SCÈNE X
LE COMTE DE SAINT-JULES, à Angélique Voyer.
Monstre ! dépose cette tête y ou je te passe
mon épée dans le corps. (Angélique Voyer laisse tomber sa pique en fuyant.)
LES ÉGORGEURS
Sauvez-vous ! nous sommes trahis ! (ils fuient en
désordre. )
THÉROIGNE
Eh bien ! braves sans-culottes, c^est ainsi que vous vous sauvez devant une poignée d'hommes désarmés ; il faut que les femmes vous donnent l'exemple du coura^^je. Je ne fuis pas, moi... me voilà.
ANGÉLIQUE VOYER
As-tujamais vu! il ne tenait qu'à lui de me tuer, il ne m'a pas seulement touchée ; il n'ose pas se battre avec moi , parce que je suis une femme... Si j'avais eu un pistolet... Donne m'en un des
tiens, Théroigne. (Elle prend un pistolet.)
THÉROIGNE
Oh! les lâches! revenez donc, poltrons! voyons, suivez-moi.
LES ÉGORGEURS
Elle a raison , ce sont des traîtres qui se sont sauvés les premiers, et qui nous ont entraînés.
232 BICETRE,
THÉROIGNE
Tu te sauves aussi, Maillard? tu es déshonoré : je ne t'appelle plus Tape-Dur.
MAILLARD
A moi, travailleurs! (Les égorgeurs, excités par Maillard, reviennent à la charge. Violent combat sous la porte d'entrée de l'hôpital.)
UN FORÇAT, la jambe cassée.
Grâce ï grâce !
RETOU , un sabre à la main.
Pas de grâce.
LE FORÇAT
Ah! c'est toi, Retou ? je te reconnais. Nous avons été ensemble à Toulon. Ah 1 mon ami, ne me tue pas.
RETOU.
C'est vrai : tu t'appelles Cadet, n'est-ce pas ?
LE FORÇAT
Oui, mon ami , oui, mon sauveur.
RETOU.
Nous avons f... ie camp ensemble le même jour.
LE FORÇAT
Oui, oui, oui; sauve-moi la vie.