‹ Les septembriseursChapitre 224 sur 300 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

CHARLOTTE CORDAY seule.

Ah! mon pauvre père (fondant en larmes), vous

ne m'embrasserez plus^ vous ! Je veux lui écrire

encore avant de mourir.

« Pardonnez-moi^ mon cher papa, de disposer (( de mon existence sans votre permission. Je ven- « gérai bien des victimes innocentes, je prévien- (( drai bien d'autres désastres. Le peuple, un jour K désabusé, se réjouira d'être délivré du tyran que (( je vais frapper. A mon départ de Caen, j'ai cher- « ché à vous persuader que je passais en Anglece terre , c'est que j'espérais garder l'incognito ; « mais j'en ai reconnu l'impossibilité. J'espère que (( vous ne serez pas tourmenté ; en tous cas, vous « auriez des défenseurs à Caen. Adieu , mon cher « papa ^ je vous prie de m'oublier, ou plutôt de « vous réjouir de mon sort; la cause en est belle. (( J'embrasse ma sœur, que j'aime de tout mon (( cœur, ainsi que tous mes parents. N'oubliez pas « ce vers de Corneille :

« Le crime fait la honle , et non pas l'échafaud. »

( Elle plie la lettre et , tandis qu'elle écrit l'adresse , une larme tombe sur le papier ; elle essuie ses yeux.)

Ce sera la dernière ! Tout est fini ; Dieu

voit mon cœur.... !

( Elle attache fortement le fourreau du poignard à sa ceinture , tire la lame à plusieurs reprises, et, satisfaite de cette expérience, elle enveloppe sa taille dans un long mouchoir.)

N'oublié-je rien ? ( Elle s'arrête d'uD air méditatif. ) Si

Page 1