SCENE IX. 3i
LA FOULE
Oui, encore un couplet.
Ah ! ça ira , ça ira , ça ira ! Les aristocrates à la lanterne...
HUGUENIN
Silence! la séance est ouverte , silence!
(Les femmes continuent.)
Ah ! ça ira y ça ira, ça ira!
Les aristocrates on les pendra.
LA FOULE
Vive la liberté! A bas la calotte! Mort aux ennemis du peuple !
(Marat se lève et indique de la main qu'il veut parler.) LA FOULE.
Chut, chut. (Profond silence.)
MARAT
Le peuple est souverain, périsse celui qui s'opposerait à sa volonté ! Le véritable patriote est celui qui ne connaît d'autre bonheur que celui de plaire au peuple, d'autre gloire que celle de lui obéir, mais quand le peuple a chargé de ses pouvoirs un magistrat, alors ce magistrat représente le peuple lui-même, et le citoyen qui lui désobéit est un mauvais citoyen. Vous avez détruit une
commune aristocrate et feuillantine qui voulait livrer Paris à Brunswick et Bouille j vous nous avez mis à sa place , parce que vous connaissez notre attachement à la cause sacrée de la liberté: ainsi donc nos pouvoirs sont les vôtres, et celui qui nous désobéit vous désobéit à vous-même.
LA FOULE applaudit.
Ecoutez, écoutez^ obéissez au président.
La parole esta M. le procureur de la commune.
MANUEL
Nous avons fait arrêter les prêtres perturbateurs; ils sont enfermés dans une maison particulière, et dans peu de jours le sol de la liberté sera délivré de leur présence.
Je propose au conseil de la commune de remplacer l'image du tyran Henri IV , placée sur la porte de la maison de Ville, par une table de marbre sur laquelle sera gravée en lettres d'or cette inscription :
obéissez au peuple , écoutez ses décrets;
Il fut des citoyens avant qu'il fût des maîtres ,
JNous rentrons dans les droits qu'ont perdus nos ancêtres;
Le peuple par les rois fut long-temps abusé,
Il s'est lassé du sceptre , et le sceptre est brisé.
(On applaudit.)