HÔPITAL-GENERAL DE QUÉBEC
Cet établissement fut fondé le 1er Octobre 1692, par Mgr. de St. Valier, deuxième Evêque de Québec; et il acheta dans cette intention le Couvent de Notre-Dame des Anges, appartenant aux Récollets. L’Hôpital-Général a pour but spécial de recueillir et de servir les pauvres infirmes des deux sexes. Les premiers sujets
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de cette nouvelle institution furent quatre Religieuses Hospitalières de la miséricorde de Jésus, de l'ordre de St. Augustin, tirées de i’Hôtel-Bieu de Québec. Elles prirent possession de la nouvelle fondation le 1er Avril 1693, tout en restant dépendantes de la Maison-mère jusqu’en 1701. Alors seulement l’Hôpital-Général forma un établissement distinct de PHôtel-Dieu, et se caractérisa en adoptant par-dessus le même costume une croix d’argent. En 1717 les Religieuses de l’Hôpital- Général admirent chez elles les femmes repenties et les aliénés, en outre des pauvres invalides et infirmes. En 1725 elles ouvrirent un pensionnat pour l’éducation des jeunes personnes. Mais de ces trois œuvres nouvelles il ne reste plus que le pensionnai, dont la prospérité et la bonne tenue font honneur aux pieuses institutrices.
u L’ Hôpital-Général, dit Charlevoix, est la plus belle “ maison du Canada, et elle ne déparerait point nos plus u grandes villes de France. Les Pères Récollets occuu paient autrefois le terrain où elle est située. M. de u St. Valier les a transférés ailleurs, a acheté leur erau placement, et y a dépensé cent mille écus, en bâti- “ me nts, en ameublements et en fondations. Le prélat “ fondateur a son appartement dans la maison, et y faîl u sa résidence ordinaire. Il a loué son palais, qui est u encore son ouvrage, au profit des pauvres. 11 ne u dédaigne même pas de servir d’aumônier à l’hôpital, u aussi bien qu’aux Religieuses, et il en remplit les “ fonctions avec un zèle et une assiduité qu’on admire- “ rait dans un simple prêtre. Des artisans ou autres, à
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cî qui leur grand âge ou leurs infirmités ôtent le moyen u de gagner leur vie, sont reçus dans cet Hôpital jusqu’à u concurrence du nombre de lits qui y sont fondés, et
trente Religieuses sont occupées à les servir. La u plupart sont filles de condition, et comme ce ne sont “ pas les plus aisées du pays, le prélat en a doté plu- “ sieurs.”
Lors de la guerre qui se termina par la conquête du Canada par les Anglais, un grand nombre de soldats venus de France et qui avaient contracté la peste à bord des navires, furent soignés avec un zèle admirable à l’Hôpital-Général, et dix Religieuses succombèrent au mal affreux qu’elles avaient contracté en les soignant.
“ Cette perte, a écrit une des Religieuses (1), nous u mit hors d’état de pouvoir secourir seules tous les “ endroits qu’occupaient les malades. Le saint Evêque “ (de Pontbriand) nous fit venir dix Religieuses de “ l’Hôtel-Dieu de Québec, qui, pleines de l’esprit de leur “ vocation, nous ont édifiées par leur régularité etsecou- “ rues avec un zèle infatigable, tant de jour que de nuit, a à tous les services qu’il fallait rendre aux malades. u Notre reconnaissance n’a fait qu’augmenter pour cette “ communauté, et renouveller le désir que nous avons “ toujours eu de bien vivre avec elle.” Ainsi dans la sainte milice des Servantes de Dieu et des pauvres ma-
(1) 1 11 Relation de ce qui s’est passé au siège de Québec, et de la prise du
Canada, par une Religieuse de i’Hôpital-G-énéral de Québec, adressée à un6 Communauté de son ordre en France,'’
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lades, le poste du danger est toujours le poste de l’honneur, et les diverses Communautés se prêtent des sujets en cas d’épidémie, pour remplacer les Religieuses mortes au chevet des mourants. C’est comme dans un combat;, où les régiments d’une même armée s’entr’aident fraternellement pour remplir les vides faits dans les rangs par le feu de l’ennemi.
En 1759, pendant le siège de Québec, la situation de l’Hôpital-Général à une petite distance hors de la ville le rendit le refuge de deux Communautés religieuses (1).
(1) On a écrit que les Sœurs de la Congrégation se retirèrent aussi à l’ Hôpital-Général pendant le siège de Québec ; mais la Relation mentionnée ci-dessus dit à plusieurs reprises qu’elles étaient trois communautés réunies à l’Hôpital. Voici de plus la copie d’un manuscrit conservé à Québec sous le titre de “Tableau abrégé de l’état ecclésiastique et religieux de la ville de Québec pendant le siège et immédiatement après la prise de cette ville, en 1759.
“ lo. — Pendant le siège, les PP. Jésuites sont restés deux seulement au “ Collège ; les autres se sont retirés à Lorette. Depuis la prise de la ville, “ il en est revenu deux autres.
“ 2o. — Les Récollets. — La pluspart a été employée à l’armée. Deux Pères “ seulement sont restés pendant le siège. Depuis la prise de la ville, le “ nombre s’est accru de deux.
“ ?>o. — Religieuses Hospitalières et Ursulines de la ville. — Pendant le siège “ ces deux communautés se sont réunies dans le monastère de l’ Hôpital - “ Général. Depuis le siège finy, elles sont rentrées dans leurs maisons.
“ 4o .—Sœurs de la Congrégation. — Elles se sont retirées avant le siège à “ leur Communneté de Montréal, et n’ont point reparu.”
Les Sœurs delà Congrégation retournèrent à Québec en 1769.
(Note de S. IL Jacques Viger).
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Les Sœurs de l’Hôtel-Dieu et les Ursulines se retirèrent à l’Hôpital-Général pour éviter les horreurs du bombardement, et elles y furent reçues avec la plus tendre cordialité. Selon les vicissitudes de la guerre, on y envoyait tantôt les blessés Anglais, tantôt les blessés Français ; et l’Hôpital-Général dut recueillir à la fois plus de mille de ces infortunés. Il fallut dresser des lits jusque dans l’église et la chapelle, en ne réservant pour le Saint Sacrifice qu’une partie du chœur, où les Religieuses de trois Communautés venaient s’entasser pour puiser, au pied de l’Autel, la force et la résignation au milieu de leurs épreuves. Elles acceptèrent avec une parfaite sérénité la gêne et les privations de toute espèce ; et dans la Relation du Siège dont nous avons parlé plus haut, nous voyons que, pendant qu’elles étaient ainsi entourées de soldats protestants qui les pillaient ou les menaçaient sans cesse : — u Notre plus grand chagrin, “ dit la Religieuse, était de les entendre parler pendant “ la Sainte Messe.”— -Admirable simplicité, et qui caractérise à merveille la piété naïve et l’abnégation de ces bonnes Sœurs.
Après la prise de Québec, les Hospitalières et les Ursulines retournèrent en ville, mais, dit la relation déjà mentionnée, <l ce ne fut pas sans verser des larmes que se fit u ce départ. L’estime, la tendresse, l’union que cela avait u renouvelé, par le long séjour qu’elles avaient fait “ avec nous, rendit cette séparation des plus sensibles.” Ce qui rendait les larmes plus abondantes c’est que les Ursulines laissaient loin d’elles deux de leurs Sœurs décédées à l’Hôpital-Général pendant le siège. L’une
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d’elles, Sœur Marie Charlotte de Muy, fille de Nicolas Danneau de Muy, Gouverneur du Mississipi, et de Dame Marguerite Boucher, mérite d’être mentionnée comme ayant écrit, pour l’édification de sa communauté, un abrégé de la vie de Mme. de Pontbriand, mère du sixième évêque de Québec. Le prélat possédait le manuscrit de la vie de cette sainte dame, écrit par son directeur Dom Trottier. Il en faisait parfois faire lecture dans les Communautés, mais il n’avait pas voulu en laisser prendre copie aux Ursulines. Par une pieuse ruse la Mère de Muy, dite de Ste. Hélène, écrivit de mémoire ce qu’elle put se rappeler des édifiants détails de la vie de Mme. de Pontbriand, et son manuscrit a été récemment découvert à l’Hôpital-Général de Québec, tandis que le manuscrit de Dom Trottier était retrouvé au Séminaire de Montréal. Mgr. de Pontbriand, mourant chez les Sulpiciens, leur laissa sa bibliothèque et ses papiers, pendant que les déplacements causés par le siège de Québec mettaient entre les mains des Hospitalières le travail d’une Ursuline.
Une dépouille plus illustre qui repose aussi à FHôpital- Général, c’est celle de Mgr. de St. Valier, fondateur et généreux bienfaiteur de cet établissement. Le prélat v mourut en 1727, et voulut y reposer au milieu de ses Filles spirituelles, comme St. François de Sales au milieu des Mères de la Visitation d’Annecv.
Au 31 Décembre 1853, cette Communauté comptait 59 professes et 4 novices. Elle a des lits occupés par 76 pauvres infirmes qui y sont soignés avec tout le
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dévouement imaginable, et leur pensionnat contient Wl élèves. (1)
(1) Les premières Religieuses de l’Hôpital-Général, tirées de l’Hôtel -Dieu de Québec, se Dominaient :
Louise Soumande — de St. Augustin, Supérieure, |
M. Marguerite Bourdon — de St. Jean Baptiste,
toutes trois Religieuse* de diœur et
Geneviève Gosselin — de Ste. Magdeleine,
Magdeleine Bacon— -de la Résurrection, Sœur converse.
Etat et Recensement de cette Communauté au 31 Décensre 1853.
1 chapelains, 59 professes, 4 novices, 76 infirmes, 32 élèves pensionnaires, 16 domestiques. — Total, 239 bouches.
Cette Communauté n’a pas d’extenm*.
(Précis historique oité page 2*2.)
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