‹ Les Septicémies à Streptobacillus moniliformisChapitre 72 sur 95 · MARCHE - EVOLUTION - DURÉE · texte numérisé non relu

MARCHE - EVOLUTION - DURÉE

La marche et l’évolution des localisations articulaires échappent à toute schématisation. Les articulations sont touchées le plus souvent successivement et sans aucun ordre. C'est ainsi que dans l'observation de LEvapiTi, NicoraAU et PoiINcLoux, on assiste à l’apparition successive de manifestations douloureuses au niveau du tarse gauche le troisième jour de la maladie, de l’acromio-claviculaire droite le quatrième jour, des temporo-maxillaires le cinquième jour. Le

coude gauche est atteint le septième jour, la radio-carpienne et la sterno-claviculaire droites le dixième. Les auteurs américains insistent sur la mobilité des manifestations articulaires. Celle-ci ne nous paraît point comparable à celle que l’on observe dans la maladie de Bouillaud. Si certaines localisations sont fugaces, transitoires, d’autres atteintes chez le même malade sont beaucoup plus fixes et persistent durant l’évolution de la maladie et de la convalescence. Dans l’observation de LEVADITI par exemple, l’arthrite acromio-claviculaire ne s’atténue qu’au bout de trois semaines, alors que les autres localisations articulaires cèdent en quelques jours. Dans le cas rapporté par SCHARLES et SEASTONE, les douleurs et la tuméfaction du cou de pied droit prolongent d’un mois la convalescence du malade, alors qu’une autre localisation radio-carpienne disparaît rapidement. Un autre fait est à signaler, c’est la possibilité du retour des douleurs dans une articulation qui est devenue indemne.

La durée de ces manifestations est variable. Un des traits caractéristiques des localisations sur les jointures au cours des septicémies à streptobacillus moniliformis est leur ténacité. À Haverhill la durée la plus courte de la gêne articulaire était de deux jours et la plus longue de plusieurs mois. L’'impotence disparaissait en une semaine chez dix malades, en une à deux semaines chez douze malades, et au bout de deux à quatre semaines chez douze autres malades. Chez trente-quatre, les articulations n'étaient pas encore libres au bout d’un mois, et chez trois malades après cinq mois (PLacE et SUTTON). Cette persistance des manifestations douloureuses articulaires se retrouve dans les autres observations. La malade de TEissieR et de ses collaborateurs souffre encore d’arthralgies quand elle quitte l'hôpital, un mois après le début de sa maladie. Le malade d’HazARD et GoopkiNp ne présente une atténuation des symptômes articulaires qu’au bout de trois semaines, et la disparition des arthralgies ne survient que cinq semaines plus tard. Chez notre malade, la persistance des douleurs articulaires prolonge également la convalescence : après deux mois d’hospitalisation, il présente encore quelques douleurs vagues au niveau des genoux, des cous de pieds, des doigts.

Cet exposé montre amplement que l’atteinte articulaire, par sa fréquence, par sa multiplicité, par son intensité, par sa ténacité, constitue la manifestation prédominante et indiscutablement le symptôme le plus fidèle de la maladie, qui évolue ainsi fréquemment sous le masque d’une affection rhumatismale.

En outre, la quasi-constance des symptômes articulaires au cours de l'infection humaine confirme l’arthrotropisme du streptobacillus moniliformis et soulève le problème de l’intervention de ce germe dans certaines formes de pseuglorhumatismes infectieux dont l’étiologie reste imprécise. Il n’est pas illogique de penser que quelques-uns d’entre eux peuvent relever de l'infection streptobacillaire.

Les manifestations pharyngo-laryngées

FRÉQUENCE

Les symptômes pharyngo-laryngés sont moins constants que les signes cutanés et articulaires. A Haverhill, PLACE et SUTTON les relèvent dans 39 cas, soit donc presque une fois sur deux. Dans les autres observations, ils sont d’intensité inégale : très sévères dans trois observations (cas de LevapiTi, NICOLAU et POINCLOUX, cas de HAZARD et GOODKIND, cas personnel), ils sont très atténués dans les observations de Dopp, de SCHARLES el SEASTONE. Ils manquent enfin dans lPobservation de TEISSiER, RIVALIER, REILLY et GARNIER.

DATE D’APPARITION

Les symptômes pharyngo-laryngés apparaissent à n’importe quel moment de la maladie, en moyenne du premier au vingt-cinquième jour (PLACE et SUTTON), avec un maximum de fréquence vers le huitième, neuvième jour, donc le plus souvent lors de la deuxième onde fébrile. Dans l’observation de Levaprri, les douleurs pharyngées débutent le quatrième jour. Chez notre malade, la pharyngalgie apparaît le septième, huitième jour et les premiers symptômes laryngés au bout d’un mois. F

IE SYMPTÔMES PHARYNGÉS

La douleur pharyngée est intense, diffuse, bilatérale, constitue un grand tourment pour le patient. « Elle résiste aux antinévralgiques et même aux puilvérisations répétées de liquide fortement stovaïné » (LEVADITI, NicoLAu et Poin- CLOUX). Elle s’accompagne de dysphagie si pénible que l’alimentation solide peut être suspendue. A l'examen de la gorge, les piliers, les amygdales, le voile du palais, la paroi postérieure du pharynx sont de couleur rouge sombre ou carminée. On ne constate ni exsudat, ni fausse membrane. SCHARLES et SEASTONE notent cependant la présence de pustules sur la paroi postérieure du pharynx de leur malade.

Ces symptômes pharyngés ne s’accompagnent pas de tuméfaction des ganglions correspondants. L'existence d’adé-

nopathies sous-maxillaires et cervicales n’est relevée que dans lobservation de SCHARLES et SEASTONE.

SYMPTÔMES LARYNGÉS

Les manifestations laryngées sont beaucoup moins fré-

quentes que les précédentes. Chez 21 malades de l’épidémie d'Havervill, PLACE et SUTTON notent l’existence d’une toux sèche, coexistant avec le mal de gorge. Chez six autres malades, les symptômes laryngés sont plus précis. Dans notre observation, ils se présentent avec le maximum d'intensité.

L’atteinte laryngée se manifeste par des modifications de la toux et de la voix. La toux devient rauque ou éteinte : deux enfants de 3 ans observés par PLACE et SUTTON présentent une toux comparable à celle du croup. La voix devient enrouée, rauque, peut même s’éteindre. Enfin le malade ressent une douleur laryngée pénible. Chez notre malade, ces symptômes s’accompagnaient en outre d’une expectoration abondante de mucus filant et visqueux. À l’examen, la pression du larynx était particulièrement sensible au niveau des cartilages thyroïde et cricoïde, ainsi qu’au niveau de la trachée cervicale. L'examen laryngoscopique révélait tout d’abord une augmentation de volume des aryténoïdes et de l’espace aryténoïdien : la muqueuse était à peine rosée ; la masse aryténoïdienne présentait un aspect tremblotant, géla-

tineux. Un examen pratiqué cinq jours plus tard montrait un aspect plus inflammatoire, la muqueuse qui recouvrait les aryténoïdes était rouge, enflammée. Les cordes vocales n'étaient pas enflammées et leur motilité demeurait normale.

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