LE TOMBEAU
Le tombeau (PL I. — N"' 1, 2 et 3) se compose d'une longue et large cuve recouverte d'un couvercle; le tout en pierre.
Le couvercle, qui mesure 2°*60 de longueur et 1°'12 de largeur, dépasse la cuve, en tous sens, de O'^IO environ. Il est en forme de toiture légèrement carénée, c'est-à-dire à deux pentes opposées formées par des surfaces un peu convexes ; ses extrémités sont flanquées chacune de deux acrotères rectilignes qui limitent, de leur relèvement vertical, un fronton triangulaire.
La hauteur extérieure de la cuve et de son couvercle est de l'"25 .Ce sarcophage, qui se distingue par ses fortes dimensions, est en pierre du pays, et son poids est évalué à plus de 3000 kilogrammes. Il est entièrement façonné au marteau, outil que les ouvriers du Poitou gallo-romain maniaient si bien qu'à Loudun ils l'employèrent uniquement pour les sculptures mêmes du petit temple qu'ils élevèrent au centre du castrum de cette ville.
Avant la violation, le couvercle et la cuve du sarcophage de Bouille étaient unis par quatre forts crampons en fer, scellés au plomb et posés, pour employer l'expression technique, en agrafes.
Quand ils l'eurent complètement dégagé des terres et des cendres qui l'entouraient, MM. Huguet descellèrent les crampons, soulevèrent le couvercle, puis le remirent en place après avoir enlevé tout ce que la cuve contenait.
Nous n'avons donc pu constater par nous mêmes si le couvercle
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et la cuve se rencontraient par emboîtage, particularité qui n'existe pas, nous a-t-on dit.
L'épaisseur des bords droits de la cuve serait d'une douzaine de centimètres environ et celle du fond beaucoup plus considérable. La cavité formant la couche mortuaire' aurait une forme parfaitemant rectangulaire.
Le sarcophage est orienté de telle sorte que son occupant avait les pieds tournés vingt-trois degrés à gauche de la ligne
Nord-Sud.
L'examen des ossements contenus à l'intérieur du timbre, fait par notre excellent ami M. le docteur H. Lœwenhard, n'a point révélé la présence d'un géant, comme des gens un peu pressés se sont plu à l'écrire, mais celle du corps d'une toute jeune femme dont la taille était, à très peu près, de l^SS environ.
Son âge devait être de 18 à 22 ans, car sa mâchoire, très bien conservée n'est pas pourvue de la dent dite « de sagesse ».
Avant qu'ait été posée sur elle la lourde pierre de son sépulcre, et pour l'accomplissement d'un rite dont nous avons souvent trouvé la trace dans les sépultures gauloises comme dans celle de l'époque mérovingienne en Poitou (1), une main pieuse avait brisé deux vases de verre et une partie seulement de chacun d'eux avait été mise avec le corps de la jeune morte. Un fragment de verre plat se trouvait aussi dans la cuve ; d'une extraordinaire finesse il n'avait guère plus d'épaisseur qu'une feuille ordinaire de papier.
Aucun. bijou, aucun objet de métal n'accompagnait les restes de l'inhumée ; seule elle avait été déposée, dans l'enveloppement peut-être des étoffes somptueuses et des fleurs choisies, pour subir en sa chair délicate le mystérieux et lent travail de notre consomption.
(1) L. Gharbonneau-Lassay. Les sépultures franques à Moiiterre-Silly, près Loudun, in Bulletin des Antiquaires de l'Ouest, année 1912, 4* fasc, tiré à part, p. 6. — Les Ponnes incinérées du Bocage ve?idéen, in Revue du Bas-Poitou, 1912.