SCENE X
LES PRÉCÉDENTS. PÉTION
PÉTION
Deux pièces de canon chargées à mitraille restent abandonnées à la porte de la maison commune j la lumière est découverte, il est prudent de placer au moins une sentinelle dans leur voisinage.
HUGUENIN
Le commandant du poste est chargé de veiller à cela ; continuez, monsieur Manuel.
MANUEL
Nous avons trouvé un grand nombre de prêtres cachés dans les maisons de leurs parents ou de leurs amis. Les prêtres qui ont prêté le serment se livrent avec confiance à la générosité du peuple français, qui protège également tous les cultes j mais les insermentés se cachent parce qu'ils sont coupables et qu'ils craignent les regards de la justice. (On applaudit.)
Quand on médite la ruine de sa patrie^ quand
on veut livrer ses concitoyens au feu de l'ennemi, quand on appelle une armée de tyrans et de barbares au sein d'une ville désarmée et remplie de femmes etd'enfants sans défense, croyez-vous, respectables magistrats, que Ton ne doive pas craindre, et qu'on ose se montrer à ce peuple dont on médite la ruine et le carnage. Que demandionsnous à ce clergé qui nous poursuit de sa haine , et dont l'ingratitude répond à nos bienfaits par la trahison la plus odieuse? nous ne lui demandions qu'une seule chose ; malgré la mauvaise foi dont il a déjà donné tant de preuves, nous nous abandonnions à sa parolcj qu'il fît le serment d'être fidèle à la constitution, et tranquille au milieu des dangers ;, nous lui laissions ses honneurs, ses dignités , ses titres et ses pensions. L'orgueilleux n'en veut pas à ce prix j il nous brave : que dis-je, il nous brave? oui, mais à la façon des lâches j il se cache pour agir plus sûrement, il se ligue avec nos ennemis: Ah! malheureux peuple français, il veutt'assassiner.
( Mouvement d'indignation dans l'assemblée. )
Pour sauver la patrie, remettons au peuple les pouvoirs qu'il nous a confiés , qu'il agisse luimême j car, en de si graves circonstances, quel magistrat , quel dictateur, quel génie oserait prendre sur lui la responsabilité d'un tel mandat ?