SCÈNE II
Reine-Audru , pour leur belle conduite dans la journée du lo août.
MATHIEU
Et la grande affaire ?
BILLAUD-VARENNES
La grande affaire? mais ça ne va pas mal, pas mal.
MARAT, liant.
L'abbé Mathieu^ il me vient une idée : j'ai envie de vous dénoncer dans mon journal , et de vous faire couper votre cou de prêtre.
MATHIEU
Marat, ce que vous dites là n'est pas aimable : oui je fus prêtre , je l'avoue à ma honte; mais j'ai dépouillé l'imposture le jour où je fus libre. Ils prétendent que mon caractère est indélébile : eh bien, je leur montrerai qu'on peut s'en laver dans leur sang.
MARAT
On ne pouvait pas mieux prendre ma plaisanterie. Touchez-là, vous êtes un bon garçon.
DANTON
Le peuple n'est point encore averti de la prise de Verdun; cette nouvelle, qui va répandre l'effroi dans Paris, seconde nos projets. Profitons de la
stupeur des Parisiens pour nous débarrasser de la foule dont les prisons regorgent ; de cette foule antirévolutionnaire. Mathieu , vous ne savez pas quel parti on peut tirer de la terreur!
ROBERSPIERRE
Par où commencerons-nous?
BILLAUD-VARENNES
Peu importe : les Suisses sont enfermés à la Conciergerie , avec Montmorin ; à la Force , on a rassemblé les militaires suspects et les gens de la cour; la maison des Carmes et l'Abbaye sont remplies de prêtres; les....
MATHIEU
Commençons par FAbbaye.
DANTON
Soit : commençons par les prêtres ; c'est procéder avec méthode.
MATHIEU
Mais , qui frappera?
DANTON
Le peuple.
MATHIEU
Le peuple! prenez bien garde, Danton; nous