‹ Les sérothérapiesChapitre 47 sur 57 · MATIÈRE MÉDICALE ET THÉRAPEUTIQUE COMPARÉES · texte numérisé non relu

MATIÈRE MÉDICALE ET THÉRAPEUTIQUE COMPARÉES

Solidarité des Matières médicales vétérinaire et humaine : Thérapeutirjues animale et humaine fusionnées.

Services rendus par la médecine vétérinaire à la médecine humaine : emprunts faits par la médecine humaine à la Matière médicale et à la Thérapeutique vétérinaires. Nécessité pour le médecin thérapeute d’étudier comparativement la pathologie humaine, animale et végétale : épidémies, épizooties, épiphyties.

Intérêt doctrinal et pratique de ces études associées. — Thérapeutiques appliquées, humaine, animale et végétale, éclairant la Thérapeutique générale.

Identité de certaines toxines animales et végétales : mithridatisme des unes et des autres (Brieger, Ehrlich). — Immunisation acquise et héréditaire contre la ricine et l’abrine, aussi bien que contre les toxines animales. — Le jequirity , toxine végétale, antidote de toxine animale, antidote de venins.

Unité de la Matière médicale, qu’elle tire ses agents et ses effets des protoplasmas humain, animal, végétal ou microbien : faits et doctrines. — Empirisme et Thérapeuticjue moderne.

Quoi qu’il en soit de l’avenir que la clinique humaine réserve peut-être à l’emploi de la malléine, vous ne sauriez m’en vouloir, Messieurs, d’avoir, devant vous, traité une question de Matière médicale vétérinaire. Je regretterais plutôt de ne vous en avoir point parlé ; de même que je m’en voudrais si je m’étais interdit les nombreuses incursions que j’ai déjà faites, au cours de ces leçons, dans la médecine vétérinaire, afin d’y puiser maints enseignements dont ne saurait, aujourd’hui moins que jamais, se désintéresser notre Thérapeuticjue. Jamais trop, comprenez-le bien, vous n’entendrez parler physiologie, pathologie, thérapeutique des animaux; et, s’il n’est guère de chaires de Médecine propre-

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ment dite qui ne trouvent à propos de faire d’incessants emprunts à la pathologie animale, il n’en est aucune, croyez-moi, qui doive rester en plus constante et plus complète communion d’idées avec la Médecine comparée, que cette chaire de Thérapeutique et Matière médicale.

Que serait la Thérapeutique expérimentale, je vous le demande, sans la connaissance de la maladie expérimentale et l’étude de la pathologie comparée? Ne savez-vous pas que la vraie thérapeutique expérimentale date d’hier seulement, nos devanciers ayant plus contribué, par leurs expériences sur les agents médicamenteux, à faire l’histoire de la pharmacodynamie et de la toxicologie que l’histoire de la thérapeutique, pour cette raison très simple, que j’ai développée ailleurs, que, pour pouvoir faire de la véritable thérapeutique expérimentale, il fallait d’abord pouvoir faire de la pathologie expérimentale. 11 fallait pouvoir donner à l’animal une maladie expérimentale, par exemple une maladie infectieuse ou une maladie toxique, puis trouver le moyeu et l’agent capables d’arrêter, d’empêcher ou de guérir ces maladies. C’était sur l’animal malade, et non sur l’animal sain, qu’il fallait pouvoir expérimenter les agents de la Matière médicale x’éputés médicaments.

Comprenez-vous comment et pourquoi la pénétration de la médecine humaine par la médecine vétérinaire est devenue aussi intensive qu’in dispensable ? Comprenez-vous que si, par un côté immédiatement utilitaire, la médecine humaine se reconnaît tributaire de la Vétérinaire, ce soit surtout par le côté Matière médicale nouvelle, par exemple par l’emploi des sucs organiques; ce soit encore et surtout par la thérapeutique, par la sérothérapie et par la toxinothérapie ?

Notez, Messieurs, que je ne vise ici qu’une des faces de la question, car si, au lieu de Matière médicale et de Thérapeutique, je parlais de Séméiotique, j’aurais à vous rappeler toutes les réactions que nous demandons quotidiennement à la pathologie comparée, depuis le diagnostic courant de la tuberculose par inoculation du cobaye et du lapin, depuis le diagnostic de la pneumococcie par inoculation des souris, jusqu’au diagnostic du larcin par les inoculations intrapéritonéales du cobaye mâle, par exemple, etc., etc.

Notez que, si je parlais en pathologiste général ou en hygiéniste, j’en aurais long à vous dire sur l’ignorance de la nature et des causes des maladies humaines, dans laquelle nous serions encore, si nous n’avions pas eu, pourrions fixer, les enseignements de la pathologie vétérinaire. Celle-ci n’a-t-elle pas démontré combien énorme, combien continue est la solidarité qui unit l’animal à l’homme, dans la santé comme dans la maladie ? Ne voyons-nous pas, chaque jour davantage, comment la ma-

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ladie passe de l’animal à l’homme, soit médiatement, par l’intermédiaire des plantes on du sol, soit immédiatement, quand l’animal devient par exemple matière alimentaire, soit immédiatement encore par les mille et un contacts de la domesticité animale ?

Pour en revenir spécialement à la Thérapeutique et à la Matière médicale, notre thérapeutique humaine n’a-t-elle pas, pour se faire immunisatrice, calqué les procédés empiriques à l’aide desquels la Vétérinaire avait obtenu et proclamé les immunités animales ; n’est-elle pas tributaire des inventions et des procédés de vaccinations animales de Toussaint et de Pasteur? La ^Matière médicale nouvelle ne tire-t-elle pas des animaux les plus merveilleux, les plus puissants de ses agents, puisqu’elle s’adresse aux animaux pour élaborer, pour manufacturer ses médicaments nouveaux? N’est-ce pas sur les animaux, sur les équidés le plus souvent, que notre Matière médicale se fournit de ses meilleurs sérums, que ceux-ci soient employés à l’état physiologique, ou qu’ils aient été au préalable travaillés, en vue de remplir le rôle immunisateur ou curateur que vous savez ?

N’avons-nous pas vu encore la thérapeutique humaine appliquée recevoir de la médecine vétérinaire révélation de certaines quasi-spécificités médicamenteuses, telles, par exemple, celle de l’iodure de potassium employé par le vétérinaire hollandais Thomassen dans l’actinomycose des bovidés ? Transporté de la thérapeutique vétérinaire dans notre thérapeutique, l’iodure de potassium y trouve son application spéciale assez fréquente, puisque vous ne pouvez ignorer que les cas d’actinomycose ont cessé d’être une rareté clinique, maintenant que, mieux instruits, nous songeons à la possibilité de localisations sur l’homme des actinomycètes, maintenant que nous ne les confondons plus ni avec la syphilis ni avec la tuberculose.

Nos remarques, à nous médecins, sur ce point particulier, se sont trouvées encore singulièrement d’accord avec celles des thérapeutes vétérinaires qui nous avaient dit qu’aussi bien l’iodure de potassium faisait merveille chez les bovidés, dans l’actinomycose des muqueuses, aussi insulTisant il se montrait dans l’actinomycose osseuse, dans l’actinomycose maxillaire si frécpiente chez le bœuf. Par suite, les cliniques vétérinaire et humaine se sont entendues pour opposer hâtivement à l’actinomycose osseuse la thérapeutique chirurgicale, tandis que, par la médication indurée seule, elles venaient à bout le plus souvent de ces formes d’actinomycose linguale, bucco-pharyngée , œsophagienne ou cervico-faciale relativement communes, dont maintes observations chez l’homme ont depuis lors été relatées un peu partout.

Je n’en finirais pas. Messieurs, si je me laissais aller rien qu’à vous

MALLÉINE

énumérer les occasions qui, chaque jour, font et feront la médecine humaine et la médecine vétérinaire alliées et solidaires. Rélléchissez-y bien, par ce temps de pénétration les unes par les autres de toutes les branches de la science, le médecin en quête de lumières ne peut plus rien comprendre, s’il n’est biologiste dans toute la force du terme.

Sans vous condamner, IMessieurs, à l’ignorance, à l’impuissance devrais-je dire — je parle ici à des médecins-thérapeutes, — sans vous condamner à rétrécir de gaieté de cœur le champ de votre activité militante, vous ne pourrez plus dire comme nos pères (dans la variante qu’ils donnaient du mot de Térence), vous ne pourrez plus dire : « INIedicus sum, nil humani a me alienum puto » ; vous ne pourrez même plus dire ; « Nil animal! » ; il faut que vous disiez : « Medicus sum, nil vitæ a me alienum puto ».

Au train dont vont toutes choses, celles de la Thérapeutique et de la Matière médicale en particulier, il ne suffit plus d’arrêter nos études de médecine comparée sur les animaux, il faut que nous les poussions jusque sur les végétaux; et c’est encore de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique végétales dont il faut savoir nous soucier. Je ne crois rien exagérer en disant que, demain, les thérapeutes, autant que les étiologistes et les nosographes, autant que les pathologistes généraux et les hygiénistes, auront beaucoup à apprendre de l’étude de la pathologie végétale, de l’étude des épiphyties.

Lorsque, Messieurs, à propos de thérapeutique préventive, défensive autant que curative, j’aurai à étudier avec vous les terrains humains dans leur facile connivence ou dans leur non-connivence avec les éléments pathogènes, avec les graines morbides, aussi bien qu’avec les agents médicamenteux; quand, à propos des médications reconstituantes, je vous dirai ce que la thérapeutique sait faire, en matière d’amendements des terrains humains, comme l’agriculture en matière d’assolements ; quand je vous dirai, en matières d’étiologie et de thérapeutique comparées, ce qu’on a fait contre les maladies de la vigne, contre les maladies des betteraves (qu’il s’agisse du phylloxéra ou du silphe opaque), vous saisirez mieux la portée de ces études de pathologies comparées.

Vous comprendrez merveilleusement que si, pour l’homme, pour les animaux et pour les plantes, la maladie se résout toujours et partout en un vice de nutrition (ressortissant à une infection ou à une intoxication, acquise ou héréditaire), vous comprendrez, dis-je, que les lois générales de la thérapeutique ne sauraient guère différer avec le milieu organique malade. Homme, animal et plante sont, dans la santé comme dans la maladie, gouvernés par les mêmes règles ; l’égalité biologique

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est la mémo pour tous. La nature représente une démocratie, où régnent vraiment l’égalité et la solidarité : dans cette démocratie, l'homme et l’animal n’ont — biologicpiement s’entend — qu’une avance et qu’une supériorité toutes relatives, faites de leurs spécificités organiques et fonctionnelles.

Ce sont là des considérations que j’aurai à développer surtout quand j’étudierai les modificateurs de la nutrition, les reconstituants, les parasiticides et les antiseptiques. J’aurai à citer alors maintes observations de pathologie humaine, de pathologie animale et de pathologie végétale (en parlant de pathologie des plantes, je vise beaucoup d’autres choses que les questions de parasitologie végétale), qui permettront de comprendre aussi bien la pathogénie des épidémies, des épizooties et des épiphyties, que la thérapeutique générale destinée à enrayer ou à pallier les unes comme les autres.

Ce n’est pas encore tout. Messieurs : vos études de thérapeutique appliquée aux maladies humaines, animales et végétales, après vous avoir mis en heureuses suggestions de médecine pratique, vous donneront des choses une conception singulièrement élargie, qui vous permettra de satisfaire, pour une part au moins, les tendances doctrinaires de vos esprits.

^^ous trouverez dans vos réflexions de quoi constituer les éléments d’un corps de doctrines, dussiez-vous considérer celui-ci comme sujet à constantes révisions; vous arriverez ainsi à pénétrer les communes lois qui régissent la Thérapeutique et la iMatière médicale, alors qu’elles empruntent leurs moyens et leurs agents an règne humain, au règne animal, au règne végétal ou au règne microbien.

Vous vous apercevrez que, au demeurant, la constitution fondamentale, la constitution essentielle des agents médicamenteux étant la môme — oii sont, par exemple, les réactions chimiques qui permettent de dilférencier les toxo-albumines animales des toxo-albumines végétales ? ■ — rien d’étonnant à ce que, thérapeutes, nous puisions indifféremment à des sources diverses les effets de dynamogénèse que nous mettons au service de notre système nerveux, de nos insuffisances organiques, de nos défaillances fonctionnelles, de nos activités phagocytaires, ou encore au service de nos forces immunisatrices ; rien d’étonnant, dis-je, à ce que ces activités dynamogénisantes, ces puissances thérapeutiques, nous allions les demander au protoplasma cellulaire d’un homme, d’un animal, aussi bien qu’au protoplasma d’une plante ou d’un bacille.

A bien voir les choses, les humeurs animales sont-elles si différentes

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des hiimeiu’s végétales qu’on nous le disait hier encore, avant que nous n’avons justement cherché h pénétrer le comment et le pourquoi des états réfractaires, des états de mithridatisme qu’ont de tout temps connus les empiriques ?

A ce propos, et sans rentrer dans l’étude de la question, je pourrais, ^Messieurs, vous rappeler mon enseignement de 1893 *, en ce qui concerne les analogies que nous savons aujourd’hui exister entre les humeurs animales et végétales, alors que je vous apprenais qu’Ehrlich, opérant avec des toxines végétales, comme nous faisons en médecine humaine en vue d’effets immunisateurs avec des toxines animales, était parvenu, non seulement à vacciner directement les animaux contre des toxines végétales, contre la ricine et l’ahrine, mais encore à rendre réfractaires à l’action de ces toxines des animaux neufs, en leur injectant simplement du sérum de sujets mithridatés.

De ces expériences nous retiendrons comme conclusion (pte ces deux poisons — le premier retiré du Ricinus communis, de la famille des Euphorhiacées, le second du Jequirity, de la famille des Légumineuses, — toxines végétales, peuvent de tous points être comparés aux ptomaïnes, aux toxines animales.

A propos du Jequirity, j’ouvre une parenthèse, car il s’agit d’une plante récemment ini])ortée du Brésil, aussi peu connue de la majorité des médecins que le ricin est au contraire connu de tout le monde. Le Jequirity, du genre Abrus (abrus precatorius), liane à réglisse, de la famille des Légumineuses, de la tribu des Papillionacées, porte des grains rouges, tachés d’un point noir, qui sont la partie employée par la Matière médicale ; la Pharmacologie vous apprendra à préparer avec ces graines des macérations ou des infusions.

Ce n’est point le moment de vous rappeler les études faites sur le Jequirity, pour savoir si le principe actif de la graine était inhérent à son protoplasma ou s’il n’était j)as sécrété par des bacilles (bacilles de Sattler) qui trouvent dans la graine de cette liane leur milieu de culture Démonstration laite, il s’agit d’un véritable poison protéique végétal, rappelant beaucoup certains poisons trouvés dans les venins de serpents, et c’est justement cette analogie de constitution chimique et de réactions biologiques qui rend si suggestives les expériences d’Elirlich.

Mais, ce n’est pas seulement par ce côté doctrinal déjà si intéressant, que le Jequirity mérite d’être connu de vous : vous ne pouvez ignorer qu’il a sa place dans la thérapeutique appliquée, qu’il a trouvé son

1. L. LandOuzy. — Loçon d’ouverture du cours de Thérapeutique et Matière médicale. La Presse médicale , 1893, p. 9.

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emploi dans la clinique oculaire, dans les affections conjonctivales chroniques, dans le traitement du pannus surtout ; vous ne pouvez ignorer qu’on l’a substitué avec grands avantages aux inoculations de pus blennorragique qu'on faisait autrefois dans le cul-de-sac conjonctival. L’application du Jequirity au traitement de certaines kératites a marqué un progrès dans la thérapeutique oculaire : c’est de lui dont de Wecker a dit : « c’est pour la cornée le moyen le plus éclaircissant que nous ayons ».

.J’en aurai fini avec cette parenthèse ouverte à propos du Jequirity, quand je vous aurai dit — fait très intéressant — que le D’’ Bottard a trouvé dans le Jequirity un spécifique contre les accidents occasionnés par les piqûres des nageoires dorsales de la Lynancée, ce poisson venimeux que les marins appellent sorcière, pythonisse, crapaud ou diable de mer, tant en raison de ses formes horribles qu’en raison du venin qu’il sécrète. Le Jequirity, une légumineuse, renfermant dans ses graines un poison végétal, antidote d’un poison animal, d’un venin de poisson ! Ceci, Messieurs, doit peu vous étonner, puisque je vous ai dit, dans les premières leçons de ce cours, qu’il y avait beau temps que certains empiriques avaient traité et guéri les morsures de serpents par « les plantes » ; ce qui doit vous surprendre aussi peu que l’efficacité reconnue, en matière de morsures de serpents, à l’huile de scorpions, à l’huile, au bouillon et aux chairs de vipères, par la fameuse Pharmacopée de Charras, le meilleur livre de recettes qu’aient connu les médecins des xvii® et xviii® siècles.

La vérité de ce que je vous affirmais tout à l’heure. Messieurs, quand e vous disais que INIatières médicales humaine, animale, végétale et microbienne ne faisaient qu’un, qu’au total, les procédés d’action et les effets ne différaient guère ; cette vérité, les expériences d’Ehrlich la démontrent absolument : faire de la sérothérapie antitoxique avec une matière première végétale ou de la sérothéi'apie antitoxique avec une matière première animale, c’est tout un.

Cette vérité ressort encore des expériences de Bifieger sur les toxines animales. Si vous vous souvenez de la manière dont il immunisait ses animaux contre les toxines animales, vous apercevrez, au point de vue du fait aussi bien que de la doctrine, la complète identité des expériences de Bricger sur les toxines animales et de celles d’Ehrlich sur les toxines végétales. I^’identité est d’autant plus complète, que l’état réfractaire, que rimmunisation conférés par Ehrlich contre l’empoisonnement végétal, sont, eux aussi, transmis par hérédité aussi bien que par allaitement.

Entrevoyez-vous, Messieurs, toute la portée doctrinale et pratique de

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pareils faits, qui jettent une singulière lumière sur tant d’observations curieuses recueillies par l’empirisme ? C’est ainsi que l’empirisme avait merveilleusement su apprécier, par des guérisons incontestables, les propriétés antivenimeuses — nous disons aujourd’hui antitoxiques — de certains sucs animaux et végétaux, auxquels la Médecine expérimentale reconnaît maintenant mêmes réactions biologiques et mêmes analogies de constitution. L’empirisme, qui n’avait pas plus souci de là composition du protoplasma des vipères que de la composition du protoplasma des lianes antivenimeuses, savait pourtant assez bien colliger les observations, pour en tirer de précieux enseignements. C’est même, par cette préoccupation exclusive qu’il avait de trouver et d’appliquer les remèdes, que l’empirisme diffère de la thérapeutique, car, vous le savez, si le propre des guérisseurs empiriques fut de se montrer soucieux de la puissance et non de la science de guérir, le propre du Thérapeute moderne est, tout en augmentant et en perfectionnant ses remèdes, d’enquêter sur le comment et le pourquoi de l’efficacité curative des agents qu’il emploie. Ne devons-nous pas en eflet à l’empirisme de nous avoir, de tout temps, appris que certaines races, certaines espèces, certains individus, hommes, animaux aussi bien que végétaux, se montraient réfractaires à certains empoisonnements comme à certaines maladies ? A maintes reprises, nous avons évoqué pareils faits, notamment à propos de croyances et de pratiques dont l’Antiquité nous a légué la tradition, qui s’est tour à tour perdue, altérée et retrouvée au travers des âges étonnés, et dont la Science s’efforce aujourd’hui de trouver l’interprétation.

Ces considérations singulièrement instructives vous prouvent une fois de plus. Messieurs, combien le Thérapeute doit se soucier de toutes choses, combien le Thérapeute doit, en toutes matières, en tous sens, en tous pays et dans tous les temps, pousser ses enquêtes et chercher son enseignement.

La plupart des questions doctrinales auxquelles j’ai touché, INIessieurs, ne pouvaient pas ne pas être abordées dans un cours de Thérapeutique et de Matière médicale appliquées, consacré à l’étude des médications immunisatrices aussi bien qu’à l’étude des médicaments empruntés à toutes matières du monde organique, aux protoplasmas humain, animal, végétal et microbien.

Ces considérations générales devaient, à mon sens, vous être présentées en une rapide esquisse, pour servir à éclairer l’étude didactique, faite ici pour la première fois, des méthodes thérapeutiques nouvelles ; de la Sérothérapie et de l’Opothérapie. Ces considérations générales

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devaient vous être présentées dans un cours de Faculté, puisque je vous ai dit et ne saurais trop vous répéter que mon devoir était de vous inviter à réfléchir, autant que de vous instruire sur toutes choses afférentes cà la Matière médicale aussi bien qu’à la Thérapeutique.

Au reste, beaucoup de ces idées que j’ai déjà maintes fois soumises à vos réflexions, j’aurai à les développer de nouveau, quand je vais traiter devant vous la question de l’Opothérapie.

Si, Messieurs, la Matière médicale animale nouvelle, avec les invites de Brown-Séquard, nous apporte tant de curieuses médications, c’est depuis que la Biologie, découvrant les sécrétions internes, a reconnu à toutes nos cellules, aussi bien aux cellules des glandes qu’aux cellules des viscères, des activités et des réactions spécifiques. Ce sont ces activités et ces réactions spécifiques que la Thérapeutique s’ingénie à appliquer à la curation de maints états morbides.

Ce faisant, vous comprenez comment la Thérapeutique devient thérapeutique physiologique, comment elle devient thérapeutique spécifique, puisque c’est par l’intermédiaire des réactions cellulaires spécifiques qu’elle se propose d’arriver à la guérison des états pathologiques.

Voilà comment, pour vous le dire en passant. Messieurs, l’idée de spécificité que l’histoire de la Médecine nous a montré se faire jour d’abord en Pathologie, pénètre ensuite et règne en Physiologie, pour apparaître enfin dans la Thérapeutique, en lui apportant le meilleur de ses suggestions scientifupies. Ceci devait êtr,e, puisque, je ne cesse de vous l’apprendre, elles se montrent efficaces celles-là seulement de nos médications qui savent être physiologiques en leurs moyens.

Puisque la spécificité cellulaire, puisque le dynamisme spécifique cellulaire commande la vie entière des êtres organisés — aussi bien la vie normale, c’est-à-dire l’état physiologique, que la vie anormale, c’est-àdire l’état pathologique, aussi bien que les modifications organiques et fonctionnelles apportées par nos médications, — n’est-elle pas spécifique, à son tour, la Thérapeutique, qui, tablant sur les propriétés biologiipies (l’école de Montpellier disait, avec raison, vitales) cellulaires humaines, animales, végétales et microbiennes, oppose les spécificités médicamenteuses aux spécificités morbides?

Cela est si vrai, qu’aujourd’hui on pourrait, à proprement dire, parler de Matière médicale et de Thérapeutique cellulaires, si le souvenir de la Pathologie cellulaire de Virchow ne risquait de jeter, au premier abord, l’esprit en confusion. Entendant parler de Thérapeutique cellulaire, vous pourriez. Messieurs, vous imaginer que nous voulons traiter de la thérapeutique de la cellule comme corollaire de sa pathologie.

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alors que, dans notre esprit eoinine dans nos actes, thérapeutique cellulaire voudrait dire thérapeutique par la cellule, le protoplasina ou la sécrétion cellulaire devenant agent de IMatière médicale, ag-ent de médication. C’est môme pour cela que j’ai préféré, pour désigner les méthodes thérapeutiques nouvelles (cpii se servent des sécrétions internes comme moyens médicamenteux), le mot Opothérapie aux expressions Organothérapie et Ilistothérapie, qui prêtaient à confusion, les médecins pouvant s’imaginer qu’il s’agissait, dans l’espèce, de la thérapeutique des organes ou des cellules et non point de la thérapeutique par les organes et par les cellules. Et ce mot répondait si bien à l’idée qu’il exprimait, qu’il a été depuis lors généralement adopté et que vous trouverez dans les nouvelles pharmacopées allemandes, par exemple, le chapitre « Opotherapeutische priiparate ».

Quand je vous parlerai des sécrétions internes, des activités spécifiques cellulaires et de leur emploi dans la Thérapeutique nouvelle, vous verrez comment, en prenant soin de s’expliquer nettement sur ce point, on pourrait comprendre qu’il y eût une Matière médicale et une Thérapeutique cellulaires, puisque le substratum de certaines médications n’est rien autre chose qu’un élément cellulaire. C’est ce que vous comprendrez merveilleusement, JMessieurs, quand, commençant l’étude de l’Opothérapie, je ferai par exemple l’histoire de l’opothérapie thyroïdienne; quand je vous dirai comment le myxœdème, syndrome morbide engendré spécifiquement par une déviation organique ou fonctionnelle thyroïdienne, est arrêté ou guéri par l’apport d’un agent de Matière médicale animale doué, dans l’espèce, d’activités vitales spécifiquement vicariantes.

Dans l’évolution des idées au travers des choses de la médecine, de la physiologie et dé la thérapeutique, vous allez. Messieurs, retrouver l’application du principe que je visais tout à l’heure. Vous allez voir ({ue l’idée de spécificité devait logiquement passer de la pathologie à la physiologie, pour pénétrer enfin dans la thérapeutique, la notion de spécificité en thérapeutique étant la plus suggestive et la plus féconde, peutêtre, parmi toutes les idées qui méritent de gouverner la INIédecine.

TABLE DES MATIÈRES

Intuodudtion

PUI'MIÈUE LEÇON

Pasteur et lu Tliérapeuti(jue. — Formonlalioiis el maladies, l'oiictious de matière vivante. — Lister et l’antisepsie cliii’urgicale. — Médecine et thérapeutique pathogéniques. — Orientation nouvelle de la thérapeutique.

Matière médicale nouvelle ; virus atténués ; agents d’immunisation, de vaccination, de curation. Sérothérapie.

Sécrétions récrémentitiellcs dos tissus ; leur rôle j)hysiologique, pathologique ; leur emploi en thérapeutique. Opothérapie.

Pkogka.mme du cours. — Première partie. — Sékothér.apie, indications, applications, résnltats. — Opothérapie, princijies de la méthode et prémisses physiologiques. Indications, applications, résultats.

Deuxième partie. — Médications et indications thérapeutiques au cours des affections de l’appareil rénal. — Thérapeutique des maladies ; thérajieutique des alfections . i

DEUXIÈME LEÇON

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