‹ Les septembriseursChapitre 135 sur 300 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M"- DE M... G..., LA FEMME DE l'épicier DESRUES. MADEMOISELLE DE M...

Combien on a parlé de vous à Paris! Je croyais comme tout le monde que vous étiez complice de votre mari.

MADAME DESRUES

Ce n'est pas étonnant^ les juges eux-mêmes Font cru. Si vous saviez tout ce qu'il a fallu pour les obliger à revenir. Ah! sans Thumanité de M. Duport Dutertre, je serais encore sous le poids de cette injustice.

MADEMOISELLE DE M

En sorte que vous allez bientôt sortir de cette maison.

MADAME DESRUES

Ces messieurs m'avaient promis de m'envoyer mon exeat aujourd'hui ; il paraît qu'il sera arrivé

i8o LA SALPÉTRIÈRE.

quelque travail extraordinaire. On dit qu'il y a eu

du tapage à la Conciergerie.

MADEMOISELLE DE M

Il n'est pas encore tard^ probablement ils vont venir vous chercher.

MADAME DESRUES

Je Fespère. Ah ' grand Dieu, que n'ai-je pas souffert depuis l'arrestation de mon mari !

MADEMOISELLE DE M

Il devait vous rendre bien malheureuse ?

MADAME DESRUES

Malheureuse? mademoiselle. Il n'y a jamais eu d'homme plus poli ^ plus prévenant ^ plus rempli d'attentions délicates : ma chère amie par-ci, mon petit cœur par-là; doux comme du miel; jamais un mot plus haut que l'autre. Le jour où il a été cacher le cadavre dans cette cave, mademoiselle, j'étais à mon comptoir, il est venu m'embrasser et m'a dit : Je ne serai pas long-temps, bobonne; attends-moi pour faire les prières du soir.

MADEMOISELLE DE M

0 le scélérat ! mais comment osait-il parler de Dieu au moment où il venait d'empoisonner cette malheureuse mère^

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