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à leur profit, en deux ou trois générations, l'unité linguistique.
Diins le bassin de la Morava, la population était celte depuis plus de huit cents ans, depuis l'invasion de ces Scordisques qui, vers 276 avant Jésus-Ciirist, avaient fondé Singidunum, la future Belgrade. Notons cette désinence de dun^ si fréquente chez nous parmi les noms des plus anciennes cités. D'autres désignations de lieux, par exemple celle de Skadar — la Scutari des Turcs, — et celle d'une ville dalmate, Sinj, prouvent que les Celtes de la ^.iorava avaient éparpillé des colonies à de grandes distances de leurs vallées.
Les Serbes s'entendirent avec les Scordisques mieux encore qu'avec les lUyriens. Les deux éléments se mélangèrent rapidement. De sorte que les habitants modernes de la Serbie propre ont pour ancêtres authentiques des métis slavoceltes. Ce sont nos cousins, et même les seuls que nous ayons dans le monde slave. Si à cette parenté Ton ajoute que le défrichement intellectuel leur est venu de Byzance, et que plus tard la culture leur a été transmise des pays romans par Raguse, il est aisé de s'expliquer, et rinstinctive attraction, la sympathie particu-
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lière qui a existé entre Serbes et Français immémorialement, et ce phénomène singulier d'un peuple slave dont la mentalité relève surtout de la civilisation méditerranéenne.
Les clans conquérants se partagèrent le pays, et il en résulta une mosaïque de principautés, gouvernées à la manière féodale par des souverains, les Youpans, qui furent longtemps pour Byzance des vassaux irréprochables. L'une des Youpanies avait son centre dans la vallée de la Zêta, au cœur du Monténégro tel qu'il était avant 1913. Ouvrons une parenthèse pour rappeler que cette désignation de Monténégro est la traduction italienne de Tserna-Gora, traduction imaginée par les Vénitiens quand ils s'attribuèrent quelques portions du littoral voisin. S'obstiner à parler de Monténégro, c'est donc commettre une espèce d'indélicatesse, analogue à celle dont les Anglais ou les Espagnols se rendraient coupables en appliquant à la France le nom qu'on lui inflige en Allemagne. Tserna-Gora n'est du reste ni plus long, ni plus difficile, ni plus laid k prononcer ou à écrire, que Monténégro .
Les Youpans de la Zêta commencèrent par
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se donner de l'air vers le Nord et l'Est, annexer les hauts bassins de la Drina et de l'Ibar, autrement dit, la Rascie. Puis, en 1042, ils se déclarèrent indépendants. Lorsqu'en 1096, les Croisés languedociens et provençaux, après leurs pérégrinations à travers l'Italie, la Slovénie, le royaume croato-dalmate, l'Herzégovine et la Tserna-Gora, entrèrent dans Skadar, ils constatèrent que cette ville était la capitale d'un État important ou presque, puisqu'il englobait, avec la Tserna-Gora et la Rascie, un bon tiers de l'Albanie, et plus de la moitié de la Macédoine.
Le chroniqueur de l'expédition, le chanoine Raymond d'Aguilers, insiste sur le très aimable accueil fait aux chefs de celle-ci, Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, et Adhémar de Monteil, évêque du Puy, par le maître du lieu, Constantin Bodine, fils et successeur du Youpan Michel. Ce Constantin avait épousé une Italienne et marié sa sœur à un Italien. Il s'était proclamé roi à Prizrend en 1073, et le Saint-Siège l'en avait solennellement approuvé en 1077. Il était en guerre depuis vingt-trois ans avec les Byzantins, qui l'avaient un jour battu à Kossovo,
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dans cette plaine tragique entre toutes, l'un des endroits du monde où le sol a bu le plus de sang.
A la dynastie de la Zêta succéda, en 1143, celle de la Rascie, les Némania, qui devaient se maintenir au pouvoir deux cent vingt-huit années durant, et dont l'époque devait rester jusqu'à nos jours la plus brillante dans l'histoire des Serbes.
L'expansion politique de ceux-ci était considérable dès le règne d'Ouroch Stéfanovitch, (1243-1276), mari d'une Française de la famille angevine qui possédait à ce moment Naples et la Hongrie.
Dragoutine, fils de cet Ouroch, avait aussi épousé une princesse franco-magyare. Il utilisa cette alliance pour détrôner son père avec le concours de son beau-père. Trois ans ne s'étaient pas écoulés, qu'il s'avisa de donner à son cadet, Miloutine, la moitié du royaume, gardant pour lui les territoires nord-occidentaux : Serbie propre, Bosnie, Herzégovine, Tserna-Gora et la moitié de l'Albanie.
Stéfane Ouroch Detchanski, fils et successeur de Miloutine, reconstitua l'unité nationale. C'était le père de Douchan, le Charle-
magne serbe, l'auteur d'un code justement célèbre. Doucban, qui avait étendu ses conquêtes au point de pouvoir prendre en 1346 le titre de Tsar des Serbes et des Grecs, et qui mourut à l'âge de quarante-huit ans et après un règne de vingt-quatre ans, alors que, marchant sur Constantinoj)le, il allait y restaurer à son profit l'empire d'Orient (1355).
Le crépuscule tomba sans transition. Ouroch V, fils de Doucban, était à peine couronné, que Voukachine en Macédoine, et son beaufrère Ougliécha en Thrace, érigèrent en principautés indépendantes ces provinces dont le grand tsar les avait nommés gouverneurs. Et tel fut le début d'une série de désastres qui devait, en trente-trois ans, aboutir à une nuit de plus de quatre siècles.
Mourad l^% en 1360, prend Andrinople aux Bulgares, et en fait sa capitale. La Hongrie, la Yalachie, la Bosnie, la Macédoine, la ïhrace et la Bidgarie se coalisent pour tâcher de refouler l'invasion : leur armée est écrasée au bord de la Maritsa, en 1371. Ougliécha et Voukachine sont parmi les morts. Marko, l'aîné des fils de Voukachine — le fameux Marko Kraliévitch {fils de roi) — a'obtient la sucées-
sion de son père et de son oncle qu'en reconnaissant le sultan pour suzerain, pendant qu'Ouroch V agonise, rongé par le remords de ne s'être pas joint à la croisade, et que la Bosnie avec THerzégovine , la Tserna-Gora avec la Rascie, rompent les liens de vassalité qui les rattachaient depuis longtemps à la Serbie.
Les kmètes — comtes, du latin cornes, comitis^ — de ce dernier pays choisissent pour chef l'un d'entre eux, Lazare Grèblianovitch. Vite le nouveau tsar assemble une armée, renoue les relations avec la Bulgarie, emprunte de l'argent à la riche république de Raguse. Mourad accourt, s'empare de Nich, vassalise Bulgarie et Serbie, menace Raguse, ou plutôt, la rançonne (1376).
Lazare ne se décourage point. Pendant treize années il prépare un soulèvement de tout ce qu'il peut y avoir de Chrétiens dans les Balkans. A la veille de la date fixée, une armée turque se jette sur la Bulgarie et la subjugue définitivement, Mourad se dirige vers la Serbie avec des troupes qui forment, pour l'époque, une multitude, et où ont pris rang les eontiufents serbo-macédoniens, &erbo-
tti j. E s s i: H b E s
thraces, grecs, sur l'appui desquels Lazare avait cru pouvoir compter. Une avant-garde de 20.000 Turcs est dispersée. Mais le 15 juin 1389, dans la plaine de Kossovo, les 89.000 hommes de Lazare se heurtent aux 300.000 hommes de Mourad. Après quinze heures d'une lutte effroyable, au cours de laquelle ils ont tué plus de 200.000 ennemis, les 12.000 survivants des légions yougoslaves auraient pu vaincre encore, d'autant plus que le sultan et l'aîné de ses fils avaient péri.
L'histoire de cette race est en effet riche en prouesses qui confondent l'imagination. Nicolas Zrinsky, en 1556, à Sziget, avec moins d'un millier d'hommes et sans un canon, arrêta pendant plusieurs semaines les cent mille hommes et les trois cents canons de Soliman.
Mais la mort a fauché Lazare, l'un de ses deux gendres, son beau-père, ses neuf beauxfrères, et la démoralisation consécutive à cette hécatombe s'aggrave des soupçons de trahison auxquels prête l'autre gendre. Il n'y a plus de Serbie. Lorsqu'en octobre 1448, à Kossovo toujours, Jean Hunyady tient tête, trois jours durant, à Mourad II, on ne trouve, parmi les 25.000 Chrétiens vaincus, que des Magyars, des
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Roumains, des Tchéco-Slovaques, des Allemands, des Croates et des Slovènes ; on trouve au contraire des Serbes de Serbie parmi les 50.000 vainqueurs.
La race, globalement considérée, n'a du reste pas abdiqué son droit à l'existence politique. La Slovénie a perdu en 778 une indépendance qui s'était maintenue cent seize années, mais elle a ses insurrections au quinzième et au seizième siècle. La Croatie est maîtresse de ses destinées, sous la dynastie des Kréchimirovitch, depuis 880 jusqu'à 1102, et elle possède alors la Slavonie et la Dalmatie. Quand elle se soumet à la Hongrie, c'est sous le régime d'une union purement personnelle, qui lui laisse une large autonomie. Dès que la Hongrie à son tour est vassalisée par les Habsbourg, et entraînée ainsi à restreindre la susdite autonomie, les Croates se rebellent. Jamais ils ne renoncent à l'espoir de restaurer le royaume « triple et un » de Croatie-Slavonie- Dalmatie. En 1848, c'est un des leurs, Yélatchitch, investi du commandement suprême par un patriarche serbe, qui dirige contre les Magyars une armée où sont nombreux les Slovènes, les Yougoslaves de la
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Sirmie, de la Batchka, du Banat, et qui comprend des troupes amenées de Serbie par Knitchanine. Insurrection en 1871 encore, avec ramifications en Dalmatie et dans le Banat.
La Bosnie-Herzégovine est un royaume à part dès 1180. Son indépendance, grâce à Tvertko, survit au désastre de Kossovo, et les Turcs ne réussissent à l'abolir qu'en 1463. C'est l'Herzégovine, en 1875, qui commence le grand soulèvement, auquel ne tardent pas à se joindre la Bosnie, puis la Tserna-Gora, puis la Serbie, et qui aboutit à la guerre russo-turque de 1877-1878. Et, en 1882, la Bosnie essaye une fois de plus de s'affranchir.
Nous avons vu que , bien avant le xix" siècle , les diverses familles de la race avaient su faire cause commune à maintes reprises. Ajoutons que les Croates et les Serbes avaient envoyé des renforts aux Slovènes en lutte contre Charlemagne, et qu'une centaine d'années après, le roi croate Tomislav s'était porté au secours du youpan serbe Vichévitch attaqué par les Bulgares. En 1683, Georges Brankovitch travaillait à la constitution de l'unité yougoslave. L'Autriche, qui avait besoin de lui à ce moment, l'approuva et rencouragea, le nommant
« despote » du Banat, de la Sirmie et de l'Herzégovine, en attendant mieux. Il est vrai qu'en 1689, lorsqu'il eut repoussé les Turcs, elle s'empressa de le mettre dans une prison, où elle l'oublia jusqu'à sa mort, en 1711.
Il serait superflu de rappeler que, dans l'empire des Habsbourg, l'idée de cette unité yougoslave s'est propagée principalement en raison des efforts multipliés par Strossmayer, évêque de Zagreb, et par le chanoine Raczki. Strossmayer, qui fonda en 1867 l'Académie yougoslave, et, en 1874, l'Université yougoslave. L'un des membres les plus actifs de l'Académie fut un Serbe, Danitchitch, comme le premier en date des présidents de l'Académie de Belgrade fut un Croate, Pantchitch.
L'apostolat de Strossmayer et de Raczki, secondé à merveille par des persécutions innombrables, et aussi odieuses que ridicules, a eu notamment ce résultat, que, dès 1916, des Croates et Slovènes qui s'étaient rendus à l'armée russe purent former, dans les rangs de celle-ci, un corps de 42.000 volontaires, sous les ordres d'un général serbe. Ce corps s'est ensuite battu dans la Dobroudja, au profit de la Roumanie, qui semble en avoir perdu 1§
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souvenir. Transporté enfin à Salonique, il fut le noyau de cette armée de plus de cent mille anciens sujets austro-hongrois, qui a joué un si beau rôle dans le nettoyage de la péninsule balkanique. A l'heure actuelle, des Croates et des Slovènes continuent à lutter pour la civilisation en Sibérie, dans la région d'Arkhangelsk et en Mourmanie.
Combien existait-il de Yougoslaves dans le monde, au début de 1914? Les statistiques, officielles ou officieuses, fournissent des chitfres qui varient selon des proportions étonnantes. Voici ce que l'on peut admettre après avoir confronté avec attention les documents démographiques, linguistiques, religieux, électoraux, etc., publiés par l'Autriche, par la Hongrie, par la Roumanie, par l'Italie, et par les Yougoslaves eux-mêmes.
La Serbie contenait 4.000.000 de Serbes, et la Tserna-Gora en contenait 450.000. Il y avait 1.950.000 Yougoslaves en Bosnie-Herzégovine, 628.000 en Dalmatie, 2.292.000 en Croatie — y compris le district de Fiume — , en Slavonie et en Sirmie, 350.000 dans le Banat, 230.000 dans la Batchka, 170.000 sur la rive gauchedelaDrave,411.000enStyrie, 120.000 en
Garinthie, 500.000 en Garniole, 223.000 en Istrie, 119.000 dans le district de Trieste, 154.000 dans le district de Goritz et Gradisca, 57.000 en Vénétie, un million et demi aux Etats- Unis, dans l'empire britannique, etc. En y ajoutant les Serbes domiciliés en Roumanie, en Bulgarie et en Albanie, on atteignait un total de 13.200.000 persoimes.
Les victimes, tant militaires que civiles, de la grande guerre, forment un contingent tel, que probablement la race est représentée aujourd'hui par onze millions et demi d'individus, pas davantage.
D'une manière générale, les Yougoslaves du Nord-Ouest — Garniole, Styrie, Garinthie, Vénétie, Goritz et Gradisca — sont des Slovènes. Geux du Sud-Est — Serbie et Ïserna-Gora — sont des Serbes. Geux du Nord — Groatie et Slavonie — sont des Groates. Il y a plus de Serbes que de Groates en Bosnie, en Herzégovine et en Dalmatie. Ges deux éléments s'équilibrent, ou peu s'en faut, en Sirmie, dans le Banat et dans la Batchka. La rive gauche de la Drave, et. d'autre part, l'Istrie et Trieste, sont Groates autant que Slovènes, ou inversement.
Quelles différences existe-il entre les Serbes
et les Croates, entre les Slovènes et les autres Yougoslaves, entre les Musulmans de Bosnie- Herzégovine et les Serbes ou les Croates? Aucune au point de vue ethnique, ni en ce qui concerne la langue. Les dialectes de l'idiome yougoslave se ressemblent beaucoup plus, énormément plus, que, par exemple, le provençal, le languedocien et le gascon. En réalité, le Serbe, le Croate et le Slovène, ont une façon distincte de prononcer certaines voyelles et certaines consonnes, mais le vocabulaire et la grammaire sont identiques pour tous trois. Seulement, les Serbes emploient un alphabet slave, innove par saint Cyrille à la fm du IX* siècle, tandis que les Croates et les Slovènes utilisent l'alphabet latin. L'orthographie serbe a été fixée par Karadjitch, au xix^ siècle, selon le principe phonétique ; les Croato-Slovènes ont gardé la tradition étymologique, mais Gay, au xix^ siècle aussi, a perfectionné pour eux les caractères latins en y ajoutant les signes jusqu'alors spéciaux au tchèque.
Seconde différence, la majorité des Croates et des Slovènes sont catholiques, tandis que la majorité des Serbes, depuis le grand scbismo (857), sont les fidèles de Vum des autonomes
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Églises d'Orient, une Eglise organisée au XII® siècle par saint Sava, frère du premier des Néniania qui ait régné sur la Serbie. Quant aux Musulmans de Bosnie-Herzégovine, ce sont des Serbes de race et de langue, qui de tout temps exécrèrent et combattirent les Turcs. Ils descendent de Bogomiles qui se convertirent à l'Islam plutôt que de se soumettre à Rome.
Catholiques, Orthodoxes, Musulmans, font d'ailleurs excellent ménage en Yougoslavie. La tolérance absolue est de règle en ces parages, où l'on aime à répéter : « Brat yé mio koyé véré bio, tout frère est cher, quelle que soit sa religion. B
Et voilà comment il y a ])ien plus d'unité d'un bout à l'autre de cette contrée, qu'il n'y en eut à n'importe quelle époque — nous ne dirons pas en Suisse ou en Belgique — mais dans les îles Britanniques, ou en Espagne, ou même en France.
La Serbie, Principauté vassale. — Principauté indépendante. — Royaume. — Les Karageorgévitch . — La vie sociale et le régime politique. — Les guerres de 1912, 1913, 1914-1918.
APRÈS Kossovo, Stéfane, fils de Lazare, ne fut, dans le haut bassin de la jMorava, qu'une espèce de gouverneur honoraire. Celui de ses deux oncles qui avait échappé à la grande hécatombe, Vouk Brankovitch, conserva quelque indépendance à la Choumadia — entre la basse Morava et la Koloubara — et à la Matchva — entre la Koloubara et la basse Drina. Son pctit-fils, Georges, fut reconnu comme suzerain par les nombreux Serbes qui avaient émigré en Sirmie et dans le Banat. Cet essai de reconstitution nationale finit par inquiéter les Turcs. La prise de Belgrade par Mahomet II, en 1521, acheva leur conquête des Balkans.
Depuis cette époque jusqu'au début du
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xix*" siècle, l'histoire des Yougoslaves, dans la péninsule, est intégralement et exclusivement celle des ennuis causés à l'oppresseur par les Ouskoks en Dalmatic, les Haïdouks partout ailleurs. Ennuis perpétuels et ubiquitaires, guerrilla où les patriotes ont déployé une témérité et une ingéniosité, sans égales peut-être dans les annales du monde.
Le soulèvement par où commença Témancipation fut celui que déclenchèrent, en 1804, Georges Pétrovitch dans la Choumadia, et Jacques Nénadovitch dans la Matchva. Ce Pétrovitch était né à Topola en 1762; c'était un marchand de bestiaux. Il mena la lutte avec une Ijravoure et un acharnement, qui lui valurent bientôt, dans les rangs ennemis, le sobriquet de Karageorges, Georges le Noir, — le Terrible. La Serbie moderne date positivement du 13 août 1806, jour où Karageorges, avec neuf mille hommes et deux canons, battit à Michar trois fois plus de Turcs, appuyés de nombreuses batteries.
L'Autriche et la Russie, après avoir prodigué aux insurgés les approbations et les encouragements, tantôt secrets, tantôt officieux, estimèrent avoir assez fait quand la Turquie, par
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le huitième article du traité signé à Bucarest en 1812, eut formulé la promesse vague d'une vague autonomie pour la Serbie. Karageorges, désillusionné sur la générosité des grandes puissances, et en particulier sur leur intelligence des véritables intérêts de la civilisation, repassa le Danube, cherchant un repos bien gagné.
Un de ses lieutenants, Miloch Obrénovitch — autre marchand de bestiaux — accepta de régner à Belgrade comme vassal de Stamboul. Soumission apparente, ou pro^dsoire, si l'on préfère, car il n'était pas au pouvoir depuis deux ans, qu'il reprenait la guerre. Le 4 décembre 1815, la Turquie admit que sa suzeraineté s'affirmât simplement par un tribut et par la présence de garnisons sur quelques points stratégiques. Le 29 août 1830, elle consentit à une réduction du tribut et à une diminution du nombre et des effectifs des garnisons.
Il suffit de rappeler les autres dates essentielles : 1839, déposition de Miloch et avènement de son fils Michel: 1812, déposition de Michel et avènement d'Alexandre V% fils de Karageorges, que Miloch avait fait assassiner le âijuin 1817 ; 1858, second avènement de Miloch ;
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1860, mort de Miloch et second avènement de Michel; 6 mai 1867, évacuation complète du pays par les Turcs, dont la suzeraineté n'est plus représentée que par un étendard vert, voisinant, sur la citadelle de Belgrade, avec le tricolore drapeau des Serbes ; 10 juin 1868, assassinat de IMichel, dans des circonstances que l'on espère avoir un jour le droit d'exposer en France. 11 faut se contenter, pour Tinstant, de signaler que le prince en question fut supprimé alors qu'il venait de se mettre à travailler pour l'unité yougoslave.
Le successeur de Michel ne fut pas, comme beaucoup de gens l'avaient supputé, le prince de la Tserna-Gora. Simplement la couronne passa sur la tête de ]\lilan, fds du défunt, la tête de l'un des plus pitoyables gredins qu'ait connus l'histoire du siècle dernier. Ce fut sous son règne que se déchaîna la grande guerre balkanique de 1875-1878. On sait comment le Congrès de Berlin s'arrangea pour que la plus forte proportion des résultats acquis au prix de tant de sang fût transférée des vainqueurs à certains neutres. La domination ottomane allait disparaître de l'Europe à peu près intégralement ; Bismarck Y\ prolongea dans une mesure
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très ample encore. L'Autriche-Hongrie avait subi une défaite diplomatique ; une convention signée par elle avec l'Angleterre le 6 juin 1878 lui livrait la Bosnie-Herzégovine, une convention signée par elle avec la Russie le 13 juillet suivant lui promettait le sandjak de Novi-Bazar, c'est-à-dire la Rascie, sol yougoslave entre tous, mais couloir indispensable à un empire désireux de maintenir isolées la Serbie et la Tserna-Gora, et de progresser vers la vallée du Vardar et Salonique. Les Slaves et les Latins de la péninsule avaient pu se croire à la veille de réaliser enfin des aspirations aussi séculaires que légitimes ; on enleva à la Roumanie la rive gauche du bas Prut et du bas Danube, parages roumains s'il en fut, pour lui donner, échange sinistrement dérisoire, la Dobroudja, qui n'était alors habitée que par des Turcs, des Bulgares, des Russes, des Tatars, des Grecs. On arrondit un peu, fort peu, la Tserna-Gora. La Serbie, depuis soixante-cinq ans, ne s'était agrandie qu'une fois, en 1833, quand la Turquie avait consenti à lui remettre une zone courant de l'Est au Sud, les districts de Négotine, de Paratchine, d'Alexinats, de lû'ouchévats et de ril)ar, ce qui était d'ailleurs une pure
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restitution, puisqu'en 1813 on avait constaté ses droits sur tout cela. Le Congrès de Berlin lui accorda quatre districts, formant bloc au Sud- Est, ceux de Nich, de Pirote, de LcskoA^ats et de Vrania. Si elle eût protesté contre la modicité du cadeau, on lui eût, avec une mine offusquée, objecté que sa population passait de 070.000 habitants à 1.065.000.
Mais elle ne protestait contre rien ni personne, son souverain l'ayant asservie auxHabsl)ourg. Il eut beau s'attribuer en 1882 le titre de roi, il n'en demeura pas moins, aux points de vue politique et économique, leur protégé — et nul n'ignore l'exacte signification de cet euphémisme — leur protégé direct, et par conséquent le protégé indirect de l'Allemagne et même de la Turquie. On s'en aperçut lorsqu'il déclara la guerre à la Bulgarie parce qu'elle venait de s'annexer la Roumélie orientale. La nation des Némania, de Lazare Grèblianovitch, des Haïdouks, volant au secours des Osmanlis contre une sœur chrétienne, une demisœur slave! La nation de Karageorges et de Miloch se battant pour l'intangibilité de l'empire ottoman î
Elisée Reclus se troubla peut-être, lui qui,
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sept années auparavant, avait salué en elle la prochaine unificatrice de la Yougo6la^^e. Et Mme Juliette Adam ne devait pas se rappeler sans un hochement de tête et un soupir ce que Gambetta lui avait écrit le 11 septembre 1874 : « Ils se préparent, ces vigoureux Serbes, à jouer le rôle de Piémontais d'Orient. Quand ils auront créé la Slavie du Sud, les Prussiens auront vécu comme dictateurs de l'Europe. »
Les Bulgares triomphèrent en quelques jours (novembre 1883). Milan, qui vivait surtout dans les bouges du bas Montmartre — un autre monarque, à la même époque, préférait, à sa capitale brésilienne, le palais i\îazarin et notre observatoire — Milan n'abdiqua que quatre ans après. Il n'avait guère accompli, au cours de son règne, qu'un acte louable, la désignation d'Albert Malet pour diriger rinstruction de riiéritier présomptif. Malet, qui a révélé à la France l'existence, dans le Nord-Ouest de la péninsule balkanique, d'une race importante et intéressante à tous égards, etimmémorialement francophile, ou qui a du moins obtenu l'introduction de cette race dans nos manuels d'histoire et nos encyclopédies. Jusqu'à lui en effet, aucun professeur de lycée ou collège, aucun
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vulgarisateur, ne s'était avisé de cette existence, oun'avait jugé utile de l'enseigner. Malet, l'une des premières victimes de la grande guerre, pour laquelle il s'était engagé avec enthousiasme, à un Age qui l'exemptait de toute obligation militaire.
Vingt ou trente liommes de cette valeur intellectuelle et morale auraient échoué dans leurs efforts autour du cerveau et du cœur d'Alexandre Milanovitch, le premier Alexandre dans la liste des Obrénovitch comme dans celle des rois de Serbie, mais le deuxième dans la nomenclature des souverains qu'a eus ce pays depuis 1813. Il serait oiseux de rappeler ce qu'il fit au pouvoir, ce qu'il fut incapable d'y faire, et comment il fut tué dans la nuit du 10 au 11 juin 1903.
Cette fois encore, ce ne fut pas à la dynastie de la Tserna-Gora qu'échut la couronne de Serbie. L'assemblée nationale, le lo juin — anniversaire de Kossovo — élut à l'unanimité Pierre, né le 29 juin 1814, fils de l'Alexandre qui avait occupé le. trône de 18-42 à 1858, et partant petit-fils de Karageorges. Un Saint- Cyrien qui avait vaillamment servi la France en 1870, l'un des chefs de l'insurrection bosniaque en 1876, aussi un érudit et un penseur qui, par
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exemple, avait traduit Stuart Mill en serbe. Quarante-cinq ans d'exil, à Genève ou parmi les Yougoslaves de Hongrie, ou bien — au début — à Tsétigné, chez son beau-père.
Il avait épousé, en 1883, Zorka, Taînée des dix enfants du prince de la Tserna-Gora. On sait quel magnifique éventail d'alliances celui-ci devait assurer plus tard à sa famille. Une fille mariée à un cousin-germain du tsar Alexandre 111. Une autre mariée à un neveu (à la mode de Bretagne) de Naj)oléon III, et remariée au frère du susdit cousin-germain, à ce grand-duc Nicolas Nicolaïévitch qui a été généralissime au cours de la récente guerre. Un fils — c'est l'héritier présomptif, le Danilo qui s'est bruyamment prononcé en faveur de l'Autriche en 1915
— marié à une fdle d'un grand-duc de Mecklenburg-Strelitz, sœur du grand-duc suivant et d'une princesse de Lippe. Une fille reine d'Italie. Une fille mariée à un Battenberg qui
— ah! celui-là. Filleul de l'empereur François-Joseph, frère de l'Alexandre qui régna en Bulgarie de 1879 à 1886 — donc à une époque où les Bulgares envahirent la Serbie — oncle de la princesse André de Grèce (bru d'un roi des Hellènes, belle-sœur du roi suivant, tante
du roi actuel, et belle-sœur à'xxn prince marié à une Bonaparte), beau-frère d'une sœur d'Edouard VII et d'une femme qui était la fille d'un grand-duc de Hesse, la sœiu^ du giand-duc suivant et de la tsarine épouse de Nicolas II, la belle-sœur du prince Henri de Prusse (frère de Guillaume II) et du grand-duc Serge (oncle de Nicolas II déjà nommé). Enfin un fils, Mirko, marié — en 1902 — à une tante (à la mode de Bretagne) d'Alexandre Obrénovitch.
La dernière combinaison avait ce résultat : que le trône de Belgrade restât aux Obrénovitch ou revînt aux Karageorgévitch, il appartiendrait toujours à un petit-fils du patriarche de la Tserna-Gora, et peut-être à un petit-fils en assez jeune âge pour que la régence fût confiée au patriarche en question. Les deux fils de Pierre P', Georges et Alexandre, sont nés, respectivement , les 27 août 1887 et 4 décembre 1888.
Aucune des parentés dont son beau-père le gratifiait peu à peu n'éblouissait l'élu de la Skoupchtina. Aucune ne l'inquiétait non plus. Il allait droit devant lui son petit bonhomme de chemin, comme on dit vulgairement, le chemin que les besoins et les aspirations du pays indiquaient avec netteté:
Ces besoins, en politique extérieure, exigeaient que la Serbie cessât d'être une colonie commerciale et un outil diplomatique de l' Autriche-Hongrie. Favoriser le développement de l'industrie en veillant à ce que les deux empires centraux ne fussent plus seuls à fournir les capitaux, le personnel technique, les machines ; moderniser l'agriculture ; préparer aux produits de celle-ci et des mines, ainsi qu'aux importations, des voies orientées désormais vers tous les points cardinaux. Par conséquent, améliorer le réseau des routes, ferrées ou non ; s'occuper du Vardar et de Salonique en démontrant cà la Grèce que, loin de vouloir contrecarrer ses ambitions légitimes, ou plutôt ses droits, on ne désirait que travailler fraternellement à la satisfaction d'intérêts communs ; songer à un débouché du côté de l'Adi'iatique. Tel était le plan économique.
Rompre avec les habitudes des Obrénovitch pour en revenir à la tradition des Karageorgévitch, celle des relations étroites avec la Russie. Apprendre à la France que les Serbes étaient ses amis fervents -—et il y avait là une iraçlitioa mm, et non point particulière auxKara*
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georgévitch, ni même au nouveau souverain, car elle remontait aux Némania. Amener l'Angleterre à se demander si elle avait été bien avisée en livrant aux Habsbourg la Bosnie- Herzégovine et si son dogme de l'intégrité de l'empire ottoman demeurait soutenable. Tel était le plan diplomatique. Et il fallait autant de courage que d'habileté pour le réaliser, à proximité d'une Italie alors triplicienne, et dans le voisinage immédiat d'une Roumanie gouvernée par une branche des HohenzoUern. A quoi bon rappeler ce que fut la conduite de l'Autriche- Hongrie à l'égard de la Serbie, à dater du moment où celle-ci eut manifesté la résolution d'être serbe enfin, et de vivre au lieu de végéter, et, en même temps, à l'égard des Bosniaques, des Croates, des Slovènes, des Dalmates, qu'il fallait empêcher de loucher vers Belgrade, vers l'aube yougoslave. La suzeraine répudiée n'avait plus qu'une idée, qui lui voilait le reste de l'horizon universel, y compris la question tchèque, et les progrès du collectivisme viennois, et les tendances communistes des paysans magyars; elle était la proie d'une obsession sénile : châtier à n'importe quel prix le petit peuple qu'elle consi-
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dérait comme rebelle. Et cette monomanie était entretenue, exacerbée, par l'Allemagne, qui avait décidé de faire éclater sur les bords du Danube et de la Save le cataclysme qu'elle n'arrivait pas à amorcer du côté des Vosges.
En politique intérieure, Pierre I", pour être un homme de son temps, n'avait à suggérer ou seconder que des réformes peu nombreuses et peu profondes. A la rigueur, le conservatisme lui eût suffi. Il ne s'agit pas ici d'un paradoxe. La Serbie a toujours été, même sous les Obrénovitch, une des nations les plus démocratiques du globe. On n'y conçoit point, par exemple, la nécessité d'entraves à la liberté de la parole ou de la presse, à la liberté de réunion ou d'association. Toutes les races y jouissent de l'égalité absolue des droits privés et publics, tous les cultes y sont respectés. Ce n'est pas en cette contrée que l'on eût songé à une législation antijuive analogue à celle qui sévit si longtemps en Russie et à celle qui sévit encore en Roumanie. Tout le monde, là-bas, se traite de frère ou de sœur, et tout le monde se tutoie, sans distinction de classe.
D'ailleurs les classes y existent-elles? Les Serbes, à aucune époque, n'ont toléré le joug
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de n'importe quelle espèce d'aristocratie. Dan» l'état de paix, les kmètes et les knèzes, que nous appelons comtes et princes, n'étaient rien de plus ni d'autre que les chefs élus, ceux-ci d'un district Ou d'un gros canton, ceux-là d'un menu canton ou d'une bourgade, — élus, non pas à cause de leur ascendance ou de leurs ressources, mais en raison de leurs facultés et qualités personnelles. Dans l'état de guerre, les voïvodes, que nous appelons généraux, n'étaient, le plus souvent, que des chefs élus aussi* Quant aux souverains, nous avons vu que Karageorges et Miloch étaient des marchands de bestiaux. Lazare Grèblianovitch avait été choisi par et parmi ceux des knèzes et des kmètes que l'état de guerre avait transmués en voïvodes. Pierre l" a été désigné par une sorte de congrès, à la manière d'un président de république.
On dit de la Grande-Bretagne, de la Belgique, de la Norvège, que ce sont des républiques à présidence héréditaire. C'est presque vrai. On est fondé davantage encore à le dire delà Serbie, car Pierre P" et son fils Alexandre — la prince Georges a renoncé, le 15 mars 1909, i ses droits à U successioa royale^ et la ré*
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gence â été confiée à son frère en Décembre 1913 — tiennent de la coutume et des mœurs autant que de la constitution, une autorité médiocre, sinon dérisoire, en comparaison de celle que laissent à leurs présidents le Portugal, la Chine, et les vingt et une républiques améri^ caines. C'est du reste pourquoi les républicains de Croatie, et même de Slovénie, ont si peu hésité à se rallier au gouvernement de Belgrade, malgré sa façade monarchique, et en dépit de ce que racontent certains interviewers, moins soucieux d'impartialité qu'attentifs à développer les diatribes des gens dont la liste leur a été transmise par la direction de leur Tournai,
Au point de vue administratif, il s'en faut également de beaucoup que les Serbes soient en retard sur la Suisse, sur les États-Unis, sur les Dominions britanniques, puisqu'ils ont développé dans une très ample mesure l'autonomie locale et régionale. Au point de vue social enfin, le coopératisme, par exemple, est dans leur sang depuis quinze bons siècles. La fameuse zadrouga^ débarrassée de ce qu'elle a gardé du communisme patriarcaîj sera, est ôéjàj i© modèle dç la coopérative rurale it
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production, de consommation, de crédit et d'iissurauces.
Ce qui est dans leur sang aussi, c'est une bravoure, que celle de nulle autre race ne surpasse, la bravoure qu'ils ont déployée, nolamnient, àKoumanovo, les 23 et 24 octobre 1912, et à proximité de Bitolié, du 14 au 19 novembre suivauts, contre les Turcs, puis sur la Biégaluitsa, du 29 juin au l'^'' juillet 1913, contre les Bulgares. Koumauovo, non loin de Téternel Kossovo; Bitolié, à laquelle les Français se déshabitueront peut-être un jour d'infliger le sobriquet turc de Monastir.
Ou sait ce que rapportèrent aux Serbes ces trois victoires et d'autres : un territoire peuplé de 1.170.003 personnes, serbes en majorité. Mais l'on connaît aussi comment la Bulgarie les avait remerciés de leur rôle décisif dans la pri?e d'Andrinople, rôle qu'ils avaient assumé spontanément, aucun texte ne les obligeant à le jouer; comment les grandes puissances, sur riujonclion de la Triplice, les contraignirent à abandonner les ports qu'ils avaient atteints au bord de r.\drialique, et à se désister de toute rcNendication d'un débouché vers cette mer; comment, dans le traité signé à Bucarest le
10 août 1913, ils admirent que la Roumanie, sans avoir perdu une goutte de sang, s'adjugeât 300.000 habitants de la Dobroudja, et ils se chargèrent de fraternellement indemniser la Tserna-Gora. Ils partagèrent avec celte dernière, par moitié, la Rascie, et, grâce à eux, le roi Nicolas eut ainsi 450.000 sujets au Jieu de 230.000.
Les gens qui croient à une justice immanente, et ils sont nombreux, et nous en sommes, espéraient alors qu'un jour il serait tenu compte à la Serbie de tant de générosité, de tant d'abnégation, et d'avoir prouvé, d'une manière si éclatante en même temps que si douloureuse, le souci d'éviter à l'Europe une guerre générale.
On nous en voudrait de rappeler ici les événements qui déchaînèrent la catastrophe, et au cours desquels le gouvernement de Belgrade poussa l'esprit de sacrifice au delà des limites concevables, se résignant à un assujettissement quasi intégral, à cause d'un crime dont il n'avait été le complice à aucun degré, mais où il sentait le prétexte cherché et machiné pour embraser l'univers.
Nous û'iusiàteroûs pas non plus sur les faits
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qui se sont succédé depuis la fin de juillet 1914 jusqu'à la fin d'octobre 1918, à commencer par la victoire sur les rives de l'Iadar (16-20 août 1914), qui brisa l'oii'ensive austrohongroise, et la victoire sur les pentes du Roudnik (3-13 décembre 1914), qui eut pour conséquence, le 15 décembre, la reprise de Belgrade, occupée par l'ennemi depuis le 2, et le refoulement de l'invasion austro-magyarobavaroise. Ce miracle du Roudnik, analogue à celui de la Marne, et qui induisait « Champaubert » à écrire : « Aucune des armées engagées dans la campagne de 1914 n'a combattu avec plus d'héroïsme, ni fourni un pareil effort. »
Puis l'effroyable retraite d'octobre 1915 à janvier 1916, où il semblait qu'un peuple entier agonisât, traqué du Nord par les Germains et les Hongrois et de l'Est par les Bulgares, trahi au Sud par la Grèce de Constantin, secouru par personne. Et peut-être l'agonie eût-elle abouti à la mort, si l'exode n'avait eu pour guides des héros et des sages, Pierre P"" et ses deux fils, Poutnik, Pachitch. Puis les barbares martyrisant la patrie trois années durant, volant, incendiant, détruisant, comme
ils ne Font fait nuîie part ailleurs, absolument nulle part, et multipliant les tortures et le massacre comme on ne l'a jamais fait qu'en Arménie, — pour ne parler que des temps modernes.
Enfin ce qu'a été la collaboration serbe dans la première revanche, la reprise de Bitolié, plus tard dans la lutte suprême qui amena la Bulgarie à demander l'armistice (30 septembre 1918), et contribua tant à imposer la même décision à la Turquie (31 octobre) et à F Autriche-Hongrie (3 novembre).
La Serbie du traité de Bucarest. ~ Les Allogènes : Roumains et Koutso- Va laques. Albanais, Bulgares, Turcs^ Grecs. — La frontière du côté de la Bulgarie.
LE Royaume-Uni des Serbes, Croates et Slovènes s'efforce aujourd'hui d'obtenir des frontières correspondant à des moyennes équitables, rationnelles et pratiques entre les liuiites de l'unité ethnique et linguistique des Yougoslaves, de leur unité historique, d'une relative unité géographique, d'une approximative unité économique et sociale. Il y éprouve de graves difficultés.
Qu'il soit permis d'étudier ici les solutions qui devraient et pourraient être apportées à ce problème. Que cela soit permis à un Français qui, certes, ne dissimule point une serbophilie, d'ailleurs prouvée par lui à maintes reprises, dix, quinze, vingt ans avant 1914, mais dont les publications antérieures ont établi aussi l'aiTectioii pour deux au moins des nations
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actuellement en compétition avec les Yougoslaves au sujet de divers territoires, — à un Français qui, en tout cas, et en dépit de tout, veut et sait ne jamais s'écarter, en pareilles matières, d'une impartialité rigoureuse.
Les Yougoslaves sont en butte à des attaques et à des manœuvres telles, que l'on en arrive à se frotter les paupières, à se demander si l'on ne rêve pas, si, oui ou non, ils se battirent avec ou contre nous.
On va jusqu'à feindre d'oublier ce que la guerre leur a coûté. On passe sous silence, par exemple, que, si le conflit a fait perdre à l'Italie un soixante-dixième de sa population -— 500.000 personnes sur 35.000.000 — à la France, un vingtième, à la Roumanie, un dixième, la Serbie, elle, en a perdu un quart. Si un septième de la France n'est plus qu'un champ de ruines, la proportion, en Serbie, est des quatre cinquièmes.
D'autre part, il semble étrange que l'Italie et la Roumanie s'aciiarnent à démembrer la Yougoslavie, alors qu'en 1913 elles ont repoussé avec indignation, comme l'exigeait leur honneur, la proposition que l'Autriche- Hongrie osait leur adresser, d'une eoUaJ)»-
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ration, plus ou moins indirecte, à un écrase«= ment de la Serbie.
Enfin n'est-il pas étonnant que l'on n'ait pas encore répliqué à l'assertion, selon laquelle la moitié de la race yougoslave ne serait, après tout, qu'une ennemie d'hier. Evidemment il y avait beaucoup de Croates et de Slovènes dans les armées austro-hongroises, et beaucoup de Serbes de la Bosnie-Herzégovine et du Banat. Mais il y avait en outre, dans ces armées, beaucoup de Tchèques et de Slovaques, de Polonais et de Ruthènes, beaucoup de Roumains de la Transilvanie et du Banat, beaucoup d'Italiens du Trentin. De même que les armées allemandes contenaient beaucoup de Polonais, et des Danois du Slesvig, et des Alsaciens- Lorrains. Et si, dans les constatations de ce genre, on voulait être logique jusqu'au bout, il faudrait rappeler que les Croates, les Slovènes, les Bosniaques, etc., sous la domination des Habsbourg, ne cessèrent d'encourir autant de persécutions, sinon davantage, que les Roumains de Transilvanie et les Italiens du Trentin, alors que, cependant, la Roumanie fut une vassale de la Triplice jusqu'en septem» bre 1916, «t que l'Italie ne rompit av«c 1^
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Habsbourg et les Hohenzollcrn qu'en août 1 914. Mais l'on réussirait à compter sur les doigts d'une main les journaux capables de remémorer ces choses à leurs lecteurs. Les autres n'ouvrent guère leurs colonnes qu'à ce qui tend à nuire, dans l'opinion, aux Yougoslaves. C'est, assure-t-on, la faute à la censure. La censure a bon dos. Elle n'est pas responsable de ce qu'après avoir publié en première page, en gros caractères et sous un gros titre, le total des militaires italiens tues au cours de la guerre, on ne donne qu'à la deuxième page, on menus caractères et sous un menu titre, le chiffre des pertes serbes. Elle n'est pas non plus responsable de la complaisance avec laquelle on reproduit les insultes multipliées, en vers ou en prose, contre la France, par certains Italiens assoiffés de la Dalmatie comme les Pangernianistes rêvaient de Dunkcrque, de Calais et de Boulogne. Ce n'est pas la censure qui exige une disproportion entre les informations sur le séjour à Paris du prince Alexandre, et les articles sur les moindres déplacements et les moindres propos des membres des familles régnantes d'Italie ou de Roumanie. Ce n'est pas elle qui ordonne l'iuserUon de toutes lea
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diatribes inspirées contre la Serbie à tel Tsernagorien, ou Albanais, ou Koutso-Valaque, ou à tel bolchevik de Croatie.
Nous imaginons qu'au demeurant, si ces dénis de justice attristent les Yougoslaves, ils ne les inquiètent point. Ce n'est pas sur les journaux que cette nation compte pour la satisfaction de ses aspirations légitimes et de ses besoins essentiels. C'est sur la Conférence de la Paix, qui, personne n'a le droit d'en douter, s'inspirera, dans ses décisions, de la bonne foi et du bon sens, ni plus, ni moins, et dont les membres s'amusent probablement du mal que les Serbophobes se donnent pour tâcher de l'influencer, comme ils s'amuseraient de campagnes italopbobes ou roumanophobes.
Le vœu primordial des Yougoslaves, c'est que soit tenue pour indiscutable l'intégrité du territoire serbe, tel qu'il a été délimité par la paix de Bucarest. Cette intégrité est en effet, en quelque sorte, sacrée, au même titre que celle des autres pays victorieux. Si féru que Ton soit du principe des nationalités, on ne va pas amputer la France de ses arrondissements flamands au profit de la Belgique, ou transférer à l'Italie l'ancien comté de Nice et
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la Coi'se, ou arracher à Fltalie la région qu'habitent 57.000 Slovènes, ni voler à la Belgique, à la Roumanie, à la Grèce, un cen* timètre carré du sol qui était leur il y a cinq ans.
Le traité de Bucarest a augmenté de deux cinquièmes la superficie de la Serbie, et d'un quart ou d'un cinquième la population. Grâce à Taccroissement de superficie, le royaume en cause complétait à peu près sa possession du bassin de laMorava, et se voyait assurer le haut et moyen bassin du Vardar. C'est la moitié nordorientale delà Rascie, et les deux tiers septentrionaux de la Macédoine, Régions où s6 trouvent d'anciennes capitales serbes, Prichtina qui fut le Reims et le Saint-Denis de la plupart des Némania, Skoplié (l'Ouskoub des Turcs), qui fut l'Aix-la-Chapelle de Douchan, Prilip, où résidait le Kraliévitch Marko. Prizrend et Bitolié avaient 60.000 habitants, Prichtina en avait 40.000, Tétovo (le Kalkandélé des Turcs) et Vélès (le Kœprulu des Turcs), environ 22.000, et Ichtip, dans les 20.000.
il existe des |ioiîpes allogènos danâ la Macédoins %QvhQ* U en a toujours existé dans tous
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les pays du monde. Il en existait un dans la Serbie d'avant 1913, celui des Roumains du Nord-Est.
Ces Roumains descendent de ceux qui, au xvni*' siècle et dans la première moitié du xix% passèrent le Danube pour bénéficier, sur sa rive droite, d'un régime plus démocratique que celui en vigueur sur la rive gauche. Leurs grands-pères et leurs pères ont spontanément participé aux guerres serbo- turques de 1804-1813, à celle de 1815, à celle de 187G-1878, Eux-mêmes ont lutté contre les Bulgares en 1913, et ce furent, dans les rangs des Alliés, les seuls combattants roumains depuis juillet 1914 jusqu'en septembre 1916. Notons que les Serbes avaient émigré en Valachie aux xv% xvi^ et xvii^ siècles pour fuir la tyrannie turque. Jamais avant 1919 il n'avait été question d'un irrédentisme des Roumains de Serbie, pas plus que jamais sans doute il ne sera question d'un irrédentisme des Serbes de Roumanie.
Au surplus, le nombre des Roumains de Ser])ie dinûnue peu à pou. Daces latinisés et Gelto- Slaves s'cntonderit au point que le» mariages sont innombrables Quia^ eux. Lei
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chiffres suivants montrent les progrès de la fusion. Les Vaiaques prétendus irrédentistes viveut daus les départements du Timok, de la Kraïna, de Pojarévats et de laMorava. Le recensement de 1900 constatait, dans ces quatre départements, la présence de 120.658 Roumains sur 621.670 habitants, soit à peine 19 et demi %. En 1910, il restait 93.640 Roumains sur 725.224 habitants, soit moins de 13 7o-
On remarquera en passant à quel point nous sommes loin des 260.000 Roumains signalés en Serbie par certains polémistes. Il est vrai qu'il s'est rencontré des mystificateurs pour écrire 400.000 et même 800.000. Simplement.
D'autres Roumains sont épars dans la Macédoine serbe. Ce sont les Koutso-Valaques, que Ton s'obstine à appeler aussi Vaiaques du Pinde, alors que ces bergers nomadisent du PindeauRhodopeetduKopaonikàl'Oîympe.On a eu l'audace d'affirmer qu'ils étaient 100.000. Pour atteindre à ce total — et encore ! — on a additionné, aux Koutso-Valaques de Serbie, ceux de Grèce, qui sont sept ou huit fois plus nombreux. Et au fait, comment expliquer que, pour ceux de Grèce, on ne réclame, ni
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l'indépendance, ni le rattachement à l'Albanie, ni même l'autonomie?...
Les Koutso-Valaques de Serbie sont domiciliés dans les départements de Tétovo, de Koumanovo, de la Brégalnitsa, du Tikvech, et de Bitolié. Au recensement de 1910, ces cinq départements étaient habités par 560.528 Serbes et... 11.072 Koutso-Valaques. On n'admettrait pas (fue nous soulignions ces chiflres.
Cette région contient quelques familles de Grecs, de Juifs, de Tsiganes, d'Arméniens, un faubourg turc dans plusieurs villes, beaucoup d'Albanais à l'Ouest et de Bulgares à l'Est. C'est un peu une mosaïque ethnique, et à cet égard ou a raison de la comparer à la Transilvanie, au Banat, à la Boukovine, à la Tchécoslovaquie. Mais qui donc conteste les droits de la Rouuianie sur la Transilvanie, bien que celle-ci renferme tant de villes allemandes et de villages magyars, — sur la zone orientale du Banat, où foisonnent cependant les Magyars, les Allemands et les Serbes, — sur la Boukovine, où une si forte proportion de la population est ruthène? Et qui donc chicane à la Bohême tels et tels districts germanisés, à lu Slovaquie tels et tels cantons mag^'arisés ou
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polonisés? Ici encore il nous paraît superflu d'insister.
Les Yougoslaves n'aspirent pas à la moindre modification de leurs frontières du côté de l'Albanie et de la Grèce. Ils n'avaient que du mal à attendre d'une Albanie gouvernée par un prince de Wied. Se souvient-on de ce mbret désigné par les empires centraux?
Pauvre fantoche, brusquement transmué en monarque sur les instances de sa tante, la reine Elisabeth de Roumanie, la femme de l'oncle et prédécesseur du roi Ferdinand. Dès que les Chkipétars eurent un souverain de leur sang, de cordiales relations s'établirent entre eux et les Serbes. Ceux-ci n'ont eu qu'à se louer d'Essad, au cours de la retraite de 1915-1916. Quant à la Grèce, en 1912 et 1913, puis après la chute de Constantin, ce fut, par excellence, l'amie lovale et dévouée.
Par contre, les plus élémentaires notions d'histoire et de géographie induisent à comprendre que la Serbie a besoin de rectifications de frontières du côté de la Bulgarie. Besoin d'abord au point de vue sentimental. La Bulgarie doit maintes revanches à sa voisine de l'Est. Pendant la guerre gréco-turque de
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1897, un accord secret fut conclu entre les gouvernements de Belgrade et de Sofia, qui s'engageaient mutuellement à soutenir les Hellènes dans le cas où la partie viendrait à sembler perdue pour ceux-ci. La Bulgarie révéla le traité cà Stamboul, moyennant diverses concessions en Macédoine. En 1904, autre accord secret entre les deux mêmes nations, qui adoptaient pour la Macédoine une politique commune et se préparaient à une union douanière. La Bulgarie révéla le traité à Vienne. En 1908, elle approuva l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche . On sait comment éclata la guerre de 1913; on a peut-être oublié qu'au lendemain de l'armistice, Ferdinand de Gobourg demandait à Belgrade une paix séparée, en échange de sa liberté d'action contre la Grèce et la Roumanie.
Il est en outre salutaire que le silence ne tombejamais sur les faits suivants. D'août 1914 à octobre 1915, c'est-à-dire quand la Bulgarie se donnait pour neutre, des bandes conmiandées par des officiers bulgares travaillaient à couper les communications de la Scibie avec Salonique. Résurrection de ces fameux comitadjis qui, une quinzaine d'années durant,
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avaient désolé la Macédoine, assassinant un Turc par-ci par-là, acharnées, en réalité, à l'extermination des Serbes et des Grecs. Enfin les Bulgares se sont montrés en Serbie, de novembre 1915 à septembre 1918, plus féroces, et c'est assez dire, que les Germains et les Magyars.
Ijans le département de la Toplitsa, ils ont massacré vingt mille femmes, enfants et vieillards. A Vrania et dans les villages environnants, trois mille victimes. Mais n'anticipons pas sur la publication d'une statistique annoncée par l'une des commissions de la Conférence de la Paix, et dont la lecture épouvantera une humanité qui se croit saturée d'horreur. Contentons-nous de noter ceci encore. Le traitement infligé au cardinal Mercier a été ignoble ; qu'est-ce, pourtant, auprès du sort de l'archevêque serbe de Skoplié, Vincent, torturé à l'orientale, puis tué, avec 159 de ses prêtres, par les Bulgares ? Et ceux-ci ont incarcéré un autre métropolite, qui est mort dans sa geôle, et un évêque qui n'a été libéré qu'après des mois études mois.
C'est aussi au point de vue stratégique que les Serbes ont besoin d'une rectification de leur
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frontière de l'Est. Il y a eu dix-huit guerres entre les deux nations. Dix-sept ont été commencées par la Bulgarie sans déclaration préalable. Le centre de la Serbie doit être protégé contre l'éventualité d'une nouvelle attaque brusquée, éventualité à ne point perdre de vue, avec des voisins dans le genre de ceux dont la mentalité est si abjecte, qu'en sollicitant de Franchet d'Espérey un armistice, ils lui offraient de se retourner sans délai contre leurs alliés de la veille, du matin, les Turcs. Et il y a lieu d'observer que la frontière actuelle est très proche de la voie ferrée de Belgrade à Salonique par Nich et Skoplié, et de celle qui relie Nich à la Roumanie par la vallée du Timok, deux artères dont la sécurité est une question vitale pour le commerce de la Serbie.
Il importe, en conséquence, que toute la frontière soit légèrement poussée de l'Ouest à l'Est. Elle remonterait la Strouma depuis la limite du territoire grec jusqu'au confluent du Dzermen, épouserait alors les lignes de faîtes, et permettrait, en particulier, d'assurer entre Tsaribrod et Slivnitsa une défense qui ne pouvait naguère être organisée qu'entre
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Tsaribrod et Pirot. Dans les parages danubiens, elle serait tracée en sorte de laisser à la Youg-oslavie le haut bassin du Lom*, le bassin de rAktcbcr et ].a rive droite du bas Timok.
Parmi les résultats de cette modification, ne négligeons pas de mentionner le rattachement à la mère-patrie d'une population serbe, relativement nombreuse dans la zone en cause. On réparerait ainsi une iniquité commise par le Congrès de Berlin, en dépit des efforts de la Russie pour ce qui touche le district de Vidine, et d'une liasse de pétitions. Celle, par exemple, du district de Tern et Breznik avait été signée par 16 000 hommes adultes.
La question du Monténégro. — La Bosnie- Herzégovine. — Croatie, Slavonie-Sirmie. — La Slovénie. — Médioumourie, Baramja, Batchka. — La question du Banat.
On sait que la Tserna-Gora n'est pas moins serbe, à tous égards, que le bassin de la Morava. Aussi les déclenchements d'insurrection et les déclarations de guerre y ont-elles, séculairement, suivi ou précédé de très peu ceux de la Serbie. Pour ne citer que des dates récentes, elle est entrée en lutte quelques jours avant la Serbie contre les Turcs en 1912, quelques jours après contre l' Autriche-Hongrie en 1914. Cependant l'évolution politique, économique et sociale des deux pays ne s'est point poursuivie selon un parallélisme parfait. Une notable différence était déjà imposée par celle des milieux géographiques. Elle a été aggravée, au cours des quinze dernières années, par la volonté de Nicolas Pétrovitch Niégoch.
Celui-ci a succédé en 1860 à son oncle
Danilo, qui était arrivé au pouvoir en 1851. La coutume locale transmet la couronne de l'oncle au neveu. Ainsi, Danilo avait eu pour prédécesseur son oncle Pierre, dont l'avènement remontait à 1830.
Les relations entre Niégoch et Karageorgévitch furent cordiales, même après que Pierre eut perdu sa femme (4 mars 1890), même après que le mariage d'une des sœurs de la défunte avec Victor - Emmanuel de Savoie- Carignan (24 octobre 1896) eut commencé à donner la berlue au roitelet de la montagne. Elles tiédirent à partir du jour où la princesse Hélène eut été promue reine d'Italie (29 juillet 1900). Elles fraîchirent lors de l'élection de Pierre ^^ Enfin Nicolas, qui n'a pas gardé rancune à la Triplice de l'avoir contraint à évacuer Skadar en 1913, ne pardonnera jamais au premier de ses gendres le cadeau dont celui-ci l'a bénévolement gratifié vers la même époque : la moitié sud-occidentale de laRascie, avec des villes comme Diakovitsa (25.000 habitants) et Petch (20.000), le siège du vieux patriarcat serbe. Cadeau qui augmentait d^un 4,iers la superficie de la Tserna-Gora, et de quatre neuvièmes sa population.
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Nous n'avons pas à nous étendre sur le caractère et la biographie de ce souverain. Leurs lignes essentielles ont été fixées une bonne fois, bien qu'en passant — et pour la première fois en France (1915), — par un maître, M. Ernest Denis, dans un livre fondamental, La Grande Serbie. Quant au rôle joué par les trois Niégoch en 1915 et 1916, M. Auguste Gauvain, dans son étude sur La Question yougoslave^ Fa précisé autant que le lui permettaient les conjonctures diplomatiques, administratives, e^tc. Il suffira de rappeler qu'à Podgoritsa, le 27 novembre 1918, une assemblée nationale a voté, à l'unanimité, la fusion du pays, sans réserves ni conditions, dans l'unité yougoslave.
Cette décision était conforme à des propositions que les principaux hommes politiques de la Ïserna-Gora avaient antérieurement soumises au roi. Le ministère Miouchkovitch s'était retiré le 20 mai 1916 parce que Nicolas avait refusé d'abdiquer. Le cabinet suivant, présidé par M. Radovitch, avait exprimé un avis identique le 18 août. N'ayant point reçu de réponse, il était revenu à la charge le 11 janvier 1917. Nicolas était alors, comme un simple Père Du-
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chêne, entré dans une grande colère, et M. Radovitch et ses collaborateurs avaient démissionné.
Certains journaux insèrent à chaque instant les protestations du détrôné. La lecture de ces papiers, confrontée avec la matérialité des faits universellement connus, rend inévitables, pour un observateur impartial, diverses constatations. L'ex-monarque et la minuscule équipe de ses sujDrômes défenseurs affirment que les Serbes promènent la terreur par toute la Tserna-Gora, et que tous les députés à l'assemblée de Podgoritsa devaient leur élection à la violence ou à la corruption. Mais ils n'ont pas encore fourni la moindre preuve, même morale, à l'appui de telles assertions.
Ils affirment que la majorité, la presque totalité de la population leur est demeurée fidèle. Mais pas un d'entre eux n'est allé s'offrir aux acclamations de cette masse loyaliste, depuis près de quatre mois que leur pays a l-ecouvré la paix. Us affirment que la volonté des Tserna-Goriens de ne pas s'unir à la Serbie est établie par des insurrections. Mais il a été publié en Suisse, en Angleterre, aux Etats- Unis, que ce prétendu soulèvement se réduit
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aux allées et venues de quelques petites bandes, commandées par des officiers qui ne sont pas du terroir, et pourvues d'armes et de munitions qui n'existaient pas dans la contrée avant février 1919; or, ces allégations n'ont pas été réfutées.
Enfin comment, en pleine France républicaine, et pendant que s'y concertent les délégués de toutes les nations démocratiques du monde, délégués notoirement résolus à ne s'inspirer, dans leurs délibérations, que des principes les plus modernes, et chez qui, du reste, d'autres conceptions seraient... inconcevables, comment se trouve-t-il une presse pour aider un monarque à militer contre le peuple qui tient à ne plus entendre parler de lui ?
En réalité, lesintérêtsde ce peuple plaident, intégralement et exclusivement, en faveur de sa fusion dans la Yougoslavie, et ce monarque est un simple instrument de fortune entre les mains de personnes obsédées par une idée, la même qui tourmentait rAutriche-IIongrie des Habsbourg : dérober à la Yougoslavie, sous n'importe quel prétexte, par n'importe quel moyen et à n'importe quel prix, autant de territoire et de population que possible, et, avant