SCÈNE V
UNE FOLLE, à une fenêtre.
Il me faut un autre carrosse , il y a plus de six semaines que je traîne celui-là dans toutes les rues de Paris : c'est insipide î Mon mari , que tu es aimable! tu m'as acheté un écrin du meilleur goût. Je ne dîne pas ce soir à la maison , bon ami. Ah! tu te fâches ! eh bien alors, pour te consoler, je n'y coucherai pas non plus. Tyran , en vérité , on ne conçoit pas une pareille jalousie : quoi ! parce que j'ai un amant? et si j'en avais deux, monsieur?
LE FOU-AUTEUR , à M. de Saint- Jules.
Monsieur, voudriez-vous bien me faire le plaisir de me dire ce que l'on aperçoit là-^as?
LE COMTE DE SAINT-JULES
Ah! monsieur, je vois que la raison vous est rendue comme à moi. Hélas! c'est dans un bien triste moment. Cette foule que vous apercevez dans le lointain , c'est la foule des assassins de Paris qui vient pour nous égorger.
LE FOU-AUTEUR
Vraiment?
LE COMTE DE SAINT-JULES
Faites comme moi, monsieur^ armez-vous d'un fusil, et défendons notre vie. '
ai8 BICETRE.
LE FOU-AUTEUR
Vous dites que ce sont des brigands ?
LE COMTÉ DE SAINT- JULES
Oui, monsieur, des égorgeurs! ils viennent ici pour tuer les prisonniers et les malades.
LE FOU-AUTEUR
Il ne s'agit pas de cela. Achèteront-ils mon livre ?
(On sonne à la porte.) LE PORTIER.
Qui est là?
VOIX DU DEHORS
Ouvrez, ouvrez donc !
LE PORTIER
On n'ouvre pas. Que voulez-vous ?
VOIX DU DEHORS
Voilà les Marseillais qui viennent; on dit qu'ils veulent tuer tout le monde de l'hospice : tenezvous sur vos gardes ; je les ai vu sortir d'un cabaret à Gentil] y.
LE FOU-DÉMOCRATE , se promeiianl près des canons.
Tiens, voiià ton (^hamp, voiià le sien, voilà le
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mien ici. Enfin, j'ai donc obtenu le partage des terres^ mais, citoyens, remarquez bien que mon champ est près de la porte, et que les deux canons sont dans mon champ.