LE8SERBES
bien plus encore que le principe des nationalités, qui rend légitimes, sacrées, aux yeux de toutes les personnes de bon sens et de bonne foi, de tous les honnêtes gens, les aspirations de l'Alsace et de la Lorraine, du Slesvig, de la Transilvanie, du Trentin.
Nous nous proposons d'étudier, au cours des chapitres suivants, ce que peut et doit être la Yougoslavie pour quiconque s'en réfère aux idées et aux sentiments ci-dessus indiqués.
Les Yougoslaves. — Origines et vicissitudes de la race» — La langue et ses dialectes. — Les cultes. — Un peu de statistique.
LA race slave se subdivise en quatre branches, qui se sont développées vers les quatre points cardinaux, ou à peu près. Les Slaves du Nord, ce sont les Russes proprement dits, les Grands-Russiens. On leur peut rattacher ces Russo-Sibériens qui vivent épars dans la moitié méridionale de la Sibérie, et dont la majorité sont d'ailleurs des métis slavomongols. Les Slaves de l'Est, c'est ce que l'on appelle tantôt les Ruthènes, tantôt les Ukrainiens, ou Petits-Russiens.
Les deux principaux rameaux des Slaves occidentaux sont formés par les Polonais et par les Tchèques et les Slovaques. Les Vendes de la Lusace témoignent d'un troisième rameau, qui fut puissant il y a une vingtaine de siècles, avant l'expansion germanique, et que repré-
CBAB0fX4U S
sentent encore deux autres groupes, celui des Mazoures en Prusse orientale, et celui des Kachoubes en Prusse occidentale et en Poméranie.
Enfin les Slaves du Sud, ou Yougoslaves. — car Youg signifie Sud — ce sont les Serbes, les Croates et les Slovènes.
Les Bulgares, à cause de leur idiome, sont généralement considérés comme des Slaves. La plupart de leurs intellectuels répudient cette classification. Un de leurs poètes va jusqu'à écrire toujours, à la suite de son nom, Tépithète de « tataro-bulgare ». Entendons-nous. Les Bulgares primitifs étaient des hordes ouralo-altaïques, ou tourano-fmnoises, si l'on préfère. Quand ils eurent franchi le bas Danube et conquis la Mésie, ils se mélangèrent à la population yougoslave établie dans cette région depuis près de deux siècles, et adoptèrent son parler. Ce sont donc des métis, apparentés de loin aux Serbes, aux Russes, etc., mais aussi aux Turcs, aux Magyars, et à la race qui occupe l'Estonie et la Finlande.
La descente de tribus slaves vers le Midi semble avoir débuté avec le quatrième siècle de l'ère chrétienne, puisqu'il est avéré que.
dès cette époque, l'une d'entre elles habitait le pays auquel on devait donner, bien plus tard, la désignation de Banat.
La deuxième invasion se produisit deux cents ans après, et se porta vers les hauts bassins de la Drave et de la Save. Mais les nouveaux venus, les Corutanes, ne se contentèrent pas de s'installer dans la région qui a gardé leur nom à peine défiguré, la Carinthie, ainsi que dans celles appelées aujourd'hui Styrie, Carniole, Istrie. Ils se répandirent à profusion vers le Sud- Ouest, dans la plaine qu'arrosent le Tagliamento, la Livenza, le Piave, etc., jusqu'à l'Adige sans doute, jusqu'au Pô peut-être. Et là, ils conservèrent, ou on leur bailla, non plus le nom de tribu, mais, sous la forme de Vénètes, la désignation générique de leur peuplade, les Vendes.
Il est probable en effet que les diverses branches de la race slave eurent pour souche commune les Vendes, et certain que ceux-ci eurent pour premier habitat connu le versant septentrional des Carpathes et les hauts bassins de rOdcr, de la Vistule et du Dniestr.
On ignore la cause de la migration vend© qui aboutit au Banat. C'est la poussé© germa-
20 LESbERBES
nique, à ce que l'on croit, qui incita les Corutanes à essaimer, et telle fut Forigine du peuple Slovène. Remarquons en passant que ce dernier adjectif, dans la langue yougoslave, a simplement le sens de slave.
La troisième et la plus importante des invasions vendes, celle desSorabes, c'est-à-dire des Serbes, eut lieu à la même époque que celle des Corufanes. Si positivement elle lui fut antérieure ou postérieure, ce doit être de bien peu. D'abord elle s'attarda entre la basse Drave et la Save, et dans les vallées de ce que l'on appelle aujourd'hui la Bosnie. Mais Héraclius P', empereur d'Orient, les invita à progresser sur les deux rives de la basse Save et dans le bassin de la Morava. Il comptait sur eux pour repeupler, et l'aider à défendre, une région où les Avars venaient de sévir, et où constamment ils menaçaient de reparaître. Les Serbes ne se firent pas prier. Dès la fm du vif siècle, plus de cinquante ans avant l'arrivée des Bulgares, les auleurs byzantins pouvaient dénommer Sclavinie la totalité du territoire qui s'étend du Danube à la Thessalie et à rÉpire, et depuis l'Adriatique jusqu'aux environs d'Andrinople.
Dans rOuest, les Serbes s'étaient fixés an milieu d'une de ces populations que l'on baptise autochtones tant que l'on n'a pas réussi à dépister leur point de départ, lequel est parfois lointain de la contrée envisagée. 11 s'agit ici des Illyriens, descendants des antiques Pélasges, et ascendants des Ghkipétars, des Albanais. Race indisciplinable, si l'on s'en rapporte à Velleius Paterculus, dont le récit peut se résumer comme suit : de l'an 156 avant Jésus-Christ à la douzième année de notre ère, Rome, pour soumettre les Illyriens, eut à entreprendre neuf guerres, dont les huit dernières furent occasionnées par plus de deux cents révoltes locales ou régionales. Sa domination ne fut d'ailleurs jamais que nominale en dehors du littoral et des îles. Encore nul aborigène ne savait-il un mot de latin dans l'immédiate banlieue des ports.
Soit que la mentalité des terribles montagnards eût beaucoup évolué au cours de cinq ou six siècles, soit pour d'autres raisons, les Serbes furent bien accueillis dans ce qui devait devenir la Bosnie, l'Herzégovine, la Dalmatie, la Tserna-Gora. Ils y furent très vite comme chez eux. absorbant tout au point de réaliser