SCENE II
BILLAUD-VARENNES
Est-ce que l'on a opposé de la résistance.
MAMIN
Non pas , tout s'est très-bien passé : une quinzaine d'officiers suisses et soixante à quatre-vingts prisonniers ont été tués dans l'espace d'une heure au plus; mais ce qui nous a retardés, c'est que le tribunal criminel avait déjà commencé le procès du major Bachmann^ lorsque nous sommes arrivés. Alors il a fallu attendre ; et puis^ comme la guillotine était là, on a pensé qu'il serait plus convenable de le faire monter dessus.
BILLAUD VARENNES
Eh bien! il y est monté ?
MAMIN
Sans doute ; le m n'a pas eu peur. Enveloppé
dans son grand^manteau rouge ;, il marchait la tête haute , comme s'il eût été à la tête de son régiment. Une fois sur la guillotine, il a jeté son manteau, il n'avait que sa chemise dessous.
Qu'est-ce qu'il disait en marchant à l'échafaud?
MAMIN
Rien; seulement quand on l'a attaché il a crié :
«Français, ma mort sera vengée! » On lui a fait faire la culbute , et pouf !
BILLAUD VARENNES
Vengée.... par qui? par la Suisse ? c'est ce que l'on verra.
HENRIOT
Mamin a dû s'ennuyer à cette expédition-là j il n'y avait pas de femmes.
MAMIN
Pas de femmes ! et la bouquetière du Palais- Royal?
HENRIOT
Quelle bouquetière ?
MAMIN
, Cette femme qui avait été condamnée pour avoir mutilé un Garde-Française.
BILLAUD-VARENNES
Oui, oui, je me rappelle j son amant, n'est-ce pas ?
MAMIN
Tout juste. Eh bien, les Gardes-Françaises en ont eu soin : ils l'ont attachée nue à un poteau, lui ont écarté les jambes et cloué les pieds contre terre; après cela, allumé du feu entre les jambes;