‹ Les servantes de Dieu en CanadaChapitre 12 sur 59 · RIVIÈRES · texte numérisé non relu

RIVIÈRES

La ville des Trois-Rivières est, après Québec, la plus ancienne de la Colonie. Elle doit son nom, d’après le Père Bressani, à ce qu’elle a été fondée au point où le St. Maurice, en se jetant dans le St. Laurent, est séparé par deux îles en trois embouchures. Samuel de Champlam avait élevé les premières cabanes de Québec

U RS U LINES

en 1608; en 1615, quatre Pères Récollets y arrivèrent, pour pourvoir aux besoins spirituels de la petite Colonie.

Dès l’année suivante un poste était établi aux Trois-

Rivières, et le Frère Pacifique Duplessis, Récollet, y prenait soin de l’instruction des enfans des Français et des Sauvages. Cependant, c’est seulement en 1634 qu’une habitation et un Fort y furent construits, comme le prouve l’extrait suivant du premier registre de paroisse de la

ville des Trois-Rivières.

Ce curieux document, découvert en 1844 par le savant Père Félix Martin, le docte traducteur de la Relation du Père Bressani, nous a été transmis par notre respectable ami, S. H. Jacques Yiger, qui en a pris lui-même sur les lieux une copie exacte, et il mérite d’être conservé comme le titre de noblesse de cette ancienne cité.

Catalogne des Trefpaffez Au

u Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle f rance Ayant

ordonné quion drefsast vne hahilaon en ce lieu nommé le

u Trois Rmieres , Monsieur de Ckamplain qui commandait

u en ce .pais y envoya de Kebec vue barque sonhs la conduite

« de Monsieur de la Violette Lequel mit pied a terre h qua-

trie de Juillet de lan 1634 avec quelque nombre de nosfmn u çot s pour la plu spart artisans Et deslôrs on donna cornmen * ;c cernent a la maison Sç habitaqn ou fort qui se voit en ce lieu...

DES TROIS-RIVIÈRES

u Le troisie de Septemb de la mesme anr.ee le lid. Pere *' Paul le Jeune & le P. Buteux Religieux de la Compagnie

de Jésus partirent de Këbec dans une barque 8f arriuerent " Jcy le S. du mesme mois po y aj pister nos fr an cois po le Salut de lrs âmes.

Vers la fin de décembre de la mesme annee le mal de... { 1) ** sestant Jeté gtarmy nos français en emporta quelques vus u qui ont donné commencement aux Chrestiens deffuncts en

tr *5?

ce pais.

C’est l’année avant sa mort que Champlain éleva le Fort des Trois-Rivières, qui consistait en une enceinte de pieux de cèdres enfoncés dans le sable. Les Jésuites y desservirent l’église jusqu’en 1671, époque où les Récollets vinrent s’y établir, et cet avant-poste de la Capitale sur le Grand Fleuve fut toujours d’une grande importance pour la défense de la Colonie. Un Jésuite y a trouvé les gloires du martyre, le P. Jacques Buteux, tué par les Jroquois le 10 Mai 1652, au troisième portage du St. Maurice ; et l’ayeul de tant d’honorables familles du Canada, le Capitaine Pierre Boucher, s’y est couvert des lauriers de la gloire humaine, par sa valeureuse défense de la Citadelle Trifluvienne, au mois d’août 1653, h la tête des braves milices du pays.

(I) Mot illisible. — J. Y.

URSULINES

Les habitans des Trois-Rivières et les Sauvages des environs se voyaient donc amplement pourvus de secours spirituels ; mais les malades et les blessés n’étaient pas assistés par les soins charitables d’une communauté religieuse, lorsque Mgr. de St. Valier voulut procurer à cette ville cet inestimable bienfait. Le 8 Octobre 1697 le pieux évêque fonda l’Hôpital des Trois-Rivières, elles Dames Ursulines de Québec lui fournirent, pour cette fondation, quatre de leurs Professes et une Sœur converse. La première Supérieure fut la Révérende Mère Marie Brouet — de Jésus, et elle prit possession aves ses compagnes le 22 Décembre 1697.

On sait que le but principal de la Communauté des Ursulines est l'instruction des jeunes personnes. Pour les Trois-Rivières elles ajoutèrent, comme seconde œuvre de fondation, le soin des malades. Les dignes Religieuses étendaient ainsi le cercle de leurs devoirs, afin de suffire à tout le bien que leur évêque attendait d’elles.

Depuis 1731, elles sont indépendantes de la Maisonmère de Québec, et elles ont maintenu concurremment jusqu’aujourd’hui le soin d’un pensionnat non moins distingué que celui de Québec, et la conduite de leur hôpital.

En 1702, Mgr. de St. Valier étant en France, obtint de Louis XIV des lettres patentes pour l’établissement de cet hôpital, et il y est dit que non seulement l’évêque construisit la maison de ses deniers, mais encore qu’il la dota de mille livres de rente. Le Roi y rend aussi hommage au zèle des Dames Ursulines — ct qui y soignent les malades avec une charité parfaite.” — Charlevoix, dans le Journal historique de son voyage en 1721, parle

DES TROIS-RIVIÈRES

du — u très-bel Hôpital joint à un monastère d’Ursulines5 li qui y sont au nombre de quarante, et font l’office d’hosu pitalières.”

Mais cet utile établissement a été deux fois la proie des flammes. D'abord en Mai 1752; et aussitôt Mgr. de Pontbriand, 6me. évêque de Québec, vint passer Pété aux Trois-Rivières, pour faire rebâtir le Couvent des Ursulines. Le prélat ne voulut, durant tout ce temps, avoir d’autre demeure que la maison des domestiques, le seul des bâtimens des Sœurs que l’incendie eut épargné.

La seconde conflagration a eu lieu en Octobre 1806, et le désastre fut si complet que les Religieuses, privées d’asile, durent se réfugier chez les Ursulinesde Québec : eepandant, sur la demande de l’évêque, quatre d’entre elles restèrent aux Trois-Rivières, la Rev. Mère Supérieure — St. Olivier, la Mère la Croix — dépositaire, la Mère Ste. Angèle — pour les écoles, et la Sœur St. Benoit, Converse, pour faire la cuisine. — ct La libéralité de nos u citoyens,” — dit le G. V. Noiseux dans une lettre du 10 a Octobre, adressée à P’Evêque, — u a procuré à nos pau- “ vres Sœurs des chemises et des robes, des bas, souliers, u mouchoirs &c. ; car elles ont eu besoin de tout.”

Mgr. Plessis, lime, évêque de Québec, fit aussitôt appel à la charité de son clergé en faveur des Ursulines des Trois-Rivières ; et, grâce au zèle de l’illustre prélat, l’église, le monastère et l’hôpital furent réédifiés avec plus de grandeur qu’auparavant. Les quatre Religieuses restées aux Trois-Rivières, y trouvèrent place au mois de Novembre 1807, et les 16 autres, retirées à Québec, les rejoignirent le 18 Février 1808,

UBSULINE8

On le voit, les premiers Pasteurs ont de tout temps déployé la plus généreuse munificence pour doter le Canada d’établissements charitables et de maisons d’éducation ; et dans les œuvres si nombreuses fondées depuis quelques années, soit dans le Bas, soit dans le Haut-Canada, NN. SS. les évêques de la Province ecclésiastique de Québec se montrent les saints imitateurs des Laval, des St. Valier, des Pontbriand et des Plessis.

De 1816 à 1819, les Ürsulines des Trois-Rivières donnèrent l’hospitalité à quatre Ürsulines d’Irlande, que Mr. Thayer, ministre protestant devenu prêtre catholique, avait amenées d’Europe pour ouvrir un pensionnat de jeunes personnes à Boston. Elles furent formées aux règles de leur Institut dans le couvent des Trois-Rivières et elles y passèrent trois ans, après lesquels elles se rendirent à Boston. Mais elles y tombèrent bientôt malades, et en 1824, toutes les quatre étaient mortes.

Lorsque l’une d’elles seulement vivait encore, le Vicaire- Général de Boston écrivit à Mgr. de Québec en lui demandant du secours pour rétablir sa petite communauté. Mgr. Plessis ne put envoyer qu’une Ursuline,la Sœur St. George, née Muffett, et elle partit de Québec comme une victime, joyeuse de se sacrifier pour son Dieu. En effet, après avoir passé dix ans à Boston, organisant le Couvent des Ürsulines avec une énergie remarquable, elle vit la populace fanatique de cette ville incendier son monastère de Mount Benedict , le 1 1 Août 1834, y mettre tout au pillage,

et porter le comble aux profanations en déterrant les cadavres de six ürsulines. Une des Religieuses, sœur de la Mère St. George, mourut des suites des terreurs de

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cette nuit sinistre, et la Supérieure fut elle-même gravement malade.

On voit que l’intolérance des citoyens de la Nouvelle- Angleterre n’a pas changé. En 1834 ils détruisaient un monastère ; en 1855 ils insultent des Religieuses, et leurs législateurs pénètrent comme des malfaiteurs dans des Couvents, y portent leurs mains avinées sur les Servantes du Seigneur, et ne respectent dans leurs scandaleuses investigations ni la sainteté de la chapelle, ni la pudeur de la maladie. Tels sont les progrès que font les Américains de nos jours dans la voie de la civilisation, et tels sont les sentiments du parti prédominant de la nation à laquelle certains mauvais Canadiens voudraient annexer leur beau pays.

Les neuf Ursulines survivantes, chassées de Boston par le fanatisme protestant, se réfugièrent chez leurs sœurs de Québec, qui leur donnèrent pendant quatre ans l’hospitalité, en les perfectionnant dans la pratique de la vie religieuse. Elles tentèrent ensuite de retourner dans le Massachussetts, mais leur entreprise ne réussit pas ; et elles se répartirent alors entre les couvents d’Ursulines de Québec, de Trois-Rivières et de la Nouvelle-Orléans,

Quelques années auparavant, vers 1818 ou 1820, Québec avait eu l’honneur d’envoyer trois Ursulines en Louisiane, pour servir d’émules et d’exemples à celles de la Nouvelle-Orléans ; et cette sainte influence, exercée au loin par les Religieuses du Canada, montre combien elles sont fidèles et strictes dans l’observance de leur règle.

Le nom des Ursulines doit être encore cher au Canada, parce que la veuve de l’illustre Samuel de Champlain, du

URSULINES

fondateur de Québec, a pris l’habit de cette éminente communauté ; et c’est notre savant ami Messire J. -B. -A. Ferland, qui a fait tout récemment cette découverte historique. Elle vint d’abord en Canada avec son mari, en 1620, âgée de vingt-deux ans, et les Sauvages, à son arrivée, — “ voulaient l’adorer, n’ayant jamais vu rien de si beau.” Au bout de quatre ans, la disette des vivres obligea M. de Champlain n ramener sa jeune femme en France ; elle y resta pendant ses autres voyages, et en 1648 elle fît sa profession d’Ursuline dans le Couvent de Meaux qu’elle avait fondé (1).

Pour se distinguer des Ursulines de Québec, celles des Trois-Rivières portent une croix pectorale en argent, d’après l’approbation de Mgr. de St. Valier.

Au 31 Décembre 1853, la Communauté comptait 42 professes et 2 novices ou postulantes. L’école était suivie par 65 pensionnaires et demi-pensionnaires ; et, dans une école gratuite, les Ursulines donnaient l’instruction à 140 externes. Enfin le nombre des malades admis à leur hôpital avait été de 104, dans le courant de l’année (2)*

(1) Elle y est morte le 20 Décembre 1654. Champlain était décédé à Québec, le 25 Décembre 1635, sans laisser d’enfans. — “ Vie de Marie-Hélène Boullé ,” veuve de Champlain. (Note de Mr. J -B. -A. Ferland, ptre.)

(2) Yoiei les noms des cinq fondatrices de 1697 :

La Rév. Mère Marie Brouet — de Jésus,— Supérieure,

La Mère — Sœur M. Le Vaillant de Vocel — de Ste. Cécile, La Mère — Sœur M.-Madeleine Amiot — de la Conception,

La Mère — Sœur M. -Madeleine Drouard — de St. Michel ; et La Sœur converse Françoise Gravel— de Ste. Anne.

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État et recensement de cette communauté au 31 Décembre 1853.

1 chapelain — 42 professes, 1 novice, 1 postulante, 65 élèves pensionnaires et demi-pensionnaires, 1 malades, 9 domestiques. — Total 126 bouches.

Œuvres de l'année 1853.

lo — Ecoles. — Pensionnaires et demi-pensionnaires. . 65

Externes (école gratuite,) . 140

205 Elèves.

2o — Hôpital. — Malades admis, . 104

“ décédés, . 5

Guéris ou soulagés, . 99 Malades.

(Précis historique àc., cité page 22.)

Kl .

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