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tout et par-dessus tout, restreindre le nombre de ses accès à la mer.
La Tserna-Gora possède deux bourgades au bord de l'Adriatique, Bar et Oultsigné (l'Antivari et le Dulcigno des Italiens). L'Herzégovine a deux ports également, et de valeur moindre encore; l'un, le village de Néoum, est situé entre le delta de la Narenta et le fond du golfe de Péliécbats (Sabbioncello, prononçaient les Vénitiens); l'autre est un hameau à l'embouchure de la Soutorina, qui se déverse dans le goulet du dédale de Kotor (Gattaro). Elle est, à notre connaissance, et pour l'instant — car, par le temps qui court, il faut être circonspect dans les déclarations de ce genre — l'un des pays dont l'incorporation à la Yougoslavie n'est contestée à aucun titre. Elle fut toujours chère aux Serbes, aux Groates et aux Slovènes parce que, dans l'histoire de leur langue commune, elle fut reine, comme la Toscane pour l'italien et la Gastille pour l'espagnol.
Elle fait bloc avec sa grande sœur la Bosnie. A elles deux, elles contenaient, avant la guerre, 1.950.000 habitants, presque tous yougoslaves en dépit des différences de religion ou de secte. Les Orthodoxes, c'est-à-dire
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les Serbes, figuraient là dans la proportion de M 7oî les Musulmans, d'origine serbe aussi, et de langue yougoslave, dans la proportion de 32 **/o, et les Catholiques, c'est-à-dire les Croates avec quelques Slovènes, dans celle de 23 7o- Saraïévo était une petite capitale d<^ 53.000 âmes.
Puisque nous en sommes aux anciennes provinces austro-hongroises dont le rattachement au nouveau Royaume- Uni n'est discuté par personne, voici la Croatie — abstraction faite du district de Riéka (Fiume) — la Slavonie et la Sirmie. Cette dernière, coincée entre le Danube, la basse Save et le Bosoute, ne dépendait de la Slavonie que depuis le compromis de 1867. C'est dans ses limites que se dressent une Mitrovitsa qui est le Sirmium des Romains, Carlovits, siège d'un archevêché dont relèvent notamment les Serbes de la Batchka et du Banat, et un célèbre faubourg de Belgrade, Zémoune, le Semlin des Germains et des Magyars. Mais la cité majeure de la Croatie-Slavonie-Sirmie est Zagreb (l'Agram des susdits), la capitale des Croates; 80.000 habitants, soit seulement 10.000 de moins que Belgrade. La population de la région, en 1913, était de
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2.630.000 personnes, dont 1.632.000 Croates et Slovènes, 660.000 Serbes, et 338.000 Magyars, Allemands, Juifs, Tsiganes, Roumains, Italiens, Slovaques, lUithènes, etc.
En ce qui concerne la Slovénie, nous ne parlerons, en ce moment, ni du district de Goritz et Gradisca, ni de celui de Tricste, ni de Tlstrie. La Yougoslavie demande la totalité de la Carniole, où il y avait, à la veille de la guerre, 500.000 Slovènes sur 527.000 habitants et où se trouve leur capitale, Lioubliana, la Laibach des Germains (45.000 âmes). Elle demande le tiers sud-oriental de la Carinthic, c'est-à-dire un territoire où étaient massés 120.000 Slovènes, et où ils étaient à peu près seuls. Tsélovets (Klagenfiirt), avec ses 30.000 ûmes, est de ce côté. Elle demande le sol qui forme le tiers sud-oriental de la Styrie, et où 411.000 Slovènes représentaient la quasi-totalité de la population, avec la ville de Maribor ou Marburg (28.000 âmes, exactement comme Nich).
En revenant dans ce qui fut la Transleitbanie, on rencontre la Médioumourie, que limitent la Drave, la Slyiic, et la basse ]\Ioara. Ce district triangulaire est réclamé par la Yougoslavie parce que ses 83.000 habitants sont tous
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Croates ou Slovènes. Plus à l'Est, le Baranya, pays d'entre Danube et basse Drave, avec une ville de 50.000 âmes, Petchoui — préférezvous, en magyar, Pecs, ou, en allemand, Ftinfkirchen, Cinq-Églises? — est en majeure partie yougoslave, en raison de ses 89.000 Croates, Scrl)es et Slovènes. Enfin, les Yougoslaves, — 124.000 Serbes, 78.000 Croates et 31.000 Slovènes — constituent, au point de vue ethnique, la majorité relative des 620.000 habitants de la Batchka. Celle-ci, avec des cités comme Soubotitsa (la Szabadka des Magyars, la Maria-Theresiopel des Germains, 100 000 âmes), Novisad (Uj-Videk, Neusatz, 35.000) et Zombor (31.000), correspond au Comitat de Bacs-Bodrog. C'est la moitié méridionale de la mésopotamie d'entre Danube et Tisza.
Le Banat s'étale par delà, région sensiblement carrée, que limitent, au Nord, le bas Morich (ou Maros), à l'Ouest, la basse Tisza et le Danube, au Sud le Danube encore, et à l'Est, d'abord la frontière roumano-magyare d'avant 1916, depuis les Portes de Fer jusqu'aux environs du mont Gougou, ensuite la ligne de laites qui clôt les bassins du Témich
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(ou Témès) et de la Béga. La zone orientale est montagneuse, le centre est un plateau de faible altitude, la lisière occidentale et méridionale est une plaine marécageuse, où les eaux de la Tisza et de la Béga, du Danube et du Témich forment un labyrinthe de canaux naturels ou artificiels.
Le Banat, sur les deux tiers de sa superficie, n'est qu'un immense champ de blé. D'autre part, quiconque le possède en entier est stratégiquement le maître de Belgrade et de la basse Morava.
La Roumanie le revendique. Loin de nous la pensée qu'elle vise à cette supériorité militaire éventuelle. Il faudrait supposer qu'elle regarde les Yougoslaves comme des ennemis latents, et une telle hypothèse serait abominable. Voyons sur quoi sont fondées ses prétentions, et, du même coup, celles de la Yougoslavie, qui, elle, demande seulement une portion du pays.
Les Roumains sont arrivés dans le Banat au xvin* siècle, ni plus tard, ni plus tôt que les Magyars et les Allemands. La population était alors exclusivement slave, et ce, depuis une époque antérieure à la descente des Gorutanes et des Sorabes, nous l'avons constaté. Au
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moyen âge, la Hongrie lui avait laissé une certaine autonomie. Le principal bénéficiaire de celle-ci, le Grand Voïvode, était souvent le parent par alliance de son suzerain. Un Grand Voïvode fut régent à Budapest de 1114 à 1131.
Après Kossovo, une profusion de Serbes passèrent le Danube, sous la conduite de Démêtre, frère cadet de Marko le Kraliévitch. Il n'y avait plus de Grand Voïvode. Démêtre fut autorisé à créer à son profit une Youpanie dans le tiers occidental de la région, le Torontal. Quand il mourut, sans héritier, en 1414, on admit à lui succéder Stéfane,filsde Lazare Grébiianovitch. Douze ans après, Georges Brankovitch, fils du fameux Vouk, fut intronisé , et l'on reconstitua pour lui la Grande Voïvodie, en l'augmentant de la Sirmie. Le nombre de ses sujets alla s'accroissant à mesure que les Turcs achevaient la couquête de la Serbie. Son fils et son petitfils virent se réfugier auprès d'eux bien des gens incapables de vivre sous la tyiannie qui sévissait à Belgrade. Ces évadés furout deux cent mille de 1480 à 1483. Mais leur contingent avait été important dès 1459, et le fut de nouveau en 1502. A l'extinction de la dynastie
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des Brankovitch, ce fut simplement le souverain de Hongrie qui devint Grand Voïvode. En 1918, l'empereur et roi Charles conservait ce titre dans sa riche collection.
Le Banat était si connu pour serbe, que toutes les cartes des xvi^ et xvii^ siècles lui donnent le nom caractéristique de Rascie. Quand les Turcs le réorganisèrent en 1552, ils ne prirent que ses deux tiers orientaux pour former le vilayet de Témichvar ; le Torontal et la Sirmie eurent une administration spéciale, à laquelle des Serbes furent appelés à participer. En 1690, l'élément orthodoxe du Banat reçut un renfort de 40.000 familles, amenées de la haute Morava par Arsène Tchernoïévitch, patriarche de Petch.
Lorsque, deux siècles plus tard, la Hongrie imagina les Confins militaires, elle maintint, dans les deux tiers septentrionaux du pays, le régime civil, sous l'autorité d'un ban, sorte de margrave, dont le titre était évidemment une altération du \ieuxmot polonais pan, seigneur. Les fonctions de ban de Témichvar avaient d'ailleurs été instituées avant l'invasion turqi^iC. Mais dès 1774, le Torontal et la Sirmie furent transformés en un comitat serbe autonome. Ne
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voulant pas abuser des dates, nous nous contenterons d'ajouter qu'en 1848, les Serbes du Banat, sous le commandement de Stratimirovitch, affirmèrent leur nationalité en faisant cause commune avec les Croates de Yélatcbitch.
Depuis le compromis, le pays est divisé en trois comitats longitudinaux, le Torontal, le Témicb et le Krasso. La population globale était, en Î91B, d'emiron 1.560.000 habitants, dont 592.000 Roumains, 368.000 Slaves, 350.000 Allemands, 200.000 Magyars, et 50.000 Tsiganes. Si l'on défalque des Slaves, 40.000 Croates et Slovènes, Tchèques et Slovaques, Ruthènes, Polonais, il reste 328.000 Serbes. Il y avait, dans le Torontal, 222.000 Serbes et 87.000 Roumains ; dans le Témicb, 169.000 Roumains et 81.000 Serbes; dans le Krasso, 336.000 Roumains et 25.000 Serbes. Ces chiiîres résultent, pour nous personnellement, d'une confrontation attentive et scrupuleuse entre les statistiques de l'ancienne administration hongroise, celles établies par les gouvernements roumain et serbe, et celles produites par les Eglises orthodoxes de Roumanie et de Serbie.
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En somme, les Yougoslaves ont la majorité relative sur tous autres éléments ethniques dans la moitié occidentale du Banat, et les Roumains dans la moitié orientale. L'équité veut donc que celle-ci soit attribuée à la Roumanie, et celle-lcà à la Yougoslavie. Le territoire que demande le nouveau Royaume-Uni, et où se trouvent les villes deTémichvar (75.000 âmes), de Yélika-Kikinda (27.000), de Vélild-Betchkérek (26.000), et de Pantchévo (21.000), confine à la Serbie, à la Sirmie et à la Batcka, et constitue, pour Belgrade et la Morava, une zone de sécurité tout au moins morale. Le territoire à incorporer à la Roumanie est limitrophe de la Valachie et de la Transilvanie. Il est douteux que les 70.000 Yougoslaves qu'il renferme pensent jamais se plaindre de cette incorporation.
Par contre, si le Banat entier passait sous la domination du gouvernement de Bucarest, quel boulet à trahier, que cette masse de plus de 360.000 Slaves, chez qui l'irrédentisme ne tarderait pas à naître et grandir. Hâtons-nous d'enregistrer que les mieux renseignés et les plus clairvoyants parmi les Roumains et leurs amis français, ont constamment proposé une
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solution identique à celle que la Yougoslavie soumet à la Conférence de la Paix. Ce fut le cas de l'illustre historien Xénopol dès 1892, puis des délégués officieux que le gouvernement de Bucarest envoya à celui de Paris en février 1915, puis d'un roumaniste éminent, le professeur Emmanuel de Martonne, dans une communication lue à la Société de Géographie de Paris le 7 mars 1915 et un article inséré par la Revue de Paris le 15 mai suivant. Toutefois, le document le plus précieux à cet égard est un article publié dans la Revue Hebdomadaire le 20 mai 1915 par le D' Jean Gantacuzène, de l'Institut Pasteur de Paris, professeur à l'Université de Bucarest et membre de l'Académie roumaine, article dont la conclusion est qu'aux points de vue géographique, ethnique, linguistique, historique, stratégique, économique — et moral — la Roumanie ne peut revendiquer que la moitié orientale du Banat.
La Dalmalie et son archipel. — Les questions de Ftume, de Trieste et de l'Jstrie, de Goritz et Gradisca. — L'avenir économique de la Yougoslavie.
LA Dalmatie est une province de forme étrange, qui, as&ez large vers le Nord- Ouest, fort étroite dans sa partie sudorientale, se glisse entre l'Adiiatique et la Croatie, la Bosnie, l'Herzégovine, la Tserna- Gora. C'est surtout, c'est à peu près exclusivement, le littoral de ces quatre pays. La vie économique de ceux-ci, et par conséquent d'environ un quart de la Yougoslavie, dépend d'elle dans une très ample mesure. La possession de la Dalmatie ne pourrait donc être contestée au nouveau Royaume -Uni que par une nation désireuse de maintenir lent et difficile le développement de la dite vie économique, de retarder autant que possible le progrès matériel dans une région susceptible de devenir une sérieuse concurrente agricole, industrielle et commer-
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ciale, — ou par une nation ambitieuse de contrôler cette évolution, ni plus ni moins que s'il s'agissait de quelque lointaine colonie d'Afrique.
Une deuxième évidence s'impose. Les Yougoslaves ne se sentiront jamais en sécurité, ne seront jamais chez eux, s'ils n'ont pas leur littoral naturel, avec l'archipel avoisinant, — sept ou huit grandes îles, une cinquantaine de moyennes ou petites, et trois ou quatre cents îlots inhabités. Ils ne pourraient être spoliés de ce littoral et de cet archipel que par une nation soucieuse, ou de les traiter constamment en ennemis latents, ou d'être sans cesse en mesure de les attaquer avec un maximum de chances de succès immédiat. Nous avons déjà insisté là-dessus. Si la Dalmatie était attribuée à l'Italie, il faudrait, pour satisfaire à la logique, à l'équité, à la loyauté, que l'Angleterre s'empressât (le revendiquer nos côtes depuis Dunkerque jusqu'à Ouessant, et l'Espagne d'exiger le littoral de l'Oranie. Ou bien qu'à la Fr;ince fussent donnés la côte britannique depuis le North Foreland jusqu'aux Scilly, et le littoral espagnol depuis et y compris Garthagène jusque s et y compris Almeria.
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Est-il vrai que les droits historiques de la Yougoslavie sur la Dalmatie soient moins légitimes que ses droits géograpliiques, économiques et stratégiques? On a l'habitude de considérer la Dalmatie comme ayant été vénitienne intégralement et sempiternellement. Venise y a conquis quelques îles et quelques ports en 999 et en 1203. Mais, du début du xf siècle au milieu du xiv^ siècle, la moitié septentrionale du pays et de l'archipel appartenait à la Croatie, la moitié méridionale à la Serbie, et à l'époque de Kossovo, la Bosnie, sous le règne de Tvertko, s'était adjugé presque tout. D'ailleurs, la ville principale, Zadar (Zara), était si peu italianisée qu'elle se révolta en 1202 et se proclama indépendante en 1241. Subjuguée de nouveau en 1243, elle s'insurgea en 1346 et en 1357. De 1358 à 1409, par les soins de la Hongrie, Venise ne posséda plus en ces parages le moindre lopin de terre.
En 1409, Ladislas vend Zadar au doge pour cent mille ducats. La république retrouve son appétit. Elle rachète un coin par-ci, reconquiert un coin par là. En 1522, les Turcs l'expulsent à peu près complètement. Dix-huit ans après, elle revient. Elle ne s'en ira plus qu'en 1797,
quand Bonaparte la supprimera d'un trait de plume. Il y a lieu pourtant de noter que : elle n'a pris pied sur le plateau nord-occidental que très tard, en 1699 et en 1719 — elle n'a jamais rien fait pour le bien du pays, ce en quoi elle n'a pas été imitée par les Français, car ils ont multiplié les écoles, les ponts, les routes, au cours de leurs quinze années de domination, — la Dalmatie a été, au contraire, malheureuse à tous égards sous l' administration vénitienne, les historiens italiens sont unanimes à le constater, — enfin, il y a un important district que Venise n'a jamais possédé, celui où Doubrovnik (Raguse) a été république indépendante de 1358 à 1808, avec les îles de Lastovo (Lagosta), Miiet (Meleda), Giuppana, Mezzo, Lacroma, etc.
Or, Doubrovnik, c'est, pour les Yougoslaves, la mère de leur littérature moderne. On croit qu'un nom, celui du grand poète Goundoulitch (xvii® siècle), résume rintellectuaiitéragusaine. En réalité, c'est depuis la fin du xv^ siècle jusqu'à la fin du xYiii'' siècle qu'à Doubrovnik, d'innombrables poètes et prosateurs ont produit, et dans tous les genres possibles et imaginables, et de cette accumulation il s'est
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dégagé maints chefs-d'œuvre, et il n'y avait alors pas d'autre littérature dans la Yougoslavie.
Que les Dalmates d'antan relevaient de celle-ci au point de vue ethnique, on ne le discute pas. Il est notoire que, dans la banlieue immédiate des ports, personne ne comprenait la langue itahenne, ou plutôt, le dialecte vénitien, tout le monde parlait serbe. Da;QS les villes mêmes, l'idiome des conquérants était peu familier aux artisans, aux mariniers, aux débardeurs — à la majorité de la population. Elles Dalmates d'aujourd'hui?
La contrée avait 647.000 habitants à la veille de la guerre. Les Yougoslaves étaient 628.000, et les Italiens, 18.000. Dans les îles, les Italiens sont moins de 2.000, sur 120.000 habitants. Il n'y a pas un Italien parmi les 44.000 habitants de la principale ville du plateau, Sinj. Il y a quelques centaines d'Itahens sur les 32.000 habitants de SpKet (Spalato) et sur les 30.000 de Sibénik (Sebenico). Zadar, la capitale, compte 24.000 Yougoslaves pour 12.000 Itahens et 1.000 Juifs, Allemands, et autres.
L'Italie officielle de 1919 réclame les deux
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tiers du plateau dalmate, en particulier le bassin de la Kerka. Elle réclame Zadar et Sibénik, et une telle proportion de l'archipel, que, si l'on s'inclinait devant ses prétentions, la Yougoslavie n'aurait, au Nord que Kerk (Veglia), Arbe et les îlots intermédiaires — au centre, que les Dervénik, Tchiovo (Bua), Solta et Bratch — au Sud, que les îlots qui succèdent à Mliet.
Ambition aussi récente qu'imprévue. Cavour, dans une lettre célèbre, écrite en décembre 1860, formule que l'Italie ne doit pas penser à la Dalmatie. Mazzini, en août 1866, déclare : « Les ports de la Dalmatie sont nécessaires aux Slaves du Midi. » Et des hommes comme Aurelio Saffi et Salvatore Barzilai approuvent publiquement et solennellement cette conception.
Luigi Schiapparelli, en 1879, dans la treizième édition de son Manuel de Géographie et de Statistique^ ouvrage qui fait encore autorité dans l'enseignement, mentionne la Dalmatie parmi les pays slaves de l'empire austrohongrois, et non point parmi ce qu'il appelle les pays italiens encore sous le joug étranger. La seconde liste est pourtant établie selon les
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principes, ou plutôt les sentiments, d'un nationalisme exalté, puisque l'on y trouve le comté de Nice, la principauté de Monaco avec Menton et Roquebrime, la Corse et Malte. Quatre ans après, Silvestro Fini, dans un traité de géographie qui est aussi très répandu, exprime une opinion identique. L'accord est parfait là-dessus, depuis la Géographie Historique et Moderne de Francesco Pagnoni en 1857, jusqu'au deuxième tirage, en 1913, du Nouveau Dictionnaire Géographique Universel, d'Edgardo Giaccone, en passant par le Lexicon Vallardi.
Ceux des Italiens qui ne sont pas dans le secret des dieux de la présente année, ont, par conséquent, dû juger naturel de rencontrer neuf Dalmates parmi les vingt-deux signataires du manifeste lancé, le 18 décembre 1916. par le Comité yougoslave de Paris. On sait que ce manifeste proclamait la volonté, chez tous les Serbes, Croates et Slovènes qui étaient, ou avaient été, sujets autrichiens ou hongrois, de s'unir à la Serbie en un « royaume triple-et-un » d'un nouveau genre. Au nombre de ces Dalmates : le D"" Anté Troumbitch, député de Zadar et ancien maire
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de Spliet, aujourd'hui ministre yougoslave des affaii^es étrangères, puis deux conseillers municipaux de Doubrovnik, et le grand sculpteur serbe, Ivan Mestrovitch.
L'Italie travaille au démembrement de la Yougoslavie dans bien d'autres régions que la Dalmatie. Elle veut Riéka (Fiume).
Historiquement, cette ville fut toujours croate. En 1868, la Hongrie, soucieuse d'avoir les coudées franches dans son unique port, l'organisa, avec la banlieue, en un territoire directement administré par Budapest. Elle n'y réussit d'ailleurs qu'en opérant une falsification célèbre sur l'article 66 du compromis qui réglait ses relations avec la Croatie-Slavonie, déclarée plus ou moins autonome, plutôt moins que plus. Géograpliiquement et économiquement, Riéka est par excellence le débouché de la Croatie-Slavonie et de la moitié orientale de la Slovénie.
Linguistiquement, il y avait dans le district, avant la guerre, prédominance du yougoslave sur l'italien. Le chef-lieu était habité par 24.000 Italiens ou prétendus tels, 15.500 Yougoslaves, 6.500 Magyars, 2.000 Allemands.
Mais dans la banlieue on voyait, par
exemple, Souchak, avec 11.700 Yougoslaves et 700 Italiens. Ethidquement enfin, une forte minorité des prétendus Italiens étaient des manouvriers croates, que leurs occupations obligeaient à posséder la langue itaKenne, et la Hongrie en a profité pour les enregistrer comme Italiens. On sait cpi'elle truquait toute statistique favorable aux populations non magyares. Mais elle cajolait l'élément italien de Riéka, son unique point de communications maritimes avec la péninsule voisine, dont le gouvernement adhérait, du reste, à cette époque, au même groupe de puissances que les Magyars, et entre ceux-ci et les Italiens il existait beaucoup moins d'animosité latente qu'entre les spoliateurs et les spoliés du Trentin.
L'Italie officielle de 1919 et la Yougoslavie discutent enfin au sujet de l'Istrie, de Trieste, et du comté de Goritz et Gradisca.
Dans la moitié septentrionale de ce dernier, l'élément yougo-slave est prépondérant; dans la moitié méridionale, c'est l'élément italien. Le chef-lieu, en 1914, était habité par 15.000 Italiens, 11.000 Slovènes, et 4.000 Allemands. Mais il y avait 154.000 Slovènes, contre
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90.000 Italiens, dans l'ensemble du territoire. On se refuse à croire que, si l'Italie insiste pour s'attribuer celui-ci intégralement, c'est parce qu'il commande les voies d'invasion vers Tsélovets et la vallée de la Drave et vers Lioubliana et la vallée de la Save.
En ces parages, la véritable moyenne entre les frontières historique, stratégique et ethnique, c'est la frontière géographique, c'est l'Isonzo.
Trieste et sa banlieue formaient un district à part dans la Gisléithanie, comme Riéka dans la Transléithanie. La ville est un peu plus italienne que yougoslave, rien qu'un peu plus. Le recensement de 1910 a donné 119.000 Italiens et 59.000 Slovènes, mais les élections de l'année suivante ont prouvé que ces nombres étaient le produit de combinaisons analogues à celles pratiquées à Riéka par les Magyars. On s'est alors aperçu en effet que les Slovènes étaient 77.000, et les Italiens 103.000. Quant à la population de la banlieue, elle est exclusivement slovène. Elle comprend quelques mots d'allemand, elle ignore l'italien autant que le hongrois.
Il ne faut donc pas s'étonner que le désir
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d*anncxer Tricsie soit aussi récent en Italie que celui qui vise la Dalniatie. Le baron Sonniuo, en 1881, dans la Russegna Setlinianaie, écrivait : « La revendication de Trieste comme un droit serait une exagéralion du principe des nationali'és, sans pour cela présenter aucun intérêt réel pour notre défense. » Et le 8 avril 1915, dans sa célèbre note à l'Autriche-Hongrie, il ne demandait pas du tout Trieste, il se contentait de proposer que Ton fit de ce district un petit État indépendant.
Entre les golfes de Trieste et de Riéka, rislrie, prolongement naturel de la Carniole, ne pouvait être qu'une zone de peuplement yougoslave. Aussi les Slovènes et les Croates sont-ils seuls dans l'intérieur de cette péninsule, et en majorité sur sa côte orientale. Les Italiens sont massés dans les ports de l'Ouest, sans avoir nulle part la prédominance absolue. Parmi les 70.000 habitants de Pola, 23.000 sont Italiens, 20.000 sont Yougoslaves. L'istrie en son entier renfermait, en 1913, envii-on 223.000 Slovènes et Croates, contre J47.000 Italiens, ce qui correspond à trois Yougoslaves contre deux Italiens.
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Les prohlèmcs fie Tlstrie, de Tricste, de Goritz, de Riéka, comme celui de la Dalmatie, ne seraient difficiles à résoudre qu'à une époque où la force primerait le droit, où les petits Etats devraient subir la tyrannie des grandes puissances, où la volonté des peuples ne comi)terait pour rien. Par bonheur, l'humanité civilisée a dépassé, depuis quelques années, ce stade de mentalité semi-barbare, ou tout au moins féodale. Les Al iés se sont battus et ont vaincu pour que, précisément, la force désormais s'eiface devant la justice, pour que toutes les nations, considérables ou médiocres de superficie et de population, jouissent d'une absolue égalité de droits et assument une alisolue égalité de devoirs, pour qu'enfin chaque peuple soit admis à disposer de lui-même selon ses aspirations particulières et ses besoins essentiels.
C'est donc à des plébisciles qu'il faut recourir, pour savoir si Goritz, Trieste, ristrie, Riéka, la Dahuatie, entendent se donner à l'Italie ou à la Yougoslavie. Nous o.^ons dire que, persoimcUemcnt, nous sommes bien tranquille quant au résultat du scrutin.
Que, par uu hasard improbable, ce résultat
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ne s*affîrme pas en faveur de la Yougoslavie, et celle-ci, spoliée de Triesfe, de Riéka, de Zadar et de Sibénik, serait tributaire de l'éti-anger pour les neuf dixièmes peut-être de son commerce maritime. Il lui resterait un seul port de valeur réelle, Spliet. Or, cette ville n'est encore reliée par voie ferrée qu'à la cité majeure du plateau dalmate, Sinj, et le rail n'est pas près d'avoir franchi, de ce côté, les monts Dinariques pour rejoindre les lignes de la Bosnie et, par là, desservir la Yougoslavie entière.
On sait qu'au contraire, des lignes déjà anciennes rattachent Riéka à Zagieb et à Trieste, et que Trieste est rattachée à Pola, à Lioul)h'ana, et, par Goritz, à Tsélovcts. Or, des artères rayonnent de Tsélovets vers la haute Drave — vers Innsbiuck et vers Salzburg, et, par ces deux villes, vers Munich — vers Briick et Vienne, vers Maribor.
D'autres rayonnent de Lioul)l ana vers Maribor, Briick et Vienne, et vers Zagreb; d'autres, de Zagreb vers Budapest, vers Brod et Belgrade, vers Banialouka.
A ces voies ferrées du Nord-Ouest, ajoutons deux grandes lignes, celle qui, venant de Buda-
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pcst, court vers Salonique par Soubotitsa, Belgrade, Nich, Skoplié, et celle qui va de Nich à Constantinople par Sofia, Plovdiv et Aiidrinople. MeiitioiiQons aussi la ligne de Brod à Saraïevo, MostaretTrébigiié, celle de Skoplié àMitrovitsade Rascie, celle de Nich au Danube par la vallée du Tiniok, celle de Bitolié à Salonique. Les autres chemins de fer sont peu nombreux et couvrent de faibles distances ; leur intérêt est strictement régional. La Yougoslavie aura fort à faire pour compléter le réseau d'intérêt général qui est indispensable à son développement économique.
Peu à faire, par contre, pour améliorer les communications par eau. Jamais Ton ne pourra songer à rendre navigables les rivières des niontagneut^es provinces du Midi. La moitié septentrionale du pays a le Danube et la Tiîsza, la Drave et la Save, la basse Morava, les canaux du Torontal et de la Batchka.
Cette Batchka, ce Torontal, et la Sirmie produisent une énorme quantité de blé, pour laquelle Soubotitsa et ïémichvar sont les principaux marchés. En Sirmie, en Slavonie, en Bosnie-Herzégovine et sur le plateau dalmale, en Rascie, particulièrement en Serbie, on cultive
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à profusion le maïs ; Kraliévo, en Serbie, est le grand marché de cette céréale. Un peu partout il y a l'orge et le seigle, la pomme de terre, la betterave, les diverses catégories de légumes. Goritz est, pour Vienne, un grand fournisseur de primeurs. Il existe quelques minoteries en Serbie, à Témichvar, à Riéka, et quelques raffineries de sucre à Riéka, Lioubliana, Goritz.
Les pruniers surabondent en Bosnie et en Serbie, où, par exenq3le, ils forment une véritable forêt autour de Krouchévats. Aussi ces deux régions exportent-elles d'imposantes masses de pruneaux, et la distillerie de l'eaude-vie de prune y est-elle une des industries domestiques les plus actives. Les oliviers foisonnent en Istrie, en Dalmatie et en Herzégovine, et il existe des huileries à Trieste, en Istrie, et un peu partout dans la Dalmatie et son archipel. Le noyer est commun en Serbie, en Bosnie-Herzégovine, et dans la Tserna-Gora, le châtaignier en Bosnie, le pommier en Serbie. La Dalmatie est riche en cerisiers, pêchers, amandiers, grenadiers, caroubiers, orangers, citronniers. Dans l'île de Lésina, on trouve jusqu'au dattier et à l'agavier. Les industries
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de la distillerie et de la confiserie sont évidemiiiciit très répandues. Le inaras(|uui de Zara est c61èl)re. Le miel des ilcs n'a guère moins de renom.
Le tabac est cultivé dans presque chaque rci;ion. Celui de Baïnovals, en Serbie, est ex(|Uis. 11 existe des manufactures de tabacs à Tsclovcts, Liouljiiana, Riéka, Témichvar, Saraïevo, il en existe en Serine, il en existe partout.
La vigne est l'une des gloires de la Yougoslavie. En Serbie, elle est cultivée sur 60.000 hectares, et les vins noirs de Nich et de Négotine ne manquent pas d'attrait. Les crus de la Carniole et de l'Herzégovine sont presque aussi dignes de considérai ion. Les vins de ristrie — le Miiggia, le Capo d'Istria, le Parenzo, le liovigno — ont leur^ zélateurs, et cela se conçoit. Hommage est dû à ceux de Tchrès (Cherso) et de Kerk (Vcglia), les deux grandes îles du Quarncro. Beaucoup de connaisseurs portent aux nues les proituits dalmates : le Vis (Lis>a) et le Sibénik, les mu^cals d'Almissa et de Makarska, le (jcrk de Kertchoula, le voagaoa de liratch.
Les loréts couvrent une ample proportion de
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la Yougoslavie, forêts de chênes, de hêtres, de frênes, de tilleuls, de conifères. Elles sont nombreuses, vastes et denses en Serl)ie, dans la Tserna-Gora, en Bosnie-Herzégovine, sur le plateau dalniate, mais la Croatie-Slavonie et la Carniolesont également fort boisées. Les industries du bois s'attardent cependant à l'état end^ryonnairc. Une scierie mécanique de-ci de-là, la construction de quelques petits bateaux en Dalmatie, un peu de tonnellerie en Ser])ie, la menuiserie et l'ébénisterie assez actives à Krouchévats, et c'est tout.
On a, en Yougoslavie le culte de la forêt. « Qui tue un arbre, tue un ser])e », dit un vieux proverbe. En général, on y honore singulièrement tous les travaux de la terre, et ce'te tendance s'est traduite par une institution qui est unique au monde, mais que l'on devrait bien adopter dans le reste de l'Europe et ailleurs. La Serbie ne s'est pas contentée d'organiser à Pojarévats une très moderne école d'agriculture et de silviculture, et à Boukovitch une non moins moderne école de viticulture. Elle entend ({ue, dans chaciue éla])lissement secondaire, s'agît-il d'un séminaire, les deux dernières années soient consacrées à l'enseigne-
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ment de ragriciilturc, de l'élevage, de la silviculturc et de la viticulture. Mieux encore : personne n'est admis à n'importe quel emploi pu])lic, s'il ne possède le diplôme spécial à cette branche d'éducation.
L'élevage est l'une des ressources majeures de la contrée, élevage du porc, du mouton, du buffle, de la chèvre, du cheval, de la volaille. On exporte bétail sur pied, viande salée ou fumée, laine et peaux, fromages et œufs. La foire aux chevaux de Témichvar est légendaire. Koumanovo est un gros marché pour la laine et les peaux. On ne fabrique pas de conserves de viande. 11 existe des tanneries à Trieste, Riéka, Spliet, il en pourrait exister dix fois davantage, d'autant plus que les forêts de l'Herzégovine et de la Tserna-Gora fournissent en quantité l'excellent tanin du sumac blanc. On travaille le cuir en Bosnie-Herzégovine, on l'y travaille même artistiquement, mais dans l'atelier de famille.
La culture du chanvre et du lin est répandue partout, et Ton élève le ver à soie en Dalmatie. On tisse le drap à Tsélovets et à Saraïevo, on file et on tisse la laine et la soie à Goritz, à Zadar, à Spliet. C'est à la maison que les femmes
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gerbes et bosniaques tissent, la foile, en la brodant d'or, d'argent, de bleu, de rouge — ces broderies que, dans les magasins de nouveautés de Paris, on qualifiait de bulgares avant 1914, et qu'aujourd'hui l'on bnptise roumaines. Les femmes de Vrania et de Leskovats tissent beaucoup de tapis. A Pirote, on peine dans trois cents logis sur ces admirables tapis dont les produits arméniens, turcs, persans, sont simplement des contrefaçons.
Eufîn la Yougoslavie est riche en houille et opulente en minerais. Elle a de la houille à Carpano en I.trie, à Demis sur le plateau dalmate, à Touzla en Bosnie, elle en a en Carniole. On a calculé qu'il faudrait cinq siècles d'exploitation intensive pour épuiser le gisement de Sénié, en Serbie.
Il y a du fer, du cuivre, du plomb et de l'argent en Carniole et en Bosnie, il y en a prodigieusement en Serbie. 11 y a du zinc en Carniole et en Serbie, de l'alun en Istrie, de l'antimoine en Serbie, du manganèse et du mercure en Carniole, de l'or en Serbie. Il n'y a guère de hauts-fourneaux qu'en Carniole, de fonderies qu'à Trieste et à Saraïevo.
Lorsque nous aurons mentionné les carrières
serbes de marbre blanc de Stoudénitsa et de pierre liHiographique de Valicvo, quelques salines comme celles de Pirano en Istrie et de Touzla en Bosnie, les pêcheries de sardines, de thons et d'épongés, et un peu de fabrication de conserves de poissons en Dalniatie, Texportation par les Dalmates de l'espèce de chrysanthème dont Ton tire la poudre de pyrèthre, les coutcUe.ies de Saraïcvo, les fabriques d'armes de Kragouïévats en Serbie et de Saraïévo, nous aurons complété le tableau de la Yougoslavie économique.
On voit que celle-ci est vouée à la prospérité. On aperçoit en même tenq^s ce qui lui manque pour réaliser son destin, à commencer par l'amélioration de ses routes, le développement de son réseau ferré, la houille blanche qui attend son utilisation au fond de chaque vallée, Texploitation méthodique de son soussol et de sics forêts, la modernisation de son industrie, la régularisation de ses courants commerciaux, raménagement de ses accès el débouchés. Nous ne faisons allusion ici, ni aux capitaux, ni au personnel technique, ni à la main-d'œ Livre. Des capitaux, elle en a sauvé ; il lui reste un sul'fisant contingent d'ingénieurs
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et de contremaîtres ; sa population est prolifique, laborieuse, prompte à s'assimiler n'importe quel progrès mental, à s'aclapter à n'importe quel progrès matériel.
Ce qui lui manque le plus, ce dont elle a besoin avant tout et par-dessus tout, c'est de l'intégrité et de la sécurité nationales.
Nous avons exposé en ([uoi doivent et peuvent consister cette intégrité et cette sécurité. Nous avons essayé de démontrer que, par ses origines, son caractère, ses traditions, ses tendances, ses institutions, sa situation géographique, son histoire la plus ancienne comme la plus récente, la Yougoslavie est digne que les autres peuples civilisés l'aident à obtenir satisfaction dans ses demandes légitimes. Nous souhaitons d'avoir amené nos lecleurs français à discerner que notre pays, plus que tout autre au moude, est tenu par sa conscience et par son intérêt, à traiter les Serbes, les Croates et les Slovènes, aujourd'hui, demain, à jamais, avec les sentiments d'une véritable fraternité.