‹ Les Septicémies à Streptobacillus moniliformisChapitre 22 sur 95 · Forme subaiguë · texte numérisé non relu

Forme subaiguë

Elle s’accompagne presque constamment de déterminations secondaires analogues à celles de la septicémie humaine. La première manifestation de la maladie est alors l'apparition d’une tuméfaction au niveau d’une ou plusieurs pattes. Cette tuméfaction apparaît en général 3 ou 4 jours après l’inoculation, quelquefois plus tardivement jusqu’au 15° ou 20° jour. Elle débute en général au niveau des pattes postérieures. La peau apparaît tendue, de couleur rose vif, mais ne prend pas un aspect phlegmoneux. Tantôt la tuméfaction de la patte est diffuse, tantôt elle reste localisée au niveau d’une articulation : tibio-tarsienne, carpe. Les diverses tuméfactions apparaissent le plus souvent successivement à vingtquatre ou quarante-huit heures d'intervalle, parfois à peu près simultanément. Dans quelques cas, une ou deux pattes, le plus souvent antérieures, sont respectées. Vient-on à examiner les pattes à la loupe, on observe fréquemment des petites tuméfactions fusiformes des articulations digitales. L’atteinte articulaire peut d’ailleurs être plus diffuse, et c’est ainsi que dans quelques cas on peut constater des arthrites de l’appendice caudal se manifestant par des petits renflements de coloration rosée, facilement visibles et nettement perceptibles au toucher. La cyphose dorsale présentée par les souris serait également le témoin d’une atteinte des articulations vertébrales.

La tuméfaction des pattes constitue le symptôme le plus apparent de la maladie. Elle relève des arthrites, mais fréquemment aussi d’un œdème sous-cutané important. Il n’est pas rare de constater en outre à la face plantaire des pattes postérieures une ou deux phlyctènes à contenu louche, de 1 à 3 millimètres de diamètre. Celles-ci se dépriment assez rapidement, flétrissent et ainsi apparaissent parfois des ulcérations qui se recouvrent de croûtelles. On observe enccre soit latéralement au. niveau des articulations tibiolarsiennes, soit sur la face dorsale ou palmaire des articulations de carpe, des petits abcès qui, au bout de quelques jours, saillent sous la peau et paraissent des abcès arthrifluents.

Le gonflement des pattes engendre une gêne fonctionnelle

FiG. III — Maladie de la souris. Arthrites de la tiLio-tarsienne droite, et du carpe gauche, consécutives à l’inoculation intrapéritonéale de culture diluée.

Fic. IV. — Maladie de la souris. Tuméfaction légère et diffuse des pattes postérieures. Phlyctême séro-purulente à la face plantaire du tarse gauche, Inoculation intrapéritonéale de culture diluée.

de la démarche de la souris qui est hésitante : la souris semble marcher avec des bottes (LEVADITI, SELBIE et Mile SCHOEN). Dans d’autres cas, l’impotence de la marche paraît relever de paralysies atteignant le plus fréquemment les pattes postérieures, plus rarement une ou les deux pattes antérieures. Il semble s’agir de pseudo-paralysies vraisemblablement en rapport avec une atteinte articulaire vertébrale.

Les symptômes localisés aux pattes sont manifestement les plus particuliers. On peut en outre déceler une conjonctivite, se traduisant par une occlusion des fentes palpébrales et un exsudat séro-purulent. Cette conjonctivite peut se compliquer de kératite et de destruction de tout l’œil (MACKIE, VAN ROOYEN et GILROY). Des signes généraux : immobilité de l'animal, sécheresse des poils et perte de leur aspect lisse, diarrhée, complètent le tableau. Quant à l'apparition de cyanose de la queue et des extrémités signalée par LEVADITI, SELBIE et Mile SCHOEN, et considérée par ces auteurs comme un signe de myocardite, elle est tardive et précède de peu la mort.

L'évolution de la maladie est généralement brève, la mort survient en 8 à 15 jours au maximum. Dans quelques cas l'animal survit plus longtemps. Complètement immobile, paraissant somnolente, très amaïigrie, la souris présente alors des déformations articulaires considérables. Celles-ci sont surtout appréciables au niveau des doigts, où elles rappellent celles du rhumatisme chronique déformant, et au niveau de la colonne vertébrale, qui est le siège d’une cyphoscoliose accentuée. L’impotence de la marche est alors totale. En réalité, la maladie aboutit assez rarement à ce tableau de cachexie avec polyarthrite déformante.

LEVADITI et ses collaborateurs SELBIE et Mile SCHOEN ont les premiers obtenu cette forme subaiguë de la maladie accompagnée de déterminations articulaires, et l’ont décrite Sous le nom de rhumatisme infectieux de la souris dû au streptobacillus moniliformis. En inoculant 42 souris blanches avec des cultures du germe, ils ont pu transmettre l’infection streptobacillaire à 32 souris et 26 d’entre elles ont présenté des arthrites typiques. Dans cette série de 42 souris, ces auteurs ont pratiqué 19 inoculations Sous-cutanées, 10 intracérébrales, 5 intraveineuses, 4 intrapéritonéales, 3 intraarti-

MTS de

culaires et une intradermique (face plantaire du membre postérieur). L’incidence des arthrites à varié suivant le voie choisie pour l’inoculation. Les inoculations intraveineuses et intraarticulaires fournissaient le pourcentage de succès le plus élevé (100 %) ; venaient ensuite par ordre décroissant, les inoculations sous-cutanées (68 %), intracérébrales (30 %) et intrapéritonéales (25 %). LEvapiTI et ses collaborateurs concluaient que les arthrites généralisées survenaient chez les souris inoculées avec le streptobacillus moniliformis, quelle que soit la voie choisie pour l’inoculation du virus, et à la condition que cette inoculation ait été suivie d’infection. Toutefois, dans quelques cas rares, la septicémie se déclarait sans qu’il y ait apparition d’arthrites (inoculations intrapéritonéale, intracérébrale et sous-cutanée).

LevapiTi et ses collaborateurs déterminaient également la polyarthrite de la souris en inoculant des produits organiques provenant d’animaux infectés : sur 24 souris inoculées, ils réussissaient à transmettre l'infection à 12 d’entre elles. Parmi les 24 souris, 20 étaient inoculées par voie péritonéale et recevaient soit du sang, soit une émulsion de foie, de rate ou de cerveau, soit du pus articulaire. L’infection apparaissait chez 8 d’entre elles et 2 présentaient des arthrites. Chez 4 souris, l’inoculation était pratiquée par voie articulaire avec une émulsion d’articulation tritutée ou avec du pus articulaire, et la septicémie consécutive s’accompagnait constamment d’arthrites.

Avec une culture de 48 heures en bouillon ascite diluée au 1/20, nous avons pu déterminer la polyarthrite chez 5 souris, sur 8 inoculées.

Témoins les résultats suivants, obtenus en inoculant par diverses voies 0 cc. 25 d’une culture diluée au 1/20

VoIE INTRAARTICULAIRE : Souris 151, meurt le 10° jour avec une polyarthrite des pattes postérieures et de la patte antérieure gauche.

Souris 152, meurt le 8° jour avec une polyarthrite des deux pattes postérieures, et des phlyctènes sous-cutanées.

Voie CÉRÉBRALE : Souris 153, meurt le 9 jour avec une polyarthrite des quatre pattes.

Souris 154, meurt le 11° jour avec une polyarthrite des quatre

pattes.

eve

VOIE SOUS-CUTANÉE : Souris 155, demeure bien portante pen-

dant un mois d’observation. 6 Souris 156, meurt le 10° jour sans tuméfaction apparente des

pattes.

VOIE PÉRITONÉALE : Souris 157, meurt en 48 heures sans tumé-

faction des pattes.

Souris 158 meurt au bout de 7 jours avec une tuméfaction des

deux pattes postérieures.

Dans tous les cas où l’inoculation a entraîné la mort, les investigations bactériologiques portant sur le sang du cœur, les viscères et les exsudats articulaires, ont permis de découvrir le streptobacillus moniliformis. Ces constatations démontrent que la maladie de la souris est une maladie générale septicémique, au cours de laquelle les déterminations secondaires articulaires et cutanées, également observées dans la maladie humaine, affirment les affinités organotropiques du germe.

B. -- Voies de pénétration du streptobacillus moniliformis

I ressort des faits exposés ci-dessus que l’on peut transmettre la maladie en inoculant des cultures âgées de 24 à 48 heures sous la peau, dans la cavité péritonéale, dans une articulation ou dans le cerveau. L’inoculation dans la veine de la queue de la souris donne des résultats bien entendu similaires.

LEVaprr1 et ses collaborateurs ont noté que les résultats étaient plus fréquemment positifs lorsque Pinjection était pratiquée par voie in! :eineuse ou intrapéritonéale : la maladie était alors rapidement mortelle. Par contre les formes évoluant plus lentement étaient plus fréquentes chez les animaux contaminés par voie sous-cutanée ou intraarticulaire. Les rapports entre le mode d’inoculation et la gravité de la maladie nous. ont paru beaucoup moins schématiques.

Par les autres voies, le streplobacillus moniliformis demeure inoffensif.

PER OS. —— PARKER et Hupsow, LEVADiTI et ses collabora-

UT

teurs ont noté l’impossibilité de contaminer la souris par l’absorption digestive même répétée de culture. Nous avons nourri pendant cinq jours consécutifs deux souris avec de la mie de pain imprégnée quotidiennement d’un culot de centrifugation de culture de 24 heures sans aucun résultat. Les deux souris inoculées ultérieurement au niveau d’une patte, avec 0 cc. 20 d’une culture liduée au 1/40, sont mortes au bout de trois jours.

VOIE NASALE. — LEVADITI et ses colaborateurs ont instillé dans les narines d’une souris, à 9 reprises consécutives, une goutte de culture fraîche. La souris a survécu. Inoculée ultérieurement par voie sous-cutanée, elle s’est montrée réceptive.

VOIE GÉNITALE. — VAN ROOYEN a instillé dans le vagin de 25 souris des cultures virulentes de streplobacillus moniliformis. Les souris sont demeurées bien portantes.

Enfin les tentatives de transmission par inoculation de virus sur la peau épilée et sacrifiée, et dans le globe oculaire, se révèlent infructueuses (LEVADITI, SELBIÉ et Mille SCHOEN).

Tous ces faits démontrent l’impossibilité de transmettre l'infection per os, par les voies pharyngée, génitale, cutanée, oculaire.

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