‹ Les Septicémies à Streptobacillus moniliformisChapitre 35 sur 95 · STE · texte numérisé non relu

STE

streptobacillus moniliformis ne peut être décelé dans l’organisme des rats par cultures du sang du cœur, des pulpes hépatique, splénique et rénale. Ces recherches négatives, jointes à l’impossibilité de réaliser chez le rat une maladie expérimentale comparable à celle de la souris, nous faisaient suspecter que le streptobacille était peut-être un germe commensal du rhinopharynx et de la cavité buccale des rats, dont l'inoculation à l’homme par la morsure de l’animal devenait rapidement explicable. Les résultats du travail de Miss STRANGEWAYS plaidaient en faveur de cette hypothèse, dont nous apportons aujourd’hui la confirmation par les - expériences que nous avons poursuivies au laboratoire de l'Hôpital Claude-Bernard.

Pour déceler le streptobacillus moniliformis dans le nasopharynx et la bouche des rats nous avons inoculé aux souris le sang des rats obtenu par une hémorragie nasale et buccale. Dans les expériences de Miss STRANGEWAYS cette méthode donne le pourcentage le plus élevé de résultats positifs. Ce procédé est exempt de cause d'erreur du fait de la négativité des recherches du germe dans le sang du cœur et dans les viscères des rats normaux. Il a en outre l’avantage d’être fort simple. Il suffit de porter un coup assez violent sur la tête du rat pour obtenir quelques gouttes de sang qui balaient les cavités naso-pharyngée et buccale avant de s’écouler à l'extérieur. Les gouttes de sang sont recueillies dans une boîte de PÉrRI dans laquelle on a préalablement déposé 1 cc. d’une solution de citrate de soude au 1/10°. Le sang citraté est alors injecté aux souris aux doses de 1/4 à 1/2 cc. Les voies d’inoculation que nous avons utilisées sont les voies péritonéale et sous-cutanée. La première nous paraît préférable à la seconde en raison de la quantité relativement considérable du matériel inoculé. Les souris inoculées avec le sang d’un même rat sont isolées dans un local et surveillées quotidiennement. L’infection due au streptobacillus moniliformis est facilement reconnue par l'apparition de la tuméfaction d’une ou plusieurs pattes, l'existence de phlyctènes purulentes sous-cutanées à la face palmaire des pattes postérieures ou sur le dos des articulations métacarpo-phalangiennes au niveau des pattes antérieures. En outre des manifestations générales souvent très précoces peuvent attirer l'attention : immobilité de la souris, sécheresse du poil qui

perd son aspect luisant, diarrhée, accélération des MOuvements respiratoires, cyanose de la queue. Bien que ces manifestations morbides soient assez évocatrices de l'infection streptobacillaire, nous avons enregistré comme résultats positifs les seuls cas où l’ensemencement en bouillon ascite d’un produit organique, sang du cœur, pulpe hépatique, pulpe splénique, pulpe rénale, sérosité ou pus articulaire, nous révélait de façon certaine la présence du germe.

Une première série d’expériences a porté sur 15 rats qui ont été répartis en cinq lots de trois animaux. Le mélange de trois sangs de rats a été inoculé dans la cavité péritonéale, ou sous la peau d’une série de 3 à 4 souris. Cette première série d’expériences n’ayant pour objet qu’une rapide vérification des constatations de Miss STRANGEWAYS, en même temps qu’une mise au point des détails techniques, nous a donné des résultats tout à fait concluants. En effet, deux lots de 3 rats d’égout et un lot de 3 rats blancs du laboratoire nous ont permis d'obtenir un résultat positif. Le sang fourni par ces trois lots a provoqué chez 1 ou 2 des 3 ou 4 souris chaque fois inoculées une septicémie à streptobacillus moniliformis démontrée par l’ensemencement du sang du cœur. Sur les 4 souris atteintes de cette septicémie, 3 ont présenté un syndrome typique de polyarthrite. Par contre, deux lots de 3 rats, comportant chacun l’inoculation de 3 souris, nous ont donné un résultat négatif.

Voici le protocole de ces expériences préliminaires

Matériel et inoculation : Sang de 3 rats d’égout, obtenu par une hémorragie nasale et buccale et recueilli dans 1 cc. de citrate de soude au 1/10. Inoculation à 4 souris :

Souris 1. reçoit 6/10 cc. par voie intrapéritonéale.

— Six jours après linoculation présente un gonflement des paîtes postérieures et de la cyanose de la queue. Est sacrifiée.

Dre Culture du sang du cœur : streptobacillus moniliformis associé à staphylocoque.

Souris 2 : reçoit 6/10 cc. par voie intrapéritonéale.

Meurt sepi jours après l’inoculation sans signes de polyarthrite.

+ Culture du sang du cœur : streptobacillus moniliformis assoclé à staphylocoque.

Souris 3: reçoit 4/10 cc. par voie intrapéritonéale.

— Gonflement net des pattes postérieures huit jours après. Sacrifiée

SÉLRY à DATA

— Culture du sang du cœur : souillée.

Souris 4: recoit 5/10 cc. sous-cutané.

— Meurt le neuvième jour, sans arthrite.

— Culture du sang du cœur : souillée.

Matériel et inoculation : Sang de 3 rats d’égout, obtenu par une hémorragie nasale et buccale, et recueilli dans 1 ce. de citrate de soude au 1/10. Inoculation à 3 souris

Souris 5: recoit 5/10 cc. par voie intrapéritonéale.

— Meurt en 24 heures.

— Hémoculture non pratiquée.

Souris 6: reçoit 5/10 cc. par voie intrapéritonéale.

—— Meurt en 24 heures.

__ Hémoculture non pratiquée.

Souris 7: reçoit 2,5/10 cc. par voie sous-cutanée.

__ Onzième jour, tuméfaction légère des pattes postérieures et abcès sous-cutané au point d’inoculation; sacrifiée.

__ Culture du sang du cœur : petit bâtonnet Gram négatif ne présentant pas les caractères morphologiques et culturaux du streptobacillus moniliformis.

__ Culture du pus de l’abcès : gros bâtonnet Gram positif.

Matériel et inoculation : Sang de 3 rats d’égout, obtenu par une hémorragie nasale et buccale, et recueilli dans 1 cc. de citrate de soude au 1/10. Inoculation à 4 souris.

Souris 8: reçoit 1/2 cc. par voie intrapéritonéale.

__ Tuméfaction des pattes postérieures et cyanose de la queue, cinq jours après. Sacrifiée.

— Culture du sang du cœur : streptobacillus moniliformis et staphylocoques.

Souris 9: reçoit 1/2 cc. par voie intrapéritonéale.

__ Demeure bien portante après un mois d'observation. Abandonnée.

Souris 10 et 11 : reçoivent 1/2 cc. (souris 10) et 1/4 cc. (souris 11) par voie sous-cutanée.

__ Demeurent bien portantes.

__ Abandonnées après un mois d'observation.

Matériel et inoculation : Sang de 3 rats d’égout, obtenu par une hémorragie nasale et buccale, recueilli dans Î cc. de citrate de soude au 1/10. Inoculation à 3 souris.

Souris 12: reçoit 1/2 cc. par voie intrapéritonéale.

— Meurt en 24 heures.

__ Hémoculture non pratiquée.

Toi

Souris 13 : reçoit 1/2 cc. par voie intrapéritonéale. — Meurt 8 jours après.

— Culture du sang du cœur : souillée.

Souris 14 : reçoit 1/4 cc. par voie sous-cutanée.

— Meurt en 24 heures.

— Hémoculture non pratiquée.

Matériel et inoculation : Sang de 3 rats de laboratoire obtenu par une hémorragie nasale et buccale, recueilli dans 1 cc. de citrate au 1/10. Inoculation à 3 souris.

Souris 20 : reçoit 1/2 cc. par voie intrapéritonéale.

— Meurt cinq jours après.

— Culture du sang du cœur : souillée.

Souris 21: reçoit 1/2 cc. par voie intrapéritonéale.

— Mauvais aspect général 6 jours après l’inoculation. Sacrifiee.

— Culture du sang du cœur : souillée.

Souris 22 : reçoit 1/2 cc. par voie sous-cutanée.

— Tuméfaction légère des pattes postérieures cinq jours après l'inoculation.

— Culture du sang du cœur: streptobacillus moniliformis et pneumocoques.

— Frottis de plusieurs exsudats articulaires : streptobacillus moniliformis.

La technique à laquelle nous avons eu recours dans cette première série d'expériences présentait certains inconvénients. [1 nous a semblé en premier lieu que le mélange des sangs provenant simultanément de 3 rats pouvait accroître la septicité du produit injecté dans le péritoine des souris. C'est ainsi que 4 souris sont mortes en moins de 24 heures et que, de ce fait, nous n’avons pas jugé utile de pratiquer l’ensemencement du sang du cœur. En outre, dans les cas où le résultat a été positif, le streptobacillus moniliformis s’est montré constamment associé dans le sang du cœur à d’autres organismes : staphylocoque ou pneumocoque. La seule culture pure que nous ayons obtenue d’emblée nous à été fournie par la sérosité articulaire d’une souris atteinte de polyarthrite. Enfin, nous avons considéré comme «€ souillées >» les cultures du sang du cœur positives avec des germes variés, parmi lesquels il nous était impossible d'identifier le Streptobacillus imoniliformis. Dans ces cas, il s’agissait fréquemment de colibacilles, de gros bâtonnets ou de gros coccigram positifs. Nous ne savons pas si la présence de ces germes dans les cultures du sang relevait d’une septicémie due à ces

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