‹ Les septembriseursChapitre 46 sur 300 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

MONOT.

Remettez -VOUS j prenez garde, on peut vous voir : vous allez vous faire massacrer.

MAILLOT

Les prisonniers qui étaient enfermés à la Mairie sont perdus. En approchant du pont Neuf ^ jVi vu six fiacres l'un à la suite de l'autre ; c'étaient les prisonniers. Les gardes qui les entouraient, au lieu de les protéger contre la fureur du peuple , l'excitaient contre eux, et un des soldats ayant donné un coup de pique dans la figure d'un prisonnier, celui-ci hors de lui-même s'élance à la portière et frappe le soldat de sa canne. Ce ne fut qu'un instant. La foule se précipite sur là voiture, égorge tous ceux qu'elle contient : les quatre voitures qui suivent ont le même sort,* les prisonniers sont hachés à coups de sabre. J'ai vu égorger plus de quinze de ces malheureux.

MONOT.

Quoi ! personne ne s^est présenté pour les défendre ? L'Assemblée ?. . .

MAILLOT

Elle tremble.

MONOT.

La Commune?...

66 L'ABBiVYE.

MAILLOT

Et n'avez-vous pas vu Billaud ?

MONOT.

Hélas, nous n'avons plus qu'un espoir: rendonsnous au comité de notre section , tachons d'exciter la pitié de nos collègues et de sauver quelques personnes.

MAILLOT, en s'en allant.

Je vois encore un jeune officier qui était dans ces voitures. Sa figure pâle, sajeunesse, inspiraient l'intérêt du peuple; le corps à moitié hors de la voiture , il étendait les bras vers la foule en criant : «Grâce, grâce, au nom de la liberté ! Messieurs, j'ai défendu la révolution , je ne suis pas ennemi du peuple. Messieurs les gardes, sauvez-moi, défendez-moi ! grâce î » Un brigand lui fendit la tête d'un coup de sabre. Tenez , tenez , voilà la voiture , voyez ce corps dont les bras pendent sur le bord de la portière , c'est lui.

(Monol et Maillot entrent dans la cour de l'Abbaye.) BERTRAND , sur la porte de la prison.

En voilà déjà un qui n'a plus besoin de rien. On n'entre pas par ici, cocher: plus loin, la grand'porte, vis-à-vis la rue des Ciseaux. Dis donc, Maillard, mais ils sont tués, c'est de la besogne toute faite.

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