SCENE L
BILLAUD-VARENNES ^ monté sur un banc de pierre, est entoure d'un peuple nombreux et de Marseillais armés.
Cessons d'en appeler aux lois et aux lé(^islateurs: les lois, elles n'ont pas prévu tant de forfaits, les législateurs, ils en sont pour la plupart les complices; ils ont absous Lafayette. C'est cette nuit même que nos ennemis ont choisie pour livrer cette capitale au carnage à l'incendie. Il ne s'agit plus de vaincre comme au 1 6 juillet pour le profit de Bailli , de Lafayette et d'une lâche assemblée qui faisait tout contre le peuple en se servant de son nom. C'est aujourd'hui que la véritable souveraineté du peuple va s'annoncer au milieu des éclairs et des foudres; la terreur que nous allons répandre durera plus d'un jour. Que le sang de la trahison coule sous les pieds des défenseurs de la patrie , que les prêtres qui trompaient le peuple ressentent toute la vigueur de son indignation. Aujourd'hui punissons l'imposture, et bientôt nous
6o L'ABBAYE.
demanderons compte aux riches de leurs coupables richesses.
( Dans ce moment passe un tambour qui bat la générale.)
Aux armes! citoyens, aux armes! Jeunes Français, courez au Champ-de-Mars et dans les jardins du Luxembourg où vos chefs vous attendent. Ne craignez rien pour vos familles des projets que la trahison avait conçus. Tes magistrats, ô peuple! veillent sur les traîtres, sur les assassins, sur les aristocrates. Le fer tranchera leurs coupables trames.
LA FOULE
Vive la liberté!
MAILLOT
Ce bruit du tambour me remplit de terreur. Que veulent-ils faire, grand Dieu !
MONOT.
Ah ! mon ami , c'en est fait des prisonniers ; c'est un mouvement dirigé contre eux. On a fait monter dans des fiacres, pour les conduire ici, ceux qui étaient enfermés dans la prison de la mairie. Déjà ils doivent avoir passé le pont Neuf.
MAILLOT
Restez ici : je vais aller en avant savoir ce qui se