‹ Les Septicémies À StaphylocoquesChapitre 15 sur 19 · PR RU · texte numérisé non relu

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Elle ne présente aucun antécédent pathologique.

Pour une raison dont nous ignorons la cause, cette mère de famille fait le 13 août 1936 une fausse-couche de deux mois et demi environ qui se passe sans incidents notables, sans intervention, sous la surveillance d’une sage-femme.

Le 24 août, elle est prise brusquement de malaises, de frissons légers, elle se plaint de céphalée, de nausées et accuse une douleur au niveau de l’hypogastre.

Le médecin, appelé à la voir pour la première fois, se trouve en présence d’une femme dont l’état général est médiocre, la température à 38°8, le pouls à 100

La douleur hypogastrique dont se plaint la malade se retrouve à la palpation. Il n’y a pas de contractures des muscles pariétaux, mais un léger ballonnement abdominal.

Le toucher vaginal montre un col fermé, une certaine sensibilité utérine, les culs-de-sac paraissent libres, il n’y a ni lochies fétides, ni hémorragies.

Etant donné les antécédents de fausse-couche récente, les signes généraux et locaux actuels, on porte le diagnostic d’infection utérine; on prescrit un traitement à la fois local (glace sur le ventre) et général (urotropine).

Le lendemain et les jours suivants l’état de la malade s'aggrave et le 28 août :

— La température atteint 40°.

— Le pouls est rapide à 120.

— Les frissons persistent.

— La langue est épaisse, saburrale, l’anorexie est complète.

— Elle se plaint toujours de céphalée et les sueurs deviennent profuses.

— La douleur utérine s’est un peu calmée sous linfluence de vessie de glace renouvelée,

__ L'auscuitation pulmonaire décèle quelques râles aux deux bases.

— Le cœur est rapide mais les bruits sont normaux.

— Les urines sont peu abondantes. Il n’y a ni sucre, ni albumine.

Ces troubles inarqués de l’état général évoquent l’idée d’une septicémie

On continue la médication anti-infectieuse. Le 5 septembre, on pratique une hémoculture. À ce moment la température atteint 40°. La ponction veineuse est faite avec toutes les garanties d’asepsie procurées par l’usage d’une vénule Boyer contenant un bouillon nutritif riche.

L'hémoculture s'avère très rapidement positive malgré la petite quantité de sang ensemencé et l’examen montre qu’il s’agit de staphylocoques dorés purs. À ce moment, 7 septembre, le traitement anti-infectieux buccal est complété par un traitement iodo-salicylé intraveineux que la malade ne pourra d’ailleurs pas supporter.

Le 11 septembre, elle accuse une douleur sourde persistante localisée à l’hypocondre droit, gênant la respiration.

La palpation, la percussion de la région sont très douloureuses.

L'apparition de ce point de côté sous-costal droit coïncide avec une recrudescence marquée de l’ensemble des signes généraux.

La malade dont la température se maintient audessus de 39° et atteint 40°5 maigrit et s’affaiblit.

Le 15 septembre un examen de sang est pratiqué et montre : une leucocytose atteignant 20.000 éléments dont 79 % de polynucléaires. L'ensemble de ces signes fait penser à un abcès sous-phrénique droit, d'autant plus que l’auscultation des deux champs pulmonaires

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est entièrement négative si ce n’est un léger affaiblissement du murmure vésiculaire et quelques râles à la base droite.

Un chirurgien est appelé en consultation et confirme le caractère plausible du diagnostic. Il ne trouve pas d'indication opératoire urgente et il est décidé de pratiquer un examen radiologique.

La malade est conduite en clinique le 18 septembre

Une radiographie pulmonaire est faite le 19 septembre.

Elle montre :

1° Une diminution de transparence portant sur les deux champs pulmonaires.

2° A droite :

— au niveau du lobe moyen, une image d’hépatisation l'occupant presque entièrement. Cette image est triangulaire à base hilaire.

— au niveau du cul-de-sac pulmonaire droit opacification marquée.

3° À gauche :

On remarque également une opacification non homogène à contours irréguliers, de siège sous-claviculaires.

Soupçonnant la possibilité d’un épanchement pleural purulent, la malade est conduite, le 27 septembre, à la salle de radiologie en vue d’un repérage sous écran devant précéder le cas échéant une pleurotomie droite. C’est à ce moment que la patiente au milieu d’un accès de toux suffocante, fait une vomique abondante de pus verdâtre strié de sang qui rend évidemment toute intervention inutile.

— L'examen du pus révèle la présence de staphylocoques dorés.

— Les examens d’urine pratiqués d’une façon constante n’avaient jusqu’à présent révélé ni sucre, ni al-

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bumine. Le 1* octobre, un nouvel examen montre la présence de glucose.

La malade urine 110 gr. de sucre par jour.

A la méthode de Baudoin et Lewing, la glycémie est de 4 gr. 10; elle ne présenta d’ailleurs à aucun moment de l’évolution de sa maladie ni polyurie, ni polyphagie, ni polydypsie. Cet épisode diabétique si soudainement apparu est traité aussitôt par des injections d’endopancrine. Il ne dura que quelques jours et disparut. Entre temps la malade présente de nouvelles vomiques moins importantes que la vomique révélatrice et l’examen clinique et radiologique révèlent l’existence d’un pyopneumothorax droit.

La radiographie du 12 octobre montre, en effet :

1° La persistance de linfiltration du cul-de-sac pulmonaire droit.

2° Du foyer évacué par vomique subsiste une image d’abcès pulmonaire avec niveau liquide horizontal surmonté d’une image aérique dans laquelle on distingue une large adhérence apicale.

3° Le foyer de gauche n’a sensiblement pas évolué.

De nombreux examens de l’expectoration révèlent la présence constante de staphylocoques dorés, l’absence totale de bacilles de Koch.

C’est alors que le 29 octobre, devant l’échec. total des méthodes médicales anti-infectieuses, devant l’inutilité et l’impossibilité de toute intervention chirurgicale, devant l’état grave de la malade, la famille décide son retour à la maison où elle restera sous la surveillance du médecin traitant.

Il décide alors d'employer l’anatoxine staphylococcique de Ramon, à la suite de recherches bibliographiques incidentes. Une première injection de 1 cc est pratiquée le 3 novembre sans réaction locale ni générale.

Dès le lendemain la température qui était depuis plu-

pl

sieurs jours aux environs de 40° diminue de un degré. En même temps les signes généraux s’améliorent un peu, la malade est moins abattue, le mieux se maintient les jours suivants.

Devant ce résultat, une deuxième injection est pratiquée le 7 novembre.

La température ne dépasse plus maintenant 38°8. La patiente dort mieux. Elle tousse beaucoup moins, l’expectoration diminue.

Le 11 novembre, le 15 novembre, le 19 novembre, on fait encore de l’anatoxine. Ces trois dernières injections sont de 2 cc.

La température ne dépasse plus 37°5. L’appétit est revenu, le sommeil aussi. La toux s’est calmée, l’expectoration aussi.

Le 4 décembre, l’état de la malade permettant son transport un troisième examen radiographique est pra-

tiqué.

Elle montre :

1° A gauche :

Une transparence à peu près normale du parenchyme.

2° A droite :

— Le foyer inférieur droit a disparu.

Mais le sinus costo-diaphragmatique droit est complètement effacé, le diaphragme est horizontal.

— Le lobe moyen reste infiltré et au sommet de cette infiltration on remarque une poche aérique, reste du pyopneumothorax.

Une quatrième radio pratiquée, le 12 février 1937, confirme :

1° L'amélioration du poumon gauche.

2° Ne montre plus à droite, au niveau du lobe moyen que des travées de sclérose ; la poche aérique a disparu, le diaphragme commence à respirer, une ébauche de sinus costo-diphragmatique est perceptible,

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La malade a repris ses occupations et déclare à ce moment ne plus ressentir aucun trouble pathologique.

Cette septicémie post abortum dont l’origine staphylococcique a été prouvée par l’hémoculture fortement positive et par les multiples examens de crachats, nous a paru être un bon exemple de staphylococcémie à forme subaiguë, de septico-pyohémie.

Cliniquement nous n’avons pu mettre en évidence que deux métastases viscérales.

— Une localisation pulmonaire avec infarctus bilatéraux.

— Un épisode hyperglycémique et glycosurique.

— L’atteinte pulmonaire avec prédominance droite des lésions a été une découverte de radiographie. Cliniquement au début de la maladie, nous devions penser à un abcès sous-phrénique droit.

— Le laboratoire nous a révélé brusquement la présence de glucose dans lurine.

Une glycémie pratiquée le même jour atteignait 4 gr. 10.

— Les infarctus pulmonaires n’ont pas tous évolué de la même façon.

— L'infarctus pulmonaire gauche, l’infarctus inférieur droit n’ont pas subi de modification sensible pendant la durée de la maladie.

— Seul, linfarctus du lobe moyen droit s’est abcédé.

— Une vomique abondante a été la signature de cet abcès à staphylocoques.

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— C’est alors que radiologiquement nous avons constaté un pyopneumothorax droit.

— Si l’état local pulmonaire semblait aller en s’aggravant, nous avons été heureusement surpris de voir disparaître très rapidement l’hyperglycémie et la glycosurie sous l'influence probable de quelques injections d'insuline pratiquées malgré l’absence des signes cliniques du diabète.

— L’anatoxine staphylococcique a été employée relativement tard chez notre malade, les résultats obtenus nous ont semblé particulièrement favorables.

Des doses de 1 cmc. puis de 2 cmc. répétées tous les 4 jours, ont été utilisées avec une faible réaction locale, mais sans le moindre trouble de l’état général.

Dès le deuxième jour nous avons observé une amélioration. La radiographie nous a permis de suivre la disparition progressive des lésions pulmonaires, le retour à l’état presque normal du parenchyme.

Devant la guérison de la septicémie coïncidant avec la poursuite du traitement spécifique, nous croyons que ce cas, malgré certaines réserves que nous jugeons prudent de faire, mérite d’être compté à l’actif de la nouvelle thérapeutique des infections staphylococciques.

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