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LE GERME

Le streptobacillus moniliformis a fait l’objet d’études très détaillées dans les publications de LEvapiTir, Nicorau et POINCLOUX, de PARKER et HUDSON, de TEISSIER, RIVALIER, RerLLy et GARNIER, de HAzARD et GOODKIND, de VAN ROOYEN. Nous reprenons ici sa description, en tenant compte des

observations que nous avons pu faire sur de nombreuses souches. |

A. -- Morphologie

Bacille très polymorphe, immobile, ne prenant pas le Gram, ne produisant pas de spore.

Forme et dimensions

DANS LES EXSUDATS PATHOLOGIQUES de sauris infectées (sérosité ou pus articulaire, liquide de phlyctène sous-cutanée), le streptobacillus moniliformis se présente sous la forme d’un bâtonnet droit ou légèrement incurvé, court, de 2 y de long, mince et grèle, de 0 & 1 à 0 p 3 de large, à extrémités arrondies. L’aspect du germe malgré la variabilité de ses dimensions est assez homogène.

DANS LES CULTURES, le streptobacillus moniliformis présente

un polymorphisme très accusé qui est son caractère le plus remarquable.

Culture en milieu liquide

Un étalement coloré d’une culture de 24 à 48 heures en bouillon ascite (milieu de choix) rend bien compte de cet

LOUE De idRes

aspect hétérogène du germe. Les formes bacillaires sont les plus nombreuses. Il s’agit de bâtonnets de 2 à 7 » de long, de 0 x 2 à O0 u 5 de large, droits ou très légèrement incurvés, à extrémités arrondies, plus rarement effilées. Ces bâtonnets sont tantôi isolés, ou par couple, tantôt disposés en chaïînettes de longueur variable, droites ou sinueuses et composées d’éléments de longueur égale ou différente. Quelques-unes sont courtes, comprenant un petit nombre d’indi-

Fi. I. — Culture de 24 heures en bouillon ascite. Chaïînettes bacillaires et quelques éléments renflés.

vidus. D’autres ont des limites imprécises, du fait de leur enchevêtrement avec d’autres éléments. A côté de ces formes en bâtonnet, on observe des éléments coccr'acillaires petits, disposés en chaînettes ou isolés ou en diplocoques.

Les aspects du germe les plus remarquables sont incontestablement les éléments renflés, car ils sont si typiques

Lette

que leur dissémination au milieu des formes précédemment décrites impose le diagnostic dès l’examen de la lame. Les renflements siègent indifféremment sur le trajet des éléments : au centre, près d’une extrémité, à une terminaison. Ils sont tantôt arrondis en forme de boule, ou tantôt épousant le grand axe du bâtonnet qui prend un aspect fusiforme. Les comparaisons que sollicitent ces individus renflés : formes

F1. II. —— Culture de 24 heures en bouillon ascite. Prédominance des éléments renflés.

en massue, en poire, en cigare, en virgule rendent bien compte du polymorphisme sous lequel ils se présentent. Leur longueur est variable, tantôt elle ne dépasse pas celle d’un bâtonnet simple, tantôt elle atteint 10 à 20 yw. Leur largeur au niveau du maximum du renflement est de 1 à 5 p. Ces éléments renflés souvent isolés, parfois perdus

dans une chaînette de bâtonnets simples, composent aussi

des chaînettes moniliformes. C'est ce trait qui vaut au germe sa dénomination de « streptobacillibus moniliformis ». Enfin on peut observer quelques éléments filamenteux, grèles, incurvés ou onduleux de 15 à 30 y de long. Ces minces filaments présentent parfois des ramifications. Ces formes sont rares dans les cultures en milieu liquide.

La disposition des formations précédentes sur l’étalement est assez particulière. Elles sont groupées en amas. Les chaînettes et les éléments isolés sont entremêlés, formant de petits paquets. Entre les amas, on observe de courtes chainettes ou des individus isolés disposés sans aucun ordre.

Culture sur milieu solide

Un étalement coloré d’une colonie de 48 heures obtenue sur gélose ascite révèle un aspect tout différent des éléments de la culture. L'organisme apparaît sous forme de filaments enchevêtrés, mesurant en moyenne de 20 à 40 x de long, mais dépassant quelquefois le champ du microscope et pouvant atteindre jusqu’à 200 x (VAN RooYEN). Ces filaments droits, incurvés ou sinueux, mesurent en moyenne de 0 & 5 à 1 uv de largeur. Ils sont fréquemment irréguliers et s’effilent à leurs extrémités. Certains présentent sur leur trajet des renflements sphériques ou fusiformes, quelque fois volumineux qui atteignent 10 à 12 w en épaisseur, et des ramifications, des bifurcations en Y, en X. Parfois un renflement apparaît au point de jonction de plusieurs branches, d’où constitution de formes astéroïdes bien décrites par LevapiTi, NiIcOLAU et PoINcLoux. A côté de ces filaments on observe des éléments plus minces, semblables à des fils, entremêlés et enchevêtrés avec les formes précédentes plus grossières.

Ces élêments filamenteux représentent le plus souvent une seule cellule. Certains, au contraire, apparaissent sesmentés, formés d'individus d’inégale longueur. Ils peuvent constituer 75 % des éléments. A côté, on observe des bâtonnets renflés, quelques formes coccobacillaires ; le tout dispersé au milieu de l’enchevêtrement filamenteux.

Si le polymorphisme est le caractère le plus remarquable des bacilles dans les cultures, une autre particularité est fournie par l’inégalité de coloration que présentent les di-

verses parties constituantes de leurs éléments. Cette anisochromie est déjà appréciable par une coloration à la fuchsine diluée : les renflements reflètent une teinte rouge éclatante, alors que le reste des éléments se colore d’un rouge plus terne. La coloration par la méthode de ROMANOWSKY- GiemsA lente, fait encore mieux apparaître à leur intérieur l'existence de grains qui présentent les affinités de la chromatine. Dans les renflements, cette chromatine est condensée en un gros amas arrondi ou allongé dans l’axe longitudinal du fuseau, ou dispersée en petits grains dont la disposition capricieuse échappe à toute description.

On voit, en résumé, qu'il y a lieu de distinguer parmi les

différents aspects morphologiques du streptobacillus moniliformis dans les cultures :

1° Des éléments en forme de bätonnets isolés où en chaïnette parfois si petits qu’ils prennent un aspect coccobacillaire. Cette forme en bâtonnet, qui est celle du germe dans les exsudats pathologiques, prédomine dans les milieux liquides favorables (bouillon ascite, par exemple).

2 Des éléments filamenteux qui prédominent dans les cultures sur milieux solides, sur lesquels l'organisme croît lentement et avec plus de difficulté que dans les milieux liquides.

Ces deux formes sont susceptibles de présenter des renflements dont laspect est si typique que leur constatation permet un diagnostic aisé du germe.

La signification des variations morphologiques du germe demeure assez obscure. Û

Van RoovEN a étudié les variations morphologiques en rapport avec l’âge des cultures. Par la méthode des « préparations d'impression » il a pu faire les constatations suivantes, en partant de cultures sur sérum de LOEFFLER et Sur uélose au sang. Les «€ préparations d'impression » faites 4 à 10 heures après l’ensemencement montrent des formes bacillaires courtes dispersées au travers du champ. Beaucoup s’accroissent activement, et au bout de 10 heures la taille de la majorité des éléments varie de 10 à 20 y. Ceux-ci, à leur

tour, se multiplient et forment une jeune colonie revêtant l'aspect d’un mycélium dense. Toute croissance et toute multiplication cessent au bout de 48 heures, et les protoplasimes baciériens se désintègrent rapidement. L’examen de colonies vieilles de 5 à 7 jours montre que la majorité des éléments se présente sous des formes dégénératives variées, très polymorphes, allant de débris granulaires.à des éléments bactériens défigurés. En majorité, ces organismes sont morts, et une croissance à partir de ces vieilles cultures peut difficilement être obtenue.

L’étude de VAN ROOYEN ne fait pas mention de la signification des éléments renflés qui sont parfois prédominants. La précocité de leur apparition dans les cultures empêche de les considérer comme le résultat de phénomènes d’involution : on les rencontre en aussi grande abondance dans les cultures très jeunes de 16 à 17 heures, que dans les cultures datant de 48 heures.

LEVADITI, NICOLAU et PoiNcLoux pensent qu'il s’agit là de formes de résistance. PARKER et HUDSON constatent que ces aspects renflés sont plus fréquents, quand l’organisme pousse dans des conditions défavorables. En réalité, il n’est pas démontré que la présence d’éléments renflés soit un caractère de souffrance de culture, puisqu'on observe ces formes obèses dans les milieux les plus favorables. Des repiquages d’une même culture dans des tubes de bouillon diversement enrichis d’un liquide organique (ascite) et privés de ce liquide d’ascite ne nous ont pas permis de tirer des conclusions décisives. Il nous a semblé cependant que l’adjonction d’une quantité considérable de liquide d’ascite (1/2 ou 3/4) faisait diminuer le nombre des éléments renflés.

Miss KLIENEBERGER accorde à ces renflements une autonomie. D'après cet auteur, les souches de streptobacillus moniliformis sont composées de deux microorganismes vivant en symbiose. En examinant par la méthode des « préparations d'impression » des cultures sur gélose sérum fraîchement ensemencées, on pourrait assister à la croissance de deux microorganismes différents : d’une part des éléments streptobacillaires, d’autre part des éléments filamenteux qui prennent naissance à partir d’une granule. Ces différentes formes s’enchevêtrent au bout de plusieurs heures, et il devient alors impossible de les distinguer. Dès lors l'aspect en bâtonnet

renflé résulterait de la superposition du streptobacille et du mucroorganisme vivant en symbiose. Ce dermer, caractérisé par des formes granulaires et filamenteuses, présenterait un cycle de développement comparable à celui de l'agent de la pleuro-pneumonie des bovidés et est dénommé par l'auteur organisme L1. La séparation du streptobacille et de l'organisme Li ne peut être obtenue par les techniques usuelles d'isolement. Par contre, si l’on repique des cultures en bouillon ascite conservées 6 à 8 jours à 37°, ou des cultures sur gélose sérum chauffées 5 à 15 minutes à 52°, on ohtient des croissances très fines, où seul l’organisme L1 caractérisé par des formes granulaires et des filaments est représenté: Ce dernier organisme posséderait done une vitalité plus

srande que le streptobacille. En outre, il filtre à travers les bougies Berkefeld V.

Dans un deuxième mémoire, Miss KLIENEBERGER confirme ses premières investigations et retrouve cette symbiose dans toutes les souches observées. En outre, elle réussit dans quelques cas à obtenir des repiquages successifs de l’organime Li.

Mobilité, Cils Le streptobacillus moniliformis est immobile, non cilié.

Spores

On n’observe jamais de spores.

Capsule

Le streptobacillus moniliformis est dépourvu de capsule.

Coloration

Ce microbe ne prend pas le Gram. Ïl se teinte difficilement par les couleurs basiques d’aniline. La coloration par la méthode de Romanowsxy-GiEmSsAa lente permet d’en obtenir de très belles préparations, qui mettent en évidence les granu- Jations chromatiques. Le streptobacillus moniliformis se décolore facilement par les acides faibles dilués.

B. -- Caractères culturaux

Le streptobacillus. moniliformis ne pousse qu’entre 20 et 40° (PARKER et HUDsON). La température optimum est de 37°. Il est aérobie et facultativement anaérobie. Il ne pousse pas ou difficilement sur les milieux usuels: bouillon ordinaire, gélose ordinaire. Il exige pour sa croissance l’addition de milieux organiques (sang, sérum, liquide d’ascite). Le pH optimum est de 7,4, 7.8.

Milieux liquides

Le bouillon ascite, le bouillon sérum, le bouillon additionné de sang total ou défibriné, constituent les milieux électifs pour obtenir une croissance rapide de l'organisme.

BOUILLON ASCITE (1/10 à 1/4 de liquide d’ascite). —— Le développement se révèle toujours facile. I1 est abondant au bout de 24 heures, atteint son maximum en 48 heures. Les colonies se développent au fond du tube ou le long des parois, Elles forment de petits pelotons duveteux de un à deux millimètres de diamètre. Ces colonies se déposent secondairement au fond du tube où elles forment un amas blanchâtre. Le liquide Surnageant demeure parfaitement clair. Vient-on à agiter le tube, la couche blanchâtre reposant au fond du tube s’égrène en de fines particules rondes au milieu du liquide qui demeure clair.

BOUILLON SÉRUM (1/10 de sérum humain, de cheval, de mouton, de Japin). — Je développement est aussi rapide qu'en bouillon ascite. L'aspect cultural est identique.

BOUILLON ADDITIONNÉ DE SANG TOTAL. — L'aspect du développement est celui de l’hémoculture positive. Les colonies délicates sont suspendues au mince voile de fibrine flottant dans le bouillon au-dessus des globules sédimentés. En outre

on observe un noircissement du sang. La croissance apparaît en 24 à 72 heures.

HET

BOUILLON ADDITIONNÉ DE SANG DÉFIBRINÉ (1/10 de sang humain, de cheval, de lapin, de mouton). — Le développement est identique à celui des milieux précédents. La couche des colonies repose sur les globules sédimentés.

Sur d’autres milieux liquides la croissance est mesquine ou nulle.

BOUILLON ORDINAIRE, — Le développement qui peut apparaître au fond du tube en 48 heures est insignifiant.

LAIT. — La capacité du streptobacillus moniliformis à pousser et à vivre dans le lait a été attentivement étudiée par PARKER et HUDSON, en raison des circonstances épidémiologiques de la fièvre d’Haverhill. Il résulte de leurs recherches que le lait n’est pas un milieu favorable pour le développement et la viabilité du germe. A la température de la chambre (20° à 22°) l’organisme ne pousse pas et ne peut être découvert par repiquage, en milieu favorable. A la température d’étuve (37°) il peut être vu dans les étalements obtenus par raclage du fond du tube. Par contre, si on ajoute au lait du sang total ou du liquide d’ascite, les repiquages sont positifs le quatrième jour, mais ne le sont plus à partir du sixième. On ne constate pas de coagulation.

Milieux solides

Les milieux électifs pour obtenir une croissance abondante du germe sont : la gélose ascite, la gélose sérum, la gélose au sang, le sérum de bœuf coagulé. Les auteurs américains ont signalé une plus grande difficulté à obtenir la croissance du germe sur les milieux solides que sur les milieux liquides. Cette croissance exige, en effet, certaines conditions

— l'addition d'une quantité relativement considérable de produits organiques. VAN ROOYEN a montré que l’addition d’une quantité de sérum inférieure à 50 % ne permet d’obtenir qu’une croissance légère ; par contre, si on ajoute à la gélose 80 % de sérum, la croissance devient très abondante. L’adjonction de sang à la gélose ne donne pas de meilleurs résultats que l’addition de liquide d’ascite ou de sérum ;

___ une certaine humidité du milieu, d’où la nécessité d'utiliser des milieux fraîchement préparés, et au besoin d’adjoindre à la gélose outre le produit organique, une petite quantité de bouillon, afin d'obtenir un milieu semi solide ;

__ certaines conditions chimiques et physiques de l'air ambiant. PARKER et HupsoN ont préconisé de placer à létuve les cultures sur milieux solides dans un vase scellé contenant une bougie allumée. Les conditions physiques et chimiques réalisées par la combustion de la bougie permettent d'obtenir des croissances plus abondantes et plus rapides. Hazarp et GoopkiNp ont confirmé ces faits. Par contre, le remplacement de l’air par le gaz carbonique donne des résultats inférieurs au procédé utilisé par PARKER et HUDSON.

GÉLOSE ASCITE. — On constate de très fines colonies après 24 heures d’incubation. Celles-ci ne présentent leur complet développement qu’au bout de 48 heures. La croissance est alors abondante, composée de colonies isolées, de un à deux millimètres de diamètre, arrondies, à limites nettes, à peine colorées ou de teinte gris jaunâtre. Leur surface est lisse, légèrement convexe. Ces colonies sont homogènes, melles, humides, peu adhérentes au milieu. Dans l’eau de condensation on observe quelques grumeaux.

GÉLOSE SÉRUM. — Le développement sur ce milieu est identique à la croissance sur gélose ascite.

GÉLOSE AU SANG. -— Ce milieu excellent n’est pas supérieur aux deux précédents. Les colonies nous ont paru plus fines, plus translucides que sur la gélose ascite et les étale-

menis colorés révèlent une prédominance de formes filamenteuses très grèles.

SÉRUM DE BŒUF COAGULÉ. — Il constitue un bon milieu.

SANG DE LAPIN COAGULÉ. — Le germe y pousse à profusion eu 24 heures (PARKER et HupsoN). La culture n’est pas accessible à la vue, mais microscopiquement une croissance abondante de courts bacilles simples ou en chaînettes est

découverte .après 24 heures d’incubation (Hazarp et Goop- KIND). |

MILIEU DE PARKER et HUDSON. —— PARKER et HUDSON préconisent, pour obtenir de belles cultures sur milieu solide,

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