on donne à manger aux pourceaux.
Et d'autres y a-il que le bout de leur tetin ressemble à une vray guine pourrie. D'autres y a-il, pour descendre plus bas, qui ont le ventre si mal poly et ridé qu'on les prendroit pour des vieilles
ffibessieres ridées de sergens ou d'hostelliers; ce qui advient aux femmes qui ont eu des enfants et qui ne sont esté bien secourues et graissées de graisse de balaine de leurs sages-femmes. Mais d'autres y a-il, qui les ont aussi beaux et polis, et le sein aussi follet, comme si elles estoyent encor filles.
D'autres il y en a, pour venir encor plus bas, qui ont leurs natures hideuses et peu agréables. Les unes y ont le poil nullement frizé, mais si long et pendant que vous diriez que ce sont les moustaches d'un Sarrazin; et pourtant n'en ostent jamais la toison, et se plaisent à la porter telle, d'autant qu'on dit : Chemin jonchu et c. velu sont fort propres pour chevaucher. J'en ay ouy parler de quelqu'une très-grande qui les porte ainsi.
J'av ouy parler d'une autre belle et honneste dame qui les avoit ainsi longues qu'elle les entortilloit avec des cordons ou rubans de soye cramoisie ou autre couleur, et se les frizonnoit ainsi comme des frizons de perruques ; et puis se les attachoit à ses cuisses; et en tel estât quelquesfois se les presentoit à son mary et à son amant; ou bien se les destortoit de son ruban et cordon, si qu'elles paroissoyent frizonnées par après, et plus gentilles qu'elles n'eussent fait autrement.
Il y avoit bien là de la curiosité et de la paillardise et tout : car, ne pouvant d'elle-mesme faire et suivre ses frisons, il falloit qu'une de ses femmes, de ses plus favorites, la servit en cela; en quoy
ne peut estre autrement qu'il n'y ait de la lubricité en toutes façons qu'on la pourra imaginer.
Aucunes, au contraire, se plaisent le tenir et porter raz comme la barbe d'un prestre.
D'autres femmes y a-il qui n'y ont de poil point du tout, ou peu, comme j'ay ouy parler d'une fort grande et belle dame que j'ay cogneu; ce qui n'est guieres beau, et donne un mauvais soupçon: ainsi qu'il y a des hommes qui n'ont que de petits boucquets de barbe au menton, et n'en sont pas plus estimez de bon sang, ainsi que sont les blanquets et blanquettes.
D'autres en ont l'entrée si grande, vague etlarge, qu'on la prendroit pourl'antre de la Sibille. J'en ay ouy parler d'aucunes, et bien'grandes, qui les ont telles qu'une jument ne les a si amples, encore qu'elles s'aydent d'artifice le plus qu'elles peuvent pour estrecir la porte; mais, dans deux ou trois fréquentations, la mesme ouverture tourne ; et, qui plus est, j'ay ouy dire que, quand bien on les arregarde le cas d'aucunes, il leur cloyse comme celuy d'une jument quand elle est en chaleur. L'on m'en a conté trois qui monstrent telles cloyses quand on y prend garde de les voir.
5 J'ay ouy parler d'une dameg rande, belle et de qualité, à qui un de nos rois avoit imposé le nom de pan de c, tant il estoit large et grand, et non sans raison, car elle se l'est fait en son vivant souvent mesurer à plusieurs merciers et arpenteurs; et que, tant plus elle s'estudioit le jour de l'estrecir.
DEUXIEME DISCOURS Sy
la nuict en deux heures on le luy eslargissoit si bien que ce qu'elle faisoit en une heure, on le defaisoit en l'autre, comme la toille de Pénélope. Enfin, elle en quitta tous artifices, et en fut quitte pour faire élection des plus gros moules qu'elle pouvoit trouver.
Tel remède fut tres-bon; ainsi que j'ay ouy dire d'une fort belle et honneste fille de la court, laquelle l'eut au contraire si petit et estroit qu'on en desesperoit à jamais le forcement du pucellage; mais, par l'advis de quelques médecins ou de sages-femmes, ou de ses amis ou amies, elle en fit tenter le gué ou le forcement par des plus menus et petits moules, puis vint aux moyens, puis aux grands, à mode des talus que l'on fait, ainsi que Rabelais ordonna les murailles de Paris imprenables; et puis, par tels essais les uns après les autres, s'accoustuma si bien à tous que les plus grands ne luy faisoyent la peur que les petits paravant faisoyent si grande.
5 Une grande princesse estrangere, que j'ay cogneu, laquelle l'avoit si petit et estroit qu'elle ayma mieux de n'en taster jamais que de se faire inciser, commelesmedecinsleconseilloyent. Grande vertu certes de continence, et rare!
f D'autres en ont les labiés longues et pendantes plus qu'une creste de coq d'Inde quand il est en colère; comme j'ay ouy dire que plusieurs dames ont; non-seulement elles, mais aussi des filles. J'ay ouy faire ce conte à feu M. deRandan :
qu'une fois, estans de bons compagnons à la court ensemble, comme M. de Nemours, M. le vidame de Chartres, M. le comte de La Rochefoucault,MM.de Montpezac, Givry, Genlis et autres, ne sçachans que faire, allèrent voir pisser les filles un jour, cela s'entend cachez en bas et elles en haut. Il y en eut une qui pissa contre terre : je ne la nomme point; et, d'autant que le plancher estoit de tables, elle avoit ses lendilles si grandes qu'elles passèrent par la fente des tables si avant qu'elle en monstra la longueur d'un doigt; si que M, de Randan, par cas, ayant un baston qu'il avoit pris à un laquais, où il y avoit un fiçon, en perça si dextrement ses landilles, et les cousit si bien contre la table, que la fille, sentant la picqueure, tout à coup s'esleva si fort qu'elle les escerta toutes, et de deux parts qu'il y en avoit en fit quatre; et lesdites lendilles en demeurèrent découpées en forme de barbe d'escrevices; dont pourtant la fille s'en trouva trèsmal, et la maistresse en fut fort en colère. M. de Randan et la compagnie en firent le conte au roy Henry, qui estoit bon compagnon, qui en rit pour sa part son saoul, et en appaisa le tout envers la reine, sans rien en déguiser.
Ces grandes lendilles sont cause qu'une fois j'en demanday la raison à un médecin excellent, qui me dit que, quand les filles et femmes estoyent en ruth, elles les touchoient, manioient, viroient, contournoient, allongeoient et tiroient si souvent, qu'estans ensemble s'en, entredonnoient mieux du plaisir.
Telles filles et femmes seroyent bonnes en Perse, non en Turquie, d'autant qu'en Perse les femmes sont circoncises, parce que leur nature ressemble de je ne sçay quoy le membre viril (disent-ils) ; au contraire, en Turquie, les femmes ne le sont jamais; et pour ce les Perses les appellent hérétiques, pour n'estre circoncises, d'autant que leur cas (disent-ils) n'a nulle forme; et ne prennent plaisir de les regarder comme les chrestiens. Voilà ce qu'en disent ceux qui ont voyagé en Levant. Telles femmes et filles (disoit ce médecin) sont fort sujettes à faire la fricarelle, donna con donna. J'ay ouy parler d'une très-belle dame et des plus qui ait esté en la cour, qui ne les a si longues : car elle luy sont accourcies pour un mal que son mary luy donna; voire qu'elle n'a de lèvre d'un costé, pour avoir esté tout mangé de chancres; si bien qu'elle peut dire son cas estropié et à demy démembré; et neantmoins ceste dame a esté fort recherchée de plusieurs, mesmes elle a esté la moitié d'un grand quelquesfois dans son lict. Un grand disoit à la cour un jour qu'il voudroit que sa femme ressemblast celle-là, et qu'elle n'en eust qu'à demy, tant elle en avoit trop.
J'ay aussi ouy parler d'une autre bien plus grande qu'elle cent fois, qui avoit un boyau qui luy pendilloit long d'un grand doigt au dehors de sa nature, et, disoit-on, pour n'avoir esté bien servie en l'une de ses couches par sa sage-femme; ce qui arrive souvent aux filles et femmes qui ont fait des
couches à la dérobade, ou qui par accident se sont gastées et grevées; comme une des belles femmes de par le monde, que j'aj cogneue, qui, estant veufve, ne voulut jamais se remarier, pour estre descouverte d'un second mary de cecy, qui l'en eust peu prisée, et, possible, mal traittée.
Cette grande que je viens de dire, nonobstant son accident, enfantoit aussi aisément comme si elle eust pissé: car on disoit sa nature tres-ample; et si pourtant elle a esté bien ajmée et bien servie à couvert; mais malaisément se laissoit-elle voir là.
Aussi volontiers, quand une belle et honneste femme se met à l'amour et à la privante, si elle ne vous permet de voir ou taster cela, dittes hardiment qu'elle y a quelque tare, ou si, que la veue ny le toucher n'approuvera guieres, ainsi que je tiens d'une honneste femme : car, s'il n'y en a point, et qu'il soit beau comme certes il y en a et de plaisants à voir et manier, elle est aussi curieuse et contente d'en faire la monstre et en prester l'attouchement que de quelque autre de ses beautez qu'elle ait, autant pour son honneur à n'estre soubçonnée de quelque défaut ou laideur en cet endroit que pour le plaisir qu'elle y prend elle-mesme à le contempler et mirer, et surtout aussi pour accroistre la passion et tentation davantage à son amant. De plus, les mains et les yeux ne sont pas membres virils pour rendre les femmes putains et leurs marys cocus, encore qu'après la bouche aydent à faire de grands approches pour gaigner la place.
D'autres femmes y a-il qui ont la bouche de là si pasle qu'on diroit qu'elles y ont la fièvre; et telles ressemblent aucuns yvroignes, lesquels, encor qu'ils boivent plus de vin qu'une truye de laict, ils sont pasles comme trespassez; aussi les appelle-on traistres au vin, non pas ceux qui sont rubiconds : aussi telles par ce costé là on les peut dire traistresses à Venus, si ce n'est que l'on dit : pasle putain, et rouge paillard. Tant y a que cette partie ainsi pasle et transie n'est point plaisante à voir; et n'a garde de ressembler à celle d'une des plus belles dames que l'on en voye, et qui tient grand rang, laquelle j'ay veu qu'on disoit qu'elle portoit là trois belles couleurs ordinairement ensemble, qui estoyent incarnat, blanc et noir : car cette bouche de là estoit colorée et vermeille comme corail, le poil d'alentour gentiment frizonné et noir comme ebene; ainsi le faut-il, et c'est l'une des beautez; la peau estoit blanche comme albastre, qui estoit ombragée de ce poil noir. Cette veue est belle celle-là, et non des autres que je viens de dire.
D'autres il y en a aussi qui sont si bas ennaturées et fendues jusqu'au cul , mesmes les petites femmes, que l'on devroit faire scrupule de les toucher, pour beaucoup d'ordes et salles raisons que je n'oserois dire : car on diroit que, les deux rivières s'assemblant et se touchant quasi ensemble, il est en danger de laisser l'une et naviger à l'autre; ce qui est par trop vilain.
5 J'ay ouy conter à madame de Fontaine-Cha-
landray (dite la belle Torcy) que la reine Eleonor, sa maistresse, estant habillée et vestue, paressoit une très-belle princesse, comme il y en a encor plusieurs qui l'ont veue telle ennostre court, et de belle et riche taille; mais, estant deshabillée, elle paroissoit du corps une géante, tant elle l'avoit long et grand; mais, tirant en bas, elle paroissoit une naine, tant elle avoit les cuisses et les jambes courtes avec le reste.
D'une autre grand dame ay-je ouy parler qui estoit bien au contraire : car par le corps elle se monstroit une naine, tant elle l'avoit court et petit, et du reste en bas une géante ou collosse, tant elle avoit ses cuisses et jambes grandes, hautes et fendues, et pourtant bien proportionnées et charnues, si qu'elle en couvroit son homme sous elle, mais qu'il fust petit, fort aisément, comme d'une tirasse de chien couchant.
5 II y a force marys et amis parmy nos chrestiens qui, voulans en tout différer des Turcs, ne prennent plaisir d'arregarder le cas des dames, d'autant, disent-ils, comme je viens de dire, qu'ils n'ont nulle forme; nos chrestiens au contraire, qui en ont, disent-ils, de grands contentemens à les contempler fort et se délecter en telles visions, et non-seulement se plaisent à les voir, mais à les baiser, comme beaucoup de dames l'ont dit et descouvert à leurs amants; ainsi que dit une dame espagnole à son serviteur, qui, la saluantun jour, luy dit : Bezo las manos y los pies, senora; elle
luy dit : Senor, en el medio esta la mejor stacion ; comme voulant dire qu'il pouvoit baiser le mitan aussi bien que les pieds et mains. Et, pour ce, disent aucunes dames, que leurs marys et serviteurs y prennent quelque délicatesse et plaisir, et en ardent davantage : ainsi que j'ay ouy dire d'un très-grand prince, fils d'un grand roy de par le monde, qui avoit pour maistresse une trèsgrande princesse. Jamais il ne la touchoit qu'il ne luy vist |cela et ne le baisast plusieurs fois. Et la première fois qu'il le fit, ce fut par la persuasion d'une très-grande dame, favorite de roy, laquelle, tous trois un jour estans ensemble, ainsi que ce prince muguettoit sa dame, luy demanda s'il n'avoit jamais veu cette belle partie dont il jouissoit. Il respondit que non : « Vous n'avez donc rien fait^ dist-elle, et ne sçavez ce que vous aymez ; vostre plaisir est imparfait, il faut que vous le voyez. » Parquoy, ainsi qu'il s'en vouloit essayer et qu'elle en faisoit de la revesche, l'autre vint par derrière, et la prit et renversa sur un lict, et la tint tousjours jusques à ce que le prince l'eust contemplée à son aise et baisée son saoul, tant qu'il le trouvoit beau et gentil; et, pour ce, continua tousjours.
D'autres y a-il qui ont leurs cuisses si mal proportionnées, mal advenantes et si mal faites en olive, qu'elles ne méritent d'estre regardées et désirées, comme de leurs jambes, qui en sont de mesme, dont aucunes sont si grosses qu'on en diroit le gras estre le ventre d'une conille qui est
pleine. D'autres les ont si gresles et menues, et si heronnieres, qu'on les prendroit plustost pour des fleutes que pour cuisses et jambes : je vous laisse à penser que peut estre le reste.
Elles ne ressemblent pas une belle et honneste dame dont j'ay ouy parler, laquelle estant en bon point, et non trop en extrémité, car en toutes choses il faut un médium, après avoir donné à coucher à son amy, elle luy demanda le lendemain au matin comment il s'en trouvoit. Il luy respondit que très-bien, et que sa bonne et grasse chair luy avoit fait grand bien. « Pour le moins (dit-elle) avez-vous couru la poste sans emprunter de coissinet. »
D'autres dames y a-il qui ont tant d'autres vices cachez, ainsi que j'en ay ouy parler d'une qui estoit dame de réputation, qui faisoit ses affaires fécales par le devant; et de ce j'en demanday la raison à un suffisant médecin, qui me dit: parce qu'elle avoit esté percée trop jeune et d'un homme trop fourny et robuste; dont ce fut grand dommage, car c' estoit une très-belle femme et veufve, qu'un honneste gentilhomme que je sçay la vouloit espouser; mais, en sçachant tel vice, la quitta soudain, et après un autre la prit aussitost.
5 J'ay ouy parler d'un gallant gentilhomme qui avoit une des belles femmes de la court et n'en faisoit cas. Un autre, n'estant si scrupuleux que luy, habitant avec elle, trouva que son cas puoit si
fort qu'on ne pouvoit endurer cette senteur; et, par ainsi,' cogneut l'encloueure du mary.
J'ay ouy parler d'une autre, laquelle estant l'une des filles d'une grande princesse, qui petoit de son devant : des médecins m'ont dit que cela se pouvoit faire à cause des vents et ventositez qui peuvent sortir par là, et mesmes quand elles font la fricarelle. Cette fille estoit avec cette princesse lorsqu'elle vint à Moulins, la cour y estant, du temps du roy Charles IX, qui en fut abreuvé, dont on en rioit bien.
D'autres y en a-il qui ne peuvent tenir leur urine, qu'il faut qu'elles ayent jtousjours la petite esponge entre les jambes, comme j'en ay cogneu deux grandes, et plus que dames, dont l'une, estant fille, fit l'évasion tout à trac dans la salle du bal, du temps du roy Charles IX, dont fut fort scandalisée.
D'une autre grand dame ay-je ouy parler, que, quand on luy faisoit cela, elle se compissoit à bon escient, ou sur le fait ou après, comme une jument quand elle a esté saillie : à telle falloit-il jetter le seillaud d'eau comme à la jument, pour la faire retenir.
Tant d'autres y a-il qui sont ordinairement en sang et leurs mois, et autres qui sont viciées, tarrottées, marquetées et marquées, tant par accident de verolle de leurs marys ou de leurs amis que par leurs mauvaises habitudes et humeurs ; comme celles qui ont les jambes louventines et
autres fluxions et marques, que, par les envies de leurs mères estans enceintes d'elles, portent sur elles; comme j'en aj ouj parler d'une qui est toute rouge par une moitié du corps, et l'autre non, comme un eschevin de ville.
D'autres sont si sujettes à leurs flux menstruaux que quasi ordinairement leur nature flue comme un mouton à qui on a coupé la gorge de frais; dont leurs marjs ou amants ne s'en contentent guieres, pour l'assidue fréquentation que Venus ordonne et désire en ces jeux : car, si elles en sont saines et nettes une sepmaine du mois, c'est tout; et leur font perdre le reste de l'année : si que des douze mois ils n'en ont cinq ou six francs, voire moins. C'est beaucoup; à mode de nos soldats desbandez, auxquels à la monstre les commissaires et trésoriers font perdre de douze mois de l'an plus de quatre, en leur faisant monter les mois jusques à quarante et cinquante jours, si que les douze mois de l'an ne leur revienent pas à huict. Ainsi s'en trouvent les marjs et amants qui telles femmes ont et servent, si ce n'est que, du tout pour assoupir leur paillardise, se veulent souiller vilainement, sans aucun respect d'impudicité ; et leurs enfants qui en sortent s'en trouvent mal et s'en ressentent.
Si j'en voulois raconter d'autres, je n'aurois jamais fait, et aussi que les discours en seroyent trop sallauds et desplaisants; et ce que j'en dis et dirois, ce ne seroit des femmes petites et commu-
nés, mais des grandes et moyennes dames, qui de leurs visages beaux font mourir le monde, et point le couvert.
Si feray-je encor ce petit compte, qui est plaisant, d'un gentilhomme qu'il me le fit, qui est qu'en couchant avec une fort belle dame, et d'estoffe, en faisant sa besogne il luy trouva en cette partie quelques poils si piquants et si aigus qu'avec toutes les incommoditez il la put achever, tant cela le piquoit et le fiçonnoit. Enfin, ayant fait, il voulut taster avec la main : il trouva qu'alentour de sa motte il y avoit une demie douzaine de certains fils garnis de ces poils si aigus, longs, roides et picquants, qu'ils en eussent servy aux cordonniers à faire des rivets comme de ceux de pourceaux, et les voulut voir; ce que la dame luy permit avec grande difficulté; et trouva que tels fils entournoient la pièce ny plus ny moins que vous voyez une médaille entournée de quelques diamants et rubis, pour servir et mettre en enseigne en un chappeau ou au bonnet.
f II n'y a pas long temps qu'en une certaine contrée de Guyenne, une daraoiselle mariée, de fort bon lieu et bonne part, ainsi qu'elle advisoit estudier ses enfants, leur précepteur, par une certaine manie et frénésie, ou, possible, pour rage d'amour qui luy vint soudain, il prit une espéequi estoit de son mary sur le lict, et luy en donna si bien qu'il lui perça les deux cuisses et les deux labiés de sa nature de part en part; dont depuis
elle en cuida mourir, sans le secours d'un bon chirurgien. Son cas pouvoit bien dire qu'il avoit esté en deux diverses guerres et attacqué fort diversement. Je croy que la veue amprés n'en estoit guieres plaisante, pour estre ainsi ballafrée et ses aisles ainsi brisées : je les dis aisles, parce que les Grecs appellent ces labiés himenea ; les Latins les nomment a/a?, et les François labiés, lèvres, landrons, landilles et autres mots ; mais je trouve qu'à bon droit les Latins les appellent aisles : car il n'y a animal ny oyseau, soit-il faucon, niais ou sot, comme celuy de nos fillaudes, soit-il de passage, ou hagard, ou bien dressé, de nos femmes mariées ou veufves, qui aille mieux ny ait l'aisle si viste.
Je le puis appeller aussi animal avec Rabelais, d'autant qu'il s'esmeut de soy-mesme; et, soit à le toucher ou à le voir, on le sent et le void s'esmouvoir et remuer de luy-mesme, quand il est en appétit.
D'autres, de peur de rhumes et catheres, se couvrent dans le lict de couvre-chefs à l'entour de la teste, par Dieu, plus que sorcières : au partir de là, bien habillées, elles sont saffrettes comme poupines, et d'autres fardées et pintrées comme images, belles au jour, et la nuict dépeintes et tres-iaides.
Il faudroit visiter telles dames avant les aymer, espouser et en jouir, ainsi que faisoit Octave César avec ses amis , qui faisoit despouiller
aucunes grandes dames et matrosnes romaines, voire des vierges meures d'aage, et les visitoit d'un bout à l'autre, comme si ce fussent esclaves et serves vendues par un certain maquignon nommé Torane; et, selon qu'il les trouvoitàson gré et son point, ny tarées, il en jouissoit.
De mesme en font les Turcs en leur basestan en Constantinople et autres grandes villes, quand ilz acheptent des esclaves de l'un et l'autre sexe.
Or je n'en parleray plus ; encor pensé-je en avoir trop dit; et voilà comment nous sommes bien trompez en beaucoup de veues que nous pensons et croyons très-belles. Mais, si nous y sommes en aucunes dames deceus, nous y sommes bien autant édifiez et satisfaits en d'aucunes autres, lesquelles sont si belles, si nettes, propres, fraisches, caillées, si amiables et si en bon point, bref, si accomplies en toutes parties du corps, qu'après elles toutes veues mondaines sont chetives et vaines; dont il y a des hommes qui, en telles contemplations, s'y perdent tellement qu'ils ne songent qu'aux actions : aussi, bien souvent, telles dames se plaisent à se monstrer sans nulle difficulté, pour ne se sentir taschées d'aucunes macules, pour nous faire plus entrer en tentation et concupiscence.
Nous estans un jour au siège de La Rochelle,
le pauvre feu de M. de Guise, qui me faisoit
l'honneur de m'aymer, s'en vint me monstrer des
tablettes qu'il venoit de prendre à Monsieur, frère
Brantôme. II. y
5o DEUXIEME DISCOURS
du roy, nostre gênerai, dans la poche de ses chausses, et me dit : « Monsieur me vient de faire un desplaisir et la guerre pour l'amour d'une dame; mais je veux avoir ma revanche; voyez ce que j'y ay mis dedans et lisez. » Me donnant les tablettes, je vis escrit de sa main ces quatre vers
qu'il venoit de faire, mais le mot de f y estoit
tout à trac.
Si vous ne m'avez cogneue, Il n'a pas tenu à moy; Car vous m'avez bien veu nue, Et vous ay monstre de quoy.
Puis, me nommant la dame, ou pour mieux dire la fille, de laquelle je me doutois pourtant, je luy dis que je m'estonnois fort qu'il ne l'eust touchée et cogneue, d'autant que les approches en avoyent esté grandes, et que le bruit en estoit par trop commun ; mais il m'asseura que non, et que ce n'avoit esté que sa faute. Je luy replicquay : « Il falloit donc. Monsieur, ou qu'alors il fust si las et recreu d'ailleurs qu'il n'y pust fournir, ou qu'il fust si ravy en la contemplation de cette beauté nue qu'il ne se souciast de l'action. — Possible (me respondit ce prince) qu'il se pourroit faire; mais tant y a que ce coup il y faillit; et je luy en fais la guerre, et je luy vais remettre ses tablettes dans la poche, qu'il visitera selon sa coustume, et y lira ce qu'il y faut; et amprés, me voilà vangé. » Ce qu'il fit, et ne fut amprés
DEUXIEME DISCOURS 5l
sans en rire tous deux à bon escient, et s'en faire la guerre plaisamment: car, pour lors, c'estoit une très-grande amitié et privante entr'eux deux, bien depuis estrangement changée.
J Une dame de par le monde, ou plustost fille, estant fort aymée et privée d'une très-grande princesse, estoit dans le lict se rafraischissant, comme estoit la coustume. Vint un gentilhomme la voir, qui pour elle brusloit d'amour; mais il n'en avoit autre chose. Cette dame fille, estant ainsy aimée et privée de sa maistresse, s'approchant d'elle tout bellement, sans faire semblant de rien, tout à coup vint à tirer toute la couverture de dessus elle, si bien que le gentilhomme, point paresseux de ses yeux aucunement, les jetta aussitost dessus, qui vid (à ce que depuis il m'a fait le conte) la plus belle chose qu'il vid ny qu'il verra jamais, qui estoit ce beau corps nud, et ses belles parties, et cette blanche, jolie et belle charnure, qu'il pensa voir les beautez de paradis. Mais cela ne dura guieres: car tout aussitost la couverture fut tournée prendre par la dame, la fille en estant partie de là; et, de bonheur, cette belle dame, tant plus elle se remuoit à reprendre la couverture, tant plus elle se faisoit paroistre; ce qui n'endommageoit nullement la veue et le plaisir du gentilhomme, qui autrement ne s'empeschoit à la recouvrir; bien sot fust esté : pourtant, tellement quellement, elle recouvra sa couverture, se remit, en se courrouçant assez doucement contre la fille, et luy disant
qu'elle le payeroit. Ladamoiselle luy dit, qui estoit un petit à l'escart : « Madame, vous m'en aviez fait une; pardonnez-moysije la vous ay rendue»; et, passant la porte, s'en alla. Mais l'accord fut fait aussitost.
Cependant le gentilhomme se trouva si bien de telle veue, et en tel extase de plaisir et contentement, que je luy ay ouy dire cent fois qu'il n'en vouloit d'autre en sa vie, que de vivre au songer de cette ordinaire contemplation; et certes il avoit raison : car, selon la monstre de son beau visage, le nonpareil, et sa belle gorge, dont elle a tant repeu le monde, pouvoit assez monstrer que dessous il y avoit de caché de plus exquis; et me disoit qu'entre telles beautez, c'estoit la dame la mieux flanquée et le plus haut qu'il eust jamais veue : aussi le pouvoit-elle estre, car elle estoit de tres-riche taille; mesme entre les beautez il faut qu'elle le soit, ny plus ny moins qu'une forteresse de frontière.
Amprés que ce gentilhomme m'eut tout conté, je ne luy peus que dire : « Vivez doncques, vivez, mon grand amy, avec cette contemplation divine et cette béatitude que jamais ne puissiez-vous mourir; et moy au moins, avant mourir, puissé-je avoir une telle veue ! »
Ledict gentilhomme en eut pour jamais cette obligation à la damoiselle, et tousjours depuis l'honora et l'ayma de tout son cœur. Aussi luy estoit-il serviteur fort ; mais il ne l'espousa, car
un autre, plus riche que luy, la luy embla, ainsi qu'est la coustume à toutes de courir aux biens.
Telles veues sont belles et agréables; mais il se faut donner garde qu'elles ne nuisent, comme celle de la belle Diane nue au pauvre Acteon, ou bien une que je vois dire.
5 Un roy de par le monde ayma fort en son temps une bien belle , honneste et grand dame veufve, si bien qu'on l'en tenoit charmé : car peu il se soucioit des autres, voire de sa femme, sinon que par intervalles, car cette dame emportoit tousjours les plus belles fleurs de son jardin; ce qui faschoit fort à la reine, car elle se sentoit aussi belle et agréable que serviable, et digne d'avoir d'aussi friands morceaux; dont elle s'en esbahissoit fort. De quoy en ayant fait sa complainte à une sienne grand dame favorite, elle complotta avec elle d'adviser s'il y avoit tant de quoy, mesmes espier par un trou le jeu que joueroient son mary et la dame. Par quoy elle advisa de faire plusieurs trous audessus de la chambre de ladite dame, pour voir le tout et la vie qu'ils demeneroyent tous deux ensemble : dont se mirent à tel spectacle; mais elles n'y virent rien que très-beau, car elles y apperceurent une femme très-belle, blanche, délicate et tres-fraische, moitié en chemise et moitié nue, faire des caresses à son amant, des mignardises, des foUastreries bien grandes, et son amant luy rendre la pareille, de sorte qu'ils sortoient du lict, et tous en chemise se couchoient et s'esbattoyent sur le
tapis velu qui estoit auprès du lict, afïin d'éviter la chaleur du lict, et pour mieux en prendre le frais: car c'estoit ^aux plus grandes chaleurs; ainsi que j*ay cogneu aussi un très-grand prince qui prenoit de mesme son déduit avec sa femme, qui estoit la plus belle femme du monde, afïîn d'éviter le chaud que produisoient les grandes chaleurs de l'esté, ainsi que luy-mesme disoit.
Cette princesse donc, ayant veu et apperceu le tout, de dépit s'en mit à plorer, gémir, souspirer et attrister, luy semblant, et aussi le disant, que son mary ne luy rendoit le semblable, et ne faisoit les foHes qu'elle luy avoit veu faire avec l'autre.
L'autre dame qui l'accompagnoit se mit à la consoler et luy remonstrer pourquoy elle s'attristoit ainsi, ou bien, puisqu'elle avoit esté si curieuse de voir telles choses, qu'il n'en falloit pas espérer de moins. La princesse ne respondit autre chose, sinon : « Helas, ouy ! j'ay voulu voir chose que je ne devois avoir voulu voir, puisque la veue ' m'en fait mal. » Toutesfois, après s'estre consolée et résolue, "elle ne s'en soucia plus, et, le plus qu'elle pût, continua ce passe-temps de veue, et le convertit en risée, et, possible, en autre chose.
5 J'ay ouy parler d'une grand dame de par le monde, mais grandissime, qui, ne se contentant de sa lasciveté naturelle, car elle estoit grand putain, et mariée et veufve, aussi estoit-elle fort belle, pour se provoquer et exciter davantage, elle faisoit
despouiller ses dames et filles, je dys les plus belles, et se delicatoit fort à les voir; et puis elle les battoit du plat de la main sur. les fesses avec de grandes claquades et plamussades, assez rudes, et les filles qui avoyent delinqué quelque chose, avec de bonnes verges; et alors son contentement estoit de les voir remuer et faire lesmouvemens et tordions de leurs corps et fesses, lesquelles, selon les coups qu'elles recevoyent, en monstroyent de bien estranges et plaisants.
Aucunes fois, sans les despouiller, les faisoit trousser en robe, car pour lors elles ne portoyent point de calsons, et les claquetoit et fouettoit sur les fesses, selon le sujet qu'elles luy donnoyent, ou pour les faire rire, ou pour plorer. Et, sur ces visions et contemplations, y aiguisoit si bien ses appétits qu'après elle les alloit passer bien souvent à bon escient avec quelque gallant homme bien fort et robuste.
Quelle humeur de femme ! Si bien qu'on dit qu'ayant une fois veu par la fenestre de son chasteau qui visoit sur la rue un grand cordonnier, estrangement proportionné, pisser contre la muraille dudict chasteau, elle eut envie d'une si belle et grande proportion; et, de peur de gaster son fruit pour son envie, elle luy manda par un page de la venir trouver en une allée secrète de son parc, où elle s'estoit retirée, et là elle se prostitua à luy en condition qu'elle en engroissa. Voilà ce que servit la veue à cette dame.
Et, de plus, j'ay ouy dire qu'outre ses femmes et filles ordinaires qui estoyent à sa suitte, les estrangeres qui la venojent voir, dans les deux ou trois jours, ou toutes les fois qu'elles y venojent, elle les apprivoisoit aussitost à ce jeu, faisant monstrer aux siennes premièrement le chemin, et aller devant elles, et les autres après; si bien qu'elles estoyent estonnées de ce jeu les unes, et les autres non. Vrayment, voilà un plaisant exercice!
J J'ay ouy parler d'un grand aussi qui prenoit plaisir de voir ainsi sa femme nue ou habillée, et la fouetter de claquades, et la voir manier de son corps.
5 J'ay ouy dire à une honneste dame, qu'estant fille, sa mère la fouettoit tous les jours deux fois, non pour avoir forfait, mais parce qu'elle pensoit qu'elle prenoit plaisir à la voir ainsi remuer les fesses et le corps, pour autant en prendre d'appétit ailleurs; et tant plus elle alla sur l'aage de quatorze ans, elle persista et s'y acharna de telle façon qu'à mode qu'elle l'accostoit elle la contemploit encor plus.
5 J'ay bien ouy dire pis d'un grand seigneur et prince, il y a plus de quatre-vingts ans, qu'avant qu'aller habiter avec sa femme se faisoit fouetter, ne pouvant s'esmouvoir ny relever sa nature baissante sans ce sot remède. Je desirerois volontiers qu'un médecin excellent m'en dît la raison.
Ce grand personnage Picus Mirandula racconte avoir veu un certain gallant en son temps, qui,
d'autant plus qu'on l'estrilloit à grands sanglades d'estrivieres, c'estoit lors qu'il estoit le plus enragé après les femmes; et n'estoit jamais si vaillant après elles s'il n'estoit ainsi estrillé : après il faisoit rage. Voilà de terribles humeurs de personnes! Encore celle de la veue des autres est plus agréable que la dernière.
5 Moy estant à Milan, un jour on me fit un conte de bonne part : que feu M. le marquis de Pescayre, dernier mort, vice-roy en Sicile, vint grandement amoureux d'une fort belle dame ; si bien qu'un matin, pensant que son mary fust allé dehors, l'alla visiter qu'il la trouva encores au lict ; et, 'en devisant avec elle, n'en obtint rien que la voir et la contempler à son aise sous le linge, et la toucher de la main. Sur ces entrefaittes survint le mary, qui n'estoit du calibre du marquis en rien, et les surprit de telle sorte que le marquis n'eut loisir de retirer son gand, qui s'estoit perdu, je ne sçay comment, parmy les draps, comme il arrive souvent. Puis, luy ayant dit quelques mots, il sortit de la chambre, conduit pourtant du gentilhomme, qui, amprés estre retourné, par cas fortuit trouva le gand du marquis perdu dans les draps, dont la dame ne s'en estoit point apperceue. Il le prit et le serra, et pû^s, faisant la mine froide à sa femme, demeura longtemps sans coucher avec elle ny la toucher; parquoy un jour elle seule dans sa chambre, mettant la main à la plume, se mjt à faire ce quatrain :
Vigna era, vigna son.
Era podata, or più non son; E non so per quai cagion Non mi poda il mio patron.
Et puis laissant ce quatrain escrit sur la table, le mary vint, qui vid ces vers sur la table, prend la plume et fait response :
Vigna eri, vigna sei, Eri podata, e più non sei.
Per la granfa del leon.
Non ti poda il tuo patron.
Et puis les laissa aussi sur la table. Le tout fut apporté au marquis, qui fit response :
A la vigna che voi dicele
lo fui, e qui restete;
Alzai il pamparo ; guardai la vite ;
Ma, non toccai, si Dio m'ajute.
Cela fut rapporté au mary, qui, se contentant d'une si honnorable response et juste satisfaction, reprit sa vigne et la cultiva aussi bien que devant ; et jamais mary et femme ne furent mieux.
Je m'en vois le traduire en françois, afin que chacun l'entende.
Je suis esté une belle vigne et le suis encore, Je suis esté d'autresfois très-bien cultivée; A st'heure je ne le suis point; et si ne sçay Pourquoy mon patron ne me cultive plus.
Ouy, vous avez été vigne telle, et l'estes encore, Et d'autresfois bien cultivée, à st'heure plus ;
DEUXIEME DISCOURS 5c)
Pour Tamour de la griffe du lion, Vostre mary ne vous cultive plus.
A la vigne que vous autres dittes
Je suis esté certes, et y restay un peu ;
J'en haussay le pampre et en regarday la vis et le raisin ;
Mais Dieu ne me puisse ayder si jamais j'y ay touché !
Par cette griffe du lion il veut dire le gand qu'il avoit trouvé esgaré entre les linceuls.
Voilà encor un bon mary qui ne s'ombragea par trop, et, se despouillant de soubçon, pardonna ainsi à sa femme. Et certes il y a des dames, lesquelles se plaisent tant en elles-mesmes qu'elles se regardent et se contemplent nues, de sorte qu'elles se ravissent se voyans si belles, comme Narcisus. Que pouvons-nous donc faire les voyant et arregardant?
5 Mariane, femme d'Herode, belle et honneste femme, son mary voulant un jour coucher avec elle en plein midy et voir à plein ce qu'elle portoit, luy refusa à plat (ce dit Josephe). Il n'usa pas de puissance de mary, comme un grand seigneur que j'ay cogneu, à l'endroit de sa femme, qui estoit des belles, qu'il assaillit ainsi en plain jour, et la mit toute nue, elle le déniant fort. Après, il luy renvoya ses femmes pour l'habiller, qui la trouvèrent toute esplorée et honteuse.
D'autres dames y a-il lesquelles à dessein ne font pas grand scrupule de faire à pleine veue la monstre de leur beauté, et se descouvrir nues, afin de mieux encapricier et marteller leurs serviteurs, et les mieux
attirer à elles; mais ne veulent permettre nullement la touche précieuse, au moins aucunes, pour quelque temps : car, ne se voulans arrester en si beau chemin, passent plus outre, comme j'en aj ouy parler de plusieurs, qui ont ainsi longtemps entretenu leurs serviteurs de si beaux aspects.
Bienheureux sont-ils ceux qui s'y arrestent aux patiences, sans se perdre par trop en tentation. Et faut que celuy soit bien enchanté de vertu qui, en voyant une belle femme, ne se gaste point les yeux; ainsi que disoit Alexandre quelquesfois à ses amis, que les filles des Perses faisoyent grand mal aux yeux à ceux qui les regardoient; et, pour ce, tenant les filles du roy Darius ses prisonnières, jamais ne les saluoit qu'avec les yeux baissez, et encor le moins qu'il pouvoit, de peur qu'il avoit d'estre surpris de leur excellente beauté.
Ce n'est dés lors seulement, mais d'aujourd'huy, qu'entre toutes les femmes d'Orient les Persiennes ont le los et le pris d'estre les plus belles et accomplies en proportions de leur corps et beauté naturelle, gentilles, propres en leurs habits et chaussures, mesmement et sur toutes celles de l'ancienne et royale ville de Seiras, lesquelles sont tellement louées en leurs beautez, blancheurs et plaisantes civilitez et bonne grâce, que les Mores, par un antique et commun proverbe, disent que leur prophète Mahommet ne voulut jamais aller à Seiras, de crainte que, s'il y eust veu une fois ces belles femmes, jamais amprés sa mort son ame ne fust
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entrée en paradis. Ceux qui y ont esté et en ont escrit le disent ainsi, en quoy on notera l'hypocrite contenance de ce bon rompu et marault prophète; comme s'il ne se trouvoit par escrit, ce dit Belon, en un livre arabe intitulé : Des bonnes coustumes de Mahommet, le louant de ses forces corporelles, qui se vantoit de pratiquer et repasser ces unze femmes qu'il avoit en une mesme heure, l'une après l'autre ! Au diable soit le marault ! N'en parlons plus : quand tout est dit, je suis bien à loisir d'en parler.
J'ay veu faire cette question, sur ce trait d'Alexandre que je viens de dire, et deScipion l'Afriquain : lequel des deux acquist plus grand louange de continence?
Alexandre, se défiant des forces de sa chasteté, ne voulut point voir ces belles dames persiennes ; Scipion, après la prise de Cartage-la-Neufve, vid cette belle fille espagnole que ses soldats luy amenèrent et luy offrirent pour la part de son butin, laquelle estoit si excellente en beauté et en si bel aage de prise que partout où elle passoit elle animoit etadmiroit les yeux de tous à la regarder, et Scipion mesme; lequel, l'ayant saluée fort courtoisement, s'enquist de quelle ville d'Espagne elle estoit et de ses parents. Luy fut dit, entre autres choses, qu'elle estoit accordée à un jeune homme nommé Alucius, prince des Celtiberiens, à qui il la rendit, et à ses père et mère, sans la toucher; dont il obligea la dame,
les parens et le fiancé, si bien qu'ils se rendirent depuis tres-affectionnez à la ville de Rome et à la republique. Mais que sçait-on si dans son ame cette belle dame n'eust point désiré avoir esté un peu percée et entamée premièrement de Scipion, de luy, dis-je, qui estoit beau, jeune, brave, vaillant et victorieux? Possible que, si quelque privé ou privée des siens et des siennes luyeust demandé en foy et conscience si elle ne l'eust pas voulu, je laisse à "penser ce qu'elle eust respondu, ou fait quelque petite mine approchant de l'avoir désiré, et, s'il vous plaist, si son climat d'Espagne et son soleil couchant ne la sçavoit pas rendre, et plusieurs autres dames d'aujourd'huy et de cette contrée, belles et pareilles à elle, chaudes et aspres à cela, comme j'en ay veu quantité. Ne faut donc point douter, si cette belle et honneste fille fust esté sollicitée et requise de ce beau jeune homme Scipion, qu'elle ne l'eust pris au mot, voire sur l'autel de ses dieux prophanes.
En cela ce Scipion a esté certes loué d'aucuns de ce grand don de continence; d'autres il en a esté blasmé : car en quoypeut monstrer un brave et valleureux cavallier la générosité de son cœur, qu'envers une belle et honneste dame, sinon luy faire parestre par effet qu'il prise sa beauté et l'ayme beaucoup, sans luy user de ces froideurs, respects, modesties et discrétions que j'ay veu souvent appeller, à plusieurs cavalliers et dames, plustost sottises et faillement de cœur que vertus?
Non, ce n'est pas ce qu'une belle et honneste dame ayme dans son cœur, mais une bonne jouissance, sage, discrète et secrète. Enfin, comme dist un jour une honneste dame lisant cette histoire, c'estoit un sot que Scipion, tout brave et généreux capitaine qu'il fust, d'aller obliger des personnes à soy et au parti romain par un si sot moyen, qu'il eust pu faire par un autre plus convenable, et mesmes puisque c'estoit un butin de guerre, duquel en cela on doit triompher autant ou plus que de toute autre chose.
Le grand fondateur de sa ville ne fit pas ainsi, quand les belles dames sabines furent ravies, à l'endroit de celle qu'il eut pour sa part ; et en fit à son bon plaisir, sans aucun respect; dont elle s'en trouva bien et ne s'en soucia guieres, ny elle ny ses compagnes, qui firent leur accord aussitost avec leurs marys et ravisseurs et ne s'en formalisèrent comme leurs pères et mères, qui en firent esmouvoir grosse guerre.
Il est vray qu'il y a gens et gens, femmes et femmes, qui ne veulent accointance de tout le monde en cette façon; et toutes ne sont pareilles à la femme du roi Ortragon, l'un des rois gaulois d'Asie, qui fut belle en perfection ; et, ayant esté prise en sa defaitte par un centenier romain, et sollicitée de son honneur, la trouvant ferme, elle qui eut horreur de se prostituer à luy, et à une personne si vile et basse, il la prit par force et violence, que la fortune et l'adventure de guerre luy
avoit donné par droit d'esclavitude; dont bientost il s'en repentit et en eut la vengeance : car, elle luy ayant promis une grande rançon pour sa liberté, et tous deux estans allez au lieu assigné pour en toucher l'argent, le fît tuer ainsi qu'il le contoit, et puis l'emporta et la teste à son mary, auquel confessa librement que celuy-là luy avoit violé véritablement sa chasteté, mais qu'elle en avoit eu la vengence en cette façon : ce que son mary l'approuva et l'honnora grandement. Et, depuis ce temps là, dit l'histoire, conserva son honneur jusques au dernier [jour] de sa vie avec toute sainteté et gravité ; enfin elle en eut ce bon morceau, fust qu'il vint d'un homme de peu.
Lucrèce n'en fit pas de mesme, car elle n'en tasta point, bien qu'elle fust sollicitée d'un brave roy : en quoy elle fit doublement de la sotte, de ne luy complaire sur le champ et pour un peu, et de se tuer.
Pour tourner encore à Scipion, il ne sçavoit point encor bien le train de la guerre pour le butin et pour le pillage : car, à ce que je tiens d'un grand capitaine des nostres, il n'est telle viande au monde pour cela qu'une femme prise de guerre; et se mocquoit de plusieurs autres ses compagnons, qui recommandoient sur toutes choses, aux assauts et surprises desvilles, l'honneur des dames, mesmes aux autres heux et rencontres : car elles ayment les hommes de guerre tousjours plus que les autres, et leur violence leur en fait venir plus
d'appétit; et puis on n'y trouve rien à redire : le plaisir leur en demeure, l'honneur des marys et d'elles n'en est nullement hony ; et puis les voylà bien gastées! Et, qui plus est, sauvent les biens et les vies de leurs marys, ainsi que la belle Eunoe, femme de Bogud ou Bocchus, roy de Mauritanie, à laquelle Caesar fît de grands biens et à son mary, non tant, faut-il croire, pour avoir suivy son party, comme Juba, roy de Bithinie, celuy de Pompée, mais parce que c'estoit une belle femme, et que Caesar en eut l'accointance et douce jouissance.
Tant d'autres commoditez de ces amours y a-il que je passe; et toutesfois, ce disoit ce grand capitaine, ses autres grands compagnons, pareils à luy, s'amusans à de vieilles routines et ordonnances de guerre, veulent qu'on garde l'honneur des femmes, desquelles il faudroit auparavant sçavoir en secret et en conscience l'advis, et puis en décider; ou, possible, sont-ils du naturel de nostre Scipion, lequel, ne se contentant tenir de celuy du chien de l'ortolan, lequel, comme j'ay dit cydevant, ne voulant manger des choux du jardin, empesche que les autres n'en mangent, ainsi qu'il fît à l'endroit du pauvre Massinissa, lequel, ayant tant de fois hazardé sa vie pour luy etpour le peuple romain, tant peiné, sué et travaillé pour luy acquérir gloire et victoire, il luy refusa et osta la belle reine Sophonisba, qu'il avoit prise et choisie pour son principal et plus précieux butin; il la
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luy enleva pour l'envoyer à Rome à vivre le reste de ses jours en misérable esclave, si Massinissa n'y eust remédié. Sa gloire en fust esté plus belle et plus ample si elle y eust comparu en glorieuse et superbe reine, femme de Massinissa, et que l'on eust dit, la voyant passer : « Voilà l'une des belles vestiges des conquestes de Scipion )> ; car la gloire certes gist bien plus en l'apparence des choses grandes et hautes que des basses.
Pour fin, Scipion en tout ce discours fit de grandes fautes : ou bien il estoit ennemy du tout du sexe femenin, ou du tout impuissant de le contenter, bien qu'on die que sur ses vieux jours il se mit à faire l'amour à une des servantes de sa femme; ce qu'elle comporta fort patiemment, pour des raisons qui se pourroyent là-dessus alléguer.
Or, pour sortir de la disgression que je viens d'en faire, et pour rentrer au plain chemin que j'avois laissé, je dis, pour faire fin à ce discours, que rien au monde n'est si beau à voir et regarder qu'une belle femme pompeusement habillée, ou délicatement deshabillée et couchée; mais qu'elle soit saine, nette, sans tare, suros ny mallandre, comme j'ay dit.
5 Le roy François disoit qu'un gentilhomme, tant superbe soit-il, ne sçauroit mieux recevoir un seigneur, tant grand soit-il, en sa maison ou chasteau, mais qu'il y opposât à sa veue et première rencontre une belle femme sienne, un beau cheval
et un beau lévrier : car, en jettant son œil tantost sur l'un, tantost sur l'autre, et tantost sur le tiers, il ne se sçauroit jamais fascher en cette maison; mettant ces trois choses belles pour tresplaisantes à voir et admirer, et en faisant cet exercice tres-agreable.
î La reine Isabel de Castille disoit qu'elle prenoit un très-grand plaisir de voir quatre choses : Hombre d'armas en campo, ohisbo puesto en pontifical, linda dama en la cama, y ladron en la horca : (( un homme d'armes sur les champs, un evesque en son pontifical, une belle dame dans un lict, et un larron au gibet. »
5 J'ay ouy raconter à feu M. le cardinal de Lorraine le Grand, dernier decedé, que, lorsqu'il alla à Rome vers le pape Paul IV, pour rompre la trefve faite avec l'empereur, il passa à Venise, oi^i il fut tres-honnorablement receu, il n'en faut point doubter, puisqu'il estoit un si grand favory d'un si grand roy. Tout ce grand et magnifique sénat alla au devant de luy ; et, passant par le grand canal, où toutes les fenestres des maisons estoyent bordées de toutes les femmes de la ville, et des plus belles, qui estoyent là accourues pour voir cette entrée, il y en eut un des plus grands qui l'entretenoit sur les affaires de Testât, et luy en parloit fort ; mais, ainsi qu'il jettoit fort ses yeux fixement sur ces belles dames, il luy dit en son patois langage : « Monseigneur, je croy que vous ne m'entendez, et avez raison; car il y a bien plus
de plaisir et différence de voir ces belles dames à ces fenestres, et se ravir en elles, que d'ouyr parler un fascheux vieillard comme moy, et parlast-il de quelque grande conqueste àvostre advantage. » M. le cardinal, qui n'avoit faute d'esprit et de mémoire, luy respondit de mot à mot à tout ce qu'il avoit dit, laissant ce bon vieillard fort satisfait de luy, et en admirable estime qu'il eut de luy qui, pour s'amuser à la veue de ces belles dames, il n'avoit rien oublié ny obmis de ce qu'il luy avoit dit.
Qui aura veu la cour de nos rois François, Henry second, et autres rois ses enfans, advouera bien, quel qu'il soit, et eust-il veu tout le monde, n'avoir rien veu jamais de si beau que nos dames qui sont estées en leur cour, et de nos reines, leurs femmes et mères et sœurs; mais plus belle chose encor eust-il veu (ce dit quelqu'un) si le grandpere de maistre Gonnin eust vescu, et qui, par ses inventions, illusions, sorcelleries et enchantements, les eust pu représenter devestues et nues, comme l'on dit qu'il le fît une fois en quelque compagnie privée, que le roy François luy commanda : car il estoit un homme très-expert et subtil en son art; et son petit-fîls, qu'avons veu, n'y entendoit rien au prix de luy.
Je pense que cette veue seroit aussi plaisante comme fut jadis celle des dames égiptiennes en Alexandrie, à l'accueil et réception de leur grand dieu Apis, au devant duquel elles alloyent en
tres-grande ceremonfe, et levant leurs robbes, cottes et chemises, et les retroussant le plus haut qu'elles pouvoyent, les jambes fort eslargies et escarquillées , leur monstroyent leur cas tout à fait; et puis, nele revoyoient plus; pensez qu'elles cuidoyent l'avoir bien payé décela. Qui en voudra voir le conte lise Alexan. ab Alex., au 6^ livre des Jours jovials. Je pense que telle veue en estoit bien plaisante, car pour lors les dames d'Alexandrie estoyent belles, comme encores sont aujourd'huy.
Si les vieilles et laides faisoyent de mesme, passe : car la veue ne se doit jamais estendre que sur le beau, et fuir le laid tant que l'on peut.
En Suisse, les hommes et femmes sont peslemesle aux bains et estuves sans faire aucun acte deshonneste, et en sont quittes en mettant un linge devant : s'il est bien délié, encôr peut-on voir chose qui plaist ou deplaist, selon le beau ou laid.
Avant que finir ce discours, si diray-je encor ce mot : en quelles tentations et récréations de veue pouvoyent entrer aussi les jeunes seigneurs, chevalliers, gentilshommes, plebeans et autres Romains, le temps passé, le jour que se celebroit la feste de Flora à Rome, laquelle on dit avoir esté la plus gentille et la plus triomphante courtisanne qu'oncques exerça le putanisme dans Rome, voire ailleurs. Et qui plus la recommandoit en cela, c'est qu'elle estoit de bonne maison et de grande
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lignée; et, pour ce, telles dames de si grande estoffe Yoluntiers plaisent plus, et la rencontre en est plus excellente que des autres.
Aussi cette dame Flora eut cela de bon et de meilleur que Lays, qui s'abandonnoit à tout le monde comme une bagasse, et Flora aux grands; si bien que sur le sueil de sa porte elle avoit mis cet escriteau : Kois, princes, dictateurs, consuls, censeurs, pontifes, questeurs, ambassadeurs, et autres grands seigneurs, entrez, et non d'autres.
Lays se faisoit tousjours payer avant la main, et Flora point, disant qu'elle faisoit ainsi avec les grands, afin qu'ils fissent de mesme avec elle comme grands et illustres, et aussi qu'une femme d'une grande beauté et haut lignage sera tousjours autant estimée qu'elle se prise; et si ne prenoit sinon ce qu'on luy donnoit, disant que toute dame gentille devoit faire plaisir à son amoureux pour amour, et non pour avarice, d'autant que toutes choses ont certain prix, fors l'amour.
Pour fin, en son temps elle fit si gentiment l'amour, et se fit si bravement servir, que, quand elle sortoit de son logis quelquesfois pour se pourmener en ville, il y avoit assez à parler d'elle pour un mois, tant pour sa beauté, ses belles et riches parures, ses superbes façons^ sa bonne giace, que pour la grande suitte de courtisans et serviteurs et grands seigneurs qui estoyent avec elle, et qui la suivoyent et accompagnoient comme vrays esclaves ; ce qu'elle enduroit fort patiemment. Et les
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ambassadeurs estrangers, quand ils s'en retournoyent en leurs provinces, se plaisoyent plus à faire des contes de la beauté et singularité de la belle Flora que de la grandeur de la republic[ue de Rome, et surtout de sa grande libéralité, contre le naturel pourtant de telles dames ; mais aussi estoit-elle outre le commun, puisqu'elle estoit noble.
Enfin elle mourut si riche et si opulente que la valeur de son argent, meubles et joyaux, estoit suffisant pour refaire les murs de Rome, et encor pour desengager la republique. Elle fit le peuple romain son héritier principal, et, pour ce, luy fut édiffié dans Rome un temple tres-sumptueux, qui de Flore fut appelé Florian.
La première feste que l'empereur Galba célébra jamais fut celle de l'amoureuse Flora, en laquelle estoit permis aux Romains et Romaines de faire toutes les desbauches, deshonnestetez, sallauderies et debordemens à l'envy, dont se pourroyent adviser; en sorte qu'on estimoit plus sainte et la plus gallante celle qui, ce jour là, faisoit plus de la dissolue et de la deshonneste et débordée.
Pensez qu'il n'y avoit ny fiscaigne, que les chambrières et esclaves mores dansent les dimanches à Malthe, en pleine place devant le monde, ny sarabande qui en approchast, et qu'elles n'y oublioyent ny mouvement ny remuemens lascifs, ny gestes paillards, ny tordions bizarres. Et qui en pouvoit excogiter de plus dissolus et débordez,
tant plus gallante estoit la dame ; d'autant que telle opinion estoit parmj les Romains, que qui alloit au temple de cette déesse en habit et geste et façon plus lascive et paillarde auroit mesme grâce et oppulents biens que Flora avoit eu.
Vrayment voilà de belles opinions et belle solemnisation de feste! aussi estoyent-ils payens. Làdessus ne faut douter si elles y oublioyent nul genre de lascivetez, et si long temps avant ces bonnes dames y estudioyent leur leçon, ny plus ny moins que les nostres à apprendre un ballet, et si elles estoyent affectionnées en cela. Les jeunes hommes, voire les vieux, y estoyent bien autant empressez à voir et contempler telles lascives simagrées. Si telles se pouvoyent représenter parmy nous, le monde en feroit bien son proffît en toutes sortes; et pour estre à telles veues le monde se tueroit de la presse.
Il y a assez là à gloser qui voudra; je le laisse aux bons gallants. Qu'on lise Suétone, Pausanias grec et Manilius latin, aux livres qu'ils ont fait des dames illustres, amoureuses et fameuses, on verra tout.
Ce conte encor, et puis plus :
Il se lit que les Lacedemoniens allèrent une fois pour mettre le siège devant Messene, à quoy les Meceniens les previndrent, car ils sortirent d'abord sur eux les uns, et les autres tirèrent et coururent à Lacedemone, pensant la surprendre et la piller cependant qu'ils s'amusoient devant leur
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ville; mais ils furent valleureusement repoussez et chassez par les femmes qui estoyent demeurées : ce que sçachans, les Lacedemoniens rebroussèrent chemin et tournèrent vers leur ville; mais de loin ils descouvrent leurs femmes toutes en armes, qui avoyent donné la chasse, dont ils furent en allarme; mais elles se firent aussitost à eux cognoistre, et leur raconter leur fortune; dont ils se mirent de joye à les baiser, embrasser et caresser, de telle sorte que, perdans toute honte, et sans avoir la patience d'oster les armes, ny eux ny elles, leur firent cela bravement en mesme place qu'ils les rencontrèrent, oii l'on put voir choses et autres, etouir un plaisant son et cliquetis d'armes et d'autre chose. En mémoire de quoy ils firent bastir un temple et simulachre à la déesse Venus, qu'ils appelèrent Venus Vannée, au contraire de tous les autres, qui la peignent toute nue. Voilà une plaisante cohabitation, et un beau sujet, de peindre Venus armée, et l'appeler ainsi !
Il se void souvent parmy les gens de guerre, mesme aux prises de villes par assauts, force soldats tous armés jouir des femmes, n'ayans le loisir et la patience de se desarmer pour passer leur rage et appétit, tant ils sont tentés; mais de voir le soldat armé habiter avec la femme armée, il s'en void peu. Il se faut là-dessus songer le plaisir qui s'en peut ensuivre, et quel plus grand pouvoit estre en ce beau mystère, ou pour l'action, ou pour la veue, ou pour la sonnerie des armes. Cela
gist en l'imagination qu'on en pourroit faire, tant pour les agents que pour les arregardans qui estojent là pour lors.
Or, c'est assez; faisons fin.
J'eusse fait ce discours plus ample de plusieurs exemples, mais je craignois que, pour estre trop lascif, j'en eusse encouru mauvaise réputation.
Si faut-il qu'après avoir tant loué les belles femmes, que je fasse le conte d'un Espagnol qui, voulant mal à une femme, me la dépeignit un jour comme il falloit, et me dit : Seiïor, vieja es como la lampada azeitunada d'iglesia^ y de hechura del armario, larga y desvayada, el color y gesto como mascara mal pintada^ el talle como una campana o mola de molinOj la vista como ydolo del tiempo antiguo, el andar y vision d'una antigua fantasma de la noche , que tanîo tuviesse encontrarla de noche, como ver una mandragora. lesus ! lesus! Dios me libre de su mal encuentro! No se contenta de tener en su casa por huesped al provisor del ohisho, ny se contenta con la demasiada conversacion del vicario ny del guardian, ny de la amistad antigua del dean, sino que agora de nuevo ha tomado al que pide para las animas de purgatorio^ para acabar su negra vida .-((Voyez la : elle est comme une lampe vieille et toute graisseuse d'hujle d'église; de forme et façon, elle ressemble un armoire grand et vague et mal basti; la couleur et la grâce comme d'un masque mal peint; la taille comme une cloche de monastère ou meule de moulin; le visage comme
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d'un idole du temps passé; le regard et l'aller comme un fantosme antique qui va de nuict : de sorte que je craindrois autant de la rencontrer de nuict comme de voir une mandragore. Jésus ! Jésus! Dieu m'en garde de telle rencontre! Elle ne se contente pas d'avoir pour hoste ordinaire chez soy le proviseur de i'evesque, ny se contente de la desmesurée conversation du vicaire, ny de la continue visite du gardien, ny de l'ancienne amitié du doyen, sinon qu'à cette heure de nouveau elle a pris en main celuy qui demande pour les âmes du purgatoire, et ce pour achever sa noire vie. »
Voilà comment l'Espagnol, qui a si bien dépeint les trente beautez d'une dame, comme j'ay dit cy-dessus en ce discours, quand il veut, la sçait bien déprimer.
LA JARRETIERE
i Dames Galantes, Discours III