LE CHŒUR DES MATELOTS
Une vaste salle de marbre, avec des lauriers, des lavandes et des lys en des vases de porcelaine. Un escalier aux sept marches de marbre blanc divise longitudinalement toute la salle, et sept princesses, en robes blanches et les bras nus, sont endormies sur ces marches garnies de coussins de soie pâle. Une lampe d'argent éclaire leur sommeil. Au fond de la salle, une porte aux puissants verrous. A droite et à gauche de la porte, de grandes fenêtres dont les vitrages descendent jusqu'au ras du carrelage. Derrière ces fenêtres, une terrasse. Le soleil est sur le point de se coucher et l'on aperçoit, à travers les vitrages, une noire campagne marécageuse avec des étangs et des forêts de chênes et de pins. Perpendiculairement à Tune des fenêtres, entre d'énormes saules, un sombre canal inflexible, à l'horizon duquel s'avance un grand navire de guerre.
Le vieux roi, la vieille reine et le messager s'avancent sur la terrasse, et regardent s'approcher le navire de guerre.
LA REINE
Il vient à pleines voiles...
LE ROI
Je ne le vois pas bien dans le brouillard...
LA REINE
Ils rament... ils rament tous... Je crois qu'ils vont venir jusqu?aux fenêtres du châ-
teau... On dirait qu'il a mille pieds... les voiles touchent aux branches des saules...
LE ROI
11 a l'air plus large que le canal...
LA REINE
Ils s'arrêtent...
LE ROI
Je ne sais comment ils pourront s'en retourner...
Ils s'arrêtent... ils s'arrêtent... Ils jettent l'ancre... Ils s'amarrent aux saules... Ah! ah ! Je crois que le prince descend...
LE ROI
Regardez donc les cygnes... Ils vont à sa rencontre... Ils vont voir ce que c'est...
LA REINE
Est-ce qu'elles dorment toujours?
(Ils viennent regarder, par les fenêtres, dans la salle.)
LE ROI
Eveillons-les... Je vous l'ai dit depuis longtemps; il faut les éveiller...
LA REINE
Attendons qu'il soit là... C'est trop tard maintenant... Il est là. il est là! — Mon Dieu! mon Dieu! qu'allons-nous faire! — Je n'ose pas ! je n'ose pas ! . . . Elles sont trop malades...
LE ROI
Voulez-vous que j'ouvre la porte...
LA REINE
Non! non! attendez! attendons! — Oh comme elles dorment ! comme elles dorment toujours!... Elles ne savent pas qu il revient... Elles ne savent pas qu'il est là... Je n'ose pas les éveiller... le médecin l'a défendu... ne les éveillons pas... Ne les éveillons pas encore... Oh! oh! j'entends un bruit de pas sur le pont...
LE ROI
Il est là! Il est là!... Il est au bas de la terrasse ! . . .
(Ils quittent la fenêtre.)
LA REINE
Où est-il! où est-il? — Est-ce lui? — Je ne le reconnais plus!... Si, si, je le reconnais encore! Oh! qu'il est grand! qu'il est grand! Il est au bas de l'escalier !... Marcellus! Marcellus! Est-ce vous? Est-ce vous? — Montez ! Montez ! nous sommes si vieux nous autres!... Nous ne pouvons plus descendre!... Montez ! montez! montez!
LE ROI
Prenez garde de tomber!... les marches sont très vieilles... elles tremblent toutes... Prenez garde!...
LA REINE
Montez! montez! montez!
(Le prince monte sur la terrasse et se jette dans les bras du roi et de la reine.)
LE PRINCE
Ma pauvre mère-grand! Mon pauvre grand-père !
(Ils s'embrassent.)
LA REINE
Oh! comme vous êtes beau! — Comme vous avez grandi, mon enfant! - Comme vous êtes grand, mon petit Alarcellus ! — Je ne vous vois pas bien ; j'ai les yeux pleins de larmes...
LE PRINCE
Oh! ma pauvre mère-grand, comme vos cheveux sont blancs!... Oh! mon pauvre grand-père, comme votre barbe est blanche!...
LE ROI
Nous sommes de pauvres petits vieux ; notre tour va venir...
LE PRINCE
Grand-père, grand-père, pourquoi vous penchez-vous ainsi?
LE ROI
Je suis toujours penché...
LA REINE
Nous vous attendons depuis si longtemps !...
LE PRINCE
Oh ! ma pauvre mère-grand, comme vous tremblez ce soir!...
LA REINE
Je tremble toujours ainsi, mon enfant...
LE PRINCE.'
Oh ! mon pauvre grand-père ! Oh ! ma pauvre mère-grand! Je ne vous reconnais presque plus...
LE ROI
Moi non plus, moi non plus. Je n'y vois plus très bien...
LA REINE
Où avez-vous été si longtemps, mon enfant? — Oh ! que vous êtes grand ! — Vous êtes plus grand que nous!... Voilà, voilà, je pleure comme si vous étiez mort!
LE PRINCE
Pourquoi m'accueillez-vous les larmes aux yeux ?
LA REINE
Non, non, ce ne sont pas des larmes, mon enfant... Ce n'est pas la même chose que des larmes... Il n'est rien arrivé... Il n'est rien arrivé...
LE PRINCE
Où sont mes sept cousines?
Ici, ici; attention, attention... n'en parlons pas trop haut; elles dorment encore; il ne faut pas parler de ceux qui dorment...
LE PRINCE
Elles dorment?... Est-ce qu'elles vivent encore toutes les sept?...
LA REINE
Oui, oui, oui; prenez garde, prenez garde... Elles dorment ici; elles dorment toujours...
LE PRINCE
Elles dorment toujours?... Quoi? quoi?
quoi? — Est-ce que?... toutes les sept!... toutes les sept !...
LA REINE
Oh! oh! oh! qu'avez-vous pensé!...
qu'avez-vous osé penser, Marcellus. Marcellus! Prenez garde! — Elles sont ici; venez voira la fenêtre... venez voir... Vite! vite! venez vite! Il est temps de les voir...
(Ils s approchent des fenêtres et regardent dans la salle. Un long silence.)
LE PRINCE
Ce sont mes sept cousines?... Je ne vois pas bien...
LA REINE
Oui, oui; elles sont là toutes les sept sur les marches... les voyez- vous? les voyezvous*?
LE PRINCE
Je ne vois que des ombres blanches...
LA REINE
Ce sont vos sept cousines !... les voyezvous dans les miroirs?...
LE PRINCE
Ce sont mes sept cousines?...
LA REINE
Regardez donc dans les miroirs, tout au fond de la salle... vous les verrez, vous les verrez... Venez ici, venez ici, vous verrez mieux peut-être...
LE PRINCE
Je vois! je vois ! je vois! je les vois toutes les sept!... Une, deux, trois (il hésite an moment), quatre, cinq, six, sept... Je ne les reconnais presque pas... Je ne les reconnais pas du tout... Oh! qLi'elles sont blanches toutes les sept!... Oh! qu'elles sont belles toutes les sept!... Oh! qu'elles sont pâles toutes les sept!... Mais pourquoi dormentelles toutes les sept ?
Elles dorment toujours... Elles dorment ici depuis ce midi... Elles sont si malades!... On ne peut plus les éveiller... Elles ne savaient pas que vous alliez venir... Nous n'avons pas osé les éveiller... Il faut atten-
l6 LES SEPT PRINCESSES
dre... Il faut qu'elles s'éveillent d'ellesmêmes... Elles ne sont pas heureuses et ce n'est pas notre faute... Nous sommes trop vieux, trop vieux; tout le monde est trop vieux pour elles... On est trop vieux sans le savoir...
LE PRINCE
Oh! qu'elles sont belles! qu'elles sont belles!...
LA REINE
Elles ne vivent presque plus depuis qu'elles sont ici ; — elles sont ici depuis que leurs parents sont morts... Il fait trop froid dans ce château... Elles viennent des pays chauds... Elles cherchent toujours le soleil; mais il n'y en a presque pas... Il y en avait un peu sur le canal ce matin ; mais les arbres sonttrop grands; il y a trop d'ombre; il n'y a que de l'ombre... Il y a trop de brouillards et le ciel n'est jamais clair... — Oh ! comme vous regardez ! — Voyez-vous quelque chose d'extraordinaire?
LE PRINCE
Oh! qu'elles sont pâles toutes les sept!
LA REINE
Elles sont encore à jeun... Elles ne pouvaient plus rester au jardin ; la pelouse les éblouissait... Elles ont la fièvre... Elles sont rentrées ce midi en se donnant la main... Elles sont si faibles qu'elles ne peuvent presque plus marcher seules...
Elles tremblaient de fièvre toutes les sept... Et personne ne sait ce qu'elles ont... Elles dorment ici tous les jours...
LE PRINCE
Elles sont étranges... Oh! oh! elles sont étranges!... Je n'ose plus les regarder... Est-ce ici leur chambre à coucher?
LA REINE
Non, non ; ce n'est pas leur chambre à coucher... Vous voyez bien ; il n'y a pas de lits... leurs sept petits lits sont plus haut; dans la tour. — Elles sont ici en attendant la nuit...
LE PRINCE
Je commence à les distinguer...
l8 LES SEPT PRINCESSES
LA REINE
Approchez, approchez; mais ne touchez pasauxfenêtres...Vous verrez mieux quand le soleil sera couché; il fait trop clair encore au dehors... Vous verrez mieux tout à l'heure. Placez- vous contre les vitres ; mais ne faites pas de bruit...
Oh! qu'il fait clair dans la salle!...
LA REINE
Il y fera plus clair encore quand la nuit sera venue... Elle est sur le point de tomber...
LE ROI
Qu'est-ce qui est sur le point de tomber?
LA REINE
C'est de la nuit que je parle. — Voyezvous quelque chose ?
LE PRINCE
Il y a un grand vase de cristal sur un trépied...
LA REINE
Ce n'est rien; c'est de l'eau; elles ont si soif quand elles s'éveillent!...
LE PRINCE
.Mais pourquoi cette lampe brûle-t-elle?
LA REINE
Elles l'allument toujours. Elles savaient qu'elles dormiraient longtemps. Elles l'ont allumée ce midi pour ne pas s'éveiller dans les ténèbres... Elles ont peur de l'obscurité...
Elles sont devenues grandes !
LA REINE
Elles grandissent encore... Elles deviennent trop grandes... C'est peut-être cela qui les rend si malades... Les reconnaissezvous?
LE PRINCE
Je les reconnaîtrais peut-être si je les voyais au grand jour...
LA REINE
Vous avez joué si souvent avec elles quand elles étaient petites... Ouvrez les yeux...
LE PRINCE
Je ne vois bien que leurs petits pieds nus...
le roi (regardant à une autre fenêtre).
Je n'y vois pas très clair ce soir...
le prince.
Elles sont trop loin de nous...
LA REINE
Il y a quelque chose sur les miroirs ce soir; je ne vois pas bien ce que c'est...
le prince.
Il y a une vapeur sur les vitres... Je vais voir si je puis l'effacer...
la reine.
Non! non! ne touchez pas à la fenêtre! Elles s'éveilleraient en sursaut ! — C'est à l'intérieur ; c'est de l'autre côté ; c'est la chaleur de la salle...
LE PRINCE
Il y en a six que je distingue très bien ; mais il y en a une au milieu...
LE ROI
Elles se ressemblent toutes; je ne les distingue qu'à leurs colliers de pierreries...
LE PRINCE
Il y en a une que je ne vois pas bien...
LA REINE
Laquelle préférez-vous ?
LE PRINCE
Celle qu'on ne voit pas bien...
LA REINE
Laquelle? J'ai l'oreille un peu dure...
LE PRINCE
Celle qu on ne voit pas bien...
Laquelle est-ce qu'on ne voit pas bien ? Je n'en vois presque aucune.
LE PRINCE
Celle qui est au milieu...
LA REINE
Je savais bien que vous ne verriez qu'elle!...
LE PRINCE
Qui est-ce?
LA REINE
Vous savez bien qui c'est; je n'ai pas besoin de vous le dire...
LE PRINCE
C'est Ursule?
LA REINE
Mais oui, mais oui, mais oui! Vous voyez bien que c'est Ursule ! c'est Ursule ! c'est Ursule qui vous attend depuis sept ans ! toutes les nuits ! toutes les nuits ! tous les jours ! tous les jours !.. La reconnaissezvous?...
LE PRINCE
Je ne la vois pas bien ; il y a une ombre sur elle...
LA REINE
Oui ; il y a une ombre sur elle ; je ne sais ce que c'est...
LE PRINCE
Je crois que c'est l'ombre d'une colonne. . . Je la verrai mieux tout à l'heure quand le soleil sera couché tout à fait...
LA REINE
Non, non, ce n'est pas l'ombre du soleil...
LE PRINCE
Nous verrons si l'ombre se déplace...
LE ROI
Je vois ce que c'est ; c'est l'ombre de la lampe.
LA REINE
Elle est couchée autrement que les autres...
LE ROI
Elle dort plus profondément, voilà tout. . .
LE PRINCE
Elle dort comme un petit enfant...
Venez à cette fenêtre-ci ; vous y verrez peut-être mieux.
le prince (allant à une antre fenêtre).
Je ne la vois pas mieux ; c'est le visage que je n'aperçois pas...
LA REINE
Venez à cette fenêtre-ci ; vous y verrez peut-être mieux...
le prince (allant à une autre fenêtre).
Je ne la vois pas mieux... Il est bien difficile de la voir... On dirait qu'elle se cache...
LA REINE
Le visage est presque invisible...
LE PRINCE
Je vois très bien le corps ; mais je n'aperçois pas le visage... Je crois qu'il est tourné tout à fait vers le ciel...
LA REINE
Alais vous n'en regardez qu'une seule !...
le prince (regardant toujours).
Elle est plus grande que les autres...
LA REINE
Mais ne regardez pas toujours la seule qu'on ne voie pas... Il y en a six autres!...
Je les regarde aussi... Oh! comme on les voit bien, les autres!...
LA REINE
Les reconnaissez-vous? — Voilà Geneviève, Hélène et Christabelle... et de l'autre côté, voilà Madeleine, Claire et Claribelle avec des émeraudes... — Voyez donc; je crois qu'elles se tiennent toutes les sept par les mains... Elles se sont endormies en se donnant la main... Oh! oh! les petites sœurs !... on dirait qu'elles ont peur de se perdre en dormant... Mon Dieu! mon Dieu ! je voudrais qu'elles s'éveillent!...
LE PRINCE
Oui, oui; éveillons-les... Voulez-vous que je les éveille?...
LA REINE
Non, non; pas encore, pas encore... Ne les regardons plus; venez, ne les regardez plus; elles auraient tout à coup de mauvais rêves... Je ne veux plus les voir; je ne veux plus les voir... Je briserais les vitres!... Ne les regardons plus, nous aurions peur!... Venez, venez, au fond de la terrasse; nous allons parler d'autre chose; nous avons tant de choses à nous dire... Venez, venez, elles auraient peur si elles se retournaient; elles auraient peur si elles nous apercevaient à toutes les fenêtres... (Au vieux rot.) Vous aussi, vous aussi; venez, ne collez pas ainsi votre barbe blanche contre les vitres... vous ne savez pas que vous êtes effrayant!... — Pour l'amour de Dieu, ne restez pas tous les deux aux fenêtres!... Mais venez donc! venez donc, vous dis-je!... Vous ne savez pas ce qui va arriver... Venez ici, venez ici, retournezvous, retournez-vous! regardez de l'autre
côté! regardez un moment de l'autre
côté !... Elles sont malades, elles sont
malades !... éloignons-nous... laissez-les dormir seules !...
le prince (se retournant) .
Qu .'y a-t-il? — Qu'y a-t-il donc? — Oh! qu'il fait noir au dehors!... où êtes-vous? Je ne vous trouve plus...
LE ROI
Attendez un moment ; vous avez encore la clarté de la salle dans les yeux... Je n'y vois plus non plus... venez. Nous sommes
(Ils quittent les fenêtres.)
LE PRINCE
Oh! qu'il fait noir clans la campagne!... où sommes-nous?
LE ROI
Le soleil s'est couché...
LA REINE
Marcellus, pourquoi n'êtes- vous pas venu plus tôt, Marcellus?
LE PRINCE
Le messager vous Ta dit; je ne songeais qu'à venir...
LA REINE
Elles vous attendent depuis tant d'années! Elles étaient toujours dans •cette salle de marbre ; elles regardaient le canal jour et nuit... Les jours de soleil elles allaient sur l'autre rive...; il y a là une colline d'où l'on voit de plus loin ; on ne voit pas la mer; mais on voit les rochers...
LE PRINCE
Quelle est cette clarté sous les arbres?
LE ROI
C'est le canal par où vous êtes venu ; il y a toujours une clarté sur l'eau...
LE PRINCE
Oh! qu'il fait noir cette nuit! — Je ne sais plus où je suis ; je suis ici comme un étranger...
LE ROI
Le ciel s'est couvert tout à coup...
LE PRINCE
Il y a du vent dans les saules. . .
Il y a jour et nuit du vent dans les saules ; nous ne sommes pas loin de la mer. — Ecoutez; il pleut déjà...
LE PRINCE
On dirait qu'on pleure autour du château...
LE ROI
C'est la pluie qui tombe sur l'eau , c'est une pluie très douce...
LA REINE
On dirait qu'on pleure dans le ciel...
LE PRINCE
Oh ! comme l'eau dort entre les murs!...
LA REINE
Elle dort toujours ainsi; elle est très vieille aussi...
LE PRINCE
Les cygnes se sont réfugiés sous le pont. . .
LE ROI
Voici des paysans qui rentrent leurs troupeaux...
LE PRINCE
Ils me semblent très vieux et très pauvres...
LE ROI
Ils sont très pauvres ; je suis roi de très pauvres gens... Il commence à faire froid...
LE PRINCE
Qu'y a-t-il là, de l'autre côté de 1 eau ?
LE ROI
Là-bas? — C'étaient des fleurs; le froid les a tuées...
(En ce moment, on entend au fond de la campagne, un chant monotone et très lointain, dont on ne distingue que le refrain, repris en chœur, à intervalles réguliers.)
LES VOIX LOINTAINES
L' Atlantique ! l'Atlantique!
LE ROI
Qu'est-ce que c'est?
LE PRINCE
Ce sont les matelots; — je crois qu'ils tournent le navire ; ils préparent le départ. . .
LES VOIX LOINTAINES
Nous ne reviendrons plus!
Nous ne reviendrons plus!
Il a déjà toutes ses voiles...
LE PRINCE
Ils partent cette nuit...
LES VOIX LOINTAINES
L' Atlantique ! l'Atlantique !
LE ROI
Est-ce vrai qu'ils ne reviendront plus?
LE PRINCE
Je ne sais pas; ce ne seront peut-être pas les mêmes...
LES VOIX LOINTAINES
Nous ne reviendrons plus !
Nous ne reviendrons plus !
LA REINE
Vous n'avez pas l'air heureux, mon enfant...
LE PRINCE
Moi ? — Pourquoi ne serais-je pas heureux? — Je suis venu la voir et je L'ai vue... Je puis la voir de plus près si je veux... Je puis m'asseoir à ses côtés si je veux... Ne puis-je pas ouvrir les portes et lui prendre la main? Je puis l'embrasser quand je veux; je n'ai qu'à 1 éveiller. Pourquoi serais-je malheureux ?
Vous n'avez pas l'air heureux cependant!... J'ai presque soixante-quinze ans, maintenant... et je vous attendais toujours!... Ce n'est pas vous ! pas vous!... ce n'est pas vous non plus !...
[Elle détourne la tête et sanglote.)
LE ROI
Qu'y a-t-il? qu'y a-t-il donc? Pourquoi pleurez-vous tout à coup?
LA REINE
Ce n'est rien ; ce n est rien ; — ce n'est pas moi qui pleure... Ne faites pas attention ; — on pleure souvent sans raison ; — je suis si vieille aujourd'hui. — C'est fini...
LE PRINCE
J'aurai l'air plus heureux tout à l'heure..
LA REINE
Venez, venez ; elles sont peut-être là les yeux ouverts... donnez-moi la main; menez-moi aux fenêtres ; allons voir aux fenêtres...
LES VOIX LOINTAINES
& Atlantique ! l'Atlantique!
(Ils reviennent tous regarder aux fenêtres.)
LE PRINCE
Je n'y vois pas encore... Il lait trop clair...
LA REINE
Il y a quelque chose de changé dans la salle!...
LE ROI
Je n'y vois rien du tout
LE PRINCE
Il y fait plus clair qu'auparavant...
LA REINE
Ce n'est pas la même chose; il y a quelque chose de changé dans la salle...
LE PRINCE
Mes yeux ne sont pas encore faits à la lumière...
LA REINE
Il y en a qui ne sont plus à la même place!...
LE PRINCE
Oui, oui; je crois qu'elles ont fait un petit mouvement...
LA REINE
Oh! oh! Christabelle et Claribelle?...
Voyez, voyez!... Elles tenaient Ursule par les mains... Elles ne tiennent plus leur sœur par les mains... Elles ont abandonné ses mains... Elles se sont tournées de 1: autre côté...
LE PRINCE
Elles ont été sur le point de s'éveiller...
LA REINE
Nous sommes venus trop tard! Nous sommes venus trop tard ! . . .
LE ROI
Je ne vois bien que les lys près des fenêtres; — ils sont fermés...
LE PRINCE
Ils savent que c'est le soir...
LE ROI
Il y a une lumière cependant...
LE PRINCE
Elle a une main qu'elle tient étrangement...
LA REINE
Qui donc ?
LE PRINCE
Ursule...
LA REINE
Qu'est-ce que c'est que cette main?... Je ne l'avais pas vue tout à l'heure...
LE PRINCE
C'est que les autres la cachaient...
LE ROI
Je ne sais ce que vous voulez dire ; je ne vois pas jusqu'aux miroirs...
LA REINE
Elle aura mal!... Elle aura mal!... Elle ne peut pas dormir ainsi ; ce n'est pas naturel... Je voudrais qu'elle baisse un peu la main. — Mon Dieu, mon Dieu, faites donc qu'elle baisse un peu cette petite main !... Son petit bras aura mal si longtemps !. ..
LE PRINCE
Je ne vois rien qui la soutienne...
LA REINE
Je ne veux plus la voir dormir ainsi... Je n'ai pas encore vu dormir ainsi.... Ce n'est pas un bon signe... Ce n'est pas un bon signe!... Elle ne pourra plus remuer la main...
LE ROI
Il n'y a pas de quoi s'inquiéter ainsi.,.
LE PRINCE
Les autres dorment plus simplement...
Comme leurs yeux sont fermés ! Comme leurs yeux sont fermés!... Oh! oh! les petites soeurs ! les petites sœurs!... Qu'allons-nous faire? — Qu'allons-nous donc en faire?...
LE ROI
Voyons, voyons, ne parlez pas si près des fenêtres...
LA REINE
Je n'en suis pas si près que vous croyez...
LE ROI
Vous avez la bouche contre les vitres...
LE PRINCE
Je vois encore quelque chose qu'on ne distingue pas très bien...
LA REINE
Moi aussi; moi aussi. Il y a quelque chose que je commence à voir... Gela s'étend jusqu'à la porte...
LE PRINCE
Il y a quelque chose sur les dalles... Ce n'est pas une ombre... Ce ne peut être une ombre... Je ne m'explique pas ce que c'est... Il se pourrait que ce soient ses cheveux...
LA REINE
Mais pourquoi n'a-t-elle pas noué ses cheveux?... Toutes les autres ont noué leurs cheveux. . . Regardez. . .
LE PRINCE
Je vous dis que ce sont ses cheveux !... Ils s'agitent. . . Oh ! ses cheveux sont beaux! . . . Ce n'est pas une chevelure de malade...
LA REINE
Elle ne les arrange pas ainsi pour dormir... On dirait qu'elle avait l'intention de sortir. . .
LE PRINCE
Elle ne vous a rien dit ?...
LA REINE
Elle a dit ce midi, en fermant la porte : « Surtout ne nous éveillez plus. » — ■ Puis je l'ai embrassée pour ne pas voir qu'elle était triste...
LE PRINCE
Ils auront froid, leurs petits pieds presque nus sur les dalles !
LA REINE
Oui, oui; ils auront froid! — Oh! ne regardez pas si avidement! (Au Roi.) Vous non plus ! Vous non plus ! — Ne
regardez pas à chaque instant! Ne regardez pas toujours! — Ne regardons pas tous ensemble!... Elles ne sont pas heureuses ! Elles ne sont pas heureuses!...
LE ROI
Qu'y a-t-il tout à coup? — Il n'y a, donc que vous qui puissiez voir? — Mais qu'avezvous ce soir ? — Vous n'êtes plus raisonnable... Je ne vous comprends plus... Il faut que tous les autres regardent d'un autre côté ; il faut que tous les autres ferment les yeux... Mais cela nous regarde autant que vous, je crois...
LA REIXE.
Je sais bien que cela vous regarde... Ne parlez plus ainsi pour l'amour de Dieu!... Oh! oh!... ne me regardez pas! Ne me regardez pas en ce moment!... Mon Dieu ! mon Dieu ! comme elles sont immobiles !...
LE ROI
Elles ne s'éveilleront plus ce soir; nous ferions mieux d'aller dormir aussi...
LA REINE
Attendons encore; attendons encore!...
Nous verrons peut-être ce que c'est...
LE ROI
Nous ne pouvons pas regarder éternellement à travers les vitres ; il faut faire quelque chose...
Nous pourrions peut-être les éveiller d'ici...
LE ROI
Je vais frapper doucement à la porte.
LA REINE
Non, non ! Jamais ! Jamais!... Oh! Non, pas vous! pas vous! Vous frapperiez trop fort... Prenez garde! Oh prenez garde!
Elles ont peur de tout... Je frapperai moimême à la fenêtre s'il le faut... Il faut qu'elles voient celle qui frappe... Attendez, attendez...
(Elle frappe très doucement à la fenêtre.)
LE PRINCE
Elles ne s'éveillent pas...
LE ROI
Je ne vois rien du tout...
LA REINE
Je vais frapper un peu plus fort,..
(Elle frappe encore à la fenêtre.)
Elles ne bougent pas encore... (La reine jrappe encore à la fenêtre.) — On dirait que la salle est pleine de coton... — Etes-vous sûrs que ce soit le sommeil? — Elles sont peut-être évanouies... Je ne les vois pas respirer... (La reine Jrappe encore à une autre fenêtre) : frappez un peu plus fort., frappez sur les autres vitres. ! Oh ! oh ! ces petites vitres sont épaisses ! (La reine et le prince frappent anxieusement des deux mains.) Gomme elles sont immobiles!
Comme elles sont immobiles ! — C'est un grand sommeil de malades... C'est le sommeil de la fièvre qui ne veut pas s'en aller... Je veux les voir de près! Je veux les voir de près!... Elles n'entendent
pas le bruit que nous faisons... Ce n'est pas un sommeil naturel... Ce n'est pas un sommeil bienfaisant... Je n'ose pas frapper plus fort. .
le prince [aux écoutes contre les vitres). Je n'entends pas le moindre bruit...
(Un long silence.)
la reine (le visage contre les vitres, et dans une soudaine crise de larmes).
Oh ! Comme elles dorment ! Comme elles dorment!... Mon Dieu! .Mon Dieu!
Délivrez-les! Délivrez-les! Comme ils dorment leurs petits cœurs ! — On n'entend plus leurs petits cœurs! — Ils dorment si terriblement ! — Oh ! oh ! Qu'on est à craindre quand on dort!... J'ai toujours peur dans leur dortoir!... Je ne vois plus leurs petites âmes!... Où sont-elles donc leurs petites âmes !... Elles me font peur ! Elles me font peur! — C est maintenant que je le vois!... Comme elles dorment, les petites sœurs ! Oh ! comme elles dorment, comme elles dorment!... Je crois quelles
dormiront toujours!... Mon Dieu, mon Dieu, j'ai pitié d'elles!... Elles ne sont pas heureuses! Elles ne sont pas heureuses !... C'est maintenant que je vois tout !...
Sept petites âmes toute la nuit!... Sept petites âmes sans défense!... Sept petites âmes sans amies!... Elles ont la bouche grande ouverte... Sept petites bouches sont ouvertes!... Oh! Je suis sûre qu'elles ont soif!... Je suis sûre qu'elles ont terriblement soif!... Et tous ces yeux qui sont fermés!... Oh! Qu'elles sont seules toutes les sept ! toutes les sept ! toutes les sept!... Et comme elles dorment! Comme elles dorment!... Comme elles dorment les petites reines!... Je suis sûre qu elles ne dorment pas!... Mais quel sommeil ! Quel grand sommeil !... Eveillez donc les pauvres cœurs! Eveillez donc les petites reines !... Eveillez donc les petites sœurs ! Toutes les sept ! toutes les sept!... Je ne puis plus les voir ainsi! .Mon Dieu! mon Dieu! J'ai pitié d'elles! J'ai pitié d'elles ! et je n'ose pas les éveiller!... Oh! la lumière est toute petite!... toute petite !... toute petite!... Et je n'ose
plus les éveiller!... (Elle sanglote éperdûment contre la fenêtre.)
LE ROI
Qu'avez-vous? — Qu avez-vous donc? — Venez, venez, ne regardez plus; il vaut mieux ne pas les voir... Venez, venez, venez. (Il cherche à l'entraîner.)
LE PRINCE
Grand'mère ! grand nière !... Qu'avezvous vu? Qu'avez-vous vu ? — Je n'ai rien vu... Il n'y a rien, il n'y a rien...
(An prince.) Ce n'est rien, ce n est rien, ne faites pas attention ; c'est la vieillesse et c'est le soir... Elle est énervée. — Les femmes ont besoin de pleurer. Elle pleure souvent pendant la nuit. (A la reine.) Venez, venez, venez ici... Vous allez tomber ! — Prenez garde... Appuyez-vous sur moi... Ne pleurez plus; ne pleurez plus, venez... (// l'embrasse tendrement.) Il n'y a rien ; elles dorment... Nous dormons aussi...
Nous dormons tous ainsi... N'avez-vous jamais vu dormir?
LA REINE
Jamais! Jamais comme ce soir! — Ouvrez la porte! Ouvrez la porte!... On ne les aime pas assez!... On ne peut pas les aimer! — Ouvrez la porte ! Ouvrez la porte ! . . . i
LE ROI
Oui; oui; nous ouvrirons la porte...
Calmez-vous, calmez-vous, — n'y pensez plus, nous louvrirons, nous l'ouvrirons.
Je ne demande pas mieux; je vous avais dit de l'ouvrir, tout à l'heure, et c'est vous qui n'avez pas voulu... Voyons, voyons, ne pleurez plus... Il faut être raisonnable... Je suis vieux moi aussi, mais je suis raisonnable. Voyons, voyons, ne pleurez plus...
LA REINE
Voilà, voilà; c'est fini; je ne pleure plus, je ne pleure plus... Il ne faut pas qu'elles s'éveillent en entendant pleurer...
Venez, venez, je vais ouvrir très douce-
ment ; nous entrerons ensemble... (77 essaye d'ouvrir la porte; on entend grincer le loquet et l'on voit se soulever et retomber la clenche, à Vintérieur de la salle.) Oh ! oh ! qu'y a-t-il donc à la serrure? — Je ne puis pas ouvrir la porte... poussez un peu... Je ne sais ce que c'est... Je ne savais pas qu'il était si difficile d'entrer dans cette salle... Voulez-vous essayer... [La reine essaye à son tour, inutilement .) Je n'y entre jamais... Elle ne s'ouvre pas... Je crois qu'elles ont tiré les verrous... Oui, oui; la porte est fermée; elle ne s'ouvrira pas...
LA REINE
Elles la ferment toujours... Oh! oh! ne les abandonnez pas ainsi!... Elles dorment depuis si longtemps !
LE PRINCE
Nous pourrions ouvrir une fenêtre...
LE ROI
Les fenêtres ne s'ouvrent pas.
LE PRINCE
Il me semble qu'il fait moins clai,~ dans la salle...
Il n'y fait pas moins clair; mais c'est le ciel qui se découvre. — ■ Voyez-vous les étoiles?
LE PRINCE
Qu'allons-nous faire ?
LE ROI
Je n'en sais rien... — H y a une autre entrée...
LE PRINCE
Il y a une autre entrée ?
LA REINE
Non ! non ! Je sais ce que vous voulez dire!... Pas par là! pas par là! Je ne veux pas descendre !...
. LE ROi
Nous ne descendrons pas ; nous resterons ici; Marcellus ira seul...
LA REINE
Oh! non, non, non!... Attendons...
LE ROI
Mais enfin, que voulez-vous donc? — On ne peut pas entrer autrement dans la salle. . . c'est ce qu'il y a de plus simple...
11 y a une autre entrée?
LE ROI
Oui; il y a encore une petite entrée... on ne peut pas la voir d ici... mais vous la trouverez facilement, il faut descendre...
LE PRINCE
Par où faut-il descendre?
LE ROI
Yenez-ici. (Il l'entraîne un peu à l'écart.) Ce n'est pas une porte... on ne peut pas dire que ce soit une porte... c'est plutôt une trappe... c'est une dalle qui se soulève. Elle est tout au fond de la salle... Il faut aller par les souterrains. . . vous savez bien . . . Puis il laut remonter... Il faudrait une lampe... vous pourriez vous perdre... vous pourriez vous heurter contre les., mar-
bres... vous comprenez?... Prenez garde; il y a des chaînes entre... les petites allées... Mais vous devez savoir le chemin. . Vous y avez descendu plus dune fois dans le temps...
LE PRINCE. i
j'y ai descendu plus d'une fois dans le temps ?
LE ROI
Mais oui, mais oui; quand votre mère...
LE PRINCE
Quand ma mère?... — Ah! c'est par là qu'il faut?...
le roi (avec un signe de tête) .
Justement! — Et quand votre père aussi...
LE PRINCE
Oui, oui; je me rappelle... et quand d autres aussi...
LE ROI
Vous voyez bien !... La pierre n'est pas
scellée; vous n'avez qu'à pousser un peu... .Mais soyez prudent... Il y a des dalles qui ne sont pas régulières... Prenez garde à un buste qui penche un peu la tète sur le chemin... il est en marbre... Il y a même une croix quia les bras un peu longs... prenez garde... ne vous pressez pas; vous avez tout le temps...
LE PRINCE
Et c'est par là qu'il faut?...
LE ROI
Justement!... Il faudrait une lampe. (77 va crier au bord de la terrasse.) Une lampe! une lampe! une petite lampe!...(.Aw^>rmce.) Nous attendrons ici, aux fenêtres... Nous sommes trop vieux pour descendre... Nous ne pourrions plus remonter... (On apporte une lampe allumée.) Ah ! ah ! voici la lampe : prenez la petite lampe...
Oui ; oui ; la petite lampe...
(En ce moment, on entend, tout à coup, au dehors, les grands cris
de joie des matelots. Les mâts, les vergues et les voiles du navire sont illuminés dans la nuit; à l'horizon du canal, entre les saules.)
LE ROI
Oh! oh ! qu'y a-t-il donc?
LE PRINCE
Ce sont les matelots... Ils dansent sur le pont; ils sont ivres...
LE ROI
Ils ont illuminé le navire...
LE PRINCE
C'est la joie du départ... Ils sont sur le point de partir...
LE ROI
Eh bien, descendez-vous?... C'est par ici.
LA REINE
Non, non, n'y allez pas!... N'y allez pas par là!... ne les éveillez pas ! ne les éveillez
pas!... vous savez bien qu'il leur faut le repos !... J'ai peur !.. .
LE PRINCE
Je n'éveillerai pas les autres si vous voulez... je n'en éveillerai qu'une seule...
LA REINE
Oh ! oh ! oh !
LE ROI
Xe faites pas de bruit en entrant ..
LE PRINCE
J ai peur qu'elles ne me reconnaissent plus...
LE ROI
Il n'y a pas de danger... Eh ! eh ! prenez garde à la petite lampe!... Voyez-vous le vent!... le vent veut l'éteindre! ..
LE PRINCE
Je crains qu'elles ne s'éveillent toutes à la fois...
LE ROI
Qu'est-ce que cela fait?... Ne les éveillez pas brusquement, voilà tout.
LE PRINCE
Je serai tout seul devant elles... J'aurai l'air... elles auront peur...
LE ROI
Vous ne les éveillerez qu'après avoir remis la pierre à sa place... Elles ne s'en apercevront pas... Elles ne savent pas ce qu'il y a sous la salle où elles dorment...
LE PRINCE
Elles me prendront pour un étranger...
LE ROI
Nous serons aux fenêtres. — Descendez; descendez. — Prenez garde à la lampe. — Surtout ne vous perdez pas dans les souterrains : ils sont très profonds... ayez soin de remettre la dalle... Remontez le plus tôt possible... Nous attendrons aux fenêtres... descendez, descendez; — de la prudence!
de la prudence !...
(Le prince quitte la terrasse; le vieux roi et la vieille reine regardent par les fenêtres , le visage contre les vitres. — Un long silence.)
LES VOIX LOINTAINES
L' Atlantique ! l'Atlantique !
le roi (détournant la tête et regardant vers le canal).
Ah ! ah! Ils s'en vont... Ils auront bon vent cette nuit...
LES VOIX LOINTAINES
Nous ne reviendrons plus !
Nous ne reviendrons plus !
le roi (regardant vers le canal).
Ils seront en pleine mer avant minuit...
les voix (de plus en plus lointaines).
L1 Atlantique ! l' Atlantique !
le roi (regardant dans la salle).
Pourvu qu'il ne se perde pas clans l'obscurité...