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Straus. — La tuberculose et son bacille. Paris, 189ii

3. Redon et Ciienot. — Sérothérapie de la tuberculose. Soc. de Biologie. 189.3. 29 Juin.

4. Roger. — Rapport sur les applications des sérums sanguins. Congrès de Aancy, Août 189(i.

5. Richet et Héricourt. — E.vpérienccs sur la sérothérapie dans la tuberculose. 5of. de Biologie. 1893. 12 Janvier.

G. Boinet. — Traitement de la tuberculose humaine par le sang de chèvre inoculée avec de la tuberculine. Ibidem, 1893. G Juillet.

7. Behring. — Leistungen und Ziele der Serumtherapie. Deutsche med. Wochenschrift, 1893, n“ 38.

8. Niemann. — Ueber Immunitiit gegen Tuberkulose u. ïuberkuloseantitoxin. Centralblatt f. Bakteriologie, 1890. Février, p. 214.

9. Mafeucci et di vestea. — Experim. Untersuchungen ueber die Serumtherapie bei der Tuberkulinl'ection. Ibidem, p. 208.

10. Babès et Proca. — Académie des sciences, 1890. G Janvier.

Sérothérapie. Opothérapie.

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essayé d’immuniser des animaux en leur injectant d’abord de la tuberculine aviaire et humaine, puis en leur inoculant de la tuberculose aviaire et finalement de la tuberculose humaine. Les animaux ainsi traités auraient fourni un sérum capable non seulement de neutraliser la tuberculine, mais aussi de prévenir et de guérir la tuberculose des lapins et des cobayes ; appliqué à l’homme, ce sérum aurait conduit à des atténuations dans la marche et dans la forme de certaines tuberculoses ?

Toutes ces tentatives ont eu, en somnie, des résultats médiocres, souvent contradictoires, et aucune d’elles n’a paru en rien pouvoir résoudre l’important problème du traitement spécifique de la tuberculose.

Au reste, l’idée qui avait inspiré la sérothérapie antituberculeuse, à savoir l’état réfractaire des animaux appelés à fournir le sérum — que celui-ci fût physiologique, qu’il se fût modifié au contact de la tuberculose développée après inoculation, qu’il fût enfin travaillé par de la tuberculine — n’était point exacte. L’état réfractaire des animaux employés (chien, chèvre, âne, chevaux, volatiles) n’est que très relatif : la contagiosité, l’inoculabilité tuberculeuses étant chez tous affaire de simple nuance. Non facit saltus, peut-on dire de la tuberculose : elle s’attaque à toutes nos espèces domestiques ; il y a là une question de degrés, allant du fort au faible, allant de la vache, du cobaye, du lapin, au chien, à la chèvre, à l’âne et aux gallinacés.

,Ie ne saurais trop vous répéter que la fameuse immunité naturelle du chien et de la chèvre vis à vis de la tuberculose n’existe pas ; la clinique comparée se charge tous les jours de faire renoncer médecins, expérimentateurs, vétérinaires, à l’ancienne manière de voir.

S’il est vrai que le chien et la chèvre contractent moins facilement la tulierculose que d’autres animaux domestiques, ils n’en sont pas moins accessililes à cette maladie, et les cas de tuberculose caprine ne sont plus une rareté. Les vétérinaires de tous pays ont publié des cas non douteux de tulierculose caprine ; quant aux exemples de tuberculose chez le chien, on commence à ne plus lc*s compter.

11 en est de même pour les gallinacés, qui, disait-on, susceptibles de prendre la tuberculose aviaire, étaient réfractaires â la tubcrcidose humaine. Or, actuellement, on tend déplus en plus â ('ousidérer la tuberculose aviaire comme une des modalités delà tuberculose humaine : on a cité nombre de cas de contagion tuberculeuse de l’homme aux gallinacés, et il se pourrait bien que, non contente de passer de rhomnie à l’animal, la tuberculose aviaire allât refaire souche de tuberculose humaine ?

Je vous ai, à cet égard, déjà cité le travail de Cadiot, Gilbert et Roger sur l’identité microbienne des tuberculoses humaine et aviaire, identité

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qui jette la lumière sur l’étiologie de certains faits de contagiosité de tuberculose de l’aniinal à l’homme et de l’homme aux gallinacés. Témoin l’histoire d’une jeune fille atteinte de tuberculose à la troisième période, avec expectoration abondante, qui, dans un grand poulailler, passait une partie de son temps à nourrir des volailles. On vit bientôt s’abattre sur le poulailler une maladie qui y fit des ravages considérables, et, la jeune fille étant morte, les poules continuèrent à se cacbectiser et à mourir : les poules mouraient de tuberculose qu’elles avaient acquise en picorant les crachats nummulaires de la jeune fille, dont elles se montraient très friandes.

C’est là un cas dans lequel la contagion de l’animal par l’homme paraît incontestable. Des faits analogues ont été rapportés : témoin le cas publié naguère par Nocard, qui racontait l’histoire d’un garçon de ferme devenu souffrant, puis malade-tousseur, avec expectoration abondante, et qui, étant trop débile pour se livrer aux durs travaux de la culture, avait reçu comme emploi exclusif l’entretien d’un poulailler. .\otre tuberculeux y crache ses crachats nummulaires que les volatiles picorent à l’envi : peu après, nombre de ces poules deviennent malades. L’autopsie de quelques-unes démontre qu’il s’agit de tuberculose, alors que, de mémoire d’homme, on n’avait connu de maladies ni sur les animaux de la ferme ni sur le poulailler.

Donc, ^Messieurs, les sérothérapies antituberculeuses auxquelles je viens de faire allusion n’ont donné que de très médiocres résultats. S’il est vrai qu’au laboratoire on ait constaté, sous l’influeuce de ces sérums, quelques modifications dans l’évolution des tuberculoses expérimentales, s’il est vrai (|ue, dans quelques cas, la marche de la tubeiculose paraisse avoir été ralentie, je vous répète que jamais un cas de guérison authentique n’a été communiqué.

Si du laboratoire vous passez à la pratique, à la thérapeutique humaine, vous savez les résultats plus faibles encore. Pour moi, qui ai fait beaucoup de sérothérapie canine antituberculeuse, je u’ai jamais vu, ni au point de vue local, ni au point de vue général, de résultats vraiment dignes d’ètre retenus. Je reconnais que certains tuberculeux paraissent avoir tiré des injections de sérum quelques bénéfices, tels, par exemple, la diminution des sueurs, le retour passager des forces, l’augmentation de l’appétit. iMais il faut avouer que, quel (pie soit le sérum employé, beaucoup de malades auxquels on fait des injections paraissent on être heureusement influencés : c’est un jioint sur lequel j’ai déjà insisté, ne voulant pas dire par là, avec certains médecins, ([u’en sérothérapie la nature du sérum n’a aucune importance. Mais, ainsi ([ue je vous le dirai en parlant de l’emploi, soit du sérum sanguin physiologique, soit

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du sérum artificiel, il est un fait constaté par tout le monde, l’action favorable — pour un temps au moins — des injections de sérum : dès lors, rien d’étonnant à ce que des tuberculeux aient momentanément obtenu quelques modifications heureuses locales ou générales du fait d’injections faites avec les divers sérums.

J’ai maintenant, Messieurs, à vous parler d’un travail important, de longue haleine, conduit avec méthode, et qui, s’il n’a point donné de résultats concluants, n’en a pas moins engendré une méthode sérothérapique appliquée à l’heure actuelle, en Italie surtout, sur une assez vaste échelle.

Le 12 Août 1890, le Professeur Maragliano, de Gênes, communiqua au Congrès médical de Bordeaux les résultats obtenus dans le traitement de la tuberculose pulmonaire par une méthode nouvelle.

Le sérum antituberculeux^ dont il se servait, et sur la préparation duquel il ne donna, à cette époque, aucune explication, n’a d’autre inconvénient que d’élever momentanément la température, comme le peuvent faire d’ailleurs tous les sérums. Sous son influence — je cite textuellement les résultats cliniques annoncés — le pouls se ralentit, la pression artérielle monte, les leucocytes deviennent plus nombreux ; les urines ne sont pas modifiées, l’appétit augmente ainsi que le poids du corps. Eu ce qui concerne les symptômes propres à la tuberculose, le sérum diminue la fièvre d’une façon sensible, et l’on voit devenir apyrétiques des malades en proie depuis longtemps à une fièvre même intense.

Les injections ont une action évidente (en général au bout d’un mois) sur les foyers de broncho-pneumonie tuberculeuse, qui se dessèchent et au niveau desquels les râles disparaissent : la toux cesse, l’expectoration diminue et les crachats finissent par ne plus renfermer de bacilles. L’état général s’améliore et les forces reviennent. On obtient ces résultats bienfaisants, spécifie Maragliano, quand il n’y a pas ou qu’il y a peu d’associations microbiennes actives.

Lors de sa communication, ûlaragliano avait traité à l’aide de son sérum quatre-vingt-trois malades atteints des formes les plus diverses de tuberculose pulmonaire.

Sur quarante-cinq tubercideux à foyers peu étendus, avec peu de fièvre et peu d’associations microbiennes, vingt-neuf ont pu être considérés comme guéris. Quant aux seize autres, ils n’ont pas suivi le traitement jusqu’au bout et n’ont été qu’améliorés.

Treize cas de broncho-pneumonie tuberculeuse, à foyers étendus, avec ou sans fièvre, mais ne présentant que peu d’associations microbiennes actives, ont également tiré bénéfice du traitement.

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Quant aux tonnes destructives avec cavernes et associations microbiennes multiples, elles n’ont guère été modifiées par l’emploi du sérum.

Il ne faudrait pas pour cela, dit Maragliano, désespérer de guérir la tuberculose pulmonaire avancée. D’a[)rès lui , ce qui importe, ce n’est pas tant la durée de la maladie que l’extension des foyers, et leur nature, au double point de vue anatomo-patbologique et bactériologique. Il attache une grande importance aux associations microbiennes, et comme il rend celles-ci resjionsables des fièvres persistantes et élevées, il considère l’hyperthermie comme un symptôme de mauvais augure pour l’efficacité du traitement, [uiisque l’hyperthermie est justement fonction d’autres microbes ([ue de ceux de la tuberculose.

La dernière statistique, publiée dans le Journal de la clinique de Gênes^ porte sur 412 cas, traités tant par Maragliano que par ses confrères italiens.

En considérant cette statistique en bloc, on voit que le sérum a donné :

Guérison 16,26 p. 100

Amélioration 43, o5 —

Etat stationnaire 2a, 5i —

As'gravation 8,2a —

Si l’on entre dans les détails de la statistique, on voit que le nombre des guérisons a varié suivant la gravité de la maladie au début du traitement. Tandis que, dans les formes circonscrites, apyrétiques, le nombre des guérisons a été de 66,66 pour 100, dans les formes (‘avitaires il n’a été que de 7,76 pour 100, et dans les broncbo-peiimonies diffuses de 4,65 à 6,76 pour 100.

D’après les dernières indications de Maragliano, le traitement consiste à injecter i centimètre cube de sérum tous les deux jours, quel que soit le malade aiupiel on a affaire. Lorsque le malade présente une fièvre persistante et élevée, il vaut mieux injecter d’emblée 5 à 10 centimètres cubes. Si la température baisse, on injecte la même dose cim| à huit jours après, et l’on continue ainsi jusqu’à ce que la température soit ramenée définitivement à la normale. Quand le malade est devenu apyrétique, on lui injecte 2 centimètres cubes tous les deux jours. Il faut continuer le traitement jusqu’à ce (jue tous les râles aient disjiaru; on espace les injections en n’en faisant plus (pie deux, puis une, de I centimètre cube, par semaine.

Alors même que le malade paraît complètement guéri, que tous les phénomènes locaux et généraux ont disparu, Maragliano conseille de

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persister clans le traitement pendant encore au moins un mois. 11 croit même cju’il serait prudent d’injecter, pendant une année au moins, I centimètre cube de sérum par semaine.

Pour des raisons à lui particulières, iNIaragliano ne fit pas, lors de sa communication à Bordeaux, connaître la composition et le mode de préparation de son sérum. 11 vient de combler cette lacune et de donner les détails de son procédé*.

Il inocide aux animaux à immuniser toutes les substances toxicjues fjue l’on peut tirer de cultures très virulentes de tuberculose humaine.

Ces substances sont séparées en deux groupes dont la préparation dill'ére pour chacun.

Pour le premier groupe A ; on concentre la culture à ioo“ au bainmarie et on la filtre au Chamberland; on obtient ainsi en réalité une solution de tuberculine.

Pour le groupe B : on filtre au Chamberland la culture non cliaulTée et on la concentre dans le vide à 3o".

Le produit A renrerme les matériaux toxiipies provenant du corps des bacilles, tandis cpie le produit B renlerme leurs produits de sécrétion, cpie détruisent les hautes températures. Dans le premier cas, on a les protéines, dans le second les toxallnimines avec un peu de protéines.

Tandis que le liquide A élève la température, le liquide B détermine de riiypothermie.

Afin d’avoir un point de repère, Maragliano réduit ses deux liquides à une unité toxique constante, représentée [>ar la quantité nécessaire pour tuer un même poids de cobaye sain, et il concentre les deux liquides de façon à ce que chaque centimètre culje contienne loo unités toxiques, c’est-à-dire tue loo grammes de cobaye sain.

Pour immuniser les animaux, il se sert tl’un mélange de trois parties de A avec une jiartie de B.

C’est ce mélange qu’il inocule à dillerents animaux, chien, âne, cheval, à la dose de 2 milligrammes par kilogramme d’animal ; il augmente d’un milligramme par jour et par kilo d’animal; jusqu’à atteindre 4«

5o milligrammes par kilo. Quand ce chifi're est atteint, il inocule toujours la même quantité et continue cette pratique pendant six mois.

A ce moment, les animaux sont immunisés et résistent à l’inoculation de quantités considérables de matériaux toxiques et môme aux injections de cultures tuberculeuses virulentes qui tuent les animaux témoins. En outre, leur sérum possède des propriétés antitoxiques.

1. Maracliaxo. — Le sérum antituberculeux et son antitoxine. Presse médicale, 1890. 10 Juin.

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Après un repos de trois à quatre semaines, on saigne les animaux et on recueille leur sérum.

Un gramme de ce sérum protège un kilogramme de cobaye sain contre une dose mortelle de tuberculine : il protège également les cobayes tuberculeux contre la dose de tuberculine nécessaire pour les tuer.

Enfin, chez riiomme tubercideux, le minimum de tuberculine qui donne la fièvre à un tuberculeux apyrétique est neutralisé par i centimètre cube de sérum. En effet, si, ayant obtenu par tâtonnements la dose de tuberculine nécessaire pour donner la fièvre à un tulierculeux apyrétique, on lui injecte cette dose, on détermine la fièvre : quarantehuit heures après avoir obtenu cette réaction, on injecte la môme dose de tuberculine avec i centimètre cube de sérum de Maragliano, et il ne se produit pas de réaction.

Trois à cinq jours après, on injecte la même quantité de tuberculine sans sérum et l’on a de nouveau la réaction.

Les tuberculeux qui ont été traités par le sérum cessent de réagir en présence de la tuberculine, môme si la dose injectée est dix fois supérieure à celle qui était primitivement nécessaire pour produire la réaction.

En outre, le sérum est in ciV/’o bactéricide pour le bacille tuberculeux : en effet, si l’on ensemence du bacille tuberculeux dans des tubes renfermant, les uns du sérum normal, les autres du sérum thérapeutique, chauffés l’un et l’autre à 6o", pour détruire le pouvoir bactéricide naturel du sérum, on constate que les bacilles poussent sur le sérum normal, tandis que le sérum thérapeutique reste stérile.

Le pouvoir du sérum est dosé d’après sa puissance antitoxique vis-à vis de la tuberculine. Sur le cobaye sain, i centimètre cube de sérum possède i.ooo unités anlitoxiques, c’est-à-dire sauve un kilo de cobaye sain contre la dose de tuberculine nécessaire pour le tuer.

La première communication de iNIaragliano avait été accueillie avec une certaine réserve, qu’expliquaient, d’une part, l’échec de la lymphe de Koch, proposée comme remède de la tuberculose, d’autre part, le mystère dont Maragliano entourait la préparation de son sérum.

En Italie, le sérum antituberculeux génois est entré assez vite dans la pratique courante, avec l’autorisation officielle du Gouvernement, et a été l’objet des recherches de Fasano, Mariani, y\scenzi, Argento, Pizzini, Gervesato, Galvagni et surtout de Errico di Renzi ’, cpii l’a employé

1. Di Renzi. — Sulla azione del siero Maragliano. La Riforma medica, 1890, I, p. 87.

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chez vingt-deux malades. En France, Vidal, Biaise et Régnier ‘ s’en sont également servi et ont constaté chez leurs malades une certaine amélioration.

J’ai tenu à vous parler du procédé de ^laragliano avec quelques détails, parce que la communication de mon collègue de Gènes a l’ait un certain bruit, et qu’il s’agit là d’un important travail, conduit scientifiquement. Je laisse toutefois à l’avenir le soin de juger cette méthode; si je me suis étendu sur le traitement du professeur 5Iaragliano, c’est parce que son travail de longue haleine a eu un grand retentissement ; c’est parce qn’il s’étaye sur un très grand nombre d’expériences et d’observations — qui, je dois l’avouer, ne m’ont en rien convaincu de l’action thérapeutique du sérum de Gènes ; c’est parce que sa méthode est très employée en Italie, et qu’en France nombre de confrères m’ont demandé dans quelles proportions ils pouvaient faire bénéficier leurs malades de la médication antiphtisique italienne.

J’avoue que mon opinion n’est nullement faite sur la valeur thérapeutique du sérum ^Maragliano ; nous manquons à Paris, les uns et les autres, d’expérience personnelle. Il m’apparaît qu’il y a, dans la voie ouverte par Maragliano, un progrès ; il semble que la médication soit sans nocuité, ce qui est la première des qualités à posséder pour un nouvel agent de ^latière médicale animale.

Pour que la sérothérapie, d’après la manière de 5Iaragliano, soit acceptée de la Clinique, il faudra qu’elle produise à son actif nombre d’observations minutieusement prises et scrupuleusement suivies : si la Clinique ne procédait pas ainsi, elle courraitau-devant des pires mécomptes. Est-ce que nous n’avons pas dix médicaments qui tour à tour ont été donnés comme spécifiques de la tuberculose ? Quelle part faut-il faire, dans les injections de Maragliano, au sérum envisagé comme agent général d’activité phagocytaire ? quelle part faut-il reconnaître au sérum envisagé comme agent spécifique d’activités spéciales phagocytaires ? Quelle part faut-il reconnaître au sérum envisagé d’abord comme soluté antimicrobien, ensuite comme soluté antitoxique ?

Si la question de doctrine est épineuse, la question de thérapeutique appliquée ■ — ce qui nous importe le plus pour le moment — est îles plus difficiles à juger. Quand bien même de nombreuses observations viendraient demain se joindre à celles (pi’ont déjà publiées les journaux italiens, il ne faudra pas, dans l’intérêt même de la ^Méthode génoise, se presser de conclure. Si je dis cela, ce n’est nullement jiour pré-

t . Rkgmer. — Traiteincnt de la phtisie pulmonaire par la sérothérapie. Société c/îniqué des praticiens de l'rancc, 1890.

SÉROTHÉR.VPIE DES MALADIES INFECTIEUSES

juger la question, c’est uniquement parce que, ^laragliano nous ayant lui-même annoncé que son sérum ne donnait vraiment de résultats appréciables (pie sur les formes moyennes, pas trop avancées, de la phtisie, nous ne devons pas oublier que, tous les jours, dans les tuberculoses pulmonaires du premier et du second degré, nous observons, tant dans les symptômes locaux que dans les phénomènes généraux, des changements, des améliorations, des répits, des sommeils, des extinctions complètes, et cela aussi bien alors que nous avons mis en œuvre le meilleur de nos médications symptomatiques, qu’alors même parfois que, de guerre lasse, nous nous en sommes tenus à un minimum de thérapeutique médicamenteuse palliative * ; sans parler, bien entendu, des

1. Depuis que ces leçons ont été faites, j’ai eu l’occasiou de mieux connaître la méthode antiphtisique italienne, et cela, tant à la clinique de la Faculté de médecine de Gênes (Octobre i8()(l), qu’à Paris, oi'i j’ai pu, cliniquement, essayer le sérum mis larp^ement à ma disposition par mon collègue Maragliano.

Je me suis longuement expliqué sur cette question de thérapeutique doctrinale et appliquée, cet hiver même, à mon dernier cours de la Faculté (premier semestre, 1890-181)7), dont l’objet spécial était le traitement prophylactique, curatif, symptomatique, médicamenteux ou palliatif de la tuberculose.

Envisageant, dans ce cours, avec détails toutes les médications anciennes et nouvelles (tanin, huile de foie de morue, iodures, créosote, gaïacol, iodoforme, etc., etc., phagothérapie, aérothérapie, cures marines, cures d’altitude, sanatoria, etc., etc.), exposant à nouveau les résultats obtenus par le sérum do Maragliano, j’ai fait mes réserves sur Faction thérapeutique antituberculeuse du sérum italien.

J’ai cru pouvoir donner l’idée la plus exacte du progrès marqué par la sérothérapie génoise, j’ai cru pouvoir en donner la philosophie, en disant qu'à bien observer les choses la médication, pour efficace qu elle fût dans un certain nombre de cas, était tout autre que nous l'avait dit et tout autre que ne l’avait conçue et interprétée son inventeur. J’ai enseigné qu'il s’agissait là bien plutôt d’une médication antidotique que d'une médication antiinfectieuse; qu'il s’agissait d'une médication plus anlilubercuUneuse antituberculeuse, les injections paraissant agir bien plus et bien mieux contre l’intoxication tuberculincuse continue, à type intermittent quotidien vespéral, que contre l’infection et la tuberculisation.

En un mot. j’ai cru voir (comme je le disais déjà à Gênes au professeur Maragliano) dans l’emploi du nouveau sérum une efficacité contre la tiixinémie tuberculincuse et non contre Finfection tuberculeuse elle-même, le sérum de Maragliano, contrairement à ceux des sérums que nous savons être à la fois antimicrobiens et antitoxiques (sérum antidiphtérique, sérum antipesteux, par exemple) semblant doué spécifiquement de fonction antitubercuUneusc , de fonction antidotique. C’est que le sérum de Maragliano (à l’encontre de la manière dont Fa présenté son inventeur qui en faisait, on s’en souvient, l’agent curateur de la tuberculose évoluant à titre de maladie infectieuse) semble agir contre la toxinémie secondaire de la tuberculose plus que sur la maladie causale ; le sérum porte son action antidotique sur un des éléments — et non le moindre — constitutifs de Féthisic, sur la tuberculine élaborée par les bacilles de Koch.

Si les choses sont ce que l’expérimentation, aussi bien que les injections faites à mes malades, m'ont permis de penser, il en résulte qu’une seulement des faces du problème thérapeutique antiphtisique a été abordée par Maragliano. Si nous avons dans son sérum, aujourd’hui mieux qu’hier, un moyen quasi spécifique de traiter le tuberculineux et de le débarrasser, parfois, des inconvénients, des souffrances et des dangers de sa toxinémie, il reste eticore et surtout à trouver le moyen de mordre sur la tuberculose en tant que maladie microbienne infectieuse.

11 semble, à ne viser que la toxinémie tuberculineuse fébrile, à ne viser que Fantidotisme tuberculineux, il semble, dis-je, que le sérum de Maragliano soit un progrès, encore qu'il ne se montre pas efficace dans la totalité des cas où son emploi parait formellement indiqué.

Quoi qu’il advienne de la valeur thérapeutique — valeur que la Clinique se chargera bien

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guérisons auxquelles nous amenons certaines tuberculoses de toutes i'ormes et de tous degrés simplement par la phagothérapie et l’aérothérapie.

A côté du travail de Maragliano viennent se placer quelques nouvelles expériences et quelques nouvelles tentatives thérapeutiques faites par Ch. Richet ‘ et Héricoiirt, qui auraient obtenu des résultats assez satisfaisants en traitant deux tuberculeux à l’aide de sérum de chien immunisé.

Je ne citerai que pour mémoire les recherches de Redon et Ghenot^, de Boinet^. Behring*, lui aussi, a obtenu, en inoculant de la tuberculine à des animaux, un sérum qui préserve les cobayes tuberculeux contre des doses mortelles de tuberculine.

Babès et Proca Nieniann®, constatèrent également que le sérum des animaux auxquels on injecte de la tuberculine protège les animaux tuberculeux contre Faction toxique de la tuberculine.

En traitant des animaux par la tuberculine, puis par les bacilles morts, on obtient, d’après Babès et Proca, un sérum dont l’injection, précoce et à haute dose, guérit la tuberculose expérimentale. De plus, ce sérum empêche le développement du bacille in vitro et le rend inoffensif pour le cobaye.

Gilbert ’’ (de Genève), s’apjiuyant sur cette hypothèse que le liquide pleural de la pleurésie dite a frigore renferme une substance voisine de la tuberculine de Koch, s’est servi du liquide pleural comme d’un

d établir — du sérum de Maragliano, je serais bien étonné si l’emploi qu’on en fera sur de nouveaux malades lui révélait d’autres propriétés que ses qualités antidotiques, la spécificité antimicrobienne ne paraissant pas son afl'airc.

D’après cela, un sérum qui, demain, nous serait apporté, spécialement ou spécifiquement antimicrobien, c’est-à-dire vraiment antituberculeux, primerait en valeur et en importance le sérum de .Maragliano, et rendrait en quelque sorte celui-ci d’application superflue.

La bacillose et la tuberculose préludant, en tant que maladies infectieuses, à la tuberculinose, maladie toxique, il est clair que les médications qui, chez le néotuberculeux, arrêteraient la maladie à ses premiers stades d’irritation inflammatoire réactionnelle, feraient si bien, qu’on n’aurait plus guère besoin de recourir à l’agent spéeialement antidotique de la tuberculine. Au reste, il est probable que, si on trouve demain le sérum antituberculeux, il en sera de lui comme du sérum antidiphtéritique et antipesteux, qu’il jouira des doubles propriétés antimicrobieunes et antitoxiques, [Note ajoutée en Juillet 1801.)

1. Richet. — De la sérothérapie dans la tuberculose et dans la syphilis. Société de Biologie, 181)5. 12 Janvier.

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