Gilbert, de Genève. — Gaz. des Uôpitaux
agent thérapeutique pour faire des injections sous-cutanées aux malades atteints de pleurésie tuberculeuse.
Il a ainsi traité 21 cas. L'injection est, dit-il, suivie d’une réaction fébrile énergique ; l’épancbenient se résorbe peu à jieu et l’état général s’améliore ; quinze jours à trois semaines suffiraient pour obtenir la guérison. Je vous ferai. Messieurs, en passant, remarquer que, si trois semaines étaient le terme moyen nécessaire aux pleurétiques injectés par Gilbert pour résorber leur épanchement, sa médication ne prendrait pas beaucoup d’avance sur les résidtats que donnaient en pareille matière nos anciennes médications antipleurétiques.
Je vous cite ce travail surtout à cause de son intérêt doctrinal ; j’ajoute que, si j’ai d’excellentes raisons personnelles pour savoir pertinemment que les épanchements pleuraux produits a frigore^ fonctions de tuberculose locale, sont tles solutés de tuberculine, je fais des réserves sur l’interprétation que donne Gilbert, lorsqu’il cherche un rajiport de cause à eftet entre ses injections et le retrait de l’épanchement pleurétique ?
Si, pour moi comme pour le D’’ Gilbert, les épanchements séreux pleuraux sont mouillés de tuberculine, si pour moi ce sont de véritables sérums tuberculineux, la croyance ne m’en vient pas seulement des idées patbogéniques que j’enseigne depuis quinze ans sur l’origine tuberculeuse des ])leurésies dites simples ; elle me vient encore de ce fait, qu’en 1890, à l’bopital Tenon, à l’époque dé la grandeur éphémère de la lymphe de Koch, j’eus l’occasion d’injecter à un de mes tuberculeux une pleine seringue de Pravaz de liquide séreux pleural retiré, le matin môme, de la plèvre d’une de mes malades atteinte de pleurésie aiguë ctfrigove^ qui rapidement s’affirma tuberculeuse. Mon phtisique, porteur sous la clavicule gauche de lésions nettement tuberculeuses au premier et au second degré, avait ouï parler de la fameuse lymphe de Koch, et avait, dans la presse extra-médicale, lu les résultats merveilleux obtenus par elle à Berlin et à Vienne ! De la lymphe, il en voulait, et comme, alors que je n’en avais pas pour lui, il me harcelait tous les matins pour que je lui en trouvasse, je lui fis, avec une manière de cérémonial destiné à lui donner satisfaction, l’injection de liquide pleural que je viens de dire. Or, s’il y eut chez mon malade, consécutivement à mon injection, peu de modifications locales, s’il y eut peu de troubles fonctionnels appréciables, il y eut, le soir même, une élévation thermique centrale de un degré deux dixièmes, élévation thermique que j’interprétai dans le sens d’une quantité de tuberculine que mon injection était venue additionner avec celle que mon malade produisait déjà pour son propre compte.
Vous savez que, depuis, pareilles injections de liquide pleural ont été
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faites par mon collègue le professeur Debove, cpii en a communiqué les résultats à la Société médicale des hôpitaux.
Quel ((lie soit l’avenir (iratique réservé à l’emploi de pareilles injections liy|)odermiques de liquide pleural séreux, je ne m’en veux point de retenir votre attention sur ces faits, qui comportent tant d’enseignements.
Messieurs, je crois avoir été com|)let dans rénumération des tentatives si nombreuses de sérothérapie applicpiée à la phtisie pulmonaire.
Tout, à mon sens, reste à faire dans cette question. Ni les tentatives sérothérapiques avec le sérum des animaux sains (chien, chèvre), ni les tentatives avec le sérum des animaux immunisés, n’ont apporté un nombre sul'lisant d’observations pour former une conviction favorable. J’ai d’autant plus le droit de formuler ces réserves, que j’ai l'ait un nombre considérable d’injections de sérum animal chez des phtisiques. Si, chez les malades que j’ai traités, je n’ai jamais observé ni inconvénients ni difficultés du fait de mes injections, en revanche, je ne me suis jamais aperçu (pie la sérothérapie ait eu plus d’efficacité — (juand elle en avait — sur l’état général et moral du patient, que celle (pie j’ai constatée fréquemment, en pareille circonstance, en faisant des injections de sérum artificiel. Je crois que, chez certains jihtisiques, l’injection de sérum animal, aussi bien (jue de sérum artificiel, n’est point indilférente. ^lais, je me crois autorisé à dire (ju’en pareil cas la sérothérapie fait beaucoup plus pour le malade, jihysiquement parlant, (jue pour la maladie. En outre, je ne saurais trop vous rappeler que la phtisie est, de toutes les maladies, celle dans la(|uelle la thérapeuti(pie est le plus difficile à juger. Il l'allait bien s’attendre à ce (|ue l’on publiât des observations de malades sérothérapisés, chez lesquels la médication ne mampierait pas de revendiquer, avec une certaine vraisemblance de raison, raniendement incontestablement survenu, tant dans les phénomènes locaux que dans les |)hénoniènes généraux.
11 n’est pas d’interventions médicamenteuses contratuberculeuses — et nous savons si leur nombre est considérable — qui ne comptent à leur actif des succès singulièrement jilus nets et plus nombreux que ceux revendi(|ués par la sérothéra()ie.
En (léj)it que j’en aie, la sérothérajiie antiphtisiipie ne me (laraît jias encore à la veille de supjdanter les médications (pii, sans être nullement spécifi((ues (telles la suralimentation, les cures d’air disci|)linées, vécues sans fatigue, sans soucis, sans afi'aires), amènent tant de tuberculeux à guérison, pourvu que nous sachions em()loyer hâtivement ces médications, (lourvu ipie nous sachions les im|)oser en temps opportun (loniine une loi en dehors de Ia([uelle il n’y a (las de salut.
SEROTHERAPIE DES MALADIES INFECTIEUSES
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Si la sérothérapie de la phtisie n’a pas répondu aux espérances qu’elle avait données, nous ne devons pas méconnaître que la sérothérapie antitulierculeuse, appliquée par contre à certaines tulierculoses locales, principalement aux tuberculoses cutanées, a conduit à des résultats, à des succès qui intéressent le médecin praticien autant que le médecin doctrinaire.
Parmi ces tentatives, les unes ont été faites avec du sérum d’animaux ; il s’agit de véritable sérothérapie tuberculeuse ; d’autres tentatives, laites avec des toxines empruntées à des microbes différents du bacille de Koch, relèvent de la bactérithérapie et de la toxinothéra[)ie.
S’appuyant sur ce fait, que le cliien, tout en étant accessible à la tuberculose, comme l’a montré Cadiot, et comme le prouvent nombre d’observations chaque jour puliHées à la Société centrale de médecine vétérinaire^ offre cependant une certaine résistance à cette maladie, de façon qu’elle évolue chez lui d’une manière incomplète, Broca et Charrin ‘ ont employé le sérum de chien rendu tuberculeux pour traiter les tuberculoses chirurgicales, en particulier celles de la peau, qui, vous le savez, sont pauvres en bacilles, qui sont aisément accessililes et au niveau desquelles les associations microbiennes sont faciles à éviter.
Us ont ainsi guéri une ulcération fongueuse rebelle, consécutive à l’ablation d’un ganglion épitrochléen, et amélioré une ulcération atone, développée au niveau de la cuisse à la suite de l’extirpation incomplète d’un lupus. Sous l’influence du même traitement, deux vastes lupus ulcéreux du membre supérieur se sont rapidement cicatrisés. Les injections ont également amélioré un lupus du liras non idcéré, mais très saillant, ainsi qu’un petit lupus de la face.
Les cicatrisations obtenues dans ces tuberculoses ulcéreuses, qu’on pourrait appeler néoplasiques, offrent plus d’une analogie avec les résultats que je vous ai dit, dans la dernière leçon, avoir été obtenus au cours de certaines syphilis tertiaires, ulcéreuses ou néoplasiques, traitées par le sérum antisypbilitique d’âne, aiupiel on avait au préalable injecté du sang d’homme syphilitique.
D’autres auteurs, partant de ce fait, établi par la (diniipie, ([u’un érysipèle intercurrent peut guérir diverses affections cutanées plus ou moins rebelles, telles que scrofulides, sypbilides, chéloïdes, épitbéliomes, sarcomes, etc., ont tenté de traiter les affections cutanées tuberculeuses par les injections de cultures de streptocoques, soit vivantes, soit stérilisées. Je vous rajipellerai les noms de Lassar, Spronck, Coley,
I. Broca cl Chakuin. — Traiteinenl des tuberculoses cutanées par le sérum de chien tuberculeux. Société de Biologie, 189a. 27 Juillet.
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Friedrich, Rocher, Repin, qui essayèrent de modifier par ce procédé les tumeurs malignes. Ce que ces auteurs avaient fait, avec quelque succès, dans certaines variétés de néoplasmes, Roger et Hallopeau ont tenté de le faire pour le lupus*.
Dans une première série de recherches, ils se sont servi de cultures de streptocoques sur bouillon de bœuf, maintenues pendant quinze jours à l’étuve, puis évaporées au bain-marie au sixième de leur volume primitif, chaulfées enfin pendant quinze minutes à l’autoclave à iio“, mais non filtrées. Le liquide olitenu renfermait par conséquent à la fois les toxines modifiées par la chaleur et les cadavres microbiens.
L’expérimentation sur les animaux ayant démontré que l’injection de ce produit était inoffensive , Hallopeau et Roger ont essayé son action sur sept femmes atteintes de lupus, en l’injectant au niveau des régions malades, dans l’éjiaisseur même du derme. Ils ont commencé par V ou VI gouttes, pour monter progressivement à XXX gouttes dans les cas oi'i la sensibilité du sujet n’était pas trop grande.
Ces injections ont déterminé une réaction locale assez forte, consistant en une tuméfaction souvent étendue, mais disparaissant en vingtquatre à quarante-huit heures. Les phénomènes généraux, tels que courbature, malaise, ont été très peu maripiés : il n’y a pas eu de fièvre.
Dans une deuxième série de recherches, ils ont employé un mélange de cultures streptococciques et de cultures stériliséesde bacillus prodigiosus. Quatre malades ont été injectées avec ce mélange ; elles en ont d’abord reçu III gouttes, mais cette injection a déterminé de graves accidents, tels que frissons, refroidissement, accélération du pouls, hvperthermie, nausées, vomissements, diarrhée. Ces accidents, qui se sont accompagnés d’une poussée d’herpès labial, ont été de courte durée. La seconde injection n’a été que de II gouttes, puis, les malades s’étant accoutumées à la toxine, on a pu aller jusqu’à VI gouttes.
Quant aux résultats obtenus, les auteurs déclarent que, sur leurs sept malades, une seule a été presque complètement guérie ; chez deux, il s’est produit une amélioration très notable ; chez quatre, enfin, les résultats ont été nuis. Les meilleurs elfets ont été obtenus chez les sujets jeunes et chez ceux qui avaient un lupus à tubercules végétants, fongueux, avec ulcérations étendues et profondes. Au contraire, le résultat a été médiocre ou même nul dans les (‘as oii la sclérose dominait et oii l’on ne vovait cpie des tubercules enchâssés dans un tissu cicatriciel.
1. Hallopeau cl Roger. — Action des toxines streptococciques sur le lupus. Presse mcdiealc, 18%. 8 Avril.
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Hallopeau et Roger ne croient pas à une action spécifique antibacillaire des produits qu’ils ont employés : ils pensent que les toxines portent leur action non sur le microbe mais sur l’organisme ; elles stimulent sa puissance réactionnelle et provoquent au point malade un afflux de sérum et de leucocytes qui viennent lutter contre les bacilles et contre le tissu morbide développé sous leur influence ?
Je n’ai pas besoin de vous rappeler, Messieurs, que plusieurs fois déjà je vous ai proposé la même interprétation, à propos de la sérothérapie antisyphilitique et de la sérothérapie antituberculeuse, quand elles se sont attaquées avec succès aux formes tertiaires, ulcéreuses, néoplasiformes : gommes ulcérées des syphilitiques et des tuberculeux. J’ai cru, dans ces diflerents cas, au rôle phagocytaire des sérums antisypbilitique et antituberculeux : je vous ai dit que la sérothérapie, dans ces cas, semblait aller droit au service du malade plus qu’elle n’intervenait sur la maladie pour exercer contre elle une action antidotique. Je vous ai signalé, à ce propos, par manière d’actions analogues, les effets non indifférents de la sérothérapie artificielle, et je vous ai rappelé, en d’autres occasions, que Brown-Séquard avait vraiment amélioré certains tuberculeux par des injections de liquide testiculaire. Tous ces résidtats sont à rapprocher les uns des autres et semblent avoir un lien commun, ils sont fonction d’actes phagocytaires, puisque je n’ai cessé de répéter que les sérums étaient des meilleurs parmi les agents médicamenteux, incitateurs et dynamogénisants ; c’est en ce sens que la sérothérapie représente une des meilleures médications que nous sachions mettre au service de la « natura medicatrix ».
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