‹ Les sépultures gallo-romaines de Bouillé-CourdaultChapitre 15 sur 22 · LES SÉPULTURF.S GALLO-ROMAINES · texte numérisé non relu

LES SÉPULTURF.S GALLO-ROMAINES

forme en raisin semblerait l'indiquer, mais des récipients à odeurs (1).

Le même auteur donne aussi, dans la série des vases à parfum, le dessin de plusieurs flacons semblables à nos n°' 14 et 15.

Quant aux vases en cristal, si minces et d'un si grand style, qui sont, hélas ! presque tous brisés, nous les considérons comme des exemplaires parfaits de ce qui se faisait alors de de plus fini.

Ils nous confirment la grande habileté des verriers de cette époque si lointaine et cette sûreté de main ne se constate pas seulement, dans notre mobilier funéraire de Bouille, par la pose des anses, faite naturellement à chaud, et qui est toujours admirablement réussie, mais surtout dans l'application des décors polychromes, par filets en reliefs, des pièces de cristal incolore (n- 8, 13, 21, 22, 23, 26).

Cette ornementation a été obtenue ainsi : lorsque la forme du vase eût été donnée par le soufflage, l'ouvrier dut (( cueillir » un filet de verre coloré, soit en blanc par l'oxyde de zinc (2), soit en bleu lapis par le cobalt (3), soit en jaune par les sels d'antimoine, et le poser en place voulue, du premier coup, avec une précision immédiate et absolue, car les reprises étaient de toute impossibilité.

On voit que le verrier qui a décoré les cristaux de Bouille — car ils sont vraisemblablement tous de la même main, — possédait un faire merveilleux, une parfaite précision de dessin et une impeccable sûreté dans la pose de ses filets brûlants.

Les vases ainsi décorés sont rares : « L'antiquité, dit Gerspach, en parlant de ces cristaux rehaussés de reliefs appliqués à chaud, a laissé peu de pièces ainsi décorées de filets, de serpentins, de perles » (4). Néanmoins le sol de Poitiers en a fourni

(1) Gerspach. Vart de la Verrerie ^ p. £4.

(2) B. Fillon. LArt de Terre chez les Poiteviits p. 191.

(3) Frœhner. La Verrerie antique, p. 37.

(4) Gerspach. Ouvrage cité, p. 46.

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quelques rares et menus fragments et nous croyons que les sépultures de l'Isleau-les-Vases (Vendée), en uni aussi donné un échantillon.

Les verreries gallo-romaines étaient nombreuses et florissantes en Poitou et il est |)robable que les grandes bouteilles en verre vert, qui sont des produits courants et qui se fabriquaient un peu partout en sont sorties (1). Nous ne saurions, avec autant de probabilité, attribuer à nos artisans locaux la fabrication des cristaux à décors en relief, non que nous méconnaissions leur habileté qui était grande, mais parce que, s'ils avaient été fabriqués chez nous, ces produits, d'une si pure élégance, nous sembleraient devoir s'y rencontrer plus souvent.

Pour en finir avec le mobilier qui .entourait le sarcophage de Bouille, ajoutons que le paganisme de la jeune morte semble certain. Les nombreux grands vases à vin ne suffiraient pas seuls à l'établir car les tombeaux chrétiens anciens en contennaient assez souvent : « Les sarcophages chrétiens d'Arles, dit Frœhner, abondent en vases de verre de toutes sortes dont quelques-uns contiennent encore du vin » (2). Souvent même, à l'époque romaine, comme aussi bien plus tard, on plaça dans les cercueils de pierre un vase rempli du vin Eucharistique, du vin consacré (3), afin que le défunt put reposer dans la Paix, sous la protection du Sang Rédempteur.

Mais dans le cas qui nous occupe, les trop nombreux flacons balsamaires, le mortier, surtout la portion de porc et le petit animal, inhumé près de la défunte ne semblent guère devoir laisser de doute sur la religion à laquelle elle appartenait.

Quant à la date de cette sépulture, elle nous paraît pouvoir être fixée à la seconde moitié du m* siècle :

Les urnes vertes en verre qui s'y trouvaient ont été fournies par nombre de cimetières bien datés, de la fin du ii* et du

(1) Cf. B: Fillon. LArt de Terre, p. 191.

(2) Frœhner : Ouvrage cité, p. 109.

(3) Cf. Monseigneur Barbier de Montault : Le -oase antique de Saint- Savin, in Mémoire des Antiquaires de V Ouest, année 189G, p. 328.

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III' siècles ; la poterie à glaçure ronge lustrée, dite samienne, qui cessa d'être fabriquée en Gaule à la fin du m* siècle, s'y est aussi rencontrée (1) ; mais on y a trouvé également un de ces petits vases en terre brune ornés de bandes striées en façon de vannerie et qui apparaissaient en Poitou au iv* siècle, ou, au plus tôt, dans la toute dernière partie du m'. Ils furent en effet un des premiers retours au vieux genre de poterie pictone antéromaine et le prélude de la décadence des arts céramiques.

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