Vendredi 8 novembre
2. Cours de la Faculté de Médecine : semestre d'hiver 1894-1895. Thérapeutique et Matière médicale : première leçon. Presse médicale, Nov. 1894, p. 30.5.
Sérothérapie. Opothérapie. ■*
PREMIERE LEÇON
cien des agents empruntés au règne animal, au règne humain et au règne microbien (virus atténués, vaccins), hier encore insoupçonnés de la Matière médicale.
L’évolution thérapeutique, les doctrines nouvelles qui mènent l'art de guérir, les suggestions neuves qui conduisent à l’invention d’agents curateurs inédits, tout cela, vous disais-je, est, pour la meilleure part, l’œuvre des découvertes pastoriennes, qui, démontrant expérimentalement le pourcjuoi des maladies, introduisaient dans nos conceptions de la maladie un élément pathogénique que certains soupçonnaient peutêtre, qu’aucun ne savait.
C’est assurément par ses découvertes expérimentales du pourquoi de la maladie, que Pasteur a préparé la Réforme en médecine. 11 n’est permis à personne d’entre vous, médecins, d’ignorer le chemin glorieux parcouru par Pasteur ; d’ignorer la série d’étapes qui l’ont conduit, de l’étude des fermentations, d’abord, à l’étude analytique et synthétique des maladies des vins et de la bière, ensuite h l’étude des maladies des animaux et de l’homme.
Vous n’ignorez pas. Messieurs, comment Pasteur, par ses travaux sur les fermentations, par sa campagne victorieuse contre la génération spontanée, suggestionnait Lister, qui, créant l’antisepsie chirurgicale, assurait à la îMédecine opératoire tant et de si grands succès, qu’elle ne se connut plus d’obstacles et put se permettre toutes les audaces.
Avec l’antisepsie chirurgicale disparaissaient la septicémie, la gangrène, la pourriture d’hôpital, qui avaient tant écœuré tous ceux d’entre nous, les élèves d’alors, qui, en 1870, faisaient de la chirurgie.
C’est que. Messieurs, à cette époque, tous les blessés, tous les opérés suppuraient; c’est que, sinon tous, du moins beaucoup mouraient; c’est que la septicémie était partout ; c’est que le pus semblait germer de toutes parts, comme si vraiment il avait été semé par le chirurgien ! Non» en étions arrivés à ce que les maîtres de la chirurgie n’osaient plus tenir un bistouri et se refusaient h opérer, acculés à ce poignant dilemme : laisser mourir le blessé, le tuer en l’opérant !
C’était, Messieurs, l’époque, qu’on ne connaîtra plus jamais, de la chirurgie qui s’était faite presque plus redoutable que secourable ! C’était l’époque où mon chef de service, le professeur Denonvilliers, chirurgien de la Charité, un Maître celui-là dans la science du diagnostic, un virtuose et un dilettante s’il en fut dans l’art d’opérer, nous disait : « Quand vous aurez une amputation à faire, regardez-y à dix fois, car, si nous décidons d’une opération, trop souvent nous signons un arrêt de mort ! » C’était l’époque, pour tout dire, où les chirurgiens avaient peur de la chirurgie!