COMPLICATIONS -- SEQUELLES
Nous avons vu que PLACE et SUTTON ont relaté comme complications : deux fois une pneumonie, et dans un cas une
otite moyenne. Il s'agissait de complications relevant d’infections secondaires.
En général, la maladie guérit sans séquelles. Malgré la longue durée d’immobilisation, les jointures récupèrent leurs qualités antérieures, et on ne constate après guérison ni limitation des mouvements, ni craquements, ni atrophie des muscles voisins. PLACE et SUTroN ont pu suivre les malades de l'épidémie d'Haverhill. Deux ans et demi après l’épidémie, des séquelles articulaires n'étaient observées que chez trois
malades. Ii s'agissait d'hommes âgés de 54, 45 et 44 ans. Ces .
malades se plaignaient de douleurs et de tuméfaction des articulations lorsque le temps devenait humide. Ces symptômes disparaissaient au bout de peu de jours. A l'examen de jun d’eux, on constatait une contracture légère des muscles de la cuisse, mais l’articulation du genou elle-même paraissait normale. Chez les autres, la mobilisation des articulations ne révélait aucune limitation des mouvements.
Cette absence de séquelles dans les cas observés jusqu’à ce jour ne permet pas d'établir de relations entre l’antécédent d’une infection due au streptobacillus moniliformis et l’apparition ultérieure d’un rhumatisme chronique.
BSERVATIONS
Nous rapportons ici les résumés des observations isolées, qui, avec le mémoire de PLACE et SUTTON et notre observation personnelle, nous ont permis de dénner une description clinique des septicémies à streptobacillus moniliformis.
OBSERVATION DE LEvVaADITI, NICOLAU ET POINCLOUX (RÉSUMÉ) Histoire de la maladie
Le malade est un des collaborateurs du Professeur LEVADITI. Le début de la maladie, le 16 mars 1925, est extrêmement brutal : malaise, vomissements, frisson, céphalo-rachialgie, douleurs dans les membres, délire, puis température à 40°.
Cet état demeure vingt-quatre heures, et le 17, la température est tombée à 38°6; une éruption maculo-papuleuse apparaît au niveau des membres supérieurs et inférieurs, prédominant sur le dos des pieds le long de leur bord interne, sur la face interne des tibias, sur la face antérieure des cuisses ; il y a de rares éléments aux avant-bras et aux poignets. En outre, le malade présente de l’herpès labial et mentonnier.
Le 18 mars, la température est tombée. L’éruption pâlit. Le malade commence à souffrir au niveau du tarse gauche; cette arthrite est encore plus douloureuse le lendemain.
Le 19, l’articulation acromio-claviculaire droite est le siège de vives douleurs. En outre, le malade présente une douleur pharyngée diffuse avec érythème peu intense et léger gonflement amygdalien. Elle persistera pendant la durée de la maladie.
Le 20, réascension thermique. L’articulation acromio-claviculaire est toujours extrêmement douloureuse. La rate est percutable.
Le 21, la température monte à 39°, 40°2. Les deux articulations temporo-maxillaires se prennent, et une deuxième poussée éruptive est notée, qui atteint son intensité maxima le lendemain; il s’agit toujours de maculo-papules, mais elles sont plus nombreuses, surtout aux membres supérieurs (dos des mains). Il en existe sur les deux faces du tronc et particulièrement sur le dos. Enfin on constate deux nouures dans le derme de la face antérieure de Vavant-bras droit. Les articulations touchées se maintiennent douloureuses, sauf le pied ; la radio-cubitale supérieure gauche se prend.
Le 23 mars, la température tombe, l’éruption pâlit. Il persiste une pharyngalgie et des arthralgies pésibles.
Le 25 mars, troisième poussée thermique, avec ascension de la température à 39°. Réapparition de l’arthralgie du tarse gauche. Atteinte de la radio-carpienne, de la sterno-clavucilaire droites.
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Du SRE
Le 26 mars, la température est tombée à 38°, la plupart des arthralgies cèdent ; froisième et dernière éruption, avec maximum aux membres inférieurs, et quelques éléments sur le dos des mains et des doigts. La pharyngalgie persiste.
Début de la convalescence à partir du 27 mars, l’amaigrissement a atteint 10 kilogs et le malade est affaibli. De plus, les douleurs pharyngées persistent, continues la première semaine, puis discontinues, jusqu’à disparition définitive au début de mai. L’arthralgie acromio-claviculaire droite persiste une quinzane de jours. Pendant vingt-quatre heures, le 13 avril, le malade souffrira de la radio-cubitale supérieure gauche.
Examens de laboratoire
Hémocultures :
Première hémoculture : le premier jour : positive.
Deuxième hémoculture : le cinquième jour : positive.
Culture du produit de raclage d’une papule :
Le onzième jour.
Isolement du même germe que dans l’hémoculture.
Le germe isolé est dénommé par les auteurs streptobacillus moniliformis.
OBSERVATION DE DoDpp (RÉSUMÉ) Histoire de la maladie
La malade, jeune fille âgée de 10 ans, est hospitalisée le 9 juin 1923 pour fièvre et céphalée. Trois jours auparavant elle s’est réveillée avec une plaie de la main gauche attribuée à une morsure de rat. L’après-midi elle ne se sent pas bien. Le jour suivant, clle présente de la fièvre, de la céphalée, vomit une fois.
A son admission à l’hôpital, l’enfant est abattue, immobile, ne sortant d’un état de torpeur que pour répondre aux questions posées. Elle présente de lherpès labial. On constate deux petites plaies de la taille d’une tête d’épingle à la face interne de la | phalange proximale du petit doigt; la peau est luisante et tendue à ce niveau. A l'examen général on remarque que le pharynx est légèrement injecté, la respiration est normale.
Le jour suivant, quatrième jour de la maladie, l’enfant présente une éruption maculo-papuleuse sur le tronc, les bras et les jambes. L’éruption s’étend aussi à la plante des pieds. On constate quelques pétéchies. En outre, l’enfant se plaint de douleurs dans la jambe gauche spontanées et à la mobilisation.
Le lendemain, cinquième jour, l’éruption pâlit, sauf à la plante des pieds où l’on observe un petit nombre de bulles et de pustules. Les douleurs deviennent plus pénibles : la mobilisation des bras, des jambes et des doigts entraîne des cris. Ces douleurs persistent aussi intenses jusqu’au treizième jour de la maladie. À ce moment l’enfant commence à remuer les doigts. Trois jours après elle peut s’asseoir sur son lit, et mobiliser sans douleur ses articulations. A aucun moment il n’y eut de tuméfaction des jointu-
res. L'enfant sort de lhôpital moins d’un mois après son admis sion.
À l’admission (troisième jour) la température était à 302% pouls à 112. La température demeurait élevée pendant cinq jours après l'admission, descendait à la normale, puis s'élevait de nouveau et restait légèrement élevée pendant 9 jours.
La sœur de la malade également mordue par un rat ne devait pas tomber malade.
Examens de laboratoire
Hémocultures :
Première hémoculture, le troisième jour : positive.
Deuxième hémoculture, le huitième jour: positive.
Troisième hémoculture, à la convalescence : négative.
Le germe ne fut pas primitivement identifié car ses caractères ne correspondaient pas à celui d’un organisme connu. Après l'épidémie d'Haverbill, l'observation fut publiée et le germe fut reconnu correspondre à Haverhillia multiformis.
Réactions humorales :
Bordet-Wassermann négatif.
Examen hématologique : .
14/000 globules blancs, le troisième jour de la maladie.
OBSERVATION DE TEISSIER, RIVALIER, REILLY et GARNIER Histoire de la maladie (résumé)
La malade âgée de 35 ans, journalière, présente les premiers signes de maladie le 23 juin 1926: malaise général, chaleur, sueurs, vomissements alimentaires et bilieux, diarrhée. Reprise du travail le 24. Le soir du 24, prurit violent localisé aux membres supérieurs et inférieurs, où la malade constate une éruption.
Le 29, début des symptômes articulaires qui décident la malade à se faire hospitaliser. La malade est transférée dans un service de contagieux avec le diagnostic de varicelle. A son admission, le neuvième jour on constate une éruption polymorphe, constituée de petites papules rouge vif, de vésico-pustules contenant un liquide jaunâtre et un peu louche reposant sur une base érythémateuse et infiltrée, des macules brunâtres ou purpüriques. Les éléments les plus nombreux sont les papules et les macules. Le nombre des vésicules est assez restreint. Ces éléments se trouvent à la face d’extension des membres (sauf quelques macules plantaires) et prédominent autour des articulations du cou de pied et des genoux. Le tronc est indemne de toute éruption. Sur la face et sur la base du cou on observe seulement quelques taches érythémateuses. Un état infectieux d'intensité modérée, s’associe à l’éruption : température à 38°8, pouls à 80. Les arthralgies qui ont été vives antérieurement sont. peu accusées et manifestes seulement aux genoux. Les muqueu-
ses pharyngée et buccale sont normales. Le reste de l'examen est négatif.
Le 2 juillet, dixième jour de la maladie, la température monte à 40° le soir.
Le 3, elle demeure élevée. La malade se plaint de douleurs dans les jambes, surtout au genou droit. Aucun symptôme objectif d’arthrite n’est noté.
Le 4 juillet, température 38°9 le matin et 39°9 le soir. L’éruption commence à s’effacer. Les douleurs articulaires prédominantes aux genoux, sont plus vives.
Le 7 juillet la température est moindre, mais la malade se plaint maintenant d’arthralgies du coude surtout à gauche.
Le 8 juillet, les deux articulations scapulo-humérales sont prises également. Le 10 les arthralgies persistent aux coudes et aux épaules ; les poignets sont également atteints et au niveau du poignet gauche il existe un gonflement articulaire notable. Toutes les articulations métacarpo-phalangiennes sont douloureuses et tuméfiées. Les calmants usuels ne calment que modérément les douleurs. L’éruption des membres est bien moins marquée qu’au début. Les jours suivants les arthralgies persistent, la fièvre se maintient entre 38° et 39°. De nouvelles vésicules en petit nombre apparaissent le 13 juillet. Le 15 juillet les arthralgies des deux articulations scapulo-humérales et du coude droit persistent, mais sont plus atténuées. I1 n’y a pas de nouveaux éléments éruptifs ; les derniers apparus sont en voie de disparition.
Le 20 juillet la température ne dépasse plus 38°, l’éruption est presque complètement effacée : il ne persiste plus que des macules pigmentaires. La desquamation commence surtout nette au siège des anciennes vésicules. Les arthralgies bien que moins intenses persistent encore aux épaules et aux poignets. Les genoux et les coudes ne sont plus douloureux. Le 22 juillet l'amélioration se maintient. La malade quitte l'hôpital sur sa demande.
Examens de laboratoire
Hémocultures : \
Première hémoculture, le onzième jour : positive à streptobacillus moniliformis.
Deuxième hémoculture, le vingtième jour: positive.
Examen direct et culture du contenu d’une vésicule, le dixième jour : isolement du streptobacillus moniliformis.
Réactions biologiques :
Réaction de fixation du complément positive le vingt-troisième jour. :
Intradermo-réaction avec une émulsion d’albumines microbiennes positive.
Examen hématologique :
Polynucléose neutrophile : 85 %.
Absence d’éosinophiles.
OBSERVATION DE HazaRp ET GOODKIND (résumé) Histoire de la maladie
Le malade âgé de 58 ans, vivant dans des conditions sociales pauvres est hospitalisé le 23 avril 1931 pour faiblesse et douleurs dans les jambes. Le malade avait remarqué trois semaines avant son entrée un saignement au niveau du deuxième orteil gauche. Dès ce moment il commençait à se plaindre de douleurs pharyngées. En outre 8 à 10 jours avant son entrée, il accusait une sensation de picottement et de cuisson au niveau des orteils, puis des pieds. Deux jours après l'apparition de ces signes, il constatait en prenant un bain de pieds dans l’eau sale froide du port, qu’il présentait de nombreuses tâches d’un rouge brillant siègeant sur les deux jambes. Ces macules augmentaient de nombre les jours.suivants. Son appétit était altéré, et il s’abstenait de manger par crainte de vomir. En outre depuis une semaine, il se sentait plus malade, avait des frissons intenses comme dans la malaria à des intervalles irréguliers. Durant les cinq jours qui précédaient son admission il ressentait des douleurs pénibles dans les pieds. Les articulations des genoux devenaient douloureuses (sensation de broiement) ; la douleur augmentait aux tentatives de flexion. Les mains étaient le siège de fourmillements, puis devenaient douloureuses. Enfin apparaissaient de fortes douleurs dans les poignets et dans les coudes.
Dans les antécédents du malade on relevait de nombreux maux de gorge, un rhumatisme polyarticulaire prolongé dans l’enfance, trois pneumonies et une tuberculose hémoptoïque guérie. Le malade avait eu la blennorrhagie et avait été grand buveur d’alcool jusqu’à la prohibition.
A l’examen on constatait une inflammation diffuse de la gorge sans exsudat, ni fausse membrane, sans adénopathie cervicale ; d’autre part des symptômes cutanés sous forme de nombreuses macules, circonscrites, rouges, brillantes, dont quelques-unes apparemment hémorragiques, ainsi que quelques papules. Ces éléments siègeaint aux extrémités, étaient dispersés sur les deux jambes, plus nombreux sur les faces d’extension. Un plus petit nombre d’éléments était découvert sur les bras, sur les faces palmaires des mains et dans l’aisselle droite. D’autre part des placards indurés localisés, rouges, sensibles, d'environ six centimètres de diamètre étaient présents au niveau de la région malléolaire gauche autour des genoux et sur le dos des mains. D’autres siègeaient loin des jointures à la partie inférieure de la face antérieure des jambes. Les articulations des pieds, des genoux, des poignets et des coudes étaient sensibles au palper et la mobilisation provoquait des douleurs. Le genou droit était le siège d’une hydrarthrose. Par ailleurs la température était de 38°3, le pouls à 80. La rate était de volume normal. Le foie débordait de trois travers de doigt.
L'évolution était la suivante : la fièvre pendant deux semaines affectait un type rémittent quotidien, oscillant entre 37°5 et 39°;
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le malade devenait apyrétique au bout de quatre semaines. L’éruption disparaissait quatre jours après l’admission ; il persistait une pigmentation faible et terne. Les placards indurés persistaient plus longtemps. Les manifestations articulaires s’atténuaient au bout de trois semaines mais ne disparaissaient qu’à la sixième semaine.
Examens complémentaires
Hémocultures :
— La première, le sixième jour après l’admission : positive.
— La deuxième, le dixième jour après ladmission : positive.
— La troisième, le dix-neuvième jour après l’admission: positive.
— La quatrième, le vingt-sixième jour après l'admission: négative.
Le germe isolé, Haverhillia multiformis, poussait après 72 heures d’étuve.
Réactions humorales :
— Séro-diagnostic pratiqué avec le sérum du malade et son propre germe était positif à une dilution de 1/640.
— Deux souches de Proteus X 19 n'étaient pas agglutinées de même que des souches de bacilles typhiques et paratyphiques.
Examens hématologiques :
24 avril :
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Cultures de gorge :
Streptococcus viridans, pneumocoques et staphylocoques blancs.
Radiographies :
Coudes, mains : articulations normales.
Colonne vertébrale : séquelles de mal de Pott.
Genoux : arthrite hypertrophique.
Pied gauche : destruction de la deuxième phalange du gros
orteil et ostéomyélite.
OBSERVATION DE SCHARLES ET SEASTONE (résumé) Hisloire de la maladie
Le malade, étudiant en médecine, est mordu au pouce droit par un rat blanc le 1% juillet. Trois jours après, le 4 juillet, le malade présente une lymphangite modérée de l’avant-bras sans adéno-
pathie axillaire ; la plaie locale est sensible mais non indurée. Le lendemain la lymphangite rétrocède.
Le 6 juillet le malade s’éveille avec des nausées, de la céphalée, de la photophobie et une température à 39°5. La lésion locale ne se modifie pas; pas de lymphangite.
Le 7 juillet la température est aux environs de 38°. Une éruption morbilliforme est apparue sur les bras, les avant-bras, la partie inférieure des jambes et au niveau des cous de pied; l’éruption est moins distincte sur le dos. On note quelques éléments à la paume de la main gauche et des vésicules sur la face postérieure du pharynx. Le malade s'améliore, léruption pâlit, la fièvre disparaît.
Le 11 juillet dans la soirée rechute thermique et réapparition du rash, mais les deux sont plus atténués. Le malade se plaint du cou de pied droit qui est légèrement tuméfié et chaud au toucher. Les jours suivants la fièvre tombe mais la tuméfaction du cou de pied devient plus considérable et la douleur plus vive. On note également l’existence de purpura à la face interne du cou de pied droit et du tarse, Le poignet gauche, enfin, se tuméfie et devient douloureux.
Le 18 juillet, clocher fébrile à 38°.
Le 21 juillet, l’état du poignet gauche s’est amélioré, mais le cou de pied droit doit être ponctionné. On retire 10cc. d’un liquide de couleur jaune paille, nuageux, qui se coagule rapidement et qui examiné microscopiquement montre l'existence de polynucléaires et l’absence de germes à l’examen direct. La ponction soulage considérablement le malade.
Par la suite on observe ni nouvelle poussée fébrile, ni retour du rash. Le cou de pied demeure sensible et augmenté de volume pendant un mois environ. Guérison sans séquelles.
Examens de laboratoire
Hémocultures :
— La première, le premier jour de la maladie : négative.
— La deuxième, le seizième jour de la maladie : négative.
Cullure du liquide articulaire :
— Au bout de 48 heures croissance d’Haverhillia multiformis.
Réactions humorales :
— Un séroe-diagnostic pratiqué avec le sérum du malade et son propre germe montrait une agglutination à une dilution de 1/512. Les sérums humains normaux n’agglutinaient pas le germe.
— Le sérum du malade n’agglutinait pas Protéus X 19 audessus de 1/16.
I]noculations :
— Le 6 juillet, inoculation intrapéritonéale du sang du malade à des souris et des cobayes : les animaux demeurent bien portants.
— Le 15 juillet inoculation à deux cobayes de 1cc. de sang du cœur du rat qui avait mordu le malade : les cobayes demeu-
rent bien portants et leur sang ne montre pas la présence de spirilles. \