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Les sépultures gallo-romaines de Bouillé-Courdault (Vendée)

E 13 Février dernier, une très aimable lettre de M. le docteur Sinaonneau, de Maillezais, nous informait que toute une série de beaux vases antiques, en terre et en verre, venait d'être mise à jour, dans un champ, près du village de Bouillé-Gou'rdault (Vendée), autour d'un grand sarcophage de pierre.

Quelques jours après, nous nous rendîmes à Bouille en compagnie de M. le docteur Simonneau et nous y fûmes très aimablement accueillis par M. François Huguet, maire de Bouille, et par M. Alexandre Huguet, son frère, qui nous firent le récit suivant :

« Depuis plusieurs années déjà nous nous étions aperçus qu'il existait, dans un de nos champs, des murs anciens, rasés à quelques décimètres sous terre, et, plusieurs fois, nous avions creusé près de ces fondations sans rien trouver qui méritât de retenir notre attention.

)) Le -4 Février de celle année, nous eûmes enfin la surprise de mettre à jour, à 0'"G0 de profondeur environ, une grande

d. LES SEPULTURES GALLO-ROMALNES

pierre taillée en forme de toiture de maison et dont chaque coin est muni d'une sorte de borne. C'est le dessus d'un grand tombeau en pierre a.utour duquel se trouvaient les vases que voici... »

Et le maire de Bouille nous montra alors l'ensemble très riche des vases funéraires gallo-romains qui vont faire le principal

objet de cette étude.

Bouille est le chef-lieu d'une commune qui comprend les deux anciennes paroisses de Bouille et de Gourdault ; réunies elles forment un ensemble d'un peu plus de 700 habitants.

Le village de Bouille est assis sur un banc calcaire qui domine de quelques mètres à peine l'ancien marais de la Basse-Sèvre ou de Maillezais, dont cin^ ou six kilomètres à peine le séparent; il est, en ligne droite, à 33 kilomètres de la mer dont le point le plus rapproché se trouve être l'estuaire même de la Sèvre- Niortaise, au fond de l'anse de l'Aiguillon.

L'Autise, affluent de cette même Sèvre, passe à Bouille et vient, après s'être perdue plusieurs fois en de petits gouffres marécageux, situés en amont, s'y reconstituer grâce à l'afflux du ruisseau de Saint-Quentin, né de la magnifique source de Bouille.

Cette source, une des plus belles de l'Ouest, sort d'un bassin d'environ 30 mètres de diamètre ; l'exceptionnelle transparence de ses eaux permet à ceux qui s'y promènent en barque de distinguer, comme dans un féerique mirage, à dix mètres au moins de profondeur, le tapis d'algues vertes sur lequel repo^ sent ou se jouent des poissons superbes qui semblent à portée de la main.

C'est de cette source sans doute qu'est venue la dénomination de Bouille donnée à la localité, car le radical Bouîl s'attache d'ordinaire, en notre région de l'Ouest, aux terrains abondants en sources, par exemple, en Vendée et Deux-Sèvresj Bouildroux^ Bouillon, Le Bouillard, La Bouillacrère, La Bouillasse, etc., etCi

Bouille, Bulliacum^ que le Grand-Gauthier (xiv* siècle) appelle Boliec et le Fouillé d'Alliot (1625), cura sancti Quentini de

DE BOUILLE-COURDAULT ô

Bouillye^ se trouvait, à l'époque Gallo-Roniaine, sur la limite orientale des lagunes du Marais de Maillezais alors couvert d'eau et qui formait, hors du lit de l'Océan (1), le prolongement du golfe des Bretons. C'était sans doute à cette vaste superficie marécageuse que pensait le géographe grec Artémidor d'Ephèse quand il parlait du lac qui séparait le pays des Pictons de celui des Santons.

Tout autour de ce Marais, à proximité duquel ils avaient fait passer deux grandes voies: celle de Nantes à Saintes, qui franchissait probablement la Vendée au Gué-de-Velluire (2), et celle de Saintes à Angers qui passait un peu à l'Est (3), les Romains étaient venus, de bonne heure, se mêler à la population gauloise, héritière quand au lieu d'habitat, des tribus préhistoriques qui avaient enfoncé en maints endroits du Marais picton les pilotis de leurs habitations lacustres (4).

Les découvertes d'objets divers faites successivement à Nalliers, Saint-Sigismond, Benêt, Le Langon, Saint-Médarddes-Prés, etc., et dont MM. Octave de Rochebrune et B. Fillon ont fixé le souvenir, prouvent que des familles de l'aristocratie Gallo-Romaine jouissaient en ces divers endroits, au cours des II' et m* siècles de notre ère, de tout le luxe et de tout le confort qu'elles auraient pu avoir au sein des grandes cités.

Les trouvailles que MM. Huguet viennent de faire, en ces dernières semaines, à Bouillé-Gourdault, nous apportent un nouveau et très précieux document à l'étude des objets somp* tuaires en usage chez nous durant la plus florissante période des temps Gallo-Romains. C'est entre les dernières maisons, situées au Sud du village de Bouille et le château de cette localité,

(Ij « L'idée que la mer couvrait encore le Marais poitevin au temps des Romains est insoutenable ». — Lièvre, Mèm. Soc. des Antiq. de l'Ouest^ an. 1891, p. 417.

(2) A. Lièvre. Les chemins Gaulois et Romains entre la Loire et la Gironde, 1" éd. p. 99. Niort, Glouzot, 1893,

(3) Mêmes sources, pp. 19 et 27.

(4) B. Fillon, Poitou et Vendée, Marais du Mazeau-Benet, ^ L

4 LES SÉPULTURES GALLO-RONtAlNCê

illustré au xvi* siècle par le séjour du célèbre veneur Jacques du Fouilloux, que les sépultures antiques ont été découvertes.

Elles se trouvent dans le ténement dit Le Bas du Champ de la Trée ou de la Treille^ plan cadastral, section B, numéro 483.

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