HABITAT DU GERME
Comme nous venons de le voir, la souris constitue l’animal le plus sensible à l'infection due au streptobacillus moniliformis. Il est dès lors aisé de comprendre que l’on ait incriminé tout d’abord cet animal comme réservoir de virus. En effet, LEVADITI, SELBIE et Mlle SCHOEN ont les premiers rencontré l’infection spontanée de la souris et tiré de leur découverte les remarques suivantes : « Ces données nous autorisent à attribuer aux rongeurs et en particulier à la souris un rôle effectif dans la transmission de l'infection à l’homme. Ces rongeurs peuvent, en effet, être le réservoir de virus, la contamination de l’homme s’effectuant par souillure des aliments au moyen de l’urine et, des matières fécales, lesquelles, d’après nos recherches, contiennent le streptobacillus moniliformis. Ce qui, en outre, plaide en faveur de cette hypothèse c’est d’abord le fait que le malade de notre première observation, assistant au laboratoire, avait travaillé pendant plusieurs semaines et jusqu’à la veille de sa maladie avec des souris. »
Bien que le rôle de la souris malade comme réservoir de virus fût encore confirmé par l'existence d’épizooties (MACKIE, Van Roo%En et GILroy), le problème de l'habitat du germe ne pouvait être considéré comme résolu. Les conditions d'apparition de la maladie humaine, si l’on fait exception des faits rapportés dans l'observation de LEVADITI, NICOLAU et PoncLoux ne permettaient pas d'attribuer à la souris un rôle dans la transmission de l’infection à l’homme. En outre, l’existence d’une maladie spontanée de la souris, survenant par cas isolés ou par épidémies, soulevait les mêmes problèmes étiologiques que l’apparition de la maladie humaine. Dès lors, puisque l’expérimentation nous révélait que les autres animaux en dehors de la souris présentaient un état réfractaire, il fallait admettre que le streptobacillus moni-
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liformis, parasite obligatoire en raison de sa faible vitalité à température ordinaire, vivait en saprophyte dans l’organisme d’un animal sain.
Tous ces faits expliquent que l'observation que nous avions recueillie à l'hôpital Claude-Bernard d’une septicémie à streptobacillus moniliformis consécutive à une morsure du rat nous ait conduit à rechercher si le rat sain ne pouvait mieux encore que la souris malade jouer le rôle de réservoir de virus. Cette enquête nous paraissait d'autant plus justifiée que les circonstances d’apparition des cas rapportés par Dopp, par SCHARLES et SEASTONE étaient identiques à celles que nous avions relevées. En outre, nous avions découvert dans la littérature d’autres exemples de fièvre par morsure de rat, au cours desquels un germe analogue par ses caractères morphologiques et culturaux au streptobacille de LEVADITI, NICOLAU et PoincLoux, le streptothrix muris ratti de SCHOTTMULLER avait été isolé. Les observations de SCHOTTMULLER, de BLAKE, de LITTERER, de TunicLirr et MAYER, d'EBERT et HÉSSE pouvaient, en effet, constituer des exemples antérieurs de fièvre par morsure de rat due au streptobacillus moniliformis.
La connaissance d’observations de fièvre par morsure d’autres animaux que le rat au cours desquelles un streptothrix avait été découvert (SCHOTTMULLER, Dick et TUNNICLIFF) devait enfin nous amener à rechercher le saprophytisme du streptobacille dans l’organisme d’autres espèces animales.