EMPLOI DE LA MALLEINE POUR DIAGNOSTIQUER LA .MORVE
La morve. Maladie virulente, contagieuse, bacillaire, transmissible de l’animal à riiomme. — ■ Formes symptomatiques : classiques, frustes.
Difficulté du diagnostic. — Intérêt du diagnostic précoce. — Moyens de diagnostic : signes cliniques ; signes bactérioscopiques ; inoculations. — Signe de Straus : sarcocèle morveux expérimental. — ■ Insuffisance relative de tous ces moyens de diagnostic.
La malléine, comme moyen de diagnostic. Sa préparation; ses caractères; ses effets. — Discussion sur la valeur absolue de la malléine dans le diagnostic de la morve.
Question économique ; question de police sanitaire. — Emploi possible de la malléine en séméiotique humaine ?
Vous avez vu, Messieurs, dans la dernière leçon, tous les avantages que l’on devra retirer de l’emploi de la tuberculine pour le diagnostic des tuberculoses latentes. Je vous ai fait voir à ce sujet combien cette nouvelle méthode de diagnostic diflerait, en son principe comme en scs moyens, des méthodes que nous ont transmises nos maîtres, et combien il est intéressant de voir emprunter au règne microbien un agent destiné à permettre de déceler une maladie que nos moyens d’investigation clinique, même très perfectionnée, sont impuissants parfois à dépister.
Lorsque au commencement de ce siècle des inventeurs comme Avenbrugger et Piorry, comme Laënnec, ajoutèrent aux anciennes méthodes d’examen des malades les procédés qu’on appelle la percussion et l’auscultation, la science du diagnostic fut, vous le savez, singulièrement élargie ; nos pères étaient les témoins émerveillés d’une étonnante révolution en Médecine.
Le progrès n’est-il pas aussi grand, lorsqu’un agent de ^laliére médi-
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cale microbienne, comme la tuberculine, nous donne le moyen de déceler avec certitude une maladie qu’aucun de nos meilleurs procédés de recherches ne permettait encore de reconnaître ?
Dans cet ordre d’idées, dans cet ordre de progrès, la tuberculine n’est pas le seul agent diagnostique que les découvertes de la microbiologie nous aient fourni. Il est une autre substance, également empruntée au règne microbien^ qui, elle aussi, rend de grands services en médecine vétérinaire ; et cela, non seulement pour le diagnostic, mais encore pour la prophylaxie d’une maladie qui fait sur les solipèdes des ravages moins fréquents, mais aussi terribles que ceux que la tuberculose exerce sur les bovidés : ce disant, je vise la malléine et ses applications au diagnostic et par suite à la prophylaxie de la morve.
Cette question de la prophylaxie de la morve n’importe pas seulement à la richesse de notre pays ; elle ne regarde pas seulement, comme vous pourriez le croire, les vétérinaires ; elle nous touche de très près, nous autres médecins, puisque nous savons la morve contagieuse du cheval à l’homme.
Sans vouloir étudier ici la symptomatologie de cette maladie, je tiens cependant à vous rappeler, pour vous mieux faire toucher du doigt l’extrême intérêt de l’invention de la malléine, les points les plus saillants de l’histoire de la morve.
Maladie contagieuse, inoculable, la morve est due à la pullulation dans les divers tissus de l’organisme d’un agent microbien. Apanage presque exclusif de l’âne, du mulet et du cheval, elle peut cependant atteindre d’autres animaux domestiques et de ceux-ci passer à l’homme.
Bien que la notion de la contagion paraisse avoir existé depuis la plus haute antiquité, ce n’est réellement qu’à partir du milieu de ce siècle que l’on commence à reconnaître l’erreur de ceux qui, comme Renault et Bouley, incités par la doctrine de Broussais, enseignaient, il n’y a pas bien longtemps encore, la spontanéité de la morve.
Médecins et vétérinaires n’avaient pourtant pas cessé de réclamer contre cette manière de voir, et, par des observations évidentes, étaient arrivés à démontrer que la morve est contagieuse d’animal à animal, et de l’animal à l’homme, puisque plusieurs fois ils avaient vu des chevaux morveux infecter des hommes d’écurie.
Ce que la clinique et la médecine expérimentale nous avaient révélé fut démontré' en 1882, le jour où Bouchard, Capitan et Charrin ‘ en
1. Bouchard, Capitan et Charrin. — Note sur la culture du microbe de la morve et sur sa transmission. Académie des Sciences, 1882, 26 Décembre.
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France, Lœffler et Schütz ‘ en Allemagne, isolèrent et cultivèrent le microbe de la morve.
Une des raisons pour lesquelles le désaccord avait si longtemps régné sur la nature de la morve, est que, cette affection se présentant sous des aspects extrêmement divers, beaucoup d’auteurs se refusaient à rattacher à une seule et même maladie des manifestations disparates.
Quelquefois aiguë, évoluant en huit à trente jours, la morve affecte le plus souvent le type chronique; si, dans ce dernier type, des formes telles que la morve cutanée ou farcin^ la morve nasale^ la morve laryngotrachéale^ sont le plus souvent facilement reconnaissables, d’autres formes, telle la forme pulmonaire^ peuvent évoluer pendant des mois sur tous les chevaux d’une écurie, sans se traduire par aucun symptôme révélateur.
D’ordinaire, le diagnostic, vous le savez, se fait aisément dans la morve cutanée, par le bouton, la lymphangite et l’adénite farcineuses; dans la morve nasale par le chancre de la pituitaire, le jetage et la tuméfaction des ganglions sous-glossiens.
Dans la morve laryngo-trachéale ou morve d’Abadie (du nom de l’auteur quia pour la première fois décrit cette forme), le diagnostic devient déjà plus difficile, et n’étaient la vive sensibilité du larynx, de la trachée, la toux et l’expectoration muco-purulente, la maladie pourrait aisément passer inaperçue. Ceci arrive surtout pour la morve pulmonaire, dans laquelle il n’y a pas de symptômes pathognomoniques, ceux que l’on observe pouvant se rencontrer dans d’autres affections de l’appareil respiratoire; c’est même ce qui explique comment, pendant longtemps, la morve pulmonaire ne fut guère, pour les vétérinaires, qu’une découverte d’autopsie.
Sachez, en outre, que, môme dans les formes qui, à un moment de leur évolution, deviendront les plus faciles à diagnostiquer, il est des cas où la maladie, lente dans sa marche, reste muette, absolument latente, pendant plusieurs années.
Vous comprendrez donc que, étant données, d’une part la difficulté du diagnostic, d’autre part la latence prolongée de la inaladie, la morve ait pu et puisse, en raison de son extrême contagiosité, faire des ravages étendus dans les écuries, et que cette maladie ait été considérée ajuste
1. Lœffler et Sciil'tz. — Ueber don Bacilliis des Rotzos. Deutsche med. Wochenschrift. 1882. Décembre. — Lœffler. — Die Ætiolog-ie der Rotzlcrankheit, Arbeiten ans den K. Gesundheits. zu Berlin. 1880, t. I, p. 141.
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titre comme l’ennemi le plus redouté de ceux qui s’occupent de l’élevage des chevaux.
Dans toutes ces raisons, Messieurs, vous pressentez l’immense intérêt qu’avait le vétérinaire à trouver un moyen certain et facile de diagnostiquer la morve et surtout de la déceler dans ses formes cachées ?
Pour cela, on eut tout d’abord recours aux procédés qui avaient donné de si bons résultats dans cette autre maladie infectieuse qui a avec la morve tant d’analogies, la tuberculose. On employa, d’une part, l’examen bactérioscopique ; d’autre part, les inoculations, comme l’avait fait, il y a trente ans, notre immortel Villemin, dans les mémorables expériences par lesquelles il devait nous révéler la virulence, la spécificité et la contagiosité de la tuberculose.
Malheureusement, la recherche du bacille morveux n’a pas donné, au point de vue diagnostique, les résultats qu’on était a priori en droit d’en attendre, pour la raison que, si cette recherche est aisée dans les formes aiguës, elle ne fournit que rarement des résultats positifs dans les formes chroniques, dans les cas où précisément on aurait le plus d’intérêt à faire le diagnostic microscopique.
C’est pourquoi les cliniciens ont plutôt recours aux inoculations, qui, vous le savez, consistent à prendre du pus du jetage ou du produit de raclage des chancres, et à insérer ces matières virulentes sous la peau, soit de l’animal malade lui-même, soit d’autres animaux, tels que le chien, l’âne, le chat et surtout le cobaye.
Chez le chien, l’âne et le chat, on voit apparaître, au point d’inoculation,une ulcération d’où s’écoule du pus : les ganglions s’engorgent, et, l’infection se généralisant assez rapidement, l’animal ne tarde pas à mourir.
Chez le cobaye on a, en plus, la ressource de recourir à une manière d’inociüation qui aboutit à une réaction spécifique des plus intéressantes, dont la révélation est due tout entière au professeur Straus *. Mon collègue a constaté que, si l’on inocule dans la cavité péritonéale d’un cobaye mâle des produits purs de morve, tels que le liquide recueilli dans les boutons farcineux ramollis ou la pulpe ganglionnaire, il se produit, deux ou trois jours après l’inoculalioip une tuméfaction des testicules qui font saillie au dehors. La peau qui les recouvre est rouge, chaude; la région est le siège d’une douleur assez vive. Ces accidents vont en augmentant d’intensité et de gravité, et l’animal meurt au bout de quatre à quinze jours. A l’autopsie, on cons-
1. Straus. — Sur un moyen de diagnostic rapide de la morve. Arcti. de méd. expérimentale, 1886 . Recueil de médecine vétérinaire, 1889, p. 644.
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late, comme nous l’a appris Straus, que le testicule et l’épididyme sont ordinairement sains, et que « les lésions consistent à peu près exclusivement en une inflammation spécifique très accusée de la tunique vaginale. La séreuse est recouverte de granulations blanc jaunâtre, delà grosseur d’une tète d’épingle ; les deux feuillets sont étroitement soudés par un exsudât purulent, épais, riche en bacilles. »
Je dois ajouter que, d’après Nocard, ce sarcocèle n’aurait pas toute la valeur exclusive que Straus lui a attribuée pour le diagnostic de la morve ; le professeur d’Alfort aurait eu à traiter certains processus lymphangitiques des membres, avec engorgements ganglionnaires et ulcérations, dus à un tout autre microbe que celui de la morve, et qui lui aussi serait susceptible de provoquer chez le cobaye la réaction testiculaire décrite par Straus dans la morve inoculé». Le sarcocèle n’aurait, d’après Nocard, toute sa valeur, qu’à la condition que celle-ci lut confirmée par l’examen bactériologique et par les cultures de l’exsudât vaginal : la démonstration fournie par cette trilogie deviendrait absolue.
Vous voyez, en somme, que les procédés d’examen microscopique direct et d’inoculations aux animaux, qui, pour le diagnostic de la tuberculose, donnent d’ordinaire des résultats péremptoires, sont applicables à la morve avec restriction ; que ces procédés présentent l’un et l’autre inconvénients et insuffisances ; aussi y avait-il un intérêt considérable à ce qu’on trouvât un procédé de diagnostic de la morve à la fois rigoureux et plus pratique.
Ce procédé fut trouvé le jour où deux vétérinaires russes, Helman et Kalming, obtinrent (1890-1891) avec les cultures stérilisées du bacille morveux, une substance qu’ils désignèrent sous le nom de malléine.
Deux mots d’explication sur cette expression, que vous chercheriez en vain dans les plus récents de vos livres.
L’expression de « malléine » vient du mot malleiis., nom sous lequel Végèce [Vegetius Renatiis)., hippiâtre du iv® siècle, avait, parmi les sept maladies du cheval, distingué et décrit la morve [maliens humidus) ; cette expression est encore employée en Allemagne simultanément avec le mot « Rotz ».
Lœffler, qui, un des premiers, étudia le bacille de la morve, le désigna sous le nom de hacilliis malleinus d’oii le nom de malléine employé pour désigner la toxine sécrétée par le bacille de la morve.
Je ne puis résister au désir de vous dire, en passant, qu’il y a dans le travail de Végèce l’afllrmation — qui, si elle fut comprise, a été complètement perdue — très nette de la contagiosité de la morv^e. Il affirme en propres termes « que si un animal est atteint de maliens humidns., tous ceux qui sont en rapport avec lui le contractent ; aussi recoin-
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mande-t-il d’isoler sans retard et avec le plus grand soin tout animal malade d’avec les autres ».
N’empêche qu’il a fallu quinze siècles pour faire admettre sans conteste, c’est-à-dire pour démontrer, la nature virulente et contagieuse de la morve, que l’on trouve dénoncée en toutes lettres par Végèce !
La malléine, d’après les recherches de Helman et Kalming, est douée du pouvoir de déterminer chez le cheval morveux, et chez les animaux morveux seulement, une réaction thermique spécifique, analogue à celle que la tuberculine détermine chez les bovidés tuberculeux.
Cette découverte a été contrôlée de différents côtés. En Allemagne Dieckerkoff, Lothes, Preusse, Peters, Foth, Kitt, Schultz; en France Nocard et Roux; en Autriche Schindelka; en Russie Semmer, ont étudié également l’action de la malléine sur les chevaux morveux et confirmé
pleinement les assertions des vétérinaires russes Helman et Kalming.
La malléine, dont je vous mets sous les yeux un échantillon provenant de l’Institut Pasteur, n’est autre chose qu’un extrait stérile de cultures de bacilles morveux., de même que la tubereuline représente un extrait stérile de cultures de bacilles tuberculeux.
Vous vous rappelez. Messieurs, que je vous ai exposé rapidement le mode de préparation de la tuberculine ; je dois en faire autant aujourd’hui pour la préparation de la malléine.
Et d’abord, un avertissement: quand vous ouvrirez un livre de médecine vétérinaire à l’article Morve, quand, dans les journaux de médecine français ou étrangers, vous lirez les articles concernant l’emploi de la malléine, vous verrez qu’au mot malléine est le plus souvent associé un nom propre, et vous entendrez dire qu’on s’est servi de malléine de Roux, de malléine de Foth, de malléine de Johne, de malléine de Charkoff, de malléine de Hôfflich, etc.
Il faut que vous sachiez ce que cela veut dire, et que vous ne croyiez pas qu’à chacune de ces désignations corresponde un produit spécial.
Les auteurs qui ont étudié la malléine l’ont préparée de différentes façons, les uns avec des eultures en bouillon glycériné, les autres avec des cultures sur pommes de terre, les uns à l’état liquide, les autres à l’état solide pulvérulent. Au fond, le procédé importe peu : le produit obtenu est toujours le même, sa foree seule peut varier, et c’est pourquoi il est bon, dans l’appréciation des résultats obtenus, de tenir compte de l’origine et de la nature de la malléine employée. De même qu’en sérothérapie diphtéritique, il faut savoir si l’on a affaire à du séiaim de Behring, de Roux ou d’Aronson, de même, en matière de malléinisation, il importe de connaître quel genre de produit l’on emploie.
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En France, on n’utilise que la malléine de Roux, dont voici la préparation, d’après les indications de Nocard.
On fait un bouillon glycériné de cultures avec un bacille morveux dont la virulence maxima est entretenue par des inoculations intraveineuses chez le lapin. Des ballons ensemencés contenant a5o centimètres cubes de bouillon sont laissés un mois à l’étuve ; les cultures sont ensuite stérilisées à l’autoclave par un chauffage à 100-110“ pendant trente minutes. La culture stérile est concentrée par évaporation au bain-marie, jusqu’au dixième de son volume primitif; puis le résidu est filtré sur papier Chardin.
On obtient ainsi un liquide sirupeux, brun foncé, d’une odeur un peu vireuse. C’est la malléine brute^ dont vous avez entre les mains un échantillon, ({ui, comme l’indique l’étiquette collée sur le petit flacon, doit être employée à un quart de centimètre cube par cheval que l’on veut éprouver par la malléine.
Pour l’employer, on dilue la malléine au dixième dans de l’eau phéniquée à 5 pour 1000 : on a ainsi un liquide jaune qui, conservé à l’abri de la lumière et de la chaleur, garde ses propriétés pendant plusieurs mois.
Comment, en clinique vétérinaire, doit-on se servir de la malléine? En quoi consiste la réaction qu’elle détermine chez le cheval morveux ? (fuels résultats son emploi a-t-il donnés et quelle valeur peut-on lui attribuer ? Tels sont les trois points que je vais étudier.
Lorsqu’on doit soumettre un cheval à l’épreuve de la malléine, on commence par le laisser au repos pendant quarante-huit heures, en prenant sa température trois fois par jour : le matin, à midi et le soir.
Si le thermomètre indique une température élevée, ou des écarts de température dépassant un degré, on doit différer l’inoculation.
Vous remarquerez que pareilles recommandations nous les avons faites à propos de l’emploi de la tuberculine chez les bovidés ; vous vous souvenez également que je vous ai dit que la certitude diagnostique, en matière de tuberculine injectée à l’homme, comportait la constatation de l’hyperthermie faite en période d’apyrexie. Il importe, en effet, d’éviter les causes d’erreur que pourrait amener l’existence, chez le cheval, d’une autre maladie fébricitante que la morve, la gourme par exemple.
Ces précautions prises, on injecte au cheval suspect, avec une seringue de Pravaz, sous la peau de l’encolure, 2 centimètres cubes et demi de la solution de malléine au dixième. Il faut, autant que possible, pratiquer l’injection le soir, de manière à pouvoir suivre facilement la température pendant toute la journée du lendemain. Il faut prendre la tempé-
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rature régulièrement toutes les deux ou trois heures, depuis la neuvième jusqu’à la vingtième heure après l’injection.
Si le cheval soumis à l’épreuve ne présente aucune réaction locale ni générale, si le thermomètre n’indique qu’une variation de quelques dixièmes de degré, Nocard dit qu’on peut alfirmer que l’animal est sain.
Si, à la suite de l’injection, on n’observe qu’un peu d’œdème local, s’accompagnant d’une ascension thermique de i" à i“,5, ou si la température seule varie de i“ à 2“, sans s’accompagner de réaction générale ni locale, on doit considérer l’animal comme suspect, l’isoler, et, au bout d’un mois environ, le soumettre à une nouvelle épreuve.
Que si enfin on a affaire à un cheval morveux, l’injection sera suivie d’un consensus symptomatique tout différent et autrement marqué. En quelques heures on verra, au niveau de l’injection, apparaître une tuméfaction chaude, douloureuse, tendue, volumineuse; autour de cette tumeur rayonnent des traînées lymphangitiques, également chaudes et douloureuses, la reliant aux ganglions voisins.
Pendant vingt-quatre à trente-six heures, la tuméfaction augmente ; puis, après être restée stationnaire pendant quelques jours, elle s’efface progressivement et disparaît au bout de cinq à six jours.
Ces accidents locaux s’accompagnent de phénomènes généraux graves, dont j’emprunte la description suivante à Nocard.
« L’animal est triste, abattu ; la face est grippée, le regard anxieux, le poil terne et hérissé, le flanc retroussé, la respiration précipitée ; l’appétit semble supprimé. On observe des frissons au niveau des muscles olécraniens et cruraux antérieurs ; parfois môme le tronc subit de violentes secousses convulsives ; si l’on fait sortir l’animal, on est frappé de son aspect misérable et de son état de prostration intense ; le cheval le plus vigoureux, le plus difficile, le plus dangereux, est complètement transformé : il est devenu mou, indifférent à ce qui l’entoure, d’une docilité complète. Ces phénomènes généraux constituent la réaction organique ; variables dans leur intensité suivant les sujets, ils ne font jamais complètement défaut.
« Il existe en outre une réaction thermique constante : la température centrale du cheval morveux s’élève graduellement de ff,5 2“, 2", 5, et plus; déjà notable, dès la huitième heure après l’injection, l’hyperthermie persiste longtemps : elle atteint son maximum entre la dixième et la douzième heure, parfois seulement vers la quinzième heure, plus rarement vers la dix-huitième.
« Les phénomènes provoqués sont persistants : après vingt-quatre, trente-six et quarante-huit heures, il existe encore de la prostration ; la
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température descend lentement, graduellement, pour ne revenir à la normale qu’après quarante-huit à soixante heures en moyenne m.
S’il était démontré que le réactif fût toujours et partout aussi rigoureusement précis, vous pensez, INIessieurs, qu’il ne resterait rien à désirer et que nous pourrions considérer la médecine vétérinaire comme possédant un moyen certain de diagnostiquer la morve, même dans ses formes les plus cachées.
Je dois à la vérité de dire que, sur ce sujet, les opinions sont partagées et que la malléine n’est point encore unanimement regardée comme l’absolu réactif de la morve.
Pourtant, Nocard, auquel je viens d’emprunter les détails de la technique de la malléinisation et la description de la réaction provoquée par la malléine chez les animaux morveux, est si persuadé de la quasi-infaillibilité des diagnostics fournis par l’emploi de la malléine, qu’au dernier Congrès vétérinaire de Berne, il a fait, d’accord avec Preusse, l’affirmation suivante.
« i” La malléine est un moyen puissant pour assurer le diagnostic de la maladie dans les cas de morve suspecte.
« 2“ L’application systématique de la malléine, dans les écuries où sévit la maladie, est le meilleur moyen d’en obtenir l’extinction ».
Tous les auteurs, vous disais-je tout à l’heure, ne sont pas de cet avis ; et, tout en reconnaissant les bénéfices qu’on peut tirer de l’emploi de la malléine, beaucoup de vétérinaires pensent qu’il faut s’en servir, tout en sachant ne pas lui attribuer une valeur absolue.
En Allemagne, où l’on s’est beaucoup occupé de cette question, on est arrivé à des résultats très disparates, et, si vous voulez bien parcourir le (( Centrcdblatt fïir Bakteriologie und Parasitenkunde » de ces dernières années, vous y trouverez l’analyse de nombreux travaux, dont il semble assez difficile de tirer une conclusion ferme.
C’est d’ailleurs cette incertitude qui semble avoir inspiré la proposition faite, au même Congrès de Berne, par MM. Foth, Chauveau, Leblanc Antoine, INIuller, dans laquelle il est* demandé que les Gouvernements mettent à la disposition des écoles vétérinaires les fonds nécessaires pour « liquider définitivement la question de la valeur des injections de malléine comme mesure de police sanitaire, en procédant à des expériences concluantes par infection expérimentale d’un certain nombre de chevaux, et traitement par la malléine ».
Je voudrais. Messieurs, par quelques exemples, vous mettre en main les pièces du procès, et vous montrer qu’à l’heure actuelle, malgré l’accumulation de travaux sur ce sujet, travaux qu’il me serait ici trop long de vous énumérer, il est difficile de se faire une opinion définitive.
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Putscher ‘ cite le cas d’un cheval, porteur depuis dix ans, dans l’aine gauche, d’une glande douloureuse de la grosseur d’un œuf : à la suite d’un coup de bâton sur le chanfrein, ce cheval présenta, au niveau du maxillaire, une tuméfaction assez étendue, cpie l’on considéra tout d’abord comme symptomatique d’une périostite avec inflammation du sinus.
L’animal avait en outre du jetage du naseau gauche, et bientôt on vit apparaître un engorgement douloureux du membre antérieur droit.
On fit alors une première injection de malléine, qui détermina la réaction thermique suivante :
Temp. avant l’injection. Temp. après l'injection.
Cette réaction fit considérer l’animal comme suspect, et, douze jours plus tard, on lui fit une nouvelle injection qui donna :
Temp. avant l’injection. Temp. après l’injection.
En présence de ces faits, bien que l’état général du cheval fût bon, qu’il ne présentât ni toux ni aucun antre symptôme de morve viscérale, il fut déclaré morveux et abattu. A l’autopsie, on trouva les poumons farcis de tubercules morveux; mais, comme les lésions constatées semblaient être de date relativement récente, Putscher émit l’opinion que ce cheval devait avoir été infecté par un de ses compagnons d’écurie ; ceux-ci furent soumis à la malléine, donnèrent la réaction caractéristique, furent déclarés morveux et abattus comme tels. L’autopsie confirma le diagnostic.
Sans le coup de bâton que le premier cheval avait reçu sur le chanfrein, on peut dire que, dans ce cas, la morve serait passée inaperçue et que, par suite, l’écurie aurait constitué pendant un temps plus ou moins long un foyer d’infection morveuse.
Dans un autre cas, un poulain de sept mois, porteur au niveau du flanc de tumeurs adhérentes à la peau, fut soupçonné être atteint de larcin. Une injection de malléine ayant confirmé cette hypothèse, l’animal fut abattu, et, à l’autopsie, indépendamment des lésions farcineuses, on trouva de nombreux tubercules morveux pulmonaires.
Or ce poulain avait, comme compagnons d’écurie, dix autres chevaux offrant toutes les apparences de la santé. ^lalgré cela, ils furent, après l’autopsie du poulain, soumis à la malléinisation. Ayant tous fourni la
1. PuTSCiiEU. — Woclieiischi'in lür Thicrhcilkuiule uiid Violie. Recueil de Médecine vclcnmure. 1890, lo Juin.
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réaction caractéristique, ils furent aljattus, et les lésions constatées à rauto|)sie démontrèrent qu’ils étaient atteints de morve pulmonaire ancienne, et que, loin tl’avoir été contaminés par le poulain, ils avaient été la source de son infection.
11 me serait, je crois, difficile de vous citer des faits j)lus probants, pour vous démontrer le rôle c|ue la malléine peut jouer dans le diagnostic épineux des formes latentes de la morve.
M ais. Messieurs, nous n’avons vujusqu’ici qu’une des faces de la question. Si vous parcourez, en effet, les nombreux travaux écrits sur la malléine', vous verrez qu’on lui fait deux graves reproches : le premier est de ne déterminer qu’une réaction incomplète, ou même aucune réaction, chez des animaux incontestablement morveux ; le second reproche est de déterminer la réaction chez des animaux qui, abattus pour cause de morve, ne présentent à l’autopsie aucune lésion morveuse ou seulement des lésions suspectes, que ni l’examen bactériologique, ni l’inoculation ne permettent de qualifier de morveuses.
Je ne saurais à ce sujet vous citer tous les faits dans lesquels on a donné des j)reuves de l’insuffisance possible de la malléine.
Parmi les travaux que j’ai consultés sur ce sujet, je vous citerai seulement le mémoire très documenté de Leblanc L
Dans ce ti’avail, Leblanc cite un certain nombre d’eiujuètes qui ont été faites dans quelques dépôts de remonte de l’armée française ; ces eiKjuôtes ont donné des résultats assez curieux. En effet, au dépôt d’Agen, par exemple, on abattit, en Août 1892, deux jeunes chevaux pour cause de morve, et, à l’autopsie, on trouva des lésions peu étendues, douteuses : néanmoins , on crut devoir soumettre à des injections de malléine 109 chevaux se trouvant dans ce dépôt.
La réaction à la malléine permit de considérer sur ces 109 chevaux : 10 comme morveux (ascension thermique de 2“, 1 à 3“,2) ; 20, comme très suspects (ascension thermique de i",6 à 2”, 6) ; 19 comme suspects (ascension thermique de i" à i“,5) ; et 6o comme sains.
Or, sur ces 109 chevaux, dont aucun n’avait présenté le moindre symptôme clinique de morve, 90 furent, au mois de Février 1898, versés dans divers corps tle trou])e. Sur ce nombre, il y en avait de suspects, de très suspects : sept même avaient de par la malléine été considérés comme morveux.
Or trois seulement, un morveux, un très suspect et un suspect, versés au 4’’ hussards, furent soumis à une nouvelle malléinisation. Deux d’entre eux, ayant j)résenté une hyperthermie de 2", fuient abattus :
1. Leblanc. — Sur la malléine. HecueU de Medeeiite vétérinaire, 18'Ji), 11“' -1, ^3.
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('hez Fun on trouva dans la plèvre quelques tubercules fibreux ; chez l’autre on découvrit trois tubercules translucides, qui, inoculés à des cobayes, donnèrent un résultat négatif. Ces résultats lurent contrôlés et confirmés par Nocard.
Par conséquent, en ne considérant que les faits, on peut dire que si, dans cette enquête, on s’en était rigoureusement rapporté aux données de la malléinisation, on aurait sacrifié, pour le moins, dix chevaux et on en aurait réformé une quarantaine, considérés comme plus ou moins suspects.
Voici un autre exemple du même genre : le dépôt de remonte de Mérignac reçoit, en Mai 1892, deux chevaux morveux qu’on abat; deux autres sont ensuite reconnus morveux et sacrifiés. Le 3o Novembre 1892, on malléinise i25 chevaux, qui donnent i5 morveux, 79 suspects, 3i sains. Le 6 Décembre, on abat trois chevaux choisis parmi les i5 morveux, puis un quatrième le 3o Décembre : onze restaient morveux. Quant aux 79 suspects, une seconde injection les avait réduits à 23, soit 56 reconnus sains.
En 1893, on continue à malléiniser et on abat un cheval reconnu cliniquement morveux. Sur huit que la malléine classe comme morveux on en abat quatre. L’autopsie ne dénote aucune lésion confirmant le diagnostic. Cette découverte fait qu’on s’arrête, et qu’on envoie dans les régiments, à la fin de i8q3, tous les chevaux restant, morveux ou suspects ; depuis, on n’a pas entendu dire qu’ils fussent tombés malades et aient dii être abattus.
D’autre part, on a avancé que la malléine ne dénonce pas toujours les chevaux morveux. Voici des exemples : à la suite d’un cas de morve et d’un cas de farcin survenus au dépôt d’Agen, en Juin 1894, on malléinise 83 chevaux. Sur ces 83 chevaux trois avaient du jetage avec épistaxis ; on inocule sans succès six cobayes avec le jetage des trois chevaux, on fait de môme sur deux chiens, et le résultat est afïirmatif.
Or, l’un de ces chiens avait été inoculé avec du jetage d’une jument qui, soumise à la malléine, avait donné une réaction de i“,i et ne devait par conséquent être considérée que comme suspecte, bien que cliniquement elle fût morveuse. Au mois de Septembre, cette jument, s’étant fracturé le canon gauche, fut abattue. A l’autopsie, on trouva dans les poumons un certain nombre de tubercules morveux avec pneumonie lobulaire et congestion.
Voilà donc un animal morveux bien que la malléine eût prononcé en sens contraire ; si un accident n’avait amené l’abatage de cette jument, on l’aurait conservée dans le rang, malgré le résultat de l’inoculation au chien.
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Sur une autre jument du 3a® d’artillerie, atteinte de chancres avec épistaxis, et isolée depuis trois mois, l’injection de malléine ne donne aucune élévation thermique. Néanmoins l’animal est abattu, et, à l’autopsie, on trouve ; trois chancres et deux cicatrices sur la pituitaire, des tubercules dans un poumon et de l’adénopathie bronchique.
Je me borne à ces quelques exemples cliniques qui sont, je crois, assez significatifs : les premiers semblant démontrer que la malléine peut indiquer comme morveux des animaux qui ne le sont pas ; les seconds tendant à prouver qu’elle peut, parfois, ne pas déterminer de réaction chez des animaux nettement morveux.
Vous pressentez. Messieurs, toute l’importance de cette question de la malléinisation, tant pour le service de la remonte dans l’armée, que pour les éleveurs. Il y a, en effet, de graves inconvénients, d’une part à abattre des animaux qui ne sont jias morveux, d’autre part à laisser des animaux morveux dans une écurie où ils risquent d’infecter les autres chevaux.
11 y a donc urgence à faire sur ce sujet de nouvelles recherches, de manière à élucider définitivement une question qui touche de si près aux intérêts économiques et militaires de notre pays.
Il y a urgence à ce que la Matière médicale soit fixée sur la valeur de son nouvel agent qu’elle a, ainsi que la tuberculine, tiré du règne microbien. 11 faut que la clinique vétérinaire nous apprenne, si, définitivement, la malléine est capable de rendre à la police sanitaire des équidés d’aussi importants services que ceux que la tuberculine rend chaque jour à la prophylaxie de la tuberculose des bovidés.
Quoi qu’il en soit des résultats encore contradictoires obtenus par la malléinisation, notre Comité consultatif des épizooties de 1894, jugeant, qu’en matière de malléinisation, la somme des avantages l’emporte de beaucoup sur la somme des inconvénients , a cru devoir, en France, régler l’emploi de la malléine par une instruction dont voici les principales propositions.
« L’injection de malléine, en désignant ceux des animaux contaminés qui sont actuellement dangereux, ou qui peuvent le devenir, permet de parer à un danger. Il y a donc lieu de soumettre à l’épreuve de la malléine tous les compagnons d’écurie du cheval reconnu morveux.
« 1° Ceux qui manifesteront la réaction ordinaire (hyperthermie, œdème, prostration, etc.) sont déclarés suspects; ils seront rigoureusement isolés des autres, marqués et soumis à la surveillance du service sanitaire pendant un an, au même titre que ceux qui ont présenté quelque symptôme pouvant se rattacher à la morve (art. 46 thi règlement). Au
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cours de cette surveillance, l’injection sera répétée tous les deux mois ; les chevaux cpii, en outre de la réaction à la malléine, viendraient à présenter l’un quelconque des signes cliniques de la morve (glande indurée, jetage, lymphangite suppurée, sarcocèle, ulcération nasale ou cutanée, etc.) seront considérés comme morveux et abattus ; au contraire, ceux qui auront subi sans réaction deux injections successives de malléine seront déclarés sains ; ils [lourront être remis dans le rang ; le propriétaire en disposera librement.
« En tout cas, les sujets déclarés suspects à la suite de l’injection de malléine, resteront en surveillance tant qu’ils n’auront pas subi, sans réagir, deux injections de malléine ; ils pourront être utilisés tant qu’ils ne présenteront aucun symptôme clinique pouvant les faire considérer comme dangereux, et seulement sous la condition de ne jamais boire aux abreuvoirs communs et de ne jamais entrer dans une écurie autre que la leur.
« 2° Quant à ceux des animaux contaminés qui n’auront [las réagi à la malléine, le propriétaire en aura le libre usage, à la condition de les maintenir rigoureusement isolés des suspects et de désinfecter à fond l’écurie et tous les objets à leur usage : toutefois, ces chevaux ne pourront être vendus pendant les deux mois qui suivront l’épreuve de la malléine (art. 44 du règlement) ».
Vous voyez, INIessieurs, que ce règlement, tout en tenant compte des cas dans lesquels la malléine ne détermine pas de réaction chez des animaux suspectés morveux, est assez rigoureux.
Sans vouloir donner mon appréciation sur une question de clinique comparée encore à l’étude, je crois pouvoir vous signaler le grand tort qui pourrait résulter pour les éleveurs des conclusions promulguées par le Comité consultatif des épizooties. Vous estimerez, je pense, qu’il est préférable de considérer comme morveux des chevaux sains, et de les abattre, que de laisser dans une écurie un cheval suspect de morve, sous prétexte qu’il n’aura pas réagi à la malléine, alors qu’il est susceptible de contaminer non seulement ses compagnons d’écurie, mais encore les gens qui le soignent; car, sachez-le bien, la morve humaine, pour être une affection rare, n’en fait pas moins, de temps en temps, des victimes, et je n’ai pas besoin de vous rappeler que la morve humaine est une des maladies pour lesquelles la Thérapeutique en est presque réduite à reconnaître son impuissance.
J’espère, Messieurs, que vous u’eu voudrez pas à votre professeur de Matière médicale de cette digression sur l’invention de la malléine, puis- (jue son étude, comme celle de la tuberculine, nous ouvre des horizons
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nouveaux, en nous montrant que les agents tirés du règne microbien peuvent être mis au service médiat de la thérapeutique, alors qu’ils ne lui sont point appliqués immédiatement, comme c’est le cas, par exemple, pour les méthodes vraiment thérapeutiques que constitue la micfohithérapie ou la toxinothérapie. J’espère que vous ne m’en voudrez jias de cette digression sur l’emploi, à fins diagnostiques, de la malléine, celle-ci devrait-elle à tout jamais rester exclusivement agent de Matière médicale vétérinaire.
Qui sait pourtant si, un jour, nous n’aurons pas à emprunter à la malléine la spécificité de ses réactions, et si nous n’aurons pas à iâtei\ par la malléine, quelques-uns de nos malades dont d’insolites symptomatologies font parfois autant de problèmes insolubles ? C’est que, pour s’attaquer rarement à l’homme, la morve n’en est parfois que plus difficile à reconnaître, puisqu’on songe moins à la possibilité de son existence.
Vous verrez de temps en temps, en clinique médico-chirurgicale, des infections farcino- morveuses tenir en échec le diagnostic des médecins les plus experts. C’est le cas, entre autres, d’un malade de trente ans, soigné à l’hôpital Saint-Louis par mes collègues Hallopeau et Janselme. Chez ce charretier, atteint d’infection farcino-morveuse chronique terminée par une poussée de morve aiguë*, le diagnostic ne put être posé qu’avec grande difficulté; l’affection ne fut soupçonnée qu’après plusieurs mois d’observation, et le diagnostic, infaisable par la clinique réduite à ses ressources ordinaires, ne fut définitivement établi qu’après de patientes recherches expérimentales.
J’insiste sur ce mot « patientes recherches expérimentales », les études hactérioscopiques ne pouvant suffire ici, puisque, vous le savez, le bacille delà morve n’a pas, comme le bacille de Koch, une réaction de coloration caractéristique. Chez ce malade, le diagnostic fut donné par l’examen des cultures sur pommes de terre, combiné avec les inoculations intra-péritonéales, qui aboutirent à la vaginalite dont Straus nous a révélé la si grande portée séméiotique.
Eh bien ! IMessieurs, la malléine, maniée avec extrême prudence, comme doit toujours l’être la tuberculine, deviendra peut-être demain, en clinique humaine, un moyen d’apporter certitude et rapidité diagnos tiques dans ces cas où toutes circonstances semblent se réunir (commémoratifs incomplets ou erronés, changements de profession des malades, etc., etc.) pour tenir en échec le médecin ? 11 pourra vous arriver ([UC, vous trouvant en présence de certaines lésions mutilantes de la
1. ILvi.loi’eau et Janselme. — Société française de Dermatologie, 1891. Avril.
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face, par exemple, vous vous embarrassiez fort, et vous vous demandiez si c’est à de la lèpre que vous avez affaire, à de la syphilis, à de la tuberculose, à de l’épithéliomatose, ou encore à quelques lésions hybrides, syphilis et tuberculose, ou enfin à quelqu’une des manifestations rares, frustes et protéiformes du larcin.
Ces manifestations dernières, que nous disons rares, le sont d’abord peut-être moins qu’on ne le pense, et la malléine, appliquée — après études et expériences établissant au préalable son absolue innocuité — à la clinique humaine, nous rendra peut-être autant de services qu’elle nous ménage de surprises ? Si la malléine devenait, demain, pour nous autres médecins, un instrument de diagnostic, reconnaissez qu’elle serait la bienvenue, non seulement dans des cas semblables à celui de MM. Hallopeau et Janselme , que je vous rapjielais tout à l’heure, mais encore chez des malades logés à la môme enseigne que ce garçon marchand de vins de vingt-cinq ans, chez lequel il a fallu toute la perspicacité de mon savant collègue Ernest Besnier pour parvenir à dépister une farcinose mutilante de la face*.