‹ Les Septicémies à Streptobacillus moniliformisChapitre 94 sur 95 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

I. — Le streptobacillus moniliformis (LEVADITI, NICOLAU et PoncLoux) ou Haverhillia multiformis (PARKER et HUDSON) est l’agent d’une septicémie humaine qui sévit tantôt à l’état sporadique, tantôt à l’état épidémique.

II. —- Ce microorganisme, aérobie, immobile, non sporulé, ne prenant pas le Gram, revêtant la forme d’un bâtonnet mince et grêle dans les exsudats pathologiques, est très polymorphe dans les cultures. Certains éléments présentent des renflements sphériques ou fusiformes qui en facilitent la diagnose. |

Le germe exige pour sa croissance l’addition au milieu de culture d’un produit organique (ascite, sang, sérum). Il pousse mieux dans les milieux liquides que sur les milieux solides. Sa vitalité est faible.

III. — Le streptobacillus moniliformis est pathogène pour la souris. L’inoculation du germe par diverses voies (veineuse, sous-cutanée, péritonéale, cérébrale, articulaire) détermine chez cet animal une septicémie toujours mortelle. T’infection expérimentale revêt tantôt une allure suraiguë, tantôt subaiguë rappelant la maladie humaine par ses déterminations articulaires. L’examen anatomo-pathologique révèle des lésions articulaires, du myocarde et de la rate.

Par contre l'infection ne peut être réalisée chez la souris lorsque le germe est introduit par voie digestive, ou déposé sur les muqueuses nasale, conjonctivale, génitale. Même échec sur la peau préalablement scarifiée.

Les autres animaux de laboratoire, sauf dans quelques cas le lapin, ne se prêtent pas au développement d’une maladie septicémique. Cependant l’inoculation du germe par voie articulaire détermine chez tous une arthrite aiguë localisée.

IV. —— Dans les conditions naturelles, le streptobacille a pu être mis en évidence dans l’organisme des Muridés.

Il est responsable d’une maladie spontanée, parfois épizootique, de la souris.

Chez le rat, il est exceptionnellement l’agent d’une broncho-pneumonie, alors qu’il vit à l’état saprophytique dans le rhino-pharynx et la bouche de cet animal. La preuve peut en être donnée en inoculant à la souris les sécrétions rhinopharyngées et buccales obtenues par différentes méthodes. Ce commensalisme est très fréquent : nous avons pu le déceler chez 88 % des rats. Les rats sauvages, comme les rats de laboratoire, sont vecteurs du germe. :

V. — La constatation du streptobacillus moniliformis dans le naso-pharynx et la bouche du rat explique que l'infection puisse être transmise par la morsure de cet animal, comme l'ont mis en évidence un certain nombre d’observations.

Lorsque cet antécédent fait défaut, le mode de transmission demeure obscur. Cependant les circonstances épidémiologiques de la FIÈVRE D'HAVERHILL plaident en faveur d’une pénétration du germe par voie digestive, qui toutefois s’est révélée expérimentalement inopérante chez l’animal réceptif.

VI. — La septicémie humaine est caractérisée par une incubation courte, un début brutal, de la fièvre, un exanthème morbilliforme ou polymorphe, des arthrites, des manifestations pharyngo-laryngées. La durée en est souvent longue, prolongée par la persistance des déterminations articulaires. La guérison est de règle, sans séquelles.

VIT. — Le diagnostic de la maladie se pose avec de nom- breuses affections, parmi lesquelles le SODOKU, dont elle se rapproche quelquefois par une même condition d'apparition, mais dont elle diffère tant par sa nature que par son aspect clinique.

Malgré certaines apparences, l'infection à streptobacillus moniliformis est cliniquement distincte de l'ERYTHÈME POLY- . MORPHE, au Cours duquel les méthodes d'investigation directes et indirectes ne permettent pas d’incriminer ce germe.

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VIII. — L’hémoculture constitue le procédé d'investigation le plus précieux, mais le développement du streptobacille est ordinairement lent. Il importe donc de pratiquer les repiquages après maintien du ballon à l’étuve pendant plusieurs jours.

Les ensemencements du liquide articulaire et du contenu des éléments cutanés permettent également la mise en évidence du germe.

D’autres méthodes biologiques (séro-diagnostic et réaction de fixation du complément) sont susceptibles de révéler la nature de l’affection.

IX. — L'absence de médication spécifique et le pronostic favorable de la maladie légitiment l’abstention de toute thérapeutique intempestive. Lorsque l’affection se prolonge, les médications de choc trouvent une indication.

X. — Il est possible de retrouver dans la littérature des observations de fièvre par morsure de rat, au cours desquelles un germe identique au streptobacillus moniliformis et décrit sous la dénomination de streptothrix muris rafti (SCHOTT- MULLER, 1914) a parfois été isolé.

Ces constatations jointes à la notion du saprophytisme du germe dans l’organisme des rats nous autorisent à penser que l'infection à streptobacillus moniliformis ne constitue pas un fait exceptionnel. Elle mérite d’être rangée au nombre des maladies transmises directement à l’homme par les Muridés.

Vu : Va :

Le Doyen, Le Présinenr pe LA Tuèss, TIFFENEAU. LEMIERRE.

Le RECTEUR DE L'ACADÉMIE DE PARIS, Vu et permis d'imprimer :

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