‹ Les Septicémies à Streptobacillus moniliformisChapitre 10 sur 95 · AU · texte numérisé non relu

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A Haverhill, sur 86 malades, 7 ont moins de 2 ans, 31 ont entre 2 et 12 ans, 17 sont âgés de 12 à 21 ans, 31 ont entre 21 et 54 ans. Les âges extrêmes sont 8 mois et 54 ans. L'étude des cas sporadiques nous révèle un même échelonnement de l’âge des malades : le malade de LEVADITI est un de ses collaborateurs ; l’enfant observé par Dopp a 10 ans ; la malade de TEISsIER, RIVALIER, REILLY et GARNIER est âgée de 35 ans; il s’agit d’un étudiant en médecine dans l’observation de SCHARLES et SEASTONE. Le malade dont nous rapportons l’observation a 40 ans.

Sexe

Le sexe ne paraît jouer aucun rôle. A Haverhill, 59 % des malades sont des femmes, 41 % xppartiennent au sexe masculin.

Les cas sporadiques ont trait à 4 hommes et à 2 femmes.

Race

L'intervention d’un facteur racial ne saurait être retenue. Les sujets atteints à Haverhill étaient principalement des Lithuaniens, des Polonais, des Italiens et des Israélites, mais ceux-ci constituaient une majorité dans le quartier où Pépidémie était localisée.

Profession

À Haverhill, un certain nombre de malades étaient employés à une fabrique et dans des magasins de vente de chaussures, mais PLACE et SUTToN ne voyaient pas dans cette condition la source de l’épidémie.

Dans les cas sporadiques, deux fois la maladie a frappé un expérimentateur de laboratoire. PoincLoux, le collaborateur de LEVADITI, manipulait des souris. L'étudiant de SCHARLES et SEASTONE était mordu par un rat blanc.

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Influences saisonnières

Les observations de cas sporadiques s’échelonnent sur plusieurs mois de l’année. Un facteur saisonnier ne saurait non plus être retenu dans l’éclosion des épidémies : l’épidé-

mie de Chester est une épidémie de printemps (mai-juin) ;

l'épidémie d’'Haverhill survient en hiver (janvier).

Cas sporadiques

Sur les six cas de septicémies à streptobacillus moniliformis qui apparaissent isolés, trois fois la maladie est consécutive à une morsure de rat. La morsure est produite par un rat gris sauvage dans deux cas (observation de Dopp et observation personnelle) ; par un rat blanc de laboratoire dans l’observation de ScHARLES et SEASTONE. La morsure siège au niveau des doigts dans les trois observations, au cinquième doigt de la main gauche dans la première, à l'index et au pouce de la main droite dans les deux autres.

Les circonstances d'apparition de la maladie présentée par PorncLoux et rapportée par LEvapiTi, NICOLAU et POINCLOUX permettent de suspecter une contamination par des souris blanches de laboratoire, mais la porte d’entrée du germe ne peut être précisée.

Dans les observations de TEISSIER, RIVALIER, REILLY et GARNIER, de Hazarp et GoopxiN», l’étiologie reste indéterminée.

Epidémies

Les enquêtes épidémiologiques faites à Chester par Ch. ArmsrronG et H.-B. Woop (1) ; à Haverhill, par PARKER et

Hupson ont amené ces auteurs à conclure que les deux épi-

démies ont été consécutives à l’ingestion de lait infecté. Voici, d’ailleurs, l’histoire de ces épidémies et les circons-

{) Ces auteurs sont cités par PLace et Surrox dans leur second mémoire

SMCTALE

tances qui permettent d’incriminer des distributions de lait cru dans la propagation des deux épidémies.

À CHESTER, 400 cas de la maladie étaient observés en mai et juin 1925, mais on estimait que l’épidémie avait atteint environ 600 personnes. Dans 250 foyers où la maladie étaït signalée, et qui comprenaient 1195 personnes, la morbidité atteignait 33 %. L’approvisionnement de lait était suspecté pour les raisons suivantes : 92 % des malades recevaient le lait d’un magasin de mise en bouteilles de la ville, et 20 % des personnes qui s’approvisionnaient à ce magasin contractaient la maladie, alors que la morbidité pour toute la population n’était que de 0,5 %. En outre, 3,5 % des malades qui n’avaient pas acheté leur lait à ce magasin, avaient consommé le lait présumé infecté dans des restaurants. Pour 45 % des malades seulement, Pabsorption de lait ne pouvait, en apparence, être incriminée. D’autres arguments étaient encore fournis par les détails suivants FE premier cas observé atteignait une personne demeurant sur’ une des six fermes qui fournissaient du lait au magasin de mise en bouteille et précédait de quatre jours la première observation rencontrée chez un consommateur : dans les six jours qui suivaient apparition du premier cas, cinq autres personnes tombaient malades, et, parmi celles-ci, un des propriétaires du magasin.

A HAVERHILL, ville de fabriques de 35.000 habitants, l’épidémie survenait au mois de janvier 1926. Rapidement explosive, elle atteignait 86 personnes : 3 cas étaient observés pendant la première semaine, 31 cas durant la seconde, 37 au cours du troisième septenaire. C’est à la fin de la troisième semaine que l’épidémie atteignait son maximum. Elle était limitée à un quartier de la ville, de forme rectangulaire, mesurant 1500 mètres de long sur 500 mètres de large, qui bordait une rivière. Les malades appartenaient à 39 familles, qui groupaient un total de 231 personnes, dont 36 % contractaient la maladie. 21 familles avaient plus d’un malade, et, dans une famille de 18 personnes, 10 étaient frappées. Une enquête sur l’hygiène de la ville et des maisons ne permettait pas de découvrir l’origine de l'épidémie ni d'expliquer 5a propagation. Il y avait des rats en petit

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nombre, mais ni mouches, ni moustiques. Toutes les maisons

étaient desservies par le système d’égouts de la ville, et la

distribution d’eau était dans un état satisfaisant. Aucun élément ne permettait de suspecter que la maladie fût transmise par contact direct : dans les familles le simple contact avec des malades était sans effet ; aucun des médecins, aucune des infirmières ne contractaient la maladie.

Le caractère strictement localisé de l’épidémie faisait suspecter son origine alimentaire, et c’est une recherche systématique qui révélait aux médecins de Boston que la maladie était propagée par une distribution de lait cru. Le lait absorbé par presque tous les malades était fourni par une même ferme et la zone de morbidité correspondait à la zone d’approvisionnement de cette ferme : parmi lies 39 familles atteintes par l’épidémie, 31 se procuraient le lait de la ferme incriminée dans des magasins de la ville, 8 se faisaient livrer le lait directement par la ferme en question. D’autres faits plaidaient en faveur d’une infection consécutive à l’ingestion de lait infecté : les personnes qui absorbaient” du lait en minime quantité ou n’en prenaient pas, échappaient à la maladie ; en outre l’ordre donné de pasteuriser le lait suffisait à arrêter l’épidémie.

La source de contamination du lait demeurait, d’ailleurs, indéterminée. Le troupeau de la ferme, examiné par le vétérinaire de la ville, était reconnu sain. Des cultures répélées du lait, pratiquées tardivement, après la fin de l’épidémie, demeuraiïent négatives. Les conditions sanitaires de la laiterie étaient satisfaisantes. Tous les individus attachés à la ferme, comme les membres de leurs familles, étaient en excellente santé. La recherche des anticorps dans le sang des vaches de la ferme était négative, sauf pour l’une d’entre elles qui présentait en outre une plaie à la mamelle. L’hypothèse de l’origine bovine de l’érythème polyarticulaire épidémique, primitivement soulevée, devait être abandonnée.

Cet exposé des circonstances d’apparition montre que la maladie est survenue dans des concitions bien différentes. Une morsure de rat peut être incriminée une fois sur deux à l’origine des cas isolés. Une contamination par des souris

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de laboratoire paraît probable dans une autre observation sporadique. Par contre, une même étiologie murine n’est pas suspectée pour les autres cas. Les conditions d’apparition des épidémies justifient même la possibilité de transmission de la maladie par un aliment infecté. Nous devons, dès lors, rechercher dans l’étude du germe, de son pouvoir pathogène, de son habitat dans la nature, les moyens d’expliquer des circonstances étiologiques si disparates.

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