DANTON, ROBERSPIERRE
ROBERSPIERRE
Défiez -VOUS de Marat , c'est une mauvaise tête.
DANTON
Je mets à profit la popularité de ce misérable.
ROBERSPIERRE
Il est dangereux. Savez-vous que je ne voudrais pas être signalé dans son journal? Un journal, Danton, quelle puissance I
DANTON
Sans doute : la raison en est bien simple,* la pensée conduit le monde, comme vous savez. Or, sur quatre cent mille cerveaux renfermés dans Paris, il y en a tout au plus quatre cents qui pensent seuls. Un journal est une mécanique qui fait penser les autres.
ROBERSPIERRE
Quelle puissance ! et la voir confiée à des mains aussi ignobles!
i8 LA MAIRIE.
DANTON
Pour établir la république tous les moyens sont nobles. Patience, mon ami- lorsque le peuple nous aura revêtus de sa puissance, vous verrez si le caractère de Danton peut s'accommoder avec les turpitudes d'un Marat. Mais, à présent, il faut tout employer, tout mettre en œuvre ^ car, voyezvous , Roberspierre , il faut que la moitié de la France se jette sur l'autre pour l'écraser.
ROBERSPIERRE
Je ne m'oppose point à la justice , le ciel m'en garde ! Sans doute, il faut qu'ils périssent tous ; mais, à vous parler franchement, j'aurais voulu que l'on organisât les exécutions plus légalement. J'aurais aimé que l'on établit un tribunal expéditif, qui eût jugé et fait exécuter sur-le-champ^... oui, un tribunal.
DANTON
(a part.) Ces gens de palais veulent des formes ! (Haut.) La ruse et l'adrCvSse sont bonnes pour soutenir un gouvernement établi, ou bien encore pour faire passer insensiblement d'un régime à un autre^ mais, dans l'état actuel des choses, il nous faut des coups de foudre qui frappent d'étonnement et de terreur.
ROBERSPIERRE
Je suis bien loin de vous contredire. Seu-