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LA PROVIDENCE DE MONTRÉAL

Près d’un siècle s’écoule entre la fondation des Sœurs Grises et celle des Sœurs de la Providence ; et dans cet intervalle les Instituts déjà formés suffirent pour les vocations religieuses qui se présentaient. Mais l’élan de piété imprimé à tous les fidèles de son diocèse par l’Evêque de Montréal a fait surgir de nouvelles Communautés. On

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en a fait appeler d’autres de France pour compléter le bel édifice religieux qu’offre le Canada.

C’est en 1828 que Mme. Emélie Tavernier, veuve de M. J. -B. Gamelin, commença avec quelques compagnes à prendre soin des femmes âgées et infirmes, et à visiter les malades à domicile, et particulièrement les pauvres. L’œuvre de la pieuse veuve s’étant accrue et consolidée, Mgr. Ignace Bourget érigea canoniquement la Communauté en 1844, et la fondatrice en fut la première Supérieure. On y comptait alors six Sœurs de la Providence, pour seconder Mme. Gamelin ; et depuis ce temps, la charité des Sœurs les a portées à se charger du soin des orphelins et des aliénés, de celui des prêtres âgés et infirmes, et de l’instruction des petites filles pauvres. Elles reçoivent en pension les personnes de leur sexe ; elles enseignent les sourdes muettes ; enfin elles ne reculent devant aucune œuvre de charité. Cette Communauté, si nouvelle qu’elle soit, compte déjà trois maisons en ville, et sept missions répandues dans les campagnes des diocèses de Montréal et de St. Hyacinthe. Les Sœurs de la Providence y sont au nombre de 63 professes et 28 novices ou postulantes; elles recueillent 114 infirmes et 115 orphelins, et elles font l’éducation à 822 petites filles.

Elles ont en outre fondé deux établissements, l’un au Chili, l’autre aux Etats-Unis. Dans l’été de 1852, Mgr. Magloire Blanchet, Evêque de Nesqualy (Orégon,) invita les Sœurs de la Providence à ouvrir une maison de leur ordre dans son diocèse. En conformité de ce désir, cinq Religieuses, sous la direction spirituelle de M. Huberdeault, partirent de Montréal, et elles arrivèrent à Oregon-

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City le 1er Décembre 1852. Mais les changements rapides qui venaient de s’opérer dans ces pays nouveaux , par suite du déplacement de la population vers la Californie, firent juger à ces Religieuses qu’un établissement n’était pas encore possible en Orégon. Elles se remirent en mer le 1er Février 1853 ; et après une courte relâche à San Francisco, elles arrivèrent à Valparaiso le 17 Juin. L’Archevêque de Santiago ayant appris leur venue dans son pays, regarda cet événement comme tout providentiel. Il les pressa donc de se fixer au Chili ; et de concert avec le Gouvernement de la République, le prélat confia aux Sœurs Canadiennes le soin des orphelins des deux sexes à Santiago. Le 30 Octobre 1853, les Religieuses ont été intronisées dans leur nouvel établissement, au milieu de la plus grande pompe religieuse et civile. Le prélat, avant de célébrer lui-même la messe dans leur chapelle, adressa aux intrépides Canadiennes une chaleureuse allocution : — “ Oui, mes chères Sœurs, “ leur dit l’Archevêque, oui vous êtes vraiment les Sœurs “ de la Providence ; car c’est certainement la divine Proa vidence qui vous a conduites ici, où l’on soupirait “ après vous sans vous connaître. Depuis longtemps “ nous désirions vivement une institution de charité, “ pour prendre soin des pauvres et des orphelins de cette “ grande ville, et voilà que tout à coup nos vœux sont “ exaucés d’une manière vraiment miraculeuse, et que “ les deux extrémités du Nouveau Monde vont se trou- “ ver rapprochées et unies par les doux et forts liens de “ la charité.”

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Depuis lors Mgr. Bourget a autorisé les Sœurs de 3a Providence à maintenir leurs engagements avec l’autorité ecclésiastique du Chili, et à y fonder une Maison dépendante de celle de Montréal, mais avec la faculté d’ouvrir un noviciat. Au mois de Juin 1854, elles avaient 80 enfans orphelins sous leurs soins. Le 29 Octobre le Gouvernement de la République signait un contrat d’acquisition pour une propriété de 72,000 piastres, afin d’y installer les Sœurs de Montréal, et il employait ainsi un fonds provenant de legs pour les orphelins. Le 26 Novembre la translation des Sœurs et de leurs enfans avait lieu de leur établissement provisoire à leur établissement définitif; et ce petit voyage donnait lieu à une fête charmante. Les plus riches dames de Santiago avaient tenu à honneur de venir dans leurs carrosses pour transporter ellesmêmes les Sœurs de la Providence et leurs protégés. Les mes où passait le cortège étaient décorées de tapis et de drapeaux. Des musiques militaires précédaient la procession, et les régiments présentaient les armes aux humbles servantes des pauvres.

Le Chili contient de nombreuses Communautés religieuses indigènes ; mais toutes sont consacrées à la vie contemplative, et font les vœux solennels de clôture. Les Sœurs de Picpus de Paris et les Dames du Sacré Cœur sont les seules qui se livrent à l’enseignement. Les Sœurs de Charité de France, installées récemment à Santiago, prennent soin des hôpitaux, pendant que les Sœurs du Canada ont la charge de l’orphelinat ; et ainsi les Communautés de PÀncienne comme de la Nouvelle

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France se retrouvent ensemble au Chili, rivalisant de zèle pour l’accomplissement des œuvres de miséricorde, et travaillant à l’envi à*la régénération des anciennes colonies Espagnoles (1).

Les Sœurs de la Providence ont encore envoyé une colonie aux Etats-Unis, dans la ville de Burlington, à la prière de Mgr. de Goësbriand, évêque de cette ville. C’est le premier établissement de charité que possède le nouveau diocèse, et le jeune évêque s’est imposé de lourdes charges, afin de pouvoir recueillir les orphelins catholiques, et de les enlever au prosélytisme protestant. Le Couvent de St. Joseph, qu’elles occupent, est un ancien hôtel garni acheté par Mgr. Louis de Goësbriand pour y recevoir les Sœurs et les orphelins. Trois Religieuses arrivèrent le 1er Mai 1854, et aujourd’hui elles sont au nombre de huit, soignant 40 orphelins, et faisant l’école à 160 enfans. Elles visitent les malades à domicile, et en reçoivent quelques-uns dans leur maison ; aussi l’établissement des Sœurs de la Providence, dans ses modestes proportions, a-t-il transformé le diocèse de Burlington, jusque-là si délaissé pour les bonnes œuvres. C’est, quelques mois à peine après son installation que Mgr. de Goësbriand ne reculait devant aucun sacrifice pour procurer à sa ville épiscopale le bienfait de Sœurs de la •

(1) Voir pour tous les détails de l’établissement de Santiago le Rapport de l’Association de la Propagation de la Foi, publié, il y a quelques mois, à Montréal, et dont nous ne saurions assez recommander la lecture à la piété des fidèles.

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Charité, et le prélat est aujourd’hui en France, afin de recueillir des secours, et de consolider son œuvre en la développant. À Burlington, les Sœurs de la Providence trouvent les privations et la pauvreté : elles sont exposées, dans une ville protestante, aux insultes et aux persécutions des Know-Nothings. A Santiago, leurs compagnes sont l’objet d’ovations et d’honneurs qui alarment leur modestie. De même, leur Divin Maître faisait son entrée triomphale à Jérusalem, et peu après il commençait les douleurs et les humiliations de sa passion.

Au mois de Mai 1845, un grand incendie dévora à Québec, avec beaucoup d’autres édifices, la maison où une Société de Dames charitables de cette ville recueillait et élevait trente orphelines. Ne sachant où placer ces pauvres enfans, la pieuse association de Québec les confia aux Sœurs de la Providence de Montréal, qui les gardèrent pendant près de deux ans moyennant unemodique pension. A la fin d’ Avril 1847, les orphelines retournèrent à la capitale où elles retrouvèrent la protection et les soins de leurs généreuses bienfaitrices.

Nous avons dit précédemment que lors du typhus de 1847, les Sœurs Grises de Montréal perdirent sept de leurs compagnes au service des pestiférés. Les deux autres Communautés d’Hospitalières de Montréal ne se portèrent pas avec moins de zèle au soin des mourants, dans les SJieds ou ambulances qu’on leur avait improvisées. Mer. Bourget leva momentanément la clôture

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des Sœurs de l’Hôtel-Dieu, pour permettre à ces saintes filles de courir au chevêt des malades ; et trois d’entr’elles donnèrent leur vie en holocauste pour le soulagement de

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leur prochain. Trois Sœurs de la Providence succombèrent également aux atteintes du fléau, et Dieu accepta ainsi le sacrifice dp treize Religieuses, se dévouant pour arracher à la mort ceux que d’autres auraient appelés des étrangers, des inconnus, des indigents, mais ceux qu’elles considéraient comme les membres souffrants de Jésus- Christ.

Tous ces malheureux qu’enlevait l’épidémie laissaient un grand nombre d’orphelins. Au mois de Juillet, une maison du faubourg St. Laurent fut disposée pour recueillir les garçons, et reçut le nom de St. Camille. Les Sœurs de la Providence prirent la direction de cet azile, et dans les commencements les enfans leur étaient apportés dans l’état le plus affligeant. Il en mourait dans le transport, il en mourait en les déposant sur la paille, car, durant •l’intensité de la contagion, les Sœurs, trop occupées au milieu des Sfieds , ne pouvaient être partout à la fois. Dans les premiers jours, on couvrait de paille les planchers de St. Camille, et les pauvres innocents y étaient placés déguenillés et quelques-uns totalement nus. Mais bientôt les admirables Sœurs mirent de l’ordre dans cette triste demeure, et elles purent entourer des plus tendres soins leurs enfans d’adoption. Au mois d’Octobre, on réunit dans la maison St. Jérôme, au faubourg de Québec, 318 orphelins pris à St. Camille, et 80 orphelines dont la plupart avaient été recueillies depuis trois mois par les Dames du Bon Pasteur, et le tout demeura confié pendant six mois aux Sœurs de la Providence.

Mgr. Bourget craignant que le typhus ne reparût en 1 848, avec le retour des vaisseaux, et n’exerçât ses ravages

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dans le diocèse de Québec, offrit des Sœurs de la Providence à l’Archevêque de Québec, pour le service de la Grosse Ile; oii les passagers arrivés d’Europe étaient, retenus en quarantaine. Elles furent acceptées. Parmi le grand nombre de celles qui s’offrirent généreusement, sept Sœurs furent choisies par la Communauté pour ce service ; elles se tinrent prêtes à partir pour Québec, mais l’on put heureusement se passer de leurs soins : il n’y eut pas de typhus en 1848. Ce fut un grand chagrin pour ces filles dévouées d’être privées d’offrir ce sacrifice, qu’elles avaient fait avec tant d’abnégation dans leur cœur (1).

(1) A la date de l’érection canonique des Sœurs de la Providence, le 29 Mars 1844, la Communauté se composait des Sœurs,

Émelie Tavernier, Ye. de J.-Bte. Gamelin, Supér. > Agathe Seney,

Justine Micron,

Madeleine Durand,

Marguerite Thibodeau,

Wctoire LaRocque, et Emélie Caron.

Etat et Recensement de cette Communauté au 81 Décembre 1S53.

J o- Ville.

Maison-mère, 25 prof., 28 nov. ou post., 24 dames pens., 75 inf., 7 orph — 159

Hosp. St.Jos., 2 “ 0 “ 7 prêtres “ 0 “ 0 “ — 9

Keo.St.Jacq., 2 “ 0 « 0 “ “0 “ 60 “ = 62

Bouches,

\o-Campagnes .

Les émissions, 34 “ 0

Bouches ,

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Œovee de l’année 1853.

Ecoles.

Pensionnat gratuit, ville et campagnes, orphelines. . 108

Pensionnat payant, campagnes . 120

Externat gratuit. — Ville 1 14, — Campagnes 420 . 694

Total . 822 élèves.

(Précis historique tfcc., cité page 22.)

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